MESSAGER
DE LA BELGIQUE ,
1 OU
HISTORIQUES , LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES.
MESSAGER
DES SCIENCES ET DES ARTS
ou
NOUVELLES ARCHIVES
UISTORIQUES, LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES ]
^ecueu Aaùuc /uoi-
MM. F. DE REIFFENBERG, a Louvain , C. P. SERRURE, A. VAN
LOKEREN, A. VOISIN et L. A. WARNKOENIG, a Gand.
TOME TROISIÈME.
GAND,
D. DUVIVIER , IfllPRIMEUR DE L OCTROI MUNICIPAL ,
Rue aux Marjolaines, Ht." 5).
1835.
XiXSTE DES COIiIiABOBATEURS.
MM. D. Arnould , à Louvain
R. Chalon, à Mons.
N. CoRNELissEN , à Gand.
J, De s. Génois, ibid.
H. Delmotte , à Moas.
L. P. Gachard, à Bruxelles.
GoBERT, à Gand.
V. GoETHALS, à Bruxelles.
Lavalleye, à Liège.
J. J. Lambin, à Yprès.
Le Glay , à Lille.
MM. E. Le François , à Gand.
J. H. Mertens , à Anvers.
Ch. Morren, à Gand.
C. Parmentier, ibid.
L. M. PoLAiN , à Liège.
A. G. B. ScHATES , à Loavain.
Schmerling , à Liège.
Tandel , à Louvain.
Ch. a. Van Coetsem, à Gand*
C. Vervier, ibid.
J. F. WiLLEMS, ibid.
IH£ GEÏÏY CEfiTIR
«\C IXH KJ^
lOHES BE e^ycK TIE teUT *■ <)PLEVIT KNO ' '- ■■')
-H ONGHENA GA.MD
(î^abuaa ?c aeaii v**v c-^iicli , j^Sli.
HAUTEUR, 22 CENTIMÈTRES J LARGEUR, 16 CENTIMETRES.
XLn 1425 Philippe -le -Bon, duc de Bourgogne, était veuf
de deux femmes et n'avait point de lignée (1) : quelques
années après , il résolut de convoler en troisièmes noces
et il jeta les yeux sur Elisabeth ou plutôt Isabelle de Por-
tugal , fille du roi Jean 1" , dit le Grand. Pour négocier ce
(i) Sa première femme fut Michelle de France, fille du roi Charles VI:
il l'avait épousée en 1409. Michelle mourut à la fleur de son âge, le 8
juillet 1422, dans son palais de la Poterne à Gand. Elle fut enterrée dans
le chœur de l'église du monastère de S.' Bavon en celte ville. (Boek van
inemorien der stad Gend. p. 128, aux archives de la Flandre Orientale).
Sa douceur et son esprit conciliant lui gagnèrent le cœur de tous les
Gantois : le bruit se répandit qu'elle avait été empoisonnée par une
de ses dames d'honneur , nommée Ursule , épouse du seigneur de
Viefville, avec qui elle était liée d'amitié et à qui elle confiait son sceau.
On ordonna de l'arrêter : mais elle s'échappa à l'aide d'un ami ; et je ne
sache pas , qu'on ait jamais trouvé des preuves de sa culpabilité.
La Poterne, en flamand Bestorm-poort ^ de posterne ou pasterne ,
existe encore, ainsi qu'une partie des bâtiments , qui ont servi de demeure
aux ducs de Bourgogne. En i465, la cour de la Poterne fut vendue au
seigneur d'Imbercourt , le même qui fut décapité à Gand douze ans
plus tard , malgré la démarche que fit la comtesse Marie auprès des
magistrats pour intercéder en sa faveur. On croit assez généralement
que cette scène eût lieu au Marché au Vendredi; mais c'est a tort.
Elle se trouve décrite, avec les plus grands détails dans le manuscrit,
rappelé plus haut.
1
(2)
mariage , il envoya en ce pays Messirc Jehan , seigneur de
Roubais et de Herzelles , son conseiller et premier chambel-
lan et plusieurs autres gentilshommes de marque. Le prince
voulut que son ambassade représentât dignement sa cour,
la plus fastueuse de l'Europe , à cette époque ; aussi ordonna-
t-il à Guy Guilbaut, son conseiller et gouverneur général
de ses finances , de lui ' délivrer largement deniers pour
faire grande et honnourahle despense : jJOtir laquelle con-
duire , il ordonna et envoya un gentilhomme nommé
Bauduin Dongnies, escuier , maistre d'ostel d'-icelle despen-
se, et un clercq d'office pour en faire le paiement. ,,
Le bon duc avait joint à l'ambassade un homme qu'il pou-
vait estimer autant que le plus beau joyau de sa couronne
et à qui il avait confié une mission particidiére , celle de faire
le portrait de sa future. Cet homme était Jean Fan Egck !
Ce fait est consigné dans le deuxième registre aux chartes
de la chambre des comptes de Brabant , reposant des archi-
ves du royaume (1)... "Avec ce, y est-il dit, lesdils ani—
)) haxadeurs , par ung nom^né maistre Jehan de Eijk,
» varlet de chambre de mondit seigneur de Bourgoingne et
)) excellent maistre en art de painture , firent paindre bien
» au vif la figure de madite dame l'infante Elisabeth. „
L'ambassade partit du port de l'Ecluse , en Flandre , sur
deux galères de Venise, le 19 d'octobre 1428, et arriva
en Portugal le 26 décembre de la même année. Vers la
mi -janvier (1428) les ambassadeurs entrèrent en négocia-
tion relativement au but de leur voyage et Van Evck se mit
à l'œuvre : son portrait fut fini vers le douze du mois de
février et envoyé, avec le précis des négociations, au duc
(i) Cette pièce a été publiée par M.'' Gachard, archiviste du royaume,
dans sa Collection de documens inédits concernant Vhisloire de la
Belgique , t. II. liv. i. page 63.
(3)
de BoiirtTogne " aussi luy envoyerent-ils la figure de ladite
» dame faîcte par painclre , comme dit est. „
Les biographes de Jean Van Eyck ont ignoré son voyage
en Portugal et qu'il fut yalet de chambre du bon duc :
Vanniander (et depuis, tous ceux qui ont puisé à cette source,
]a seule véritable pour l'histoire des artistes de notre pavs )
allègue, sans l'affirmer toutefois, qu'il fut son conseiller privé
et qu'il vécut dans son intimité : au reste , il est très-proba-
ble que ce yirince, appréciateur éclairé d'une découverte,
qui devait jeter autant d'éclat sur son règne, que ses plus
beaux faits d'armes , ait élevé Van Eyck à cette dignité.
Van Eyck séjourna assez long-temps en Portugal. Il fit
avec le seigneur de Roubais , Messire Bauduin de Lannoy
et autres hauts personnages attachés à l'ambassade, une
excursion à S.* Jacques en Galice , de là ils allèrent visiter
le duc d'Arjonne , le roi de Castille , celui de Grenade et
plusieurs autres grands seigneurs : ils ne furent de retour
qu'à la fin de mai.
Le huit d'octobre 1429 l'ambassade quitta Lisbonne,
accompagnée de la princesse Isabelle , et aborda aux côtes
de Flandre le jour de iNoël de cette année.
Nous ne pouvons pas supposer que Van Eyck ait passé
huit à neuf mois , aux bords du Tage , sans se livrer à son
art , qu'il dut aimer avec passion et à si juste titre : le beau
soleil de la Lusitanie aura aiguillonné son génie, et quel-
ques chefs-d'œuvre auront enrichi ces plages lointaines.
Ces notions étaient trop précieuses pour cpie nous n'en
prissions pas acte dans un article relatif à un nouveau ta-
bleau de J. Van Eyck : il vient du vUlage de Dikkelvenne (1).
Un ecclésiastique , par l'entremise d'autres personnes , le fit
offrir en vente à Gand, toutefois sans le mettre à prix; enfin
(i) Ce village se trouve à trois lieues de Gand , sur l'Escaut : c'est
le seul endroit de la Flandre , dont le nom soit rappela dans l'acte de
(4)
transporté à Anvers , ce tableau fut acheté pour la superbe
collection de tableaux antiques de M.'^^ Van Erborn. Il repré-
sente la Vierge et l'Enfant Jésus : Marie , couverte d'un
manteau d'azur, dont les plis ondoyants tombent jusqu'à
terre , se tient debout , avec son divin enfant sur les bras,
vers la partie inférieure d'un tapis écarlate , richement brodé
en or, soutenu par deux génies. Le fond est un bosquet
touffu de lis et de roses : sur la gauche on voit une fontaine,
dont les eaux jaillissent dans un bassin de vermeil. Le pan-
neau , qui est enchâssé dans le cadre , est marbré à l'exté-
rieur, avec le plus grand soin.
Ce tableau, qui, selon toutes les apparences, est resté
long-temps enfoui dans quelque sacristie, est d'une conser-
vation rare ; nous disons rare , car deux petits éclats que
l'on voit l'un à la tête de l'enfant , l'autre à celle de la mère,
ne sauraient détruire cette qualification, si l'on considère
qu'il y a bientôt quatre siècles qu'il est peint. Personne autre
que Van Eyck n'y a touché , il porte encore le vernis que
ce maître y mit et qui fut sa première découverte. Son exé-
cution ne laisse rien à désirer : sa pureté permet d'y étudier
toute la délicatesse du pinceau de cet artiste, dont on ne
connait guère que des ouvrages beaucoup plus grands. Le
ton de la couleur , tant soit peu brune , a quelque chose de
mâle, la touche en est ferme et moins léchée que celle de
Memling en général. On peut juger, par le trait ci -joint,
de la correction du dessin et du caractère de la tète de la
Vierge, dont le contour forme un ovale parfait , plein de grâce.
partage du royaume de Lothaîre , de 870 , sous le nom de Ticïivinni.
Hilduard , évoque de Thoul , mort au même village , y érigea un mo-
nastère en ^So : les Normands le détruisirent au l'K'^^ siècle. Baudoin IV,
comte de Flandre et de Hainaut le rétablit en io68 ; enfin, Gérard II,
évêque de Cambrai le transféra à Grammont, en io8r. (Voyez Meyer ,
ann. fl. an. ^So et DeBast, antiquités rom. etgaul. p. 434-)
(5)
Ce petit bijou est d'autant précieux, que l'auteur l'a
daté et signé : les tableaux , qui peuvent être attribués
à Jean Van Eyck , sont déjà rares; ceux qui portaient sa
signature avérée sont en nombre si petit, que cette circon-
stance doit ajouter beaucoup à la valeur de celui-ci.
Sur le bas du cadre , on lit l'inscription suivante : AME
IXH XAN. Et plus bas , lOHËS DE EYCK ME FECIT +
9PLEVIT ANO 1439. La dernière phrase n'a pas besoin
de commentaire , quant à l'autre , exprimée en mono-
gramme , nous avouons franchement ne pouvoir y attacher
un sens rationel. Ces mêmes lettres se trouvent au bas du por-
trait de la femme de Jean Van Eyck , peint par lui en 1439,
et qui est au musée de Bruges. Le Messager en a donné le
trait dans le volume de 1825 : l'auteur de l'article qui l'ac-
compagne , a expliqué ces lettres par " amate Jesum Chris-
» tiim Xanctiss{mu?n. „ Cette explication peut s'appliquer
ici , on a d'abord pensé que la troisième lettre du premier
mot était un G et non un E , mais en y regardant de plus prés,
on s'aperçoit facilement que c'est un E , dont la branche du
milieu est effacé. Au reste c'est un point de discussion peu
intéressant , et que nous abandonnons volontiers aux philo-
logues.
A. V. L.
(6)
^0 Jeu t>'(B$n\0icH, $xU bu %Ux
bc Sicile
DRAME FLAMAND DU XIII'' SIÈCLE.
L'Histoire du Théâtre au moyen-âge est encore à faire.
Ce n'est que depuis un demi- siècle que quelques sayans
laborieux s'en sont occupés. Leurs efforts ont prouvé qu'il
n'était pas sans intérêt d'exhumer , de nos vieux manuscrits,
les pièces dramatiques dont la représentation avait sans doute,
pour nos ancêtres , le même attrait qu'offre pour nous celle
des chefs-d'œuvre de l'école moderne.
L'abhé De la Rue (l)a réfuté dernièrement, d'une ma-
nière victorieuse, l'opinion de ceux qui attribuaient l'origine
du Théâtre en France, aux pèlerins revenus de la terre
sainte. En effet le goût pour les spectacles avait passé , à
l'époque la plus reculée, de Rome dans les Gaules et s'était
répandu, de là, dans le reste de l'Europe. Malheureusement
nous n'avons que très-peu de notions sur cette partie de la
littérature avant le XIIP siècle. Antérieurement à cette
période on trouve seulement la mention de quelques vies de
saints dramatisées que l'on représentait dans les églises, et
le nom de quelques auteurs devenus célèbres dans ce genre
de compositons.
(i) Essai sur les Bardes, les Jung!curs et les IVoufères. Cacji,
i834, i. I. p. iSg.
(7)
Ailain De le Haie, surnommé le Bossu ctArras, Jean
Bodel, de la même ville, el Rutebeuf, de Paris, trois poêles
contemporains du XIII'' siècle , sont les plus anciens auteurs
dont les pièces nous soient parvenues. On doit, au premier,
le Jeu de Robin et de Marion , espèce d'opéra comique
et celui connu sous le nom de Jeu d'Adam ou de la
Feidllee. Le second est auteur du Jeu de Saint— Nicolas.
Quant à Rutebeuf, il nous a laissé, outre le Miracle de
Théophile, la Dispute du croisé et du iion-croisé , dans
lequel ne figurent que deux interlocuteurs, qui , tour-à-tour
disent un ou deux couplets. Le grand d'Aussy (1) a donné
une analyse de toutes ces pièces ainsi que le texte de Robin et
de Marion. On connaît encore de nom le Jeu du Pèlerin (2).
En ajoutant à cela le charmant fabliau diAucassin et Ni-
coletle, composition qui est mêlée alternativement de vers
et de prose, on a indiqué tout ce qui peut appartenir à cette
première période (3).
En Angleterre , durant les XIV® et XV*^ siècles , on
donna des représentations dans les églises et il paraît que
le genre des mi/s(ères y eut long-temps la préférence. En
effet, les pièces profanes n'y remontent pas à une époque
fort reculée. Un point assez intéressant pour nous , c'est
qu'en tète de celles que l'on cite_ ordinairement on place
une farce intitulée : A nieryejest ofa man ihat wascalled
(i) Fabliaux et Contes, éd. de Paris, 1829. t. I.
(2) Roquefort , de l'état de la poésie française dans les Xll^ et
XIII' siècles , \). 2G1.
(3) Le libraire Tcchener, de Paris, a publié dernièrement une collec-
lion de Farces, Moralitez , Sermons ioyeux , composée de pièces estrè-
inemeut intéressantes , mais qui toutes appartiennent aux XV^ et XVI"
siL'clcs. Kous regrettons que ces opuscules soient tous tirés à un très-petit
nombre d'exemplaires, ce qui, en les rendant fort cliers , enipêclie de ré-
pandre davantugc le goût pour ce genre d'études.
(8)
Howleglas {\) ^ qui, comme ledit la préface, est traduite du
flamand (2). Ces aventures A' Uilenspiegel &on\. loin de valoir
les compositions d'Adam de le Haie , de Bodel ou le drame
flamand que nous publions aujourd'hui. Aussi rentrent-elles
dans un genre moins sérieux dont nous avons conservé dif-
férens exemples chez nous.
Un fait remarquable c'est que l'Allemagne , qui ofi"re
d'ailleurs pour le moyen-âge une littérature si riche et si
variée , n'ait pas une seule pièce dramatique à citer avant
le XVI° siècle. Nous n'ignorons pas que l'on donne'comme
telle le poème de Wolfram vonEschilbach, intitule derKrieg
mis PTartzhurg (3) qui se trouve dans le manuscrit n° 7266
de la bibliothèque du roi à Paris et que l'on connaît par la
publication qui en a été faite dans la collection des Minne—
singer n, mais cette jolie composition n'a rien du drame que
le dialogue. En effet, ce n'est qu'un concours qui a lieu en
1207, à la cour de Thuringue, devant le duc Herman et son
épouse Sophie , et auquel prennent part les principaux
chantres de l'Allemagne.
Les auteurs qui ont écrit sur l'histoire et la littérature (4)
(i) Les faits plaisants d'un homme nommé UilenspîegeJ.
(2) Fercy , Reliques ofancient engl. poetry. Lond. 1794, t. I. p. 12g.
(3) Vonder Hagen, Grundrisz zur Geschichte der deutschen Poésie,
p. 521.
(4) Il n'est question , ici , que de la partie de la Belgique où l'usage de
la langue flamande est général. On sait que dans ces provinces le théâtre
français est d'une époque très-moderne. Le premier, celui de Bruxelles,
n'existe que depuis 1700 , celui deGand ne remonte qu'à i^So. Antérieu-
rement à cette époque les Chambres de Rhétorique , qui jouaient en
flamand , avaient le privilège exclusif de donner des représentations. Les
troupes françaises n'étaient qu'ambulantes. Ainsi à Gand en 1660, lors
de l'inauguration de l'cvêque Charles van den Bosch , on fit venir de Paris
la iiQuçc <\e Mademoiselle d'Orléans pour jouer devant le prélat. Voir
Cannaerl , Bydragen iot hel oude Slrafregl , p. 2o5.
(9)
de noire pays n'onl parlé jusqu'ici que des Mystères, des
Moralités et des f^ies de Saints représentés , depuis la fin du
XI V^ siècle jusqu'à celle du XV!*^, dans les églises, sur les
cimetières ou sur les marchés. Les acteurs de ces sortes de
jeux étaient ordinairement des ecclésiastiques qui formèrent
peut-être les premiers ces sortes de corporations deyenues
célèbres sous le nom de Chambres de Rhétorique , dont
l'origine cependant ne paraît pas remonter au-delà de l'épo-
que des ducs de Bourgogne. La composition la plus ancienne
que l'on ait conservée des Rhétoriciens est inédite et se trouve
dans un manuscrit appartenant à M. Lammens , bibliothé-
caire de l'université de Gand ; elle paraît avoir été jouée à
Bruxelles vers 1444 par ordre du magistrat. Dans le pro-
logue , on lui donne le titre de Première joie de Marie.
L'histoire de Lierre et celle de Courtrai font plus d'une
fois mention de spectacles de cette nature (1). Dans les
comptes de la première de ces villes de 1428 à 1478, on
porte à différentes reprises parmi les dépenses , les hono-
raires payés à Henri Bal , de Maliues , et à certain maître
Wautier, comme auteurs de différens Jeux de Saint Gom-
maire. A Courtrai des prêtres représentaient en 1478 et
1481 le Mystère ou le Jeu de la Résurrection.
On ne s'est pas douté jusqu'à présent qu'il ait existé chez
nous , comme en France , un genre de pièces qui n'a rien
de commun avec celles dont nous venons de parler et qui
appartiennent à la période brillante de l'ancienne poésie
flamande , c'est-à-dire à celle antérieure à l'année 1350.
Quels étaient les acteurs de ces pièces ? Dans quel endroit les
représentations avaient-elles lieu? C'est ce que nous n'avons
pu découvrir. Toujours est-il certain qu'elles n'ont pas eu
des prêtres pour acteurs puisque toutes roulent sur des sujets
(i) Vaa Loin, Beschryviiig van Lier , p. 227 et 228, et Goelhaîs-
Vercruysse , jaarhoeh van Korlryk , vol. 11.
^ ( 10)
profanes, qui souvent sont loin d'être édifians. Elles n'étaient
pas non plus jouées en plein air , ni dans une église , mais
Lien dans la partie supérieure d'une maison où on pouvait
se procurer des rafraîchissemens. Cela se voit clairement par
les derniers mots du Jeu d'Esmorée.
Les pièces dramatiques antérieures aux chambres de Rhé-
torique , se divisent en deux classes très-distinctes : 1° en
Jeux ou compositions sérieuses. Nous en connaissons quatre
de cette espèce , dont une seule : de VÉté et de l'Hiver (1),
est à personnages allégoriques. 2° en Sotties ou farces qui
roulent généralement sur un sujet assez trivial. Celles-ci
sont au nombre de sept. Le spectacle qui commençait par
une pièce du premier genre se terminait par une sottie.
Il nous reste à dire quelques mots sur le drame , dont
nous offrons la traduction. Le texte original (2) , qui est en
vers , se trouve dans un manuscrit du XV *= siècle , qui m'a
été communiqué par feu M.-^ Van Hulthem. Ce volume qui
contient plus de deux cents pièces en vers flamands, presque
toutes inécUtes , forme à lui seul , pour ainsi dire , une an-
thologie de notre poésie , depuis le XIP siècle jusqu'au XV^
Il commence par un grand fragment du Voyage de Saint-
Brandan au Paradis terrestre, espèce d'Odyssée monas-
tique qui existait dans plusieurs langues dès le XIP siècle,
époque à laquelle la version flamande appartient peut-être
également. Deux complaintes, l'une sur la mort deWenceslas,
duc de Brabant, arrivée en 1383, et l'autre sur celle de
(i) C'est peut-être une imitation de celle qu'indique l'abbé De la Rue,
t. I. pag- 189.
(2) Le texte d'Esmorée ainsi que celui de quelques autres Jeux pa-
raîtra sous peu dans un premltr volume d'une Collection de poésies
JlamaiicUs des XII L-^ , XIV- et XF^ siècles , ouvrage que l'auteur de
cet article va publier par souscription , chez rimprimenr du Messager
des Sciences et des Arts.
(11 )
Louis de Malc, comte de Flandre, 1384, sont, à en juger
par le style , ce que le volume renferme de plus-moderne.
En effet, on s'aperroit aisément que ces deux poèmes n'ap-
partiennent plus à la belle période de l'ancienne litlcralure
flamande. Peut-être Jacques Van Maerlant, ennemi pro-
noncé de tout ce qui était fable et tançant vertement les
romanciers qui donnaient un essor un peu libre à leur
imagination, avait-il beaucoup contribué à faire remplacer
les fictions brillantes de ses devanciers par des sujets plus
graves à la vérité , mais bien moins poétiques.
Revenons à Esmorée. Ce drame appartient selon nous,
pour les motifs que nous venons d'énoncer, auXIIP siècle.
Par qui a-t-il été composé? C'est Ce que nous n'avons pu
découvrir. Dans quelle ville a-t-il été représenté? C'est là
encore une énigme. Toujours sait-on , comme nous l'avons
déjà dit , qu'il n'a pas été joué sur une place publique. L'épi-
logue nous apprend qvie le spectacle ne se bornait pas à un
seul jour, puisqu'on engage le public à revenir le lendemain.
Apparemment a-t-il eu lieu à l'occasion de l'une ou l'autre
fête publique. Le liazard nous apprendra peut-être toutes
ces petites particularités.
Le sujet de cette pièce semble être entièrement de l'in-
vention de l'auteur : du moins nous n'avons pas rencontré ,
dans l'histoire de Sicile, ni les noms des principaux person-
nages , ni le récit d'un événement qui puisse avoir donné
lieu à cette fiction.
Le style nous ferait attribuer la composition d'Esmorée à
un habitant des Flandres. L'auteur fait usage de quelques
mots peu connus dans les autres parties de la Belgique où
l'on parle la langue flamande. Le dialecte ressemble le plus
à celui de G and.
Dans le texte original on ne trouve que l'indication des
personnages qui [)arlent et rien de ])lus. Aucune indication
du changement de scène , etc. Le co|nstc a cru sans doute
( 12 )
qu'il était inutile d'en faire mention , puisque la pièce était
destinée plutôt à être jouée , qu'à être lue , et qu'il était facile
aux acteurs de suppléer parleurs actions et leurs gestes aune
foule de petits détails, que celui-ci pouvait difficilement expli-
quer par écrit. Cette omission rend malheureusement ce jeu
moins intelligible pour nous , qui ignorons complètement de
quelle manière les théâtres étaient disposés à une époque si
reculée. Nous ne savons pas , par exemple, comment un acteur
fesait pour se trouver tantôt en Sicile , et tantôt à Damas ;
si cela avait lieu avec ou sans changement de décorations.
Afin de mieux faire comprendre la marche du drame ,
nous avons cru pouvoir le diviser en deux parties. Cela
s'établit assez naturellement par une espace de dix-huit ans
qui s'écoule depuis la naissance d'Esmoréc jusqu'à ses amours
avec Damiette. Nous avons également indiqué les scènes.
Au reste on serait libre de couper la pièce en actes ou en
tableaux, comme on le juge convenable.
La naïve simplicité du prologue et de l'épilogue prou-
verait seule l'époque reculée à laquelle cette pièce a été
composée. Ce sont bien là les caractères du XIIP siècle.
Le Jeu de Saint-Nicolas (1), qui date incontestablement
de ce temps , commence à-peu-près de la même manière
qu'Esmorée.
Quelques noms propres ont peut-être besoin d'un mot
d'explication. Les poètes du moyen-âge fesaient deux per-
sonnages difiercns de Mahom et de Mahomet. Apolin et
Tervogant sont des divinités payennes que l'on rencontre
dans presque tous les romans de chevalerie composés en
iVançais, en anglais (2), en flamand , etc. M."" Eloi Johan-
ncau croit que le mot ïervogant est une corruption du mot
(i) Le Grand d'Aussy, l'abliaiix et Contes, t. i. p. i85.
(a) Les Anglais donnent le nom de Terinagaunt à Tert-ogant, Percy,
Reliques , t. I. p. ()2 et 6y.
(13)
extravagant, par aphérèse et tnétathèse (1). Cette supposi-
tion nous paraît un peu hazardée.
On s'apercevra aisément que la traduction du Jeu
dEsmorée est aussi littérale que possible. Nous n'avons rien
voulu changer aux éternelles répétitions de l'original. C'est
là un défaut que les poètes du moyen-âge ont de commun
avec le chantre de l'Iliade. Il aurait été plus facile et plus
agréable peut-être de ne donner cette pièce que par extrait ,
mais comme on a fait un reproche à Le Grand d'Aussy
d'avoir tronqué en quelque sorte les productions des anciens
auteurs, nous donnons notre Jeu en entier, au risque d'en-
nuyer nos lecteurs.
C. P. Serrure.
PERSONNAGES D'ESMORÉE.
Le Roi de Sicile , ou le Roi Chrétien.
La Rei>'e , son épouse.
EsMORÉE , leur fils unique.
Robert, neveu du Roi de Sicile.
Le Roi de Damas , ou le Roi Maure.
Damiette , sa fille.
Plagus , Astrologue du roi de Damas.
Quant aux personnages muets , qui peuvent figurer dans
cette pièce , le lecteur pourra aisément les placer là où il
paraissent nécessaires.
{La scène se jmsse tantôt en Sicile et tantôt à Damas.)
(i) Des XXIII manières de Vilains , pièce du XIII siècle accom-
pagnée d'une traduction en regard, par Achille Jubinal , suivie d'un
commentaire par Eloi Johanneau. Paris, i834. p. Sa.
(14)
€c nohlc 3cu b'^ôtnovéc ^ £'xl0 bu
^01 hc Sicile.
DRAME FLAMAND DU XIII^ SIECLE.
PROIiOGUE.
IKVOCATIOX.
Dieu , né de la \ierge , ne voulant pas livrer à la per-
dition ce qu'il avait créé de ses mains , voulut bien mourir
de la mort de la croix.
ALLOCUTION AU PUBLIC.
Messieurs et Mesdames, je vous prie de faire silence et
de m'écouter.
EXPOSITION DU SUJET.
Autrefois régnait en Sicile un prince dont aous allez
entendre des merveilles. Son épouse mit au monde un fils.
Le roi avait auprès de lui un méchant homme nommé
RoLert, le fils de son frère. C'était à lui que le rovaume
devait écheoir, si le roi venait à mourir sans postérité. Mais
la naissance de cet enfant excita dans le cœur de Robert
une colère et une jalousie implacables. Vous allez entendre
ce qui advint au jeune homme; comment Robert, en le
vendant aux Sarrasins , le plongea dans l'infortune et l'af-
fliction , et comment la mère qui le porta dans son sein ,
vécut pendant vingt ans, privée de la lumière du soleil et
des astres , sans que le sourire parut sur ses lèvres. Tout
cela fui l'œuvre de Robert. Faites silence et écoulez le com-
mencement de cette histoire.
( 15 )
PREMIÈRE PARTIE.
SCÈNE PREMIÈRE.
[En Sicile.)
ROBERT.
Malheur , malheur à moi , par cette fatale naissance d'Es-
morée , mon neveu ! 3Ioi qui me flattais d'être roi après la
mort de mon oncle ! Et voilà que ce vieillard vient d'avoir
un enfant de sa femme. 0 Sicile, jardin de délices, si riche
en bois majestueux , noble royaume , frappé du sort d'un
bâtard, jamais je ne pourrai te posséder! Mon cœur en est
tellement accablé, que je finirai par succomber.... Mais,
de par le Dieu qui gouverne tout, dusse -je me tourmen-
ter nuit et jour, j'entraînerai cet enfant à sa perte ; il faut
que je l'étouffé ou que je le noie ; j'y travaillerai sans
relâche, dussé-je y périr moi-même. Oui , je veux être roi de
Sicile, roi de ce beau pays. Commençons par mettre tout
en œuATe pour diffamer la reine , afin que cette femme ne
partage plus la couche de mon oncle , de ce vaillant guer-
rier C'est ainsi que j'obtiendrai ses états, si je parviens
à atteindre mon but.
SCENE II.
( A Damas. )
L'ASTROLOGLE , LE TyOI MAURE.
l'astrologue.
Où êtes-vous, illustre seigneur, puissant roi de Damas?
mon cœur saigne des choses que j'ai vues.
( 16)
LE ROI MAURE.
Savant Placus , d'où vous vient cet air soucieux ? que
doit-il arriver ?
l'astrologue.
Sire roi, cette nuit, à l'heure des matines, je me trou-
vais dans les champs où je regardais les régions célestes.
Je lus dans les planètes qu'un enfant d'une naissance il-
lustre venait de voir le jour et qu'il vous donnerait la mort
par le fer. Votre fille deviendra son épouse et se fera chré-
tienne.
LE ROI.
Apprenez-moi, maître, quand naquit cet enfant.
l'astrologue.
Sachez, ô roi, que cet enfant est né la nuit dernière.
Son père , homme puissant dans la chrétienté , est roi de
Sicile.
LE ROI.
Dites-nioi , maître , ces événemens doivent-ils advenir ?
l'astrologue.
Par Apolin ! oui sire , sans le pouvoir de grandes pré-
cautions. Cependant si vous voulez agir avec prudence, je
vous donnerai un conseil qui pourra vous sauver , car le
cas exige des mesures habiles.
LE ROI.
Malheur à moi ! mon déshonneur est donc inévitable. Ce
que vous me dites me trouble tellement le cœur , que je
ne sais quel parti prendre. Mais vous Placus , cher ami ,
vous qui êtes un homme si habile et qui m'avez servi si
longtemps avec fidélité ; vous m'avez toujours donné des
conseils dont la sagesse a constamment maintenu ma dignité.
(17)
Je vous prie donc, mon bon et loyal maître, de trouver
sur le champ un moyen qui sauve mon honneur, et me
délivre des alarmes que cet enfant , d'après vos prédictions,
doit me causer quelques jours.
l'astrologue.
Sire roi, vaillant guerrier, mon illustre seigneur , écou-
tez: vous me donnerez de suite une forte somme d'argent,
avec laquelle je vais sans tarder me transporter en Sicile.
Le pouvoir de mon art fera venir entre mes mains ce jeune
homme de haute naissance. Je conjure Mahomet de m'ac-
corder son assistance et de seconder mes projets. Je ne
reparaîtrai pas devant vous , sans tous remettre cet enfant.
A cet effet , vous allez me confier beaucoup d'or et d'ar-
gent, au moyen duquel j'emmènerai le jeune homme; et
même, s'il le faut, je saurai me servir de la ruse :tel est mon
projet. C'est ainsi que je compte bientôt vous rendre maître
de sa destinée : il deviendra un franc payen ; nous l'instrui-
rons dans notre religion , et vous maintiendrez de la sorte
votre dignité. Il croira que vous êtes son père. Mais le temps
presse , je pars sur le champ.
LE ROI.
Votre projet est excellent, Placus, partez, hâtez-vous,
n'épargnez rien , puisez à volonté dans mes trésors et amenez-
moi cet enfant. Ne craignez pas surtout de les prodiguer,
car je brûle de le voir.
l'astrologue.
Assurément , sire , je ferai mon possible pour réussir.
2
( 18 )
SCÈNE III.
( En Sicile. )
ROBERT, L'ASTROLOGUE.
ROBERT.
Voilà donc mon attente remplie et mes désirs satisfaits.
Je le liens cet enfant si cher à mon oncle, ce vieillard
tout cassé , et à sa mère qui ne cessent tous deux de van-
ter sa beauté sans égale. Je détruirai leur allégresse qui
me déchire le cœur. Soyez maudit ainsi que celle qui vous
mit au monde! Depuis votre naissance mon cœur n'a plus
connu la joie. Dussent-ils en perdre l'esprit , je vous ôterai
la vie : vous périrez dans les eaux, ou d'une mort plus cruelle
encore.
l'astrologue.
Ce serait fâcheux , mon ami, cet enfant me paraît si beau.
Vous feriez une folie de lui ôter la vie. Je vois bien à votre
figure que vous lui en voulez. Veuillez, je vous prie, me
dire les raisons qui vous indisposent si fortement contre lui.
ROBERT.
Sachez, mon ami, que lorsque sa mère le mit au monde,
j'appris dans un songe qu'il devait me faire mourir. Voilà
ce qui me causa depuis une crainte si vive, que je n'eus
plus le moindre repos. J'ai profilé d'un moment opportun
pour le dérober à sa mère. Je ne compte pas m'en dessaisir
tant qu'il sera vivant.
l'astrologue.
Mon ami , si vous voulez m'écouter, je vous donnerai un
conseil plus sage. Apprenez -moi , je vous en conjure par
A polin, quelle est son origine. S'il était d'une certaine naissance
(19)
je rachèterais sur le champ, pour l'emmener avec moi loin
d'ici , chez les Maures, dans la \ ille de Bagdad , située au-delà
de la Turquie.
ROBERT.
Voulez-vous,' ami, acheter cet illustre rejeton ? Je vous
ferai connaître son père et sa mère. Apprenez que son père
est roi de Sicile et guerrier de haute naissance , et que sa
mère est fillç du roi de Hongrie.
l'astrologue.
Si telle est sa condition, il me convient à merveille. Je
l'achèterai si vous voulez. Parlez, quel prix exigez-vous ?
ROBERT.
Mille livres d'or comptant , et je vous l'abandonne.
l'astrologue.
Tenez, les voici, et donnez-moi l'enfant. Mais veuillez
m'instruire d'un point. Quel est son nom ?
ROBERT.
Esmorée est le nom de cet enfant illustre.
l'astrologue.
Je vous garantis fju'il restera éternellement payen. Je pars
avec lui \ que 3Iahomet me protège.
SCÈNE IV.
ROBERT.
Me voilà donc délivré de ce qui causait mes alarmes. Il
sera, comme je n'en doute point , pour jamais enseveli dans
le pays des Maures. Car la ville de Bagdad est située dans
une contrée lointaine , bien au-delà de la Turquie ! Que
Dieu l'abreuve d'opprobre ! Com))ien il m'a tourmenté ! Je
vais déposer tout cet or dans un lieu de sûreté; dussé-je ne
(20)
jamais posséder le royaume, l'argent que je \iens de rece-
voir m'assure un rang élevé. J'ai rempli mon attente, car
la Sicile ne saurait m'échapper.
SCÈNE V.
( A Damas. )
LE ROI MAURE, L'ASTROLOGUE.
l'astrologue.
Où êtes-vous , illustre guerrier , puissant roi de Damas ?
Venez, voyez cet enfant issu de noble sang.
LE ROI 3IAURE.
Jamais je n'éprouvai un contentement pareil à celui que
me donne cette précieuse capture. Je l'élèverai comme s'il
était mon propre fils et le confierai à ma fille.
l'astrologue.
Surtout cachez à votre fille le nom de ses parens. Ne lui
confiez jamais ce secret, il pourrait, après de longues années,
vous causer de cuisantes alarmes. Le cœur d'une femme est
faible. Ne lui faites pas connaître la haute naissance de cet
enfant : car si plus tard l'amour inquiète son cœur et lui
inspire de la passion pour lui , elle pourrait bien lui révéler
comment il est venu dans ces lieux. Lorsque le jeune homme
aura grandi, les feux de l'amour pourraient bien enflammer
le cœur de votre fille. Contentez-vous donc de lui dire que
c'est un enfant trouvé : ainsi elle s'en souciera peu.
LE roi maure.
Par Tcrvogant ! Placus, j'approuve fort vos conseils; ca-
chons éternellement ce mystère à ma fille : par là je vivrai
toujours en paix. Où ètes-vous, Damielte? venez promp-
tcment , ma fille. Par Mahom ! J'ai à vous parler.
( 21 )
SCÈNE VI.
LE ROI MAURE, DAMIETTE.
DAMIETTE.
Très-volontiers , mon père ; parlez : quels sont vos ordres ?
LE ROI MAURE.
Par notre Dieu! regardez cet enfant que nous venons de
trouver : sa bouche a la fraicheur de la rose. Mahomet me
l'a envoyé. En me promenant au verger, j'entendis ses cris
et le trouvai sous un cèdre. Damiette, je le confie à vos
soins : traitez-le comme un frère et soyez à la fois, pour lui,
sa sœur et sa mère. Son nom est Esmorée.
DAMIETTE.
Par Tervogant ! mon père , jamais je ne vis de plus bel
enfant : si Mahomet nous l'a envoyé, je lui en serai recon-
naissante ainsi qu'à Apohn. Je lui servirai volontiers de
sœur et de mère. Céleste enfant , vous êtes la plus belle céa-
ture que mes yeux aient jamais vue : certes Mahomet a droit
à ma reconnaissance, pour m'avoir donné un frère : oui, je
serai sa sœur et sa mère. Esmorée , o bel enfant , combien
votre aventure m'étonne : vos langes semblent révéler une
naissance illustre , et l'on vous délaisse , privé de tout secours !
venez , mon bel enfant , vous serez mon frère.
SCÈNE VII.
(En Sicile.)
LE ROI CHRÉTIEN, ROBERT.
LE ROI CHRIiTIEN.
OÙ ètes-vous , Robert, mon vaillant neveu ? Venez, j'ai à
vous parler. Il me semble que mon cœur se brise des pro-
fonds chagrins qui l'accablenl.
(22)
ROBERT.
Eh ! puissant seigneur, quel est le sujet de votre trouble ?
LE ROI CHRÉTIEN.
Mon cœur est déchiré de peines si violentes , que je crains
d'y succomber. J'ai perdu mon bel enfant -, j'ai perdu Es-
morée, mon fUs. Non, rien n'égale ma douleur. La perte
de tous mes biens et même de mon royaume , me causerait
infiniment moins de regrets que celle de mon bel enfant.
O douleur amére ! malheur à moi ! malheur à mon épouse !
Je crois que cette perte sera cause de ma mort et de celle
de la reine , cette noble femme , tant sa douleur est grande !
Oui , je préférerais la mort à ce tourment.
ROBERT.
o vous , dont la renommée s'étend au loin , ne vous af-
fligez, pas tant. Je sais bien ce qui en est. Quoique la reine
paraisse inconsolable , sa douleur n'est pas sincère , j'en
suis convaincu : elle est indisposée contre vous , parceque
vous devenez vieux. Souvent , sans qu'elle s'en doutât , je
l'ai entendue faire des plaintes à ce sujet. Je crois , que ,
par ses artifices, elle vous ôtera la vie. Je prévois qu'elle
vous empoisonnera. Plus d'une fois , lorsqu'elle se croyait
seule , j'ai su l'épier , et lui ai entendu proférer des me-
naces contre vous. Cependant, ma bouche demeura aussi
close que la vôtre l'est en ce moment. Je sais qu'elle même
a mis à mort cette innocente créature. Toujours elle vous
eut en horreur , parce que votre barbe commence à blan-
chir. Elle a sans doute d'autres penchans pour quelque
jeune homme.
LE ROI CHRÉTIEN.
Par les cendres de mon père ! Si j'en était assuré , ni
prières , ni trésors ne sauraient la racheter de la mort à
laquelle je vouerais cette exécrable femme.
(23 )
ROBERT.
Ma tétc répond de la vérité de ce que je tous avance. Je
sais depuis nombre d'années tpie son cœur ne yous est pas
attaché.
LE ROI CHRÉTIEN.
Hélas! qu*ai-je fait pour le mériter? Mes plaintes ne sont
que trop fondées ! En voyant ses nobles traits , je crus voir
ceux d'un ange , tandis qu'ils cachaient une ame si noire.
Certes , mon neveu, tout cela me surprend au dernier point.
Allez et amenez-la moi. Je veux l'entendre parler.
ROBERT.
Où êtes-vous , illustre dame, approchez du roi mon oncle.
Ah ! noble femme , ayez soin de lui , car ses esprits sont
troublés.
SCÈNE VIII.
LE ROI , LA REINE ET ROBERT.
LA REINE.
Hélas ! grand roi , qui nous consolera €lu deuil amer où
nous plonge la perte de notre enfant.
LE ROI.
Taisez-vous : que le ciel vous couvre d'infamie! femme
éhontée et méchante ! C'est vous qui êtes cause de mes regrets
et de mes afflictions : il vous en arrivera malheur. Je sais com-
ment tout s'est passé. Vous-même avez étouflé mon enfant :
vous seule avez commis ce meurtre : oui , il vous en coûtera
la vie! Vous êtes sans contredit la femme la plus méchanlc
rpii fût jamais au monde.
(24)
LA REIXE.
0 mon roi , ô mon époux ! Comment mon cœur pour-
rait-il consentir à faire le malheur de celui que j'ai porté
dans mon sein?
LE ROI.
Taisez-Tous , méchante femme , il suffit : je ne veux plus
TOUS entendre parler. Je vous ferai jeter dans une fosse.
Robert , emmenez-la en prison.
LA AEIKE.
Le Dieu qui mourut en croix , viendra à mon secours ,
et dévoilera mon innocence, car j'ignore tout.
ROBERT.
Certes, reine, j'en suis désolé.
LA REINE.
0 mon Dieu , ayez pitié de mes grandes infortunes. J'ai
perdu mon enfant , et c'est moi qu'on accuse de ce forfait, 0
Dieu puissant , dont tout relève , et qui , dans votre humilité,
avez souffert que l'on vous attachât à la croix, au moyen
de trois clous , sans que vous l'eussiez mérité : Dieu de mi-
séricorde, je vous conjure de dévoiler la vérité et de mettre
mon innocence dans tout son jour. Reine descieux, je vous
fais la même prière. Hélas ! comment pourrai-je conserver
mon courage ? Grand Dieu ! qui donc a si méchamment
lancé sur moi ses traits empoisonnés? ô mon Dieu, source
de toute justice et de toute vérité , faites que l'on découvre
et que l'on reconnaisse mou innocence.
(25)
DEUXIÈME PARTIE.
(18 ans se sont passés.)
SCÈNE PREMIÈRE.
[A Damas.)
ESMORÉE.
Par Tervogant et par Apolin ! comment , ma sœur , cette
femme charmante , peut-elle pousser la chasteté au point de
n'amier aucun homme et même de ne connaître dans les
pays soumis au prophète , personne dont elle veuille faire
son époux ? Par Tervogant ! ou bien sa nature céleste est
inaccessible à l'amour, car elle ne sent de penchant pour
aucun homme ; ou bien elle aime en secret et à mon insçu.
C'est à 3Iahomet sans doute qu'elle doit ce noble caractère.
Voici le verger de mon aimable sœur, le lieu de sa pro-
menade favorite. Par mon dieu Apolin , je veux aussi
profiter de sa fraîcheur. Le sommeil me gagne , j'en veux
goûter le repos.
(^11 essaie de s'endormir.)
SCÈNE IL
ESMORÉE, DAMIETTE.
DAMiETTE, satis aperccvoir Esmorée.
Hélas! Quel pesant fardeau je porte en secret au fond
de mon cœur ! Je brûle des feux d'un amour violent. C'est
à vous , ô Apolin , que j'avoue la passion que j'éprouve
pour un homme dont je ne connais ni la naissance , ni
l'origine! Telle est la puissance de l'amour qui m'enchaîne
en ses liens, dei)uis que mon père trouva ce jeune homme,
et qu'il me le remit comme un enfant trouvé , pour que je
lui servisse de mère et de sœur. Il se croit mon frère, mais
(26)
il ne m'appartient par aucun lien du sang. Cependant je
l'ai aimé par-dessus tout , car il a un caractère noble et un
courage éprouTé : il possède la vaillance propre aux rangs
illustres. Quoiqu'il soit un enfant trouvé , mon cœur me dit
intérieurement qu'il est d'une haute naissance. Heureux
Esmorée ! noble et beau guerrier! Dix-liuit ans se sont écoulés
depuis que mon père vous trouva : je le me rappellerai éter-
nellement; vous ne cessâtes jamais d'être l'objet de mon
amour. Brave guerrier , le chagrin sera éternel pour moi , car
je ne veux point vous le confier : cette confidence porterait
mon père à m'ôter la vie.
ESMORÉE , se relevant.
Femme charmante, suis-je donc un enfant trouvé?' Je
croyais , noble dame , que le roi mon maître était mon père ,
et que vous étiez ma sœur. Oui, je croyais que nous étions
nés d'un même sang. Hélas! quel chagiin j'éprouve. Certes,
par Tervogant ! je suis l'être le plus malheureux qui naquit
jamais. Malheureux! suis-je donc un enfant trouvé? Non?
il ne fut jamais sur la terre homme plus affligé que moi.
Te me crevais d'une naissance illustre et j'apprends main-
tenant ma basse origine. Je vous en conjure , que votre
bouche vermeille me raconte en détail comment votre père
me trouva.
DAMIETTE.
Esmorée, beau guerrier, je suis aussi affligée que vous.
Je ne vous savais pas si près de moi , quand je poussai ces
]tlaintcs. Ne vous en oflensez pas, noble guerrier, c'est
l'amour qui me les arrachait.
ES3I0RÉE.
Hlustre dame, apprenez-moi comment les choses se sont
passées ? J'avais coutume de a ous appeler ma sœur ; ce nom
(27)
ne m'est plus permis : il faut que je change de ton , et que
je vous parle comme un homme qui vous est étranger.
Toutefois, je dois rester éternellement votre ami, et \ous
rendre mes hommages de préférence à toutes les autres
femmes. Parlez, princesse, et apprenei-raoioùje fus trouvé.
DAMIETTE.
0 Esmorée ! noble jeune homme ! vous dont le caractère
est si magnanime; d'après ce que vous avez appris, je veux
vous dire où mon père vous trouva : ce fut dans le verger,
pendant qu'il y respirait le frais.
ESMOREE.
0 noble dame! apprenez-moi une chose, n'avez -vous
jamais appris dans la suite que des épouses , ou de jeunes
filles se soient plaintes d'avoir perdu un enfant ?
DAMIETTE.
Non , je n'appris jamais rien à cet égard.
ESMORÉE.
Hélas! je crains fort d'être né dans une condition ob-
scure , ou dans un pays lointain. Veuille Mahomet me
faire surmonter cet opprobre : qu'il m'apprenne celui qui a
déshonoré ma naissance en m'abandonnant à mon sort mal-
heureux. Cette nuit et celle de demain ne .se seront pas écou-
lées, avant que je n'aie appris de quel sang je suis issu et
quel est mon père.
DAMIETTE.
0 Esmorée , restez prés de moi : je vous en conjure par
l'honneur sacré d'une femme. Si mon père mourait, je vous
prendrais pour époux et vous deviendriez ainsi le puissant
roi de Dumas.
(28 )
ESMORÉE.
Illustre dame , un tel déshonneur ne vous arrivera pas.
Loin de vous l'opprobre de vous allier à un enfant trouvé.
Votre père est un grand roi , et votre beauté l'emporte sur
celle de toutes les autres femmes du monde. Mon cœur
frémit , lorsque je songe au déshonneur attaché à mon
existence.
DAMIETTE.
Je vous en conjure, Esmorée, calmex cette excessive
douleur : jamais je ne vous reprocherai l'état d'abandon dans
lequel mon père vous trouva : nous vivrons ensemble dans
un bonheur sans bornes,
ESMORÉE.
Noble femme , je vous en serai éternellement reconnais-
sant ; mais, par Tervogant! jamais je ne m'unirai au sort
d'aucune femme, quelque brillant qu'il soit, avant que je ne
connaisse celui qui me donna la vie et celle qui me porta
dans son sein. Beauté céleste, je ne me suis arrêté que
trop long-temps en ces lieux ; adieu, je vais à la recherche.
BAMIETTE.
Hélas ! quel sort malheureux m'est réservé! me voilà
donc seule , abandonnée à mes infortunes! C'est un défaut
que de trop parler ; j'en ai fait l'expérience : la prodigalité des
paroles a souvent causé des malheurs et occasionné la perte
d'un grand nombre de personnes. Si j'avais gardé le silence,
j'aurais passé toute ma \ie au sein du bonheur avec Esmorée,
que mes discours indiscrets viennent d'éloigner de moi.
Certes, avec raison je puis me plaindre de ce que ma langue
ne se soit pas glacée dans ma bouche , lorsque je prononçai
ces funestes paroles.
ESMORÉE.
Illustre dame, il me faut partir: que Mahomet veille sur
(29 )
voire chaste beauté : veuillez, je vous prie , saluer de ma part
le roi , mon seigneur : car je ne reviendrai pas avant d'avoir
connu mon origine , ainsi que la personne qui m'exposa au
lieu où je fus trouvé.
DAMIETTE.
Beau jeune homme, je vous prie humblement de revenir
près de moi , quand vous en serez instruit.
ESMORÉE.
Par Tervogant, belle Damiette , cœur généreux, je me
ferai un devoir de revenir promptement, quand j'aurai dé-
couvert la vérité.
DAMIETTE.
0 Esmorée, prenez cette ceinture qui vous enveloppait
lorsqu'on vous trouva. Croyez-moi, portez-la en évidence
autour de la tête : il pourrait se faire cjue quelqu'un vous
reconnût à ce signe : pensez à moi , ô mon Esmorée , car
loin de vous je serai accablée de soucis.
SCÈNE III.
(En Sicile.)
LA REINE, devant la fenêtre d'une prison, ESMORÉE.
ESMORÉE,
Le Dieu à qui rien n'est caché doit être mon consolateur.
Mahomet, Apolin, Mahom, Tervogant, venez tous à mon
secours ! Si les belles arraoieries qui sont brodées sur cette
ceinture m'appartenaient , j'en serais ravi , car elles attes-
teraient ma noble origine. Je le présume , puisque je portais
ce bandeau lorsque je fus exposé. Oui mon cœur me le dil, et
cette ceinture qu'on a trouvée sur moi en est un indice infail-
lible. Je ne saurais goûter de bordicur avant que je n'aie
découvert mon origine , et que je ne sache quel est celui
(30)
qui , dès ma naissance, me livra à mon sort malheureux. Par
Apolin , il en recevrait la récompense. O que mon cœur
serait soulagé si je pouvais trouver mon père et ma mère.
S'ils appartenaient à un rang illustre , je serais entièrement
délivré de soucis.
LE REINE.
Noble jeune homme, venez près de moi : expliquez-vous,
car de loin je vous ai entendu pousser des plaintes.
ESMOREE.
0 belle dame , quels motifs vous ont fait enfermer dans
cette prison.
LA REIÎÎE.
Généreux jeune homme, des traîtres, en m'accusant d'un
crime que je n'ai point commis , me retiennent dans cette
prison. Apprenez-moi comment vous êtes venu dans ces
lieux et qui vous donna cette ceinture.
ESMORÉE.
Par Mahomet , mon maître , je veux volontiers vous sa-
tisfaire. Nous pouvons échanger nos chagrins : vous êtes
en prison et moi je souffre cruellement : car étant encore
enfant je fus exposé et l'on me trouva enveloppé dans cette
ceinture : je la porte en évidence , parce qu'il se peut que
l'on me reconnaisse quelque jour à ce signe.
LA REIKE.
Dites-moi , savcz-vous où vous fûtes trouvé ?
ESMORÉE.
Noble dame, ce fut à Damas , dans un verger, où le roi
de ce pays me trouva : ce fut aussi lui qui m'a retenu dans
son palais.
(31 )
LA REINE.
Soyez béni, ô Dieu, de qui provient toute vertu! Quel
bonheur d'avoir vécu jusqu'au jour où je revois mon enfant.
Mon cœur ne peut supporter l'excès de sa joie : je contera-
pie , j'entends parler mon fils , pour qui j'endure ces tour-
mens. Soyez le bien venu, mon cher fils Esmorée, apprenez
que je suis votre mère et que vous êtes mon enfant. Ma
propre main a brodé cette ceinture que vous portiez lors-
qu'on vous trouva : elle vous enveloppait au moment où
vous fûtes enlevé d'auprès de moi,
ESMORÉE.
0 ma chère mère, faites-moi connaître sans tarder celui
à qui je dois le jour.
LA REINE.
Votre père , beau jeune homme , est le grand roi de
Sicile, et le mien est roi de Hongrie. Vous ne pourriez
prétendre à une plus illustre naissance dans toute la chré-
tienté.
ESMORÉE.
0 ma mère , dites-moi pourquoi vous-êtes en prison ?
LA REINE.
0 mon cher enfant , je dois mon sort à un traître, méchant
et perfide , qui fit accroire à votre père que moi-même je
vous avais étouffé.
ESMORÉE.
Crime abominable ! celui qui donna ce conseil à mon
père fut aussi cause que l'on m'abandonna à mon malheu-
reux sort. Ah ! si l'auteur de ce forfait m'était coimu , par
mon dieu Apolin , la mort serait sa récompense. TS on , ma
chère mère, je ne veux plus tarder à travailler à votre dé-
livrance. La piemière grâce que je demanderai à mon ])ère, à
(32)
cet illustre seigneur, sera celle de vous tirer de cette prison,
que Mahomet et Apolin soient loués , ainsi que le Dieu qui
me créa ! Il m'a fait retrouver ma famille et celle qui me
porta dans son sein. C'est avec raison que mon cœur tres-
saillit de joie au moment où je vis cette femme bien aimée.
LA REI>'i;.
Dieu d'humilité, sovez loué et béni à toute heure. J'ai
retrouvé le cher enfant qui doit me délivrer. La joie qui
enivre mon cœur est sans bornes.
SCÈNE IV.
LE ROI CHRÉTIEN, ROBERT.
ROBERT.
Hélas ! le supplice du malfaiteur qu'on met à mort n'est
pas plus terrible que celui que j'endure en ce moment : un
opprobre éternel va me couvrir. Si mes mains l'eussent tué
au lieu de le vendre , son existence ne me causerait plus de
tourmens. Je crains fortement qu'il ne m'en advienne mal-
heur: car si l'on découvre que je l'ai vendu à un Sarrasin,
c'en est fait de moi.
LE ROI CHRÉTIEN.
Allez, Robert, mon neveu, allez trouver la reine, mon
épouse, que je vais éternellement aimer avec fidéhté, et à
laquelle je veux être soumis pour toujours ; car sans qu'elle
l'ait mérité , je l'ai gardée en prison. Mon cœur est en butte
à mille rejirochcs pour avoir été si cruel à l'égard de cette
femme innocente. Allez , amenez-la moi sur le champ , et
qu'elle voie son fils bien-aimé.
ROBERT.
Sire roi, certes, je le ferai volontiers. Venez, noble dame,
sortez de cette prison que vous habitâtes si long-temps.
(33)
Vous vorve?. Esmorée , votre fils ; vous verre/, ce jeune
guerrier. Mon cœur fut comblé de joie, lorsque son air
belliqueux frappa mes regards.
SCÈNE V.
LE ROI CHRÉTIEN, LA REINE, ROBERT.
LE ROI CHRÉTIEN.
Noble femme, donnez -moi la main et daignez me par-
donner mon crime. Je veux vous être soumis , tant que je
vivrai. Je vois clairement que les torts sont de mon côté :
car notre fils Esmorée est revenu plein de jeunesse et de
force. Je vous en conjure, parle Dieu qui mourut par amour
pour nous , pardonnez-moi mes torts !
LA REIINE.
Puissant seigneur, cœur généreux, je vous les pardonne
volontiers , car toutes mes soufTrances , mes malheurs et mes
chagrins sont passés ; où e^t mon cher enfant Esmorée ?
Appelez-le, que je le voie.
ROBERT.
Noble dame, vous allez être obéie. Où êtes-vous Esmorée,
mon neveu?
ESMORÉE.
Par Apolin , me voici. Par Mahomet et Mahom , je vous
salue , ô mes illustres parens , que je vois aujourd'hui pour
la première fois. Tous les chagrins que mon cœur éprouva
sont oul)liés. Lorsque j'appris que j'étais enfant trouvé ,
j'étais riiomme le plus malheureux de la terre : mais tout
a tourné à mon avantage.
LE ROI ClIRÉTIEÎî.
O Esmorée , faites-moi connaître où vous avez séjourné.
3
(34)
ESMORÉE.
Chez le roi qui porte la couronne de Damas, ô mon père.
Cet illustre Sarrasin me trouva dans son verger : il a une
fille d'une caractère généreux : elle m'adopta avec le plus
grand empressement , quand le roi , son père , m'eut recuilli,
elle me tint lieu de mère et me traita comme un frère. C'est
elle qui m'a fait connaître de quelle manière son père me
trouva et comment j'étais enveloppé dans cette ceinture,
quand je lui fus confié.
LA REINE.
Cette ceinture, Esmorée, moi-même je l'ai brodée: je
dessinai en trois endroits différens les armes de votre père
et celles de la maison de Hongrie, dont vous descendez.
Je vous aimais si tendrement, que moi-même j'achevai
ce travail. Mais bientôt, Esmorée, lorsque je vous perdis,
ma joie se changea en douleur. Je supplie le Dieu qui choisit
la mort de la croix , de pardonner à celui qui fut cause des
douleurs amères dans lesquelles j'ai vécu si long-temps.
ESMORÉE.
Par Apolin , ma mère, jamais il ne fut' ni meurtre ni
méfait qui ne vînt au grand jour et ne reçût enfin sa digne
récompense.
ROBERT.
Par notre seigneur qui fut couronné d'épines , Esmorée ,
mon neveu, si l'auteur de ce crime m'était connu, il rece-
vrait la mort de mes mains , à moins que la terre ne vînt à
l'engloutir : oui , mon épée le tuerait et mettrait fin à son
indigne vie. Ah! si je connaissais le méchant qui vous cou-
vrit de cet opprobre , il ne saurait m'échappcr dans aucun
lieu de la chrétienté.
LA REINE.
Vivons désormais dans un contentement parfait et ou-
(35 )
blions toutes nos douleurs , car mon cœur ressent une joie
sans homes.
LE ROI.
Allons , Esmorée , ne songeons plus (jua notre honlicur.
Mais il faut que vous abjuriez Apolin et Mahomet , et que
TOUS creviez en la Vierge Marie et en Dieu le père éternel
qui nous a tous créés et qui , par sa science divine , a fait
naître tout ce qui respire sur la terre. Le soleil , la lune ,
le jour et la nuit , le ciel et la terre , les arbres et les plan-
tes , tout doit l'être à sa puissance : c'est en lui que tous
devez croire.
ESMORÉE.
Je le conjure donc, ce Dieu tout-puissant, de veiller
aTant tout sur les jours de la belle Damiette : elle a droit à
ma reconnaissance , cette jeune et noble reine de Damas,
qui m'a élcTé avec tant de soins : car elle est bonne et sen-
sible. Je dois l'aimer par-dessus toutes les femmes du
monde. C'est à tort que je ne l'aimerais pas , car elle me
chérit de tout son cœur.
ROBERT,
Cela n'est que trop juste , Esmorée : oublions toutes nos
peines. Le repas est serTi , mettons-nous gaiement à table.
SCÈNE VL
[A Damas.)
DAMIETTE.
Hélas ! qu'est-ce qui retient Esmorée et l'empcche de
rcTenir près de moi ? Je crains qu'il ne soit perdu ou qu'il
n'ait fait une mauvaise fin. Peut-être vit-il au sein du bon-
heur et ne songe plus à moi. Je connaîtrai la vérité sur
tout ce qui le concerne , dussé-je parcourir le monde. Où
êtes-vous Placus , savant maître ?
( 36 )
SCENE VII.
DAMIETTE, L'ASTROLOGUE.
l'astrologue.
Bonne et aimable princesse , me voici prêt à vous servir.
DA3IIETTE.
Maître , je veux aller chercher Esmorée dans tous les pays ,
(lussé-je endurer la faim et la soif , des revers et des hu-
miliations. J'y suis résolue. Un amour légitime m'y force. Je
vous prie, mon cher Astrologue, de ne pas me quitter, et
de m'aider de vos conseils pour le retrouver.
l'astrologue.
Rassurez-vous , princesse ; puisque telle est votre volonté
et que le jeune homme vous est si cher, nous le chercherons.
DAMIETTE.
Allons donc . mon maître , mettons-nous en route , en
pèlerins.
SCENE VIII.
[En Sicile.)
ESMORÉE, DAMIETTE, L'ASTROLOGUE. Les deux
derniers en Jiahits de pèlerins.
DAMIETTE ET l'aSTROLOGUE.
Hélas ! n'y a-t-il personne qui veuille donner l'aumône
à deux pèlerins égarés et dépouillés par les brigands?
ESMORÉE.
Ah ! Il me semble entendre Damiette : ne l'entendsr-je
pas ? Par la sainte Vierge 3Iarie ! comme cette voix ressemble
à celle de Damiette , celle jeune rcme de Damas, que j'adore
par-dessus toutes les femmes du monde. Parlez, que j'en-
tende votre voix : elle ressemble à la sienne d'une manière
étonnante.
(37)
DAMIETTE.
Si j'étais au palais de Damas, vaillant et beau jeune homme,
vous me reconnaitriez mieux que sous ce costume de pèlerin.
ES5I0RÉE.
0 noble femme , ô ma chère Damictte , est-ce bien vous ?
rien ne saurait plus mettre obstacle à mon bonheur. Jamais,
à aucun hôte du monde, je n'accordai l'hospitalité ayec tant
de joie. Racontez-moi, noble princesse, comment tous êtes
arrivée dans ce pays.
DA5IIETTE,
Vaillant guerrier, je conçus le projet de vous chercher.
Mais comme je ne pouvais lexécuter sans m'exposer à de
grands dangers , je pris le costume de pèlerin et j'errai à
l'aventure dans le pays, ayant pris avec moi Placus , pour
qu'il me protégeât.
ES3I0RÉE.
Où êtes-vous , mon père bien aimé? Venez voir celle qui
m'aime si tendrement et avec tant de constance : il est juste
que je la paie de retour , elle a tant fait pour moi.
SCÈNE IX.
LE ROI CimÉTIEX, ESMORÉE, DAMIETTE,
ROBERT, L'ASTROLOGUE.
LE ROI CnRÉTIE5.
Aussi je veux lui faire un accueil cordial : sovez la bien-
venue, charmante Damictte, vous seule serez reine de
Sicile. Je mettrai la couronne sur la tête de mon fils et vous
deviendrez son épouse : car je suis trop avancé en âge
pour en supporter plus long-temps le fardeau.
(38)
ROBERT.
Par Saint Jean , ô mon oncle el mon roi , Esmorée en est
digne ; il est deTenu un chevalier renommé qui manie bien
les armes. Le projet de lui céder votre couronne me paraît
sage. Approchez, Damiette, soyez, l'épouse du jeune roi.
PLAGUS.
Aidez-moi, Mahomet! je m'étonne de me posséder dans
un pareil moment. 0 Esmorée , noble et loyal chevalier ,
c'est lui qui est cause de tous vos malheurs : au fond du
cœur il désavoue les discours de sa bouche. C'est lui qui vous
vendit à moi , et mille livres d'or furent le prix de notre
rnarché.
ESMORÉE.
Dites-moi, maître, ce qui en est,
PLAGUS.
Par Apolin , il y a dix-huit ans, je me transportai au
même endroit que vous voyez d'ici. Ecoutez quels étaient
les projets de ce méchant : sans aucun doute, il vous aurait
fait périr dans une fosse; il vous accablait de malédictions
parce que votre naissance lui enlevait tout espoir à la cou-
ronne. Son air me fil connaître que vous lui apparteniez par
les liens du sang.
ESMORÉE.
Maître, je vous en conjure, racontez-moi tout en détail.
Je suis au désespoir de ne pas savoir la vérité el d'ignorer
quel est celui qui a causé à ma mère tant de peines el à moi
tant d'opprobre. «
PLAGUS.
Par Mahom, Robert lui-même est l'auteur de tout. Par
mon Dieu Tervogant ! il vous aurait ravi la vie : il était sur le
( 39 )
j)0!nt (le consommer ce crime. Je l'entendis cl lui dis que c'eût
^Ic un lâche forfoil de faire mourir ce jeune cl illustre enfant j
«le sorte que je vous achetai mille livres d'or fin^
3BSaiOREE>
Par le seigneur qui gouverne tout , ce crime sera vengé
avant qu'une goutte de vin désaltère ma soif. Robert votre
dernier jour est arrivé : où êtes-vous , mon père, noble baron ,
,e.t vous assassin perfide ?
ROBERT.
Par Dieu, mon neveu, cela est faux. J'ai toujours été
bon et loyal serviteur, et je ne fus jamais ni traître ni assassin.
ESMORÉE.
Taisez-vous , fils d'une mère débauchée ! le crime mie
vous avez commis est bien plus exécrable : comment a pu
vous venir l'idée de vendre celui que les liens du sang vous
attachaient si étroitement et de faire croire à mon père que
ma mère avait commis ce crime?
ROBERT.
S'il est quelqu'un dans le pays qui m'accuse , je veux entrer
en lice avec lui pour soutenir mon innocence.
PLAGUS.
Taisez-vous , homme perfide ; vous l'auriez assassiné , si
je n'étais pas arrivé près de vous. Jamais je ne fus si satis-
fait, que lorsque je parvins à le tirer de vos mains à prix
«l'argent. Je vous le donnai , sans le compter , dans une
cassette d'ivoire. Je parie ma tête qu'on la retrouverait
<;ucore dans vos coffres.
ESMORÉE.
Malheur à vous , Robert , monstre abominable , je vous
(40 )
hais à juste titre. Voici le jour de \otre supplice; l'univers
entier ne saurait vous en arracher.
(/ci on pend Robert.)
EPIIiOGUE.
ESMORÉE.
Ainsi l'on voit toujours à mauvaise vie mauvaise fin : les
cœurs purs et vertueux finissent par triompher. Je vous con-
seille donc tous , qui que vous soyez hommes ou femmes ,
de ne jamais quitter le sentier de la droiture : ainsi vous
serez un jour unis à ce Dieu dont le trône sublime est
dans les cieux où vous entendrez les concerts divins des
anges. Que le père céleste nous donne cette grâce ! et
nous , répétons tous Amen.
PLAGus, au public.
Que Dieu nous accorde à tous sa protection , vous avez
pu voir , hommes sages et prudens , quelle vengeance
Esmorée a prise de Robert , son oncle.
Que personne ne quitte sa place pour retourner chez lui ,
car nous allons jouer une Sottie (1) qui sera courte. Ce-
pendant si quelqu'un d'entre-vous est pressé par la faim ou
la soif , qu'il aille prendre des rafraîchissemens eu descen-
dant par cet escalier. Si vous vous êtes bien amusés , revenez
tous demain.
(i) Nous ne donnons pas la traduction de cette Sollie ou Farce, qui
suit immédiatement le drame d'Esmorée , parce qu'elle n'oiFrirait peut-
ctre pas le même intérêt pour nos lecteurs.
(41 )
^«♦itt Wan i^cttxh^si. (i)
L'amour effréné de la liberté contribua à procurer
à la réformation un succès rapide dans la ville de
Gand , et amena ces scènes tumultueuses par
lesquelles cette ville eut le malheur de se distin-
guer dans le cours de la guerre des Pays-Bas.
Schiller-
II est pénible d'avoir à réveiller le souvenir des crimes
de l'ambition ; d'avoir à retracer le portrait d'un homme
qui jeta sa patrie dans un abîme de maux , et de rappeler
ces affreuses guerres religieuses qui ensanglantèrent la Bel-
gique au XVI'' siècle ; c'est cependant une obligation. S'il
est utile d'exposer souvent aux yeux le spectacle des vertus
civiles et religieuses récompensées , il n'est pas moins né-
cessaire de montrer aussi l'homme coupable et puissant,
atteint enfin par la justice de la Providence , et servant de
déplorable exemple à ceux qui seraient tentés de marcher
dans ces mêmes voies criminelles.
Les idées de réforme religieuse et politique , qui avaient
pris naissance en Allemagne et à Genève , avaient pénétré
de bonne heure dans les Pays-Bas , malgré les érUls sévères
de Charles-Quint (2). La secte des Anabaptistes , aujour-
(i) Le portrait que nous donnons ici est exécuté d'après une bonne copie
faite sur l'original, appartenant à l'un des descendants de Van Ilembyze.
Nous devons la communication de cette copie à l'obligeance de M.'^ \\n-
chitccfc Goatghebuer , qui possède une précieuse collection d'estampes
et de dessins d'anciens monumens de la ville de Gand , ainsi que de por-
traits de ses hommes illustres.
(2) Publiés en iSaô, iSsg et souvent renouvelés ultérieurement.
(42)
d'hui si paisible , avait séduit des hommes qui appartenaient
aux classes lionoraHes de la société. Nous lisons dans un
de nos chroniqueurs les plus consciencieux et les plus im-
portans pour cette époque (1) qu'à Gand, le chevalier de
Jérusalem Josse de Bakker , en 1530 (2); Arnould de
Jaeghere et Jean de Genlbrugge, en 1534; le chirurgien
Liévin Van de Walle et Alexandre Huyhrechts, en 1536 ;
furent , les uns brûlés vifs , les autres décapités pour crime
d'hérésies.
Les sociétés de rhétorique de la Flandre , déjà célèbres
avant que les Jeux Floraux fussent connus en France,
contribuèrent à répandre les opinions de la réforme. En
1539, celle de Gand, dite des Fontaînîstes, demanda aux
sociétés des villes voisines , quelle était la plus grande con-
solation de l'homme mourant? La chambre de rhétorique
(i) Pater de Jonghe , Gendsche geschiedenissen , Gend, 1781.T. I
en If. — Voyez aussi : Historié der Hervormde TcerTc te Gend , door
IF. Te Water. Utrecht, lySG. '\n-Z.°^assim. On sait que le fils de l'au-
teur publia à Utrecht, en i ^94 , un appendice de 85 pages et qu'il y ajouta
un nouveau titre à l'ourrage de son père.
(2) Déjà avant cette année, des partisans des nouvelles doctrines avaient
été mis à mort dans d'autres villes des Pays-Bas. En iSaS , Jean , prêtre
3 Woerden , en Hollande , et la noble dame van Bigarden avec son fils à
Bruxelles : en if)2^ , une jeune fille nommée "NYendelmat , à La Haye j en
iSaS, Henri Ylaminck , moine augustin à Tournai ; en iSag , Guillaume
de Zwoll , 3 Malines. Aboyez de Beschryvinge van de geschiedenissen
in der religie saecJcen toegedragen in de Nederlanden. Deerste Boecli.
GedrucJit in Augusto iSSg. kl. in-B." L'auteur de cet ouvrage de la plus
grande rareté , est Jacques Van JVesemheecTce , conseiller pensionnaire
de la ville d'Anvers. Un exemplaire en flamand en a été vendu , à la vente
du capitaine Michiels , à Anvers, en 1^81 , fl. 4^i 4 ^o"^ ^^ change
(97 ^''* IZ ^•) '• '^'^'^'^ exemplaires ont été vendus, à la vente du comte de
Proli , à Anvers ,en 1785 , l'un auprix de 70 fl. (148 fr. i4 c), l'autre
4o fl. (84 fr. 65 c.) A la même vente, un exemplaire français fut payé
i3o fl. (2;5 fr. i3 c.)
(43)
<le Bcrgucs S.' Winox ayant répondu : " La confiance dans
le Christ et dans son Esprit. „ remporta le second prix :
les Gantois avaient jugé que cette solution renfermait toute
lesseuce de la religion reformée (1). Les diverses questions
et les moralités {^sinneheelden ) proposées par les sociétés
de rhétorique des Pays-Bas , et surtout de la Flandre ,
éveillèrent la soupçonneuse inquiétude de Philippe IL Ce
prince, par un placart en date du 26 Janvier 1559, défendit
tous ces Jeiix d'esprit auxquels on mêlait des questions
et des matières qui jetaient le trouble dans la religion
cathoUque{2). Toutefois ces mesures vinrent échouer contre
les progrès de la réforme qui se propageait avec tant de
rapidité, qu'en 1544 la ville de Gand eut son ministre évan-
gélique , dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous (3).
A la suite de ces prédications , bon nombre d'habitans em-
brassèrent les nouvelles doctrines de Luther , et furent
exposés à de cruelles persécutions qui firent naître de nou-
veaux prosélytes.
Enfin s'alluma dans les Pays-Bas la plus affreuse et la
plus longue des guerres civiles et religieuses dont les an-
nales de l'histoire fassent mention. Les chefs de la révolution
^ oulurent arracher violemment leur patrie à la cruauté des
Espagnols , et compromettre tout le peuple , afin de le forcer
à abattre son ennemi , pour ne point périr par le bûcher ;
ils mirent donc la hache et la torche aux mains des icono-
clastes , race impie et grossière. Alors parut le duc d'Albe ,
exécuteur impitoyable des vengeances de son maître, et
à sa voLx , pendant plusieurs années , le sang innoncent
comme celui du coupaljle inonda chaque jour nos places
(i) Van Meteren nederl. historié, i boek , bladz. i6. a. , et M.'' N. Cor-
nclissen , notice sur les chambres de Rhétorique , etc. Gand , 1 8 1 2. in-8.°
(2) Plakkaet-boek van Vlaenderen. bladz. 8i5, 81G,,
(3) Historié der Martclarcn. i deel. fui. 44-
(44)
publiques. " C'est pourquoi des gens d'esprit , de vertu , de
probité et de littérature étaient préoccupés autant et plus
que les autres contre les Espagnols, et se distinguaient
dans le maniement des affaires , et dans toutes les mesures
contre eux ; il y en eut plusieurs qui s'emportèrent bien
loin, jusqu'à embrasser les erreurs et l'hérésie; car, comme
les premières persécutions se fondaient sur la religion , le
respect se perdit pour n'avoir rien de commun avec une
nation qui la professait avec un zèle si outré , et l'antipathie
qu'on se sentait pour les Espagnols rejaillit sur la religion
même. ,, (1).
Mais alors il y avait aussi aux Pays-Bas , une autre classe
d'hommes, qui, le cœur endurci par les horreurs de la
guerre civile , et ayant perdu tout sentiment de foi et
d'honneur , sans amour ni pour leur terre natale , ni pour
la véritable liberté , voulaient s'élever sur les ruines de leur
patrie. Au milieu d'eux apparaît et domine la grande figure
de Van Hembyze dont la carrière politique et la catastro-
phe sont un des épisodes les plus dramatiques de ces temps
de trouble.
Issu de la noble et illustre famille de Silly , dont les
descendans ont brdlé en Hainaut, en Flandre et en France,
Jean Van Hembyze, appelé dans nos chroniques Jonhheer
Jan, avait été comblé de tous les dons de la naissance,
de la fortune et des talens. Il naquit à Gand en 1513, de
Jean Van Hcmbyze, échevin des Parchons en 1545, et de
Wilhelmine ïriest , fille de Josse. Il épousa en premières
noces la dame Jeanne De Waerhcm ; devenu veuf, lorsque
sa mauvaise étoile l'eut ramené à Gand après son expulsion,
il prit pour seconde femme l'une des filles d'un genlil-
(i) Voy. Vander Vynchl ,\\\si. tics troubles des P,-B. Brux. 1822. v. I.
]i. I 3. édit. de M."" de ReifTenberg. Dans le cours de ccUe notice, on s'aper-
cevra que j'ai mis souvent cet excellent auteur à contribution.
(45 )
homme , conseiller au Conseil de Flandre , et dont les des-
cendants existent encore dans la Flandre-Occidentale (1).
Jean Van Hembyze avait reçu le bienfait d'une éducation
solide, à une époque où le génie d'Erasme et la propaga-
tion de l'imprimerie faisaient revivre les chefs-d'œuvre
d'Athènes et de Rome ,'et avait acquis, dés sa jeunesse, une
profonde connaissance des hommes et des choses; peut-
être aussi les écrits spirituels et satiriques de l'auteur de
V Eloge de la Folie, eurent -ils sur ses idées religieuses
l'influence qu'ils avaient exercée sur le père du savant
Daniel Hensius, son concitoyen (2). Divers voyages en Eu-
rope , la connaissance de plusieurs littératures étrangères
et celle des sciences exactes, l'étude enfin des anciennes con-
stitutions politiques avaient développé son jugement : ajoutez
à toutes ces qualités une éloquence facile et persuasive ,
une grande activité de corps et d'esprit , un génie entre-
prenant , subtil et délié , un amour simulé du bien public ,
une rare tempérance (3) , enfin une connaissance peu com-
(i) Yoycz Marcus Van Vaernewyck , historié van Belgis , Gend
(i83o) D. J. Vander Haeghen, 2 deeîen in-8°. Cette nouvelle édition
qui est très-soignée , est infiniment plus am[)le que toutes les précédentes.
On y trouve en tr 'autre un appendice de i3G pages sur les Gantois cé-
lèbres {alphahelische heredeneerde naemlyst der Gentenacren die...
eenen onslerffelyhen naem verivorven hehbcn). Ces biographies, pu-
bliées sans nom d'auteur , et qui renferment des renseigncmens pré-
cieux pour celui qui voudrait écrire une Biographie de la Belgique ,
ont pour la plupart été rédigées par trois de nos amis, que la mort nous
a enlevés en moins de quatre ans, MM. Ilye-Schoutheer , secrétaire de
la régence , L. De Bast , secrétaire de la Société royale des Beaux -Arts,
et J. F. Van Iloorehehe , pharmacien et antiquaire instruit.
(2) Mcursii Athen. Rat. pag. 21 1.
(3) Sa devise était sohriè et vigilant sr. Un auteur, dont le nom nous
échappe , a fait la remarque que presque tous les ambitieux étaient très-
sobres, sans doute par crainte de trahir leurs desseins secrets. On possède
encore aux archives de la ville de Gand quelques-uns des coins originaux
avec lesquels Van Ilembyze fit battre monnaie en son nom, lorsqu'il était
à l'apogée du pouvoir, et qui portent sa devise.
( 46 )
mune de l'étal, des ressources et des diverses administra-
tions de la Flandre, dans lacpielle il avait souvent occupé
des magistratures. Ces qualités étaient malheureusement
effacées par des vices qui plongèrent sa ville natale et les
Pays-Bas, dans d'épouvantables désordres , et dont la plu-
part des historiens n'ont pas , ce nous semble , assez senti
les désastreuses conséquences sur la marche des événémens ,
pendant nos troubles du XVI^ siècle.
Dévoré d'une ambition insatiable et sans bornes , artifi-
cieux , fougeux dans ses passions , Van Hembyze avait cru
ne pouvoir plus facilement dominer le parti des Gueitx
qui devaient lui servir de marche— pied à la souveraineté
popidaire, qu'en vouant aux Espagnols et aux catholiques une
haine implacable et qu'en reniant le Dieu de ses pères (1).
Il disposait à son gré d'un peuple nombreux, aguerri par
dix ans de guerre civile et accoutumé, depuis la destruc-
tion des manufactures , à ne vivre que du pillage des églises,
des abbayes et des couvents. A son moindre signal 30,000
hommes armés obéissaient aveuglément à ses ordres. Il avait
recherché son principal appui dans le sein de sa nom-
breuse et puissante famille : ses trois frères François, Antoine
et Roland Van Hembyze , ainsi que son cousin Bussaert Van
Hembyze , seigneur de Gits , étaient ses instrumens dociles
et dévoués : ils lui prêtaient dans toutes les circonstances
le secours de leurs bras et de leur conseil : aussi les avait-il
fait entrer dans le magistrat gueux de la ville de Gand ,
comme l'appellent les auteurs contemporains. On devine
(i) Cependant le P. DeJonghe, I. 4^9» tlit avoir lu dans un ancien
manuscrit , que Van Hembyze était mort catholique , quoiqu'il eut été
accompagné jusque sur l'échafaud par Jacques Hinnedonch , ministre
protestant de S.^ Bavon. Van Meteren, au contraire, VIII, Boek. fol. i^S.
c. nous assure que ce fameux tribun a bien prouvé qu'il n'avait ni
religion ni amour pour sa patrie. •
(47)
facilement qu'un tel homme était peu scrupuleux sur les
moyens de se débarrasser de ses ennemis, et de se procurer
de l'argent pour acheter des créatures qu'il attachait à sa
personne , soit par des dons semés avec] adresse , soit par
une coupable indulgence pour leurs crimes.
Van Hembyie était surtout impatient de toute domina-
tion , et ne reconnaissait de maître qu'autant qu'il croyait
pouvoir le faire servir à ses projets : son aversion pour le
Prince d'Orange était aussi grande que pour rarchi<luc
Matthias et les autres pouvoirs qui [succédèrent à ce prince.
Mais il détestait avant tout la France , sans doute parce que
l'intervention de cette puissante monarchie dans les affaires
des Pays-Bas, effrayait ses projets de république et de dic-
tature suprême. En effet, l'établissement d'une republique
était l'unique pensée qui dirigeât toute sa conduite. Combi-
nant les principes démocratiques de Sparte et de Rome ,
avec ceux du Luthéranisme , son but était de faire de Gand
une nouvelle Genève , et nous sommes forcés d'avouer que
l'organisation politique qu'il lui donna, quelque compliquée
qu'elle fut, porte l'empreinte du génie (1). Ce despote que
nous avons vu si impérieux à l'apogée du pouvoir , fut lâche
et tremblant lorsque la faveur populaire l'abandonna de-
vant la seule présence du Prince d'Orange : et plus tard ,
quand les hommes de son propre parti vinrent lui demander
sa tête en expiation de ses forfaits et de sa trahison , il versa
des larmes , comme un enfant. La terreur de la mort le
priva à tel point de l'usage de ses facultés intellectuelles,
qu'il ne sût plus écrire correctement ni son propre nom ,
ni la date de l'année de son sup])licc (2).
(i) Voyez, cette constitution dans Vander Vinckt , L. C. II. i2-23.
(2) Voyez dans l'ancienne collection du Messager des Sciences et
des Arts, VI. 43i , les lettres inédites de Van llenibyzc, du Comte
d'Egmont et do la reine Elisabeth , publiées par l'auteur de cette notice.
(48)
La conduite de Vau Hembyzc eut l'influence la plus dé-
cisive, sur le cours de la révolution contre la tyrannie es-
pagnole. Cet ambitieux en voulant former de la ville de
Gand et de la Flandre qu'il avait soumises à son pouvoir ,
une républitpie particulière qui ne reconnaissait l'autorité
ni des états, ni du prince d'Orange , ni de l'archiduc 3Iat-
thias , ni du duc d'Alençon , annihila les heureux effets que
l'on attendait de la célèbre pacification de Gand , fit naitre
chez les Wallons le tiers-parti des tnécontens , qui ouvrirent
la Belgique aux conquêtes du prince de Parme, opéra la
scission des XVII provinces des Pays-Bas, et força le prince
d'Orange à cimenter un coalition plus intime des provinces
du Nord , qui , sous le nom fameux </' Union d' Uirecht ,
devint la pierre fondamentale de la république Hollandaise.
Semblables au flux et au reflux d'une mer orageuse ,
tour— à-tour vainqueurs et vaincus, à Gand, le parti des
catholiques et celui des gueux avaient porté la perturbation
dans le pays et arrêtaient la marche des événemens : ce
dernier se divisait encore en deux factions dont l'une, visant
à une entière mdépendance républicaine, avait pour chef Van
Hembyze, tandis que celle de Ryhove voulait , avec le prince
d'Orange , la confédération des provinces. La révolution
faisait une halte forcée au milieu du sang et des crimes de
toute espèce, et nulle part la célèbre Pacification de Gand
n'était plus ouvertement violée que dans la ville où elle
avait été signée. Pour mettre un terme à tant de calamités ,
l'archiduc Maltliias et les Etats-Généraux pubbèrent le 7
Juillet 1578, un règlement pour l'exercice des deux reli-
gions; il avait pour base la Pacification de Gand. Ce rè-
glement, nommé Paix de religion, contenait dix-huit
articles (1). On y faisait le partage des églises paroissiales
et des chapelles de la ville. La religion réformée , désignée
(j) Voy. p. Bot, XHI Boek, Ll. 72 en P. de Jonglie, II. gS.
( ^i^ )
la première, obtenait les églises de S.* Jean (aujourd'luii
S.^Bavon), de S. '^ Sauveur , de Notre-Dame (maintenant
détruite), etc., etc. On y pourvoyait à la subsistance des
religieux et des religieuses , enfin l'on y prononçait des
peines contre ceux qui troubleraient l'exercice de l'un ou
de l'autre culte. Hembyze , soutenu par le conseil des XVIII
et le fougueux Datlienus , ministre de la nouvelle religion ,
voulait repousser ce règlement , jusqu'à ce que la liberté de
culte eut été généralement accordée dans les XVII provin-
ces (1). L'influence du prince d'Orange , venu exprès en
personne à Gand, pour mettre un terme à des troubles si
nuisibles à l'avancement de ses projets , et la faction de
Rvhove l'emportèrent enfin : ledit passa en résolution et
fut publié au son de trompe , sur la place de la maison-
de- ville, le 27 Décembre 1578.
Quelques jours auparavant , l'abbé de S.* Pierre avait ob-
tenu de l'archiduc Matthias l'ordre de pouvoir arrêter la
démolition de son abbaye qu'exécutait Jean Vander Laer ,
commissaire de la ville, accompagné d'un certain nombre
d'ouvriers (2), Cet ordre , auquel le magistrat s'était soumis
à regret , augmenta la défiance naturelle de Van HemJiyxc
à l'égard des catholiques. Aussi , quoique la paix de reli-
gion dût paraître bien plus hostile à ceux-ci qu'aux réfor-
més, afl'ectant sans doute de craindre quelque restriction
mentale de leur part , il leur fit signer la déclaration sui-
vante , à laquelle il apposa lui-même sa signature avec le
second échevin. Celte pièce intéressante a échappé juscju ici
aux investigations de P. Bor , du Père De Jonghc , do
Te Water, et de tous les écrivains qui se sont occupés de
l'histoire de nos troubles religieux. Nous en devons la com-
munication à l'obUgeance de M.'^ Parmentier, archiviste de
(i) Ilisl. der Jleri'ormde kerke le Cent , dour Jf. Te // uler. bl. \o,
(2) Gendsche f^esch. I. f)3.
4
(50 )
la \ille de Gand , qui , en moins de quatre années , a déjà
mis tant d'ordre dans le riche dépôt confié à son activité
et à ses connaissances (1).
Forme et projet de Serment, en remplacement du Serment
pvMié à Gajid, par la paix de religion, le 21 Dé—
ccmhre 1578.
Nous etc. , Jurons et promettons au nom du Dieu tout-
puissant, cFoLscrcer inviolahlement et en son entier Védit
de la paix de religion sur l'exercice des deux cull£S ,
puhlié par le magistrat de la ville de Gand, le 27 Dé—
cemhre 78 ; par conséquent de défendre fîdUement les
privilèges de la susdite ville, ainsi que les habitaîis de
celle-ci , de corps et de biens , tant de l'une que de l'autre
religion ; d'aider à les tenir en jyaix, repos et tranquillité ,
sous peine d'être punis de nos corps et de nos Liens , par
ledit magistrat : nous soumettant , tant ecclésiastiques que
sécidiers, à être leurs Justiciables ; et quant à nous, qui
sommes de la religion romaine, jJour prévenir toutes dis-
sentions et méfiances, nous 7ious désistons j^ar les présen-
tes de tous les privilèges , de toutes les immunités, et exemp-
tio7is qui pourraient nous cire favorables , jmr les droits
(i) Vorme ciide concept van Eede in de plaetse van Eede ghepucblicecrt
biniien Gliencltby de religioens vrcde den 27 Decembris LXXVIII.
Wy etc. , sweercn cnde beloven by God almachtich vast ende onver-
brckellk 't lionderhoudene d'ordonrantie van den religions vrede up
d'excrcilie van beede de rcligicn , by den magistraet der stede van Gheiidt
den 27 Deceinber 78. gliepublicecrt , dienvolghendc de previlegien der
voorsevdei" stede , 00c aile de jusetenen der zelvcr , zo van d'ecne als
dandcre leligie, ghetrouwelyk te beschermen in lyfve ende goede, ende
le lielpen houdcne in paisc , ruste, cnde vrede, up peijne van bij 't voor-
iiocmde magistraet, zo in lyfvc als goede, ghepuniert tCAverdene , alwaer
wyliedcn zo ghecstelj-cke als weerlicke ons te redite stellen ende ad-
voueren , ciide onie l;y ons van roomsehe religle aile difTidentien cnde
misvcrlrouwen te weerene , renimcbieren, ende gaen af by dcsen, van
iillc previlegien , vryhcdcn ende cxcmptieii, die ons wt Lcyserlickc , pau-
(51 )
impèrîmix , ou canoniques ; jmr les conciles ou autrement,
tant par grâces, induites, dispenses obtenues ou à obtenir
de la part de V autorité ecclésiastique ou civile , que sous
quelque prétexte ou serment prêté ou à jn'êter à ce contraire,
et nommément à l'opinion de quelques uns qu'en matière
de religion et de foi , on ne serait point obligé de tenir
promesse et fidélité à ses adversaires , laquelle opinion,
au jnoyen de ce qui est dit ci— dessus ^ nous abjurons , aux
fins et effets précités.
En témoignage de quoi cet acte a été souscrit, au désir
des deux parties, tant ecclésiastiques que laïques par
les prénommés abbés de S.^ Pierre et de Tronchien-
nes , au nom du clergé, et par les deux premiers échevins de
la ville de Gand, au nom des séculiers, /e 14 Janvier 1579.
Gheleyx, abbé de S.'- Pierre.
LiÉviy , humble abbé du couvent de Tronchiennes,
J. Hembyze.
GiLLIS BORLUUT.
selicte , caiinonicke rechten , concilien , eiide aiulerssins soude moglien
te batcn commen , zo by absolutien , gratien , iiidultcii , dispensaticii,
vercreghem ofte te vercrygbene by gheestelicke ofte weerlicke overJieijt,
ofte met eeriighe pretexien of eeJe gheclaen , ofte te doene ter
contrarien , ende namelyk der opiiiie van eeujglie, dat mcn in styck ,
van religie etide gheloove , der wederpartije iiiet veri)onden en zoude
zyn belofte ende trouve te houdene, de ■wclckc wij met aldies voorseyd
es, afzweereii teu fijne ende efTccIe voorscieven.
Oorcondcn zo es ditter onderteekeud ter bcgheerte vr.n becde partyen
zo glieestelic als weerlic by de voonioenide liecren in Gode de Prcluelen
van Sinte Pietcrs ende Dronghene, vulen name van der dcrgie ende viiten
iiame van der werclicke by beedc de voorschepcne der stcde van Gliendt,
dcien i4-" January i^^g.
GiiELEïK , abt van S.' Pieters.
LiEVEN, oitmoedlcli abt van clooster van Droghen.
J. IIeMDVZE CnGlLLIS BoKLLtX.
( 52 )
Ceci est la minute originale convenue /e 14 Janvier 78,
en présence des abbés de S.^ Pierre et de Tronchiennes ,
des chanoines Meyer Meganck , Maijaert , Curtewille ,
G.^ Wecnier, des curés Mj Louis Hmighe^MJ' Jean Fan
Baie, Adrien FanLoo, 31 J Pierre Fan de Pulte , Fran-
çois Her zèle ; de la part des séculiers , en présence des deux
pi'emiers éc/ievins , du gentilhomme Ch.^ Utenhove ^ de
Dathenus et Bolle ministres , du gentilhomme Josse De
Gruutere,de G.^ Chasteleer, £ albi au , Martin Fanden
Poêle, Josse Dehondt, François Everaerts , Liévin
Goethals et Liévin dHerde, clerc.
Au dos de l'acte se trouve ce qui suit :
Promesse souscrite par les abbés seigneurs de S.^ Pierre
et Tronchiennes, au notn des ecclésiastiques d'une part,
et les deux premiers échevins de la ville de Gand, d'autre
part, datée du \k Janvier 1578. Concernant l'observance
de l'édit de la Paix de Religion ici promidgée.
Plus tard Van Hembyze , chassé par la faction de Ryhovc
et du prince d'Orange , alla se réfugier en Allemagne :
rappelé par ses partisans à la fin de l'année 1583 , et voyant
les progrès que fesaient les armes du prince de Parme ,
il voulut racheter son pardon des Espagnols, en leur livrant
sa ville natale. Il fut arrêté et emprisonné par ces mêmes
hommes dont il avait été l'idole. Accusé de trahison et
d'autres crimes qui emportaient la peine de mort , ( Fan
verraed, munte, roof, moord en gewcld), il fut con-
Dis es cic orii^iiieele minute , glieaccordeert den i4 Jaiiuary ^8. prescrit
prclatcii Sinte Pieters eiule Dronglieue , caiioiiickun Rleycr , Meganck ,
Mayaert, Curtewille , IM."^ G.' AVcciiier , pasteurs, heer I.oys Iluughe,
M.*" Jau Yaii Dale, Adriacn Vau Loo, Franch Herzele , Yan Weerlicke
bcccle (le voorscepcnen Jor Charles, Dallieiuis en Bolle miuisters,
Jo."' Joes De Grutere , G.» Chasteleer, Balbiau j Marten Vanden Pocle ,
Joos Dcliondt, Fraiicli liveraert, F,." Goetlials eu I,." Dhenlc als clerc(|.
( •'53 )
damné, cl décapité le 4aorilir)84, sur la place de Sainte
riiaraïldc, aujourd'hui Marché au Poisson. Scion l'arrêt du
jugement , la tête de l'ancien Premier de Gand, devait
être exposée pendant une heure au bout d'une pique :
elle tomba par hasard sur l'un des spectateurs. Un bon
poète gantois, Maxhnilien De Vriendt , qui avait fait ,
sur le mariage inconvenant de Van Hembyze, une satyre
très-spirituelle en latin, nous a laissé sur ce dernier événe-
ment le distique qui suit :
O quantum patries caput hoc nocuîsse putemus ,
Quando etiam viuis post sua fata nocet.
Un mois après la mort de Van Hembyze, le prince de
Parme entra à Gand , et , en reconnaissance des efforts que
ce célèbre démagogue avait faits pour adoancev la récon-
ciliation avec le roy , il réhabilita sa mémoire, et fit à la
veuve la remise de l'amende à laquelle son époux avait
été condamné (1).
A. Voisix.
(i) Voyez le rescrit tlu prince (le Parme que j'ai publié dans rancieniie
cdllccljon du Messager des Arts , vol. \l. p. 4^9-
(54)
j ■ ft— **
Xiotite
SUR LE DÉPÔT DES ARCHIVES DE GAWD.
De tout temps nos ancêtres ont attaché la plus haute
importance au dépôt de leurs archives : les magistrats en
répondaient sur leur tête ; un simple soupçon d'infidélité ,
en temps de troubles , était plus que suffisant pour faire
appliquer à la torture les échevins qui en avaient la garde.
Ce ne fut cependant que depuis le XII.^ siècle que les Gan-
tois mirent un soin si jaloux à la conservation de leurs
chartes : à cette époque leur commune avait été instituée,
ou pour mieux dire elle avait été renouvellée. La charte
d'affranchissement avait trop d'importance , pour qu'on ne
la mît point à l'abri de toute tentative de soustraction : il
est plus que probable que c'est à l'insouciance et à l'incurie
des magistrats qu'il faut attribuer la disparution des actes
constatant les franchises, antérieures à PhiHppe d'Alsace et
données à des époques encore inconnues. Dés lors cette
charte importante , ainsi que tous les privilèges ou immu-
nités qu'ils devaient à la loyauté de leurs comtes , ou qu'ils
leur arrachaient par la crainte et les armes à la main , furent
déposées dans le Lcffroi , monument qu'ils avaient érigé
en commémoration de leur pacte fondamental.
(1) En 1432, les archives s'y trouvaient encore : à cette
(i) pour ce (|iil suii, voyez Dicricx , mûn. sur la ville de Gand ,
vol. I. [nùï. page G cl suiv.
(55 )
époque deux commissaires , de la part du collège des éche-
\ins, unis aux deux grands doyens et à un certain nombre
des plus notables bourgeois, s'y rendirent, pour dresser
un inventaire, qui porte la date du 20 Juin de cette année.
Cet inventaire fut renouvelle et augmenté le 10 Juillet 1525,
ainsi que le 9 Août 1532.
Survint la téméraire révolte de 1539 : Charles-Quint
confisqua toutes les chartes déposées au Beffroi , ainsi qu'un
grand nombre d'autres actes, qui se trouvaient à l'hôtel-
de-ville : il fit plus , il cancella presque tous les privilèges
des Gantois, et ordonna de brûler quelques registres.
Cependant, avant la fin de l'année, l'empereur fit rendre
à la Ville de Gand tous les titres, par lesquels les Gantois
avaient acquis leurs propriétés communales et d'autres do-
cumens relatifs à leur ancien commerce. En avril 1543,
toutes ces pièces furent inventoriées , de même qu'en 1584 :
comme elles avaient été numérotées et mises dans des layettes,
oa les renferma dans un coffre de fer , qui fut placé dans
un petit cabinet, attenant à la première secrétairerie des
échevins de la Keure.
Quant aux autres chartes et privilèges , elles furent trans-
portées à la chambre des comptes à Lille , où elles restèrent
jusqu'au temps des troubles , sous Philippe IL
L'article 18 de ledit , nommé la pacification générale
portant que les villes et autres administrations seraient
réintégrées dans leurs anciens droits et privilèges , les
échevins de Gand , le corps représentatif de la commune ,
dit la coUace , et le grand— bailli , s'adressèrent aux états-
généraux, assemblés à Bruxelles, pour demander la resti-
tution de leurs chartes. Cette demande leur fut octroyée
par décret du 22 Octobre 1577, que l'on notifia ù la
chambre des comptes : aux mois de janvier et février de
l'année suivante, l'inventaire en fut fait, par ordre de date-
et en mars, les députés de la ville de Gand vinrent enlever
( ^>« )
leurs chartes , avec le double de l'imeiitaire , et ils les
déposèrent dans une chambre à côté de la trésorerie.
Depuis ce moment les soins religieux que l'on avait mis
à la conservation des privilèges , diminuèrent de jour en
jour : la puissance toujours progressive des comtes , qui
foulaient aux pieds les droits les mieux établis, fit oublier
des chartes , cpi'on était dans l'impuissance de faire valoir.
L'oubli en était arrivé à un tel point , que les écuevins
de la Keure firent connaître par une résolution du 25 fé-
vrier 1705 , qu'un grand nombre des minutes de notaires
se trouvaient chez des boutiquiers ! A la révolution de 89
les archives étaient dans un abandon complet ; alors les
chartes se sont vendues presque publiquement-, aussi man-
que-t-il la moitié des pièces , qui revinrent de Lille en 1578 5
et le coffre de fer , qui renfermait tant de documens inté-
ressans pour l'histoire , fut-il égaré pendant long-temps ;
on le retrouva enfin , placé qu'il était sous quelqu'escalier.
En 1794 , les révolutionnaires avaient pénétré dans l'in-
térieur de l'hôtel-de— Aille : leur premier soin fut de pré-
cipiter dans la rue le buste de Philippe II, exécuté par
Dnquesnoy. Ils exigèrent de l'inspecteur des travaux de la
A ille , la remise des archives : il s'y opposa au péril de sa
vie. Revenus, avec une nouvelle fureur, un de ces for-
cenés laissa échapper le motif de leur acharnement : ils
A oulaient détruire les archives , parce que les registres des
Échevins des parchons , portaient sur la couverte les ar-
mes du souverain et celle du premier échevi^i .' . . . On
parvint à les calmer en les eflaçant (1).
C'est à feu M.'^ Hye, secrétaire de la régence, que l'on
a l'obligation, que les archives delà ville n'aient pas perdu,
(1) Quatre de ces couvertures sont conservées intactes : elles sont
de i4(>9- i5o5 - i5o6 et i5o^.
( 57 )
leurs plus précieux monumens. Il sut rendre infruclueuse
la mission tlu commissaire spécial Dupré , chargé en 1812,
par le gouvernement français , d'inventorier les archives des
dillérentes administrations, pour en transférer en suite, à
Paris, les pièces les plus intéressantes.
Depuis la création du royaume des Pays-Bas, l'adminis-
tration municipale s'est occupée plus spécialement du
dépôt des archives, La nécessité d'une réorganisation dans
cette partie , s'étant fait ressentir partout , l'arrêté royal du
23 décembre 1826, y pourvut. L'impulsion était donnée:
l'esprit libéral qui présida à la rédaction de cet arrêté , n'a
pas peu contribué à propager d'avantage le goût , déjà très
prononcé , pour les études historiques en ce pays.
L'administration de la ville de Gand , avant fourni géné-
reusement , aux frais indispensables que nécessitait la mise
en ordre des archives , les archivistes ont l'extrême satis-
faction de pouvoir annoncer que tous les documens , chartes ,
cartulaires , registres, etc, sont classés et mis en ordre. En
attendant l'entier achèvement de l'inventaire , qui exige
encore plusieurs mois d'un ti-avail assidu , et dans le désir
de justifier la confiance que l'on a placée en eux et d'être
utiles en même temps à leurs concitoyens , ils ont jugé
qu'il était de leur devoir de publier le relevé sommaire , qui
suit , de tout ce que les archives de la ville de Gand pos-
sèdent.
A l'exception des deux premières cathégories les cartu-
laires, etc., et les chartes au nombre de 1213, non inven-
toriées à Lille en 1578, et cpii ne proviennent pas du coflrc
de fer, on a suivi dans cette notice les anciennes classi-
fications.
(58 )
CARTULAIRES ET AUTRES REGISTRES.
PLA>'S, DESSI>"S , ETC., ETC.
Plan original du Beffroi de G and de l'année 1183,
au dos duquel on trouve écrit : Dheweerp van den heel-
froete — S/'geriis castelanus ganden me fondavit aiio
3L° C° LXXXIII ///." kal Maij.
Dessins originaux de l'hôtel-de-Tille de Gand, du com-
mencent du XV!.*^ siècle (1).
Plan de la ville de Gand, fait en 1592 par François
Horcnbault (2).
Plan de la ville de Gand, fait par Jacques Horenbault
au mois d'Avril 1G19.
Deux dessins du Beffroi , faits par Lié vin Cruyl , archi-
tecte, en 1684 (3).
Un portefeuille contenant grand nombre de plans , cartes
et projets de bàtimens publics, maisons, etc., de Gand.
Quatre planches en cuivre; entrée triomphale du gou-
verneur général des Pavs-Bas Léopold- Guillaume, dans la
ville de Gand, en 1654, gravées par Bolswert et Quellinus
aux frais de la ville.
Cinquante anciens et nouveaux cachets et coins, — Dans
ce nombre se trouve un cachet de l'hôpital de S.*^ Jacques
à Gand (4); ainsi que trois coins avant servi à battre mon-
(i) I^a nouvelle maison échcviiialefut commencée en i48i : la première
pierre en fut placée le l\ juillet : Jaeu Taesens en fut l'architecte. La mort
Payant enlevé à ses travaux , il eut pour successeur Justin Follet (i5i6)
qui fit abattre tout ce que son prédécesseur avait fait, et élargir la rue
(le la Haute Porte. On lui adjoignit deux architectes étrangers , l'un de
Malincs et l'autre d'Anvers. Ce sont les plans de Justin Follet, qui ont
été conservés et dont luie partie fut exécutées ,
{•i) Ce plan a été gravé en 1G40, ou /j i par II. Hondius.
(3) Tous ces dessins sont encadrés sous glace.
(4) Le sceau d'une charte, émanée de cet hôpital, de i2()3,en porte
rcmprciiito : elle se trouve aux archives.
(59)
naie à Garni , lors des troubles à la fin du XVI. ^ siècle.
Trois portefeuilles d'autographes et signatures au nombre
de 261 pièces, des années 1521 à 1794.
Registre d'ordonnances et privilèges, concernant les droits
du comte sur les rivières , (myns hecren stroera van Vlaen-
deren) 1199 à 1424.
Ancien registre des tonlieux : contenant le tonlieu de
Gand que l'on payait dans cette ville, celui du pont de
Brabant , de Wasselin , de la porte de Troncbiennes, celui
de Rodes, celui que l'on payait par charité au pont en
pierres près de l'église de S.* Jacques, respectivement de
Tan 1199 : en tète de ce registre se trouve l'enquête que
fil faire la comtesse Marguerite, en 1271, pour le renou-
vellement des tonlieux.
Registre des statuts pour les frères et sœurs de l'hôpital
des Lépreux, avec les résolutions prises à l'égard de cet
hôpital, par les échevins de Gand : 1236 à 1623.
Idem des ordonnances de Gand (Keuren) accordées par
le comte Gui en 1296. — Paix de Casant et autres privi-
lèges ; écriture du commencement du XVI.'' siècle.
Idem contenant plusieurs privilèges, etc., de 1296 à 1591.
Idem, copies d'actes et chartes du XIII.'' et XIV. '^ siècle;
écriture du XIV." siècle.
Idem où sont inscrits tous les noms des échevins des
deux bancs de la ville de Gand de 1301 à 1793, et des
noms des magistrats depuis cette époque, jusqu'en 1815,
avec plusieurs annotations historiques.
Le livre hlaiic superbe cartulaire, contenant plusieurs
anciens privilèges du pays de Flandres, du XII.'^ au XV."
siècle : écrit au commencement du XVI.*' (1).
(i) D'après la tradition, il a été donné à la ville, par un ancien
magistrat. Diericx mém. sur la ville de Gand. ï. I. prd-fucc page g.
{ 60 )
Cartulaire intitulé Sicarten Boek, écritme du XV. ^ siècle,
contenant copies de différens actes des XI. •" , XII. ^ et XIII. ^
siècles , ayant rapport à l'abbaye de Saint Pierre-lez-Gand.
Registre des publications , des écheyins de la Reure
(voorgeboden ) de 1337 à 1338.
Idem où se trouve inscrit le transport de Flandres de
1408 et autres actes de ce siècle.
Idem des bannis , commençant le 2 octobre 1472, au
13 juin 1537.
Idem miscellanea, 1408-1592.
Idem contenant plusieurs anciennes loix et privilèges de
Gand.
Idem de fiefs et arrière-fiefs du vicomte de Gand (écri-
ture du XV. ^ siècle); c'est une copie collationnée d'un
semblable registre reposant en la chambre des comptes à Lille.
Idem des bourgeois dits huyten-poorters de 1476 à 1478.
— Id. Poorfer-loek Gent 1480 à 81. — Id. 1487 à 92. Id.
1651 à 1738.
Idem Stapelhouck van de graenen , commençant par une
ordonnance de l'an 1484, concernant l'étape des grains
à Gand.
Idem où se trouve l'acte d'achat au profit de la ville de
Gand, de plusieurs terrains vagues (upstallen) sis dans ladite
ville, en date 1269, ainsi que plusieurs actes concernant
la rivière la Lieve, etc.
Idem sentences du conseil provincial des Flandres des
années 1500.
Idem sentences du même conseil du XVI. ^ siècle.
Idem grand nombre de lettres autographes écrites par
Antoine ïricst , évèque de Gand , de 1631 à 1655.
Idem formules d'actes usités par les secrétaires en cour ,
du temps de Charlcs-Quinl et Philippe II.
Idem pièces avant rapport aux chambres de Rhétorique
de la Flandre de 1437 a 1819.
{Gl )
Idem des délibérations de la coUaee pcndanl l'année
1539 (1).
Deux idem des délibérations de la coUace de 1540 à
1573. — Idem de 1562 à loG8 , diverses requêtes , sur
lesquelles ont été accordées plusieurs censés au profit de
la ville, demandes afin de reconstructions déniaisons, etc.,
curage et élargissement du petit Escaut et autres ouvrages.
Idem documens concernant les troubles et nouvelle re-
ligion, à Gand de 1564 à 1566 — 1565 à 1567 et 1566
à 1579 ; ce sont, pour la plupart, des pièces originales.
Idem procès-verbaux , résolutions , etc. , des nobles et
membres de la Bourgeoisie de Gand de 1577 à 1583.
Id. pièces ayant rapport à l'union d'Utrecbt de 1578 à 79.
Idem concernant l'exportation des espèces et monnaies
de 1581 à 1582.
Idem l'acte de réconciliation avec le prince de Parme
du 13 décembre 1584, et autres pièces y relatives; en outre
plusieurs suppliques et requêtes de la part du magistrat de
Gand , au gouverneur général, etc., etc.
Registres des Actes passés deva>t les Eghevi^s
DE LA Keure.
14 registres du XIV. ^ siècle, le premier contient les an-
nées 1339— 43à44 — 45à 46—49 à 50 — 53 à 54 —
57 à 58 et 1360 à 1361. Les autres se suivent jusqu'à
l'année 1398.
50 id.»^ du XV.-^ siècle, des années 1400 à 1499. —
70 id.™ du XYL-^ siècle. — 32 id.'» du XVII siècle, savoir :
de 1600 à 1646 — 1649 à 1670 et 1616 à 1679.
53 id.'" des échevins de la Keure de Gand , marqués
par ordre alpliabétique , et intitulés : Wille, sicartc,
geluim et roode hoeken , etc.
(i) r,a plupart de ces pièces ont été piihliécs par M."" Stem-, (l;ms un
mémoire couronné par rAcadéiulc de Bni:.(.Ues en iS-^q.
( 62 )
Le registre A, intitulé : Aiiden geluwen hoek (écriture
du XVI. ^ siècle), contient plusieurs actes et ordonnances
du temps de Charles-Quint.
Idem C, Geluwen hoek; (écriture des XV."^ et XVI/ siè-
cles) : les anciennes coutumes de Gand, décrétées parle
comte Gui, en 1290 et plusieurs autres actes des XIV.^,
XV.^ et XVI.^ siècles.
Idem Gt ^ Eerste zic arien hoek , alias vroinc marie hoek;
tous les différens traités de paix entre l'archiduc Maximi-
lienet ceux de Gand et le pavs de Flandres ; ainsi que ceux
faits ayec le roi de France : en outre les contestations avant
rapport à la tutéle du duc Philippe , etc.
Idem H, 2." zwarten hoek; les propositions faites par
S, M. aux états-généraux des Pays— Bas des années 1557 à
1559, ainsi que les résolutions, répartitions et octrois y
en suivis , etc .
Idem L, 5." swarlen hoek, plusieurs propositions et re-
quêtes aux états-généraux des Pays— Bas et en particulier
aux membres de Flandres , résolutions accords , actes d'ac-
ceptation, refus et octrois y relatifs, des années 1561 à 63.
Idem M, 6." sicarlen hoek; grand nombre de requêtes
présentées à S. M. au nom du magistrat de Gand, des
années 1568 à 09, concernant la police et administration
de la ville.
Idem N , 7.° swarlen hoek ; contient entr'autres les
affaires des troubles et rébellions du pavs des années 1576
et suivantes.
Idem P, Nieuwen swarlen hoek, enlr' autre la cession
des Pays-Bas, faite par Charles-Quint à son fils Philippe.
Idem R, S, ï, V, W et Xj placcards et ordonnances
de 1550 à 1588.
Idem T, V et W : pour la plupart, placcards et ordon-
nances concernant les troubles.
Dans le registre AA : Ecrsien icitlcn hoek , se trouve la
( G3 )
copie v^lc l'inventaire des actes et dociiraens restitués à ia
ville de Gand par Charles-Quint , par suite de la sentence
à charf^e de ladite ville en 1540.
Le registre EE, contient des documens concernant les
troubles et la nouvelle religion.
Dans le registre LL, sont transcrits plusieurs actes d'in-
stitution de confréries, érigées en plusieurs églises et cha-
pelles, à Gand, du consentement des échevins.
Dans le registre QQ, se trouvent plusieurs relations des
troubles de l'année 1572.
Plusieurs registres des ordonnances de la ville [voonje-
hoden)(\e 1482 à 1C16, et d'autres ordonnances politiques,
sentences, etc., de 1545 à 1695.
Inventaire par ordre alphabétique des matières de 47 de
ces registres fait en 1094, parle secrétaire Van Huile (1).
48 registres , intitulés [Resolulieii Keuré) contiennent
les actes, procès -verbaux et résolutions du magistrat de
Gand de 1549 à 1794 (2).
Idem des résolutions des échevins de la Keure , relatifs
aux actes cautionnemens pour les revenus de la ville
{stads mîddelen) 1683 à 1716.
Idem des cautionnemens des fermiers de la ville et des
ordonnances faites à ce sujet par les échevins de la Keure
de 1402 à 1430.
Idem des maisons de logemens à Gand de la fin du
XV.'' siècle.
(i) Ce volume a été acheté en vente publique il y a deux ans. La ville
met à la disposition des archivistes une somme annuelle , pour acquérir
les documens qui intéressent l'histoire , ou qui ont appartenu aux
archives.
(a) Ces registres sont trbs-intércssans pour les faits (ju'ils renferment
et qui se rattachent aux troubles de la fiti du XVI.« siècle et à la révo-
lution de «789 et 1790. (r.es années 1570- i57!ï et quelques autres
manquent).
(G4)
Compte des fraix pour les jeux du tir , de la confrérie
de S.^ George à Gand , de la fin du XV. ^ siècle.
6 Registres intitulés p^aerthoecken de 1546 à 1574 ,
contenant tous les actes ayant rapport au canal du Sas, etc. (1).
4 id.™ ( dans des boîtes en fer blanc ) concernant les
censés et rentes foncières , appartenant à la ville de Gand ,
intitulés le 1.^'' : Tweeden grooten auden boek vry htiy^
vry erve. — Le 2.'^^ Minsten en aider minsten boek. —
Le 3."*^ Cleenen boek, et le k."^^ Eersten grooten auden
boek van vry huys vry erve.
Idem des actes passés devant les échevins de la Keure ,
relatifs aux maisons connues sous la dénomination de vry
huys van erve , savoir : 4 des années 1529 à 1584 —
1 de 1G29 à 1632 — 14 de 1640 à 1699 — et 20 de 1700
à 1796.
Ancien registre des sermons.
Idem déclaration du terrain obtenu par la ville pour sa
défense en 1490.
Idem des ordonnances de la ville , ( J^oorgeboden ) de
1628 à 1644. .
Idem de la levée de deniers de 1710 à 1728.
Idem tableaux des revenus de la ville , fait en confor-
mité du décret du 4 août 1769.
Extrait du procès-verbal en date 17 mars 1770, de la
reconnaissance des titres et documens tirés du trésor des
chartes de l'ancienne chambre des comptes à Lille , pour
les pièces regardant la ville de Gand.
Une farde de pièces originales telles que résolutions ,
notices, correspondance, etc., etc. — Un volume de dessins
(i) Les lablrs ;il|.li;il;('tiqiics dis matières île chacun des volumes,
sont reliées <-inemble.
(65)
originaux (1), le tout ayant rapport aux fctcs du jubilé de
700 ans, célébré à Gand en 1707.
Registre d'ordonnances politiques , statuts de corpora-
tions et confréries de la ville de Gand, de 1781 à 1791 et
1782 à 1787.
Crayon généalogique de la famille de Mesdach, origi-
naire de Bruges , par Delaunay , contenant un grand nombre
d'armoiries en couleurs , bien conservées.
CHARTES ET DOCUMENS,
AU NOMBRE DE 1213 , QUI NE FAISAIENT PAS PARTIE DE
CEUX PLACÉS DANS LE COFFRE DE FER, ET QUI n'oNT PAS
ÉTÉ INVENTORIÉS A LILLE, EN 1578.
Grande Salle des Archives.
Une copie moderne , en flamand , du tonlieu dit dAys-
hove , avec autres pièces y relatives, de 1191.
Quatre documens du XIII. " siècle , dont l'un est la copie de
l'ordonnance décrétée par Gui , comte de Flandres , sur la
vente des draps, etc., à Gand. — 16 pièces de 1301 à 1385 ,
— 201 de 1401 à 1499,-474 de 1500 à 1599,— 420
de 1600 à 1699 et 98 de 1700 à 1792. Parmi lesquelles
figurent les suivantes :
Louis, comte de Flandres, par conseil de ses villes et
terroir du franc , fait arrêter les personnes et biens des
marchands allemands , appartenants à la Hanze , parce qu'ils
s'étaient permis plusieurs choses contraires à leurs privi-
lèges , aux droits seigneuriaux du comte et aux droits et
libertés de ses villes et pays. 13 mars 1317.
(i) Contient 46 dessins faits par Van Reysachoot, peintre à Gand ,
et qui ont servi aux graveurs Ilcylbrouck et Wauters : les planches se
trouvent dans la description du Jubilé de S.' Rlacuire , imprimé à Gand ,
chez Jean l\Ieyer,en 17G7.
5
(66)
Viilimus d'un manifeste adressé par le duc de Bour-
gogne , aux baillis , justiciers , oflicicrs , et Lons sujets de
Gand, etc., à 1 égard de Daniel Sersanders, Liévin De Potter,
Liéyin Sneevoet , et autres principaux instigateurs de
révolte , et meneurs du bas peuple en ladite ville. Du
^ juin 1451.
Ordonnance du duc Philippe de Bourgogne, par lacpielle
il déclare que la porte de S.* Liévin et celle de Courtrai
demeureront closes, chaque jeudi , etc. — 24 juillet 145^.
Attestation d'YweinVan Vaernewyc, greffier de la cham-
bre du conseil en Flandres, portant qu'on avait transmis
au greffe du dit conseil, pour en former nn vidimus sous
le sceau de la dite chambre , le privilège en date 28 Mai
1507, contenant défense d'exercer aucun métier dans le
rayon d'une lieue autour de la ville. 23 juillet 1507.
Copie authentique de l'octroi de Charles-Quint , con-
cernant la translation du chapitre de S.^ Bavon dans l'église
de S.* Jean , avec tous ses privilèges , franchises , etc.
10 juillet 1540.
Copie du contrat fait entre les échevins de la Keure de
Gand et Jacques Waghemens, fondeur de cloches àMalines,
par lequel ce dernier s'oblige à livrer une nouvelle sonnerie
pour l'horloge du Beffroi. 1 février 1542.
Soumission , ordonnance et statut, donnés à Gand, par
le princcde Gavre , le 11 septembre 1506, au sujet de
l'exercice de la nouvelle religion dans ladite ville (original ).
Copie de l'inventaire de l'artillerie et munitions de guerre,
trouvées au grand château do Gand , lors de sa reddition
à S. M. , dressé parles députés et délégués du Conseil d'Etat.
27 nocenihre 1570.
Union des États-Généraux des Pavs-Bas, souscrite comme
original, par les députés des dits Etats à l'hôtel-de-ville à
Bruxelles, le 0 janvier 1577 (I).
(i) \'l<!c \'iin Mctcren et P. I',(>r.
(67)
Documens concernant le transport des chartes de Rupel-
monde à Gand. 0 octobre 1578.
Lettre du duc d'Anjou du 28 juillet 1582, à l'effet de
jnocéder à Gand, à la confection de l'inventaire des mêmes
chartes.
Pai'je de Religion, publiée à Gand le 27 décembre 1578,
suivie d'une promesse sous serment d'observer ladite paix,
en date du 14 janvier 1579, faite et souscrite par les prélats
de S.' Pierre et de Tronchienncs , pour le clergé , et par
Jean Van Hembyz.e et Gille Borluut, premiers échevins,
pour les séculiers.
Original de l'union d'Utrecht. k février 1579.
CHARTES DÉPOSÉES DANS LE COFFRE DE FER.
Les chartes et documens restitués à la ville de Gand,
par ordre de Charlcs-Quint, ensuite de sa sentence à charge
de ladite ville, en date du dernier d'avril 1540 , furent in-
ventoriés l'an 1543 : on y joignit les nouveaux privilèges,
carolines ou concessions, ordonnances et octrois, accordés
depuis cette époque , et concernant la ville ; cet inventaire
se trouve imprimé dans l'ouvrage du chevalier Diericx,
tome 1.'''^ des mémoires sur les lois, coutumes et privi-
lèges des Gantois, f." 345, et suivans, toutes les pièces y
mentionnées se trouvent dans le coffre de fer, à l'exception
des suivantes i
Le N." 2, layette E, (on a trouvé une notice que cette pièce
a été levée.)
Le N.° 18, layette T, et la requête mentionnée sous le
N.» VII, layette A.
Les pièces dont l'inventaire ne fait pas mention et qui
s'y trouvent , sont :
I." Déclaration qu'on a satisfait à la sentence, du 3 mai
1540, coté N.«XV1I. '»i^
(G8)
2.° Ratification du traité, signé par le Roi, à Madrid
le 12 décembre 1584, marqué B, IM^
D'après le relevé de toutes ces pièces , on trouve que la
plus ancienne est de 1178 ( layette T. N.°XVII) et que
celles du XII. " siècle sont au nombre de huit; 35
du XIII.« siècle, 11 du XIV.% 10 du XV.^ et 44 du
XVI/ siècle et une sans date: total 109 pièces, la plupart
bien conservées.
CHARTES INVENTORIÉES A LILLE EN 1578.
Les chartes inventoriées en la chambre des comptes
à Lille, au mois de janvier et février 1578, par ordon-
nance des Etats-Généraux des Pays-Bas , au nombre de 602 ,
pour la plupart des titres, concernant les droits, libertés,
coutumes , franchises et privilèges de la ville de Gand , lui
furent restituées, le 18 mars de la même année.
Depuis cette époque , grand nombre de ces documens
ont disparu (1), il n'en reste plus que 326 , dont un quart
sont plus ou moins endommagés.
Il y en a 2 du XII.<= siècle, 41 du XIII.« , 191 du
XIV.S 64 du XV.^ , 23 du XVI.^ siècle et 5 sans date.
Un inventaire de ces pièces vient d'être dressé avec in-
dication de l'état dans quel ils se trouvent : on y a annoté
celles imprimées dans les ouvrages de M.'' Diericx et trans-
crites dans les cartulaires et registres des échevins de la
Keure de Gand.
(i) I,es arclxivistes de la ville ont eu depuis peu la satisfaction de
f;iire réintégrer aux ardiives les intéressans documens pour l'histoire ,
cotés sous les N."' 558-572-570 et 574. (Voyez l'inventaire, mémoires
du clifvnlier Diericx, tom. I."^'' fol. 373) qui se trouvaient entre les
mains d'un purticulier depuis i5 à 20 ans.
(60)
ARCHIVES DES ÉCHEVINS DE LA KEURE,
Eî( PARTIE, C03DIE FORMA>T LE 1.'='^ MEMBRE DE FLANDRES.
Un grand nomlne de liasses, intitulées Polices tnémoir es
de 1483 à 1799; ces liasses contiennent principalement
des mémoires , copies de diverses pièces , notices , frag-
mcns de pièces de procédure , instructions pour les députés
en cour , etc. , concernant les affaires du pays , rapports
faits par les députés au collège , recpiêtes de divers aux
quatre membres de la province de Flandres , requêtes
adressées par les membres à S. M. : copies d'actes des
assemblées des membres , comptes d'impôts , bordereaux et
tableaux des frais supportés par divers quartiers pour
les troupes , depuis l'arrivée du duc d'Alve ; pièces con-
cernant le 10.^ et 20.^ deniers, résolutions des membres
concernant les aides et subsides , suppliques des membres
à son excellence , aux mêmes fins , etc. ; états de déclara-
tions de troupes de guerre , rôles d'inspection de troupes
( monster-rollen ) , projets nominations d'offices, avis et
consultations, etc., etc.
Compte de Jean Rufelaert relatif aux 10 et 40 mille écus ,
imposés en 1483.
Idem du même, à l'égard des 20 et 80 mille écus, im-
posés en 1484.
Idem de payemens aux troupes , et achats d'artillerie de
1487 à 1489."
Idem des frais de guerre, 1489.
Idem rendu aux échevins de la Keure par les commis
aux récompenses et indemnités à accorder aux personnes
lésées par les fortifications, 1579 à 1581.
Registre des biens perdus par les fortifications de la ville
de Gand , de 1579.
Idem vente de biens ecclèsiastiquen 1570 à 1580.
(70)
Hegistre (le 1580. — Idem de 1581 et un idem des Liens
ayant appartenu au monastère de S.^ Bavon de 1581.
Idem intitulé Geestehjke {joecleren — récompense forti^
ficatîen. — Un cahier id.'^ id.*^ de 1590.
Divers comptes d'impositions.
Un grand nombre de cahiers , impositions des lO.'^et 20.®
deniers, sur les communes dans la province de Flandres,
de la fin du XVI.*^ siècle.
Registre compte, contributions de Menin de 1581.
24 Liasses intitulées co//a//eM contenant des procès-verbaux
des collèges du pavs de Flandres , extraits des registres
aux résolutions , copies de lettres , impositions et charges
du pays, etc., etc., de 1540 à 1794.
Registi'e des affaires des quatre membres du pavs de
Flandres commençant le 28 Novembre 1564 et finissant le
9 Octobre 1574.
Idem intitulé actes et résolutions des quatre membres
du pavs de Flandres de 1578.
Diverses résolutions des membres, des années 1576 —
78 -80 -92 et 1595.
15 registres : résolutions des ecclésiastiques et membres
du pays de Flandres, du 11 Août 1070 au 4 Avril 1083.
Liasse , comptes et autres pièces concernant la seigneurie
de Burcht et Zwyndrecht.
Idem , lettres reçues par les états de Flandres 1 752 à 1 790.
Idem, minutes de lettres écrites de 1790 ; et autres pièces
<le peu d'importance.
TRÉSORERIE (1).
COJIPTES.
Les comptes de la ville de Gand , du XIV.« siècle
( 1314 à 1399), trés-inléressans pour les faits historiques
(i) On conserve encore <lnns raiicicnne sulle de la trésorerie neuf
glaives de justice et le dra^jcau des révoltés sous Philippe II.
J
(71 )
qu'ils renferment (1) , furent inventoriés l'an 1717 : cet
inventaire mentionne que 31 de ces comptes ne furent plus
découverts ; 8 furent également annotés comme manquans
du XV. ^ siècle et du XVI. % on ne retrouva plus les an-
iié^'s 1528-1.333 - 1535 et 1540.
Depuis la confection de cet inventaire (1717) , la con-
servation des archives n'ayant été que trop négligée , ces
registres ont été laissés à l'abandon , pendant plus d'un
siècle : et ce n'est qu'en 1833, qu'on est parvenu à les
sauver de leur perte totale. Ceux du XIV.^ siècle sont reliés
en 10 volumes et ceux du XV en 24.
Il est à regretter qu'un grand nombre de ces comptes
manquent, le plus ancien n'est que de 1314, et plusieurs
sont endommagés (2).
Registre de rentes héréditaires de la ville de Gand de
1337. _ Id. de 1360 à 1369. — Id. de 1418, un du com-
mencement du XV.*^ sièclee , 2 id. de 1475 et 1477, et
un id. rentes vendues de 1453 à 1475.
Idem des recettes et dépenses du trésorier de Gand , de
1464.
Idem comptes du trésorier , ventes de rentes à terme et
rentes viagères de 1554 à 1562.
14 Id. comptes, pavemens faits de rentes héréditaires et
viagères de 1458 à 1506 , manquent les années 1460 à 62 , -
C5 à 69 et 1473 à 1492.
7 Id. de rentes viagères et héréditaires à charge de la
(i) Feu M."" Van Hoorebekcj dont la jjerte est si déplorable pour
rhistoire de notre pa3's , avait parcouru' ]a majeure partie de ces
registres : il était à même de publier un grand nombre de faits histo-
riques inconnus et intéressans, que ces documcns lui avaient i'oiirnis.
(•i) Nous croyons que plusieurs de ces registres se trouvent actuelle-
ment aui archives de l'étal à Bruxelles.
(72)
ville de Gand de 1455 à 1518, manquent les années 1456
à 66 et 1469 à 78.
Idem compte de maître Jean Damman des rentes héré-
ditaires de la ville pour l'année échue 1580.
Idem des renies sur la ville Gand , confisquées à charge
des partisans du duc Philippe , de 1488 à 1489.
Idem comptes de biens des absens de 1488-1489. —
Id. de 1491.
Idem compte de Jean Vutermeere et d'Adrien Claeus,
procureurs de la confiscation de 1491.
2 Id. des prêts d'argent faits à la ville de 1368 à 1370 (1)
et 1492.
Idem compte de l'imposition d'un florin par fover , de
1493.
Idem de payemens aux créanciers à Tournav, pour rentes
sur la ville de Gand de 1497.
Registre d'alimentations accordées aux ecclésiastiques par
les échevins de la Rcure de Gand, en 1579.
1 Id. comptes de censés de la ville de 1565. — 1 Idem
de 1689 à 1692. — 2 Id. de 1735 à 1743 et 7 id. de 1748
l'année à 1795.
Idem contenant les ordonnances expédiées au trésorier
de 1556 à 1562.
Diverses liasses , minutes , ordonnances de payement de
1562 à 1795.
9 Id. d'annonces-fermages, revenus de la ville de 1481
à 1790.
Registres de revenus de la ville (pagtbockeu) de 1517
à 1555.— Id. de 1625 à 1685.
(i) Dans ce registre se trouve inie liste des corporations et métiers
de la ville de Oand , au nombre de Sy {der cïeenen neeringhen).
(73 )
Registre comple du receveur des ouvrages de la ville, de
1081-82.
Grand nombre de pièces concernant les ouvrages de la
ville, de 1593 à 1794.
2 Liasses , conditions , pour les ouvrages de la ville ,
faits par entreprise, de 1564 à 1669.
Registre , compte des ouvrages faits dans la ville de Gand
en l'an 1635 , lors de l'entrée triomphale à Gand du prince
cardinal Ferdinand, frère du roi d'Espagne.
Une liasse , comptes , dépenses , lors du siège de Gand
en Mars 1678.
Diverses id, , comptes du receveur de la ville, de 1636 à
1755. — Idem comptes de la contribution foncière dite
huysgeld, de 1644 à 1793.
Idem comptes dits gemeene iniddelen, de 1733 à 1788.
Deux registres marqués AI et KW , intitulés Nieiiwe
boeken huysgeld.
Un paquet de divers comptes des détenus pauvres de la
ville à la prison dite chastelette.
. Plusieurs comptes de l'Académie royale de dessin à
Gand, de 1771 à 1793.
Liasse concernant les ouvrages de la Coupure , canal qui
unit celui de Bruges à la rivière la Lys, de 1750 à 1754.
Un grand nombre de comptes des impositions et droits
de ville, ainsi que plusieurs autres liasses de peu d'im-
portance.
ADMIÎSISTRATION.
Un grand nombre de pièces arrangées par ordre alpha-
bétique , dont l'inventaire se trouve aux archives , ayant
principalement rapport à l'admodiation des droits de la
province, levée de deniers, chaml)re des pauvres, ventes
d'office , capitulations de la ville de Gand , maison d'arrêt
(74)
et autres prisons , fondations à Gand , curage des canaux ,
fortifications et ouvrages de la ville , écoles des pauvres,
séparation des limites à l'endroit dite Den Ham, inaugu-
rations , église des pères jésuites , cimetières , loteries ,
rivière dite la Liève , nouveau bâtiment sur le 3Iarclié-aux-
Grains , grande boucherie , patentes et nominations des
ffrands baillis et châtelains du château de Gand, ré^lemens
de la ville , confrérie de la Rhétorique , orfèvres , char-
pentiers et menuisiers , liste des tableaux inventoriés en
1770, inventaire de l'artillerie de la ville faite en 1727.
50 Liasses, missives et lettres adressées aux échevinsde
la Keure à Gand, de 1400 à 1795.
34 Id. minutes de lettres écrites, de 1550 à 1794.
Plusieurs id. représentations par la ville à S. M. de 1542
à 1782.
Notice faite par feu le secrétaire Hye : indication de quel-
ques lettres du prince d'Orange -Nassau, Guillaume l.*"*,
adressées aux échevins de la ville de Gand, de 1580 à
1584, jointe aux missives sus-indiquées.
20 Liasses, lettres d'avis de S. M. de 1509 à 1794.
15 id. décrets et advertances de S. M. de 1573 à 1701.
2 id. rescriptions diverses , de 1580 à 1794.
8 id. minutes résolutions, de 1098 à 1794.
Rescriptions admodiateurs , de 1755 à 1788.
Liasses, requêtes diverses, 1540 à 1795.
4 Id. contrats ordinaires, de 1583 à 1022. — 2 Id. de
1020 à 1039 et 5 id. de 1041 à 1750.
23 Id. requêtes et plans afin de reconstruction de mai-
sons, etc., à Gand, de 1000 à 1800.
Registre , nomination de tuteurs aux interdits, de 1055
à 1080.
Un grand nombre de liasses, d'attestations-procuralions,
contrats de ventes d'immeubles, reconnaissances de dettes
et baux, nominations et renonciations au droit de bour-
(75)
«(>oisie , d'actes intilulés Erfscheedingen, Smalle JVetten,
tle requêtes en nomination et commission d'offices , d'actes
de caution pour afiaires ordinaires et d'admistration , de
censés de la \ille, de logemens militaires, de placcards de
S. M., d'actes intitulés Vry-hmjs, /^rî/-eri?e, de documens
concernant le canal du Sas , d'actes d'émancipation , de
décrétemens , d'autorisations , de curatéles , de divorces ,
de consentemens supplétifs pour contracter mariage, de
comptes et états des mineurs {^overjarige iceesen) ^ de no-
minations et démissions de curateurs , pièces concernant
les voisinages , la monnaie et les écluses à Tournay , et un
grand nombre d'autres pièces.
Plusieurs liasses , revues de la garde bourgeoise de la
ville de Gand de 1583 à 1788, manquent les années 1661
à 1667.
Diverses pièces concernant la garde bourgeoise des XVI. ^,
XVII.-^ et XYIIL-^ siècles.
AFFAIRES CRIMINELLES ,
DEVANT LES ÉCIIEVIAS DE LA KEURE.
14 Registres qui contiennent des sentences et enquêtes
criminelles de l5l5 à 1508: les registres des années 1524
à 37 manquent, de même de 1540 à 54 , de 1568 à 71 ,
ainsi que l'année 1384 (1).
140 Id. suite aux précédens de 1600 à 1609, manquent
les années 1634-38-40 et 1671.
54 Id. id. de 1700 à 1770, plusieurs années manquent.
5 Liasses, sentences criminelles de 1625 à 1711.
(i) Ccst dans ce registre qu'ont été transcrites les inlbrmations et
enquêtes contre Jean Van Jleinhjze , ainsi que la sentence prononcée
contre lui. Ce registre a probablement été anéanti , lors de la réha-
bilitation de Yan Hcmbyze , par le prince de Parme.
(76 )
I Liasse procès-verbaux de torture, de 162S à 1711.
6 Id. requêtes sur avis , advertances de Sa 3Iajesté , etc. ,
des années 1582 à 1793.
16 Id. d'enquêtes et informations criminelles, de 1590 à
1714 : manquent plusieurs années.
10 Id. , lettres reçues et écrites au sujet des affaires
criminelles, de 1602 à 1794.
4 Id. procès-verbaux d'inspections de cadavres (assassi-
nés et noyés) de 1623 cà 1796.
II Id. actes des grands et sous— baillis de Gand, con-
tenant des accusations Çtichten) de 1630 à 1793.
Une Id. actes de grâces ou pardons accordés par S. M. à
plusieurs criminels le Vendredi-Saint, de 1638 à 1793.
Une Id. lettres d'avis, rescriptions criminelles, de 1692
à 1793.
Une Id. avis criminel, de 1623 à 1718.
Une Id. comptes des geôliers des prisons de la ville , et
hallebardiers , de 1656 à 1728.
Une farde contenant les pièces de procédure à charge
du sculpteur Jérôme Duquesnoy : les interrogatoires qu'il
a signés se trouvent dans le registre de l'année 1654.
Registre intitulé Informations et Sentences (examina en
sententien ) par le souverain bailli au quartier de Gand , de
1573 à 1574.
Pareil registre du prévôt de Bruges et terroir du franc,
de 1573 à 1574.
DIFFÉRENS TRIBUNAUX DES ÉCHEVINS
DE LA. KeURE.
Registre des sentences civiles en chambre dite J^eir-
schaere, de 1386 à 1420.
Idem fragmens de deux registres id. , de 1448 à 1469 et
de 1476 à 1489.
(77)
Fragment d'un pareil registre, de 1540 à 1542.
2 Liasses, avis et sentences, de 1564 à 1777.
2 Id. de sentences civiles 158G à 1773.
Registre, sentences dites in cameren, de 1008.
33 Liasses avis et sentences en chambre dite FierschaerCf
de 1617 à 1705.
40 Id. avis et sentences civiles, de 1661 à 1795,
Registre manuel d'enquêtes, de 1515.
Idem affaires civiles dites en chambre, de 1529 à 1530.
Idem id. , de 1535 à 1536.
Idem contenant les noms des personnes déclarées insol-
vables [in de belle gedaen) de 1543 à 1662.
Idem des nantissemens , de 1579 à 1584.
Idem des procès-verbaux, ventes par décret, etc., de
1585 à 1595.
29 Liasses ventes d'immeubles par expropriation forcée ,
de 1587 à 1794 : manquent les années 1641 et 43.
7 Id, liquidations de poursuites en expropriation forcée ,
de 1660 à 1794.
8 Id. ventes volontaires d'immeubles, de 1661 à 1795
manquent les années 1761 à 65,
42 Liasses d'enquêtes, de 1634 à 1792,
5 Id, procès-verbaux, de 1624 à 1795,
5 Id, de coUocations , de 1663 à 1789,
Registre de consignations, de 1736 à 1753.
Idem de procès-verbaux, de 1750 à 1754, — Idem, de
1754 à 1757,
2 Liasses autorisations, approbations, agréations, divorces
et émancipations, de 1751 à 1771,— 6 id., de 1781 à 1793.
Une id, actes de divorces, de 1765 à 1775,
2 Id, coUocations, obéissances et main-levées, de 1784
à 1794,
5 registres de nantissemens, de 1691 à 1748.
(78)
Une liasse actes intitulés IFetlehjkheden van vrij-hmjs
vry-erve, de 1780 à 1793.
Plusieurs pièces , saisies et poursuites en levée , concernant
des nantissemens et consignations , dites Vry-huys vry-erve.
Une liasse, intitulée F uideren der dicersche prochien,
de 1710 à 1715.
Une id. intitulée Collatien-vinderen , de 1781 à 1794.
Et plusieurs liasses de saisies , nantissemens , consigna-
lions et autres actes de peu d'importance.
REGISTRES DES NOTAIRES.
Un grand nombre de registres et protocoles de notaires
de 1591 à 1794.
L'inventaire se trouve aux archives de la ville.
ARCHIVES DES ECHEVINS DE LA KEURE
ET PARCHONS.
AFFAIRES CIVILES DEVANT LES TRIBUNAUX, SEQUESTRES ET
CONSIGNATIONS.
Inventaire des états de biens passés devant les échevins
des parchons , de 1701 à 1785.
Un grand nombre de pièces de procédure, concernant
la ville , en partie inventoriés et dont l'inventaire se trouve
aux archives.
Pièces de procédure à la poursuite du sous-bailli deGand.
Registre concernant les droits d'issue.
Un grand nombre de documens , séquestres et consigna-
tions sous les échevins de la Keure , classés par ordre al-
phabétique et dont un inventaire se trouve aux archives.
143 Registres contenant des sentences et jugemens,
affaires civiles intitulés : Dictums van sententien , de 1.517
à 1751.
(79)
106 Registres conlenant des procés-verbaux , iutilulés
Feriehoeken in vierschaeren , de 1533 à 1761 , maiK[iicnt
plusieurs années.
Livres d'enquêtes, de 1592 à 1794.
1 7 Registres contenant des actes , procurations pour les
affaires dites in cameren , de 1626 à 1795.
63 Id. intitulés Furnissementen in vierschaeren, de
1627 à 1795.
121 Id. intitulés Feriehoeken in cameren, de 1633 à 1 795 :
manquent lesannées 1643 -44-57 et 58,-63 à 65 et 1674.
8 Id. de procurations passées au greffe , de 1644 à 1702.
19 Id. Rapport en disfribiitie hoeken , de 1668 à 1794,
6 Id. contenant des procurations au bureau des enquêtes,
de 1669 à 1772.
26 Id. Furnissementen in catneren, de 1675 à 1792.
Idem Procès-verbaux, de 1700 à 1795.
5 Id. Feriehoeken-smalle weiten, de 1715 à 1794.
62 Id. Slapelhoeken (pour les grains) de 1637 à 1734,
ÉCHEVINS DES PARCIIONS,
CHEF— TUTEURS DES MINEURS.
417 Liasses numérotées de 1 à 417, contenant des étals
de biens, balances, etc., passés devant les échevins des par-
chons, de 1505 à 1795.
162 Id. numérotées, comptes de 1582 à 1792.
1 Id. conditions de ventes d'immeubles, 1614 à 1694.
— Id. de 1632 à 1639. 101 Id. de 1642 à 1795.
Une liasse, actes purges d'hypothèques, 1630 à 1050.
— 5 Id. de 1660 à 1720.— 2 Id. de 1730 à 1795.
168 Id. actes et contrats passés devant les échevins des
parchons , de 1701 à 1795.
n Id. enquêtes tenues devant les échevins, 1575
à 1689.
(80)
6 Liasses de procès - verbaux intitulés f^ erhaelen , de
1630 à 1794.
433 Registres des éclievins des parclions intitulés JVeeze
hoeken , commençant en 1350 et finissant en 1788; savoir :
50 registres de 1350 à 1399—97 de 1400 à 1499 — 109
de 1500 à 1599 — 97 de 1600 à 1699 et 80 registres de
1700 à 1788. Les plus anciens sont divisés en deux parties,
la l.'^^ contient divers actes, telsqu'états de biens, testamens,
ventes, etc. ; la 2.*^^ intitulée Zoendinc hoehen, fait mention
des réconciliations entre parties, pour les faits de meurtres,
blessures et autres cas, et contient en outre d'étranges
condamnations , tels que d'aller en pèlerinage dans plusieurs
états de l'Europe, etc., etc.
Les anciens registres ci-dessus mentionnés furent in-
ventoriés en 1534. Il conste par cet inventaire , qu'on ne
découvrit plus les registres des années 1429 à 30 et 1444
à 45. Depuis, celui de 1478 s'est aussi égaré.
Dans la série du XVH.'^ siècle plusieurs années man-
quent également.
168 Registres des actes et contrats passés devant lesdits
échevins des parchons, savoir : 97 de 1599 à 1699 — 69 de
1699 à 1785 et 2 de 1787 à 1788.
22 Id. \ni\\.\AéiS Betooghoehen op rekeningen, de 1653
à 1794.
35 id. intitulés Boeken op staeten , de 1625 à 1795.
4 Id. tenus par les frères Alexiens , dits Cellehroeders ^
chargés des enterremens dans la ville de Gand : le l.*"' est
de 1673 à 1699 et les autres de 1703 à 1796.
15 Livres manuels des échevins de parchons concernant
leurs affaires , savoir : 1 de 1433 à 35 — 1 de 1443 —
1 de 1459 à 60 — 3 de 1463 à 66 — 1 de 1470 à 71 —
3 de 1485 à 88 — 2 de 1494 à 96 — 2 de 1514 à 19 ,
ainsi qu'un registre contenant des sentences civiles de 1478
il 79.
(81 )
Registre intitulé Zicarten hoek, gedeelle.
Idem contenant plusieurs actes et jugemens du XV/ siècle.
4 Ll. des consignations, de 1467 à 1739. — 2 Id. , de
1709 à 1788.
Registre des nantissemcns , de 1727 à 1793.
Idem des curatéles et séquestres , de 1644 à 1673. —
Idem , de 1081 à 1716. — Idem, de 1695 à 1724. — Idem ,
de 1724 à 1743. — Idem, de 1735 à 1774. — Idem, de
1740 à 1795 et un id. contenant des notices de séquestres,
de 1775 à 1783.
50 id. enquêtes en affaires civiles, tenues devant les
écbevins, des années 1631 à 1793.
En outre un grand nombre de registres du XVII.*' et
XVIII.'^ siècles , des procès-verbaux dans les affaires civiles ,
rédigés parles secrétaires des écbevins des parcbons; regis-
tres de sentences civiles et autres, concernant les différens
tribunaux dits écbevins des parcbons.
CARTULAIRES, REGISTRES ET COMPTES,
DES ATfGIENNES GORPORATIOîîS ET METIERS.
La plupart des registres et comptes qui suivent ont été
déposés , volontairement , aux arcbives , ensuite d'une cir-
culaire adressée en 1830, par M.'' le gouverneur Van
Doom , aux détenteurs de ces pièces.
Parmi ces registres les plus intcressans sont les suivans :
3lélier des Charrons. — Un petit registre , contenant
leurs ordonnances de 1334, renouvelles en 1484. — Idem
fait en 1535. — Un idem, où sont inscrits les noms
des maîtres, de 1535 à 1788. — Idem des résolutions, de
1689 à 1793,
Orfèvres. — Registre, de 1338 à 1583, de leur statuts
et des noms des maîtres et ouvriers ; registre des rentes
héréditaires appartenantes à cette corporation, avec plu-
6
(82)
sieurs actes ayant rapport à ce métier, des XIV. "^ , XV.* et
XVI. ^ siècles. »
1 3 Planches en cuivre où sont gravés les noms , mar-
ques ou poinçons des membres de cette corporation : dont
une commence en 1454 et une autre en 1480.
Un portefeuille contenant un grand nombre de sentences
civiles prononcées par les doyens du corps des métiers de
la ville de Gand, de 1357 à 1583.
Charjientiers {\) et fendeurs de bois. — Registre des
fendeurs de bois : leurs statuts ( écriture de la fin du
XV.^ siècle) et les noms de leurs chefs et jurés, de 1403
à 171C; une belle vignette se trouve en tête du volume.
Registre des charpentiers, fendeurs de bois et menuisiers,
où sont inscrits leurs noms, commençant en 1403 et finis-
sant en 1510.
Idem du métier des charpentiers. Leurs statuts y sont
suivis d'une ordonnance , qui fixe de quelle manière ils
sont tenus de veiller et de monter la garde Çaiiweet doen) à
la mi-carême (2) (écriture du commencement du XV. " siècle) ;
on y trouve en outre le nom des doyens et jurés jusqu'en
1517.
Inventaire des documens appartenants au métier des fen-
deurs de bois, de 1417, avec copie de divers actes des
XIV.*' et XV.'' siècles.
Registre des charpentiers, de 1609 à 1683.
Idem des charpentiers et fendeurs de bois , contenant
les noms des chefs et jurés, de 1685 à 1769, avec une
vignette en tête du volume.
Idem des résolutions des charpentiers , de 1671 à 1699.
(i) L'étcndarcl de ceUe corporation , ainsi que celui des non-francs
bateliers , (^st conservé aux archives.
(u) Cette ordonnance, donnée en i/ji/f) est très intéressante, sous le
rapport de l'équipement et armement des hommes de guerre, à cette époque.
(83)
— Idem, (le 1699 à 1750. — Idem, de 1750 à 1772, et
idem de 17G9 à 1772.
Tailleurs. — Registre des tailleurs , dits sceppers , avec
les noms des doyens, maîtres, etc. , de 1423 à 1609.
Chivurcjiens-harhiers [haerdemaekers).^ — Leur registre
avec leurs noms , de 1433 à 1793.
Forgerons. — Deux registres reliés ensemble de 1438 et
1521 , contenant les noms des doyens, maîtres et enfans des
maîtres du métier. — Registre de leurs statuts de 1477: en
outre plusieurs copies d'actes des XIV , XV et XVI'' siècles.
Boucliers. — Registre des naissances des enfans des
boucliers de la grande Boucherie de Gand , de 1463 à
1478. — Idem des comptes des bouchers, de 1471 à 1510.
— Idem de leurs résolutions, de 1667 à 1722.
f^ieux cordonniers. — Un petit registre contenant plu-
sieurs ordonnances relatives à ce métier.
Tanneurs. — Registre de cette corporation : en tête
se trouve une très-belle vignette. Il commence par leurs
statuts et contient les noms de ceux qui ont fait partie de
ce métier, de 1478 à 1697, avec plusieurs annotations
curieuses; l'écriture est du XVI. "^ siècle (1).
Idem du même métier fait en 1511 ; plusieurs actes des
XIV. " , XV.^ et XVI. *" siècles, relatifs à cette corporation,
y sont annotés.
Francs merciers. — Registre où sont inscrits les noms
des membres de cette corporation , de 1485 à 1753.
Tonneliers. — Registre de cette corporation, de 1555 à
1757, contenant les noms des garçons du métier, [knape-'
licke kinderen) des jurés et des acquéreurs (2).
(i) Cet intéressant manuscrit a été donné aux archives par feu
M •■ Van Hoorebeke , pliannacien à Gand.
(2) En i555 Jean Van Hembyze, fils de G.""" était chef de ce métier
\hoofdman) et en i5Gi son frère François accepta la même charge.
( 84 )
Chaudronniers. — Registre des résolutions de ce métier ,
de 1737 à 1781.
Coîifrérie des S }^ Pierre et Paul des pêcheurs d^ eau douce
(verssche visschers. ) — Registre de cette confrérie , re-
nouvelle en 1560 et continué jusqu'en 1733.
Une liasse , requêtes relatives à l'admission de cliirur-
giens et apothicaires et autres pièces concernant cette cor-
poration, de 1665 à 1721.
Un grand nombre de comptes rendus aux échevins du
premier banc de la ville de Gand , par presque tous les
métiers et corporations de la ville , dont les plus anciens
sont de 1613 et vont jusqu'en 1795 : plusieurs années
manquent.
Autres documcns et pièces de ces corporations , de peu
d'importance.
Comptes du collège des médecins, de 1664 à 1716.
Plusieurs pièces concernant Jean Palfyn, de Courtray.
. Une liasse de requêtes , afin d'autorisation d'ordonnances
politiques , créations et remboursemens de rentes , de plu-
sieurs corporations libres et confréries.
DOCUMENS, coNCERTfANT l'hôpital de ^.^ Jean, près de
l'église de s.* Jacques , a Gand , fondé par les
magistrats de cette ville.
Copie d'une charte de la comtesse Marguerite, de 1278,
par laquelle elle donne à l'hôpital, plusieurs biens situés
'à Assenede , écrite à la fin d'un rouleau , contenant la
spécification des mêmes biens.
Ancienne déclaration ou spécification (écriture de 12 à
1300 ) des biens , rentes et terres apparlenans à l'hôpital.
Rouleau des fermages des biens situées à Eychem, fait
en 1317.
1 9 Anciens rouleaux , description des biens à Gand ,
(85 )
Evchem , Saemslachl , Asseiiede et ailleurs , rentes héré-
ditaires, censés, etc., etc., sans dates.
14 Rouleaux, écriture du XIV.® siècle, contenant la
spécification des Liens , rentes , fermages et censés à Gand ,
Evchem, Saemslaclit et autres lieux.
Rouleau , écriture du XIV. "^ siècle , contenant une ample
explication de ce que les fermiers d'Eychem et autres
endroits seront tenus d'observer à l'égard de l'entretien de
leurs habitations et bàtimens , et principalement concer-
nant la culture des terres, etc., etc.
Un registre sur parchemin contenant les ordonnances
des frères et sœurs de l'hôpital, données par les échevins
de la Keure de Gand, en 1404. — Copie d'un acte passé
devant les échevins, en 1470. — Relation des droits des
enrayée- {^diillen), entrant dans l'hôpital de S. '^ Jean; an-
ciennes coutumes et ordonnances , données par la ville de
Gand , en qualité de tuteurs de l'hôpital. — Idem con-
cernant les prébendes. — Actes de 1364 et 1414 , ainsi
qu'une ordonnance du magistrat de Gand , du mois de
mai 1245, tous ayant rapport à l'hôpital de S.* Jean.
15 Chartes de 1196 à 1300, -88 de 1302 à 1309, -118
de 1404 à 1499, - 53 de 1500 à 1594, - 8 de 1614 à
1692 et 2 id. , de 1719 à 1729. Pour la plupart bien con-
servées , et contenant des actes de ventes , et donations
au profit de l'hôpital. Les plus intéressantes sont celles qui
suivent :
Règle ou institution de l'ordre des frères et sœurs de
l'hôpital de S.* Jean aux enragés (aliénés), de l'année 1196.
Ordonnance sur la prière, sans date.
Acte de donation faite par Marguerite, comtesse de
Flandres et Gui son fils, au profit de l'iiôpital, de 4 bon-
niers et demi de terre, à Asscncdc, à charge d'une rede-
vance annuelle de 2 deniers pour chaque bonnicr.
Charte en date du lundi devant l'annonciation de Notre
(SG)
Dame, 1302, par lequel Jean De Namur déclare prendre
l'hôpilal sous sa protection et sauvegarde.
Acte daté de Lille, du 16 octobre 1386, par lequel
Philippe, duc de Bourgogne, déclare prendre l'hôpital et
tous ses biens, sous sa protection et sauvegarde.
Ordonnance pour l'hôpital de S.* Jean, du 14 novembre
1409.
Copie authentique faite le 17 juillet 1432, de l'ordon-
nance et règle de l'hôpital de S.* Jean à Gand en date 1262.
Actes des échevins de la Keure de Gand, du 25 septem-
bre 1501, ainsi qu'une copie coUationuée contenant les
droits des enragés (aliénés) qui seront admis à l'hôpital.
Ordonnances sur le marché au bétail, des années 1509
et 1515.
Ordonnance prescrivant de quelle manière les frères et
sœurs de l'hôpilal seront tenus de vivre , octroiée par l'évê-
que de Tournay, le 14 janvier 1517.
Copie de l'adjudication de l'aunage des toiles à la maison
Aïiehet Metershuysk Gand, en date 19 février 1554.
Ordonnance en date 19 septernJ)re 1565 , concernant
les prébendées de l'hôpital.
Comptes de l'hôpital de 1425 à 1496, manquent les
années 1428 à 46— 1459 à 66 — 1469 à 73 — 1474 à 76
— 1478 à 84 — 1486 à 95.
Idem comptes de 1535 à 1561 , manquent les années
1542-1551-1553 à 56 et 1559.
Enfin une spécification et description des biens concer-
nant l'hôpital susmentionné.
DOCUMENS CONCERNANT l'hôpital de s.* Jacques a
Gand.
Trois fragmens de registres pour les paroisses de S.' Jean,
de S.' Jacques et de S.' Nicolas, commençant par les statuts
(87)
lie la confrérie de S.* Jacques, érigée par des personnes qui
s'étaient rendues en pèlerinage à S.^ Jacques en Galliee.
Ces statuts contiennent entr' autres, que les personnes, tant
hommes que femmes , pour être admises dans cette confrérie
doivent faire le même voyage endéans l'année de leur
inscription , s'ils ne peuvent faire conster, qu'ils ont déjà
ftiit ce pèlerinage ; libre à eux toutefois d'y envover quel-
qu'un et à défaut d'être tenus de payer certaine somme au
profit de la confrérie.
L'écriture de ces statuts est du XIII.« siècle , à la suite
se trouvent inscrits les noms des confrères , et on trouve
mentionné sur les 2."= et 4."= feuillets de ces registres, l'an-
née 1290.
4 Chartes du XIII. ^ siècle, achats de propriétés, faits
par l'hùpital; un acte de 1291 contenant fondation d'une
chapeUenie au profit de la confrérie de S.* Jacques, par
Scger Utendaele et sa femme, et fondation d'une autre
chapeUenie au profit de l'hôpital, par l'ahLé de S.^ Bavon,
de 1293.
63 Chartes de 1307 à 1399 — 76 Id. de 1400 à 1499
— 62 de 1500 à 1596 et 8 id. de 1628 à 1677 , pour la
])lnpart bien conservées et contenant des actes de vente
et donations au profit de l'hôpital.
Livre de rentes, de 1333 et années suivantes.
Plan d'une croix , faite et érigée hors la porte dite
Pclcrcellc-poorte , à l'endroit nommé ten Screijhoome,])diT
Gui-sbert Mayhus , Jacques Bette, Jacques Sneevoet, Jean
Ghisels , Henri Van Danckaertshceke , proviseurs de la
maison de S.' Jacques à Gand, aveo l'acte de soumission
(sans date , paraît être du commencement du XIV.'= siècle)
de maître Jean Ecbins, par lequel il s'oblige à construire
cet ouvrage avec des pierres blanches du Brabunt ,pour
la somme de 10 livres de gros tournois.
Comptes de l'hôpital de S.» Jacques, de 1416-19-20
(88)
- 21 et de 1422 à 1476 : manquent les années 1423 à
1427 - 1459 à 1461 et 1467 à 1475.
Idem, de 1477 à 1499 : manquent les années 1479 à
1484 - 1486 et 1493 à 1496.
Registre contenant la description de plusieurs biens de
l'hôpital, fait en 1432, sur lequel se trouve transcrit un acte
mentionnant qu'en 1282 , lors d'une assemblée de 4 à 500
personnes , ayant fait le pèlerinage de S.' Jacques en Cora-
postelle, cette confiérie fut érigée par eux en hôpital de
S.* Jacques sur la Terre-Neuve , à Gand.
Compte des recettes du jaugeage des bateaux, en 1440.
Ainsi que le livre de recette de l'hôpital de S.*^ Jacques ,
dans lequel on a écrit d'anciens vers flamands.
Registre de rentes renouvellées en 1477.
Idem des confrères et consœurs de la confrérie de
S.* Jacques sur la Terre-Neuve , avec copies collationnées
de chartes. — Ordonnances concernant l'hôpital, de 1499
et 1538.
Inventaire des chartes et autres documens concernant
cet hôpital, écriture du XV." siècle.
12 Anciens rouleaux des rentes et fermages dont un
contient la description des ornemens de la chapelle, tous
regardant l'hôpital et sans date.
Livre des rentes hors de la ville , sans date.
Décret du 4 mai 1717, souscrit par le marquis de Prié,
contenant ce que les prébendes de l'hôpital sont tenus
de payer à leur entrée, etc., etc.
#
CH. ONCHENA se.
(80)
iïlnu00Uc bc h eux b«imc5 b'lt0uttieuir
Qui se trouve dans l'église de S.* André, a Anvers.
La Belgic[ue a été de tout temps le pays où les Anglais
exilés clierchèrent un refuge. Déjà, en 95G, nous voyons
S. Dunstan, après avoir encouru la disgrâce d'Edwin, roi
des Anglo- Saxons , se retirera Gand où il séjourna pendant
quelque temps h l'aLbaye de S.* Pierre (1). Ce fut encore là,
que le roi Elfred cherclia une retraite , et ce prince , en
récompense du bon accueil qu'il avait reçu des moines,
leur donna le manoir de Levesliam avec les appendances
Greenwich, Woohvich et la terre appellée PFerman acre,
située près de Londres. Telle est l'origine des vastes pos-
sessions de l'abbaye de S. Pierre en Angleterre , qui
furent successivement confirmées en 1044 par S.* Edouard,
en 1240 par Henri III , et par leurs successeurs. Nous avons
déjà vu que la princesse Gunilde , sœur de Harold II,
dernier roi de la race Anglo - Saxonne , finit ses jours à
Bruges , en 1087 (2).
Plus tard, lorsqu'en Angleterre les catholiques furent en
butte à toutes sortes de vexations , ils se réfugièrent en
masse chez nous, et il existe encore aujourd'hui, en Bel-
(i) Liiigard, antiquités de 1 église Anglo-Saxonnc. Paris, 1828. p. 483.
(u) Messager des Arts, nouvelle séiic. I. \-i^.
(90)
gique , plus d'une famille originaire de la G rande-Bretagne,
dont les ancêtres quittèrent leur patrie à cette époque.
C'est à ces nombreuses émigrations, qu'il faut attribuer
l'origine des couvens anglais et irlandais qui existaient dans
presque toutes les villes de la Belgique. On voyait autrefois,
dans la plupart de nos églises, des épitaphes de personnes
appartenant aux premières familles d'Angleterre , qui ,
voulant s'éloigner des trouljles de leur patrie , étaient
venues mourir dans la terre étrangère. Les ouvrages de
Sweertius , de Le Roy, de Sanderus, de Christyn , de Tom-
beur , de De Munck et autres , nous en ont conservé un
bon nombre, sans indiquer cependant toutes celles qui
oflVaient quelqu'intérèt (1).
On voit encore dans l'église de S.* André, à Anvers,
un Mausolée élevé à la mémoire de deux dames d'hon-
neur de la malheureuse reine d'Ecosse, Marie Stuart. Ce
monument se trouve placé contre un pilier , en face de la
chapelle du S.* Sacrement. 11 est en marbre noir et blanc,
et les chapiteaux , ainsi que les soubassements des colon-
nes sont dorés. Comme il n'a jamais été gravé, nous croyons
faire plaisir en le donnant , ici , d'après un dessin que nous
devons à l'obligeance de M." P. Kremer, peintre d'histoire,
et A. J. Rousseaux, marbrier, à Anvers (2).
(i) A rextrcnie droite du pourtour du chœur de réglise de Notre-
Dame , à Anvers , on lit sur une pierre tumulaire l'inscription suivante :
IN MEMORIAM
D. 10A^^■IS BUTLERI
ASGLI
OBllT 2 OCTOBRIS
iGGj
R. 1. P.
La famille Butler a produit beaucoup d'hommes célèbres. Nous ignorons
si cette épilaphe a rapport à l'un d'eux.
(2) Ces messieurs, :,insi que M.'' Mertens, ont reçu de M.' le curé
de S.i André l'accueil le plus - bienveillant , et il s'est empressé de leur
procurer toutes les facilites pour exécuter ce dessin.
{91 )
Les différentes inscriptions sont en lettres dorées , sur
un fond de marbre noir. Nous aimons à les reproduire ,
parce que dans l'ouvrage du baron Le Roy , Théâtre sacré
du Brabant, et dans celui de Descamps , Foi/age pit-
ioresqtte, édit. de Rouen, 1769, les seuls où on les trouve,
le texte est loin d'être exact , et l'ordre des lignes n'a pas
été observé. M.'" Mertens , bibliothécaire de la ville d'Anvers,
à qui nous devons une grande partie des détails qui sui-
vent , a eu la bonté de les lever sur les lieux, avec la plus
scrupuleuse exactitude.
Voici les deux inscriptions sous le portrait. La première
se trouve sur le larmier.
M-VRIA STVARTA SCOT : ET GALL : REG : lAGO .* 3IAG : BRITA
REG : 3IATER
AN." 1.5.6.8 IN A>'GL. REFVGY GAVSA DESGEXDE5S
COG>A. ELISE : IBI REG>"A>" : PERFIDIA. SE]\"AT. HjERET : I>VIDIA
POST. XIX. CAPTIVIT : A>'OS RELIG : ERGO CAPITE OBTRV>'C :
aiARTYRIV C0>"SVM3IAVIT A>'.° D>. 1.5.8.7. iETA '. REG. 4.5.
Inscription principale :
DEO OPT. MAX. SACR.
NOBILISS. DVAR. E BRITA>'>'IA MATROXAR.
MONVMEXTVM VIATOR SPEGTAS :
ÇV^ AD REGIS GATÏIOL '. TVTEL. ORTHODO. RELIGION. GAVSA
A PATRIA PROFVG^. HIC IN SPE RESURRECT. QVIESGVNT
IN PRI5IIS BARBARA. 3I0VBRAYD. lOnAN. MOVBRAY BAROMS F.
qym. sereniss. mari^ stvartje regin^ sgot. a gvbigvlis
NVPTVI DATA GVILBERTO GVRLE , QVI AMî. AMPLIVS. XX.
A. SECRETIS REG. FVERAT VNAiQ SINE QVERELA ANN. XXIIII.
YIXERVNT, LIBEROSQ OGTO SVSTVLER . SEX C^LO TRANSGRIPTIS
FILII DVO SVPERSTITES, IN STVDUS LIBERALITER EDVCATI.
lAGOBYS SOCIE. lESV SESE MADRITI AGGREGAVIT , IN HISP.
(92)
HIPPOLYTVS NATV MINOR ITi GALLO. BELG. SOCIET. lEST
PROV. ADSCRIBI CHRISTI MILITIiE VOLVIT
HIC MOESTVS GV3I LACRYMIS OPTIMJE PARE>'TI. P. G.
Q\M PRID KALEND. AVGVST. AIN." D. CIO. 10 CXVI. ÎET. LVII.
VITAM GADVCAM GVM iETERNA COMMVTAVIT.
ITEM ELIZAB. GVRLJE AMITiE EX EADE3IN0B. CVRLEOR. STIRPE
MARIiE QVOQ. REGINJE A CVBIGVLIS , OGTO ANMS YINGVLR.
FIDjE SOCIJE , CVI MORIE>'S VLTIMVM TVLIT SVAVIVM.
PERPETVO CiELIBI , MORIBVSQ. CASTISS. AC PIESTISSIMiE
HIPPOLYTVS CVRLE FRATRIS EIVS F. HOG M05VBI.
GRATI AlS^mi PIETATISQ, ERGO LIB MER. POSVIT.
H^G VLTiaiUM VITiE DIE3I CLAVSIT. AN" Dîfl 1620.
iETAT. LX."^" DIE 29 MAY.
REQVIESCAIS'T IN PAGE. A3IEN.
Ce qui veut dire :
Marie Siuart, reine d'Ecosse et de France, mère de
Jacques, roi d'Angleterre, chercha en 1568 un asile en
Angleterre; par la perfidie de la reine Elisabeth , sa
parente, et la haine cVnn parlement hérétique , après une
captivité de dix— neuf ans, elle y eut la tête tranchée à
cause de sa relifjioji, et souffrit la mort des martyrs Van
1587^ la 45.'' année de son règne et de son âge.
A Vhonneur de Dieu tout-jniissant.
Passant, tu vois ici un monument où reposent, en at-
tendant le réceil des justes , deux nobles dames anglaises^
que leur attachement à la religion orthodoxe a fait fuir
de leur jyatrie ^ pour se mettre sous la protection de S. M.
très-catholique.
L'une d'elles, Barbe Moubray, fille du baron Jean Mour-
hray , Dame d'honneur de la sérénissinie Marie Siuart,
reine d'Ecosse , fut mariée à Gilbert Curie , qui durant
plus de vingt ans , fut secrétaire du roi. Ils vécurent en-
(93)
semble, vendant vingt-quatre années, dans l\mion la jilus
paisible et donnèrent h jour à huit enfans , dont six ont
déjà passé au ciel. Les deux qui survivent furent élevés
dans la carrière des lettres. Jacques , Vaine , s'aggrérjea à
la Société de Jésus, à Madrid. Hippohjte , le second, vou-
lut également faire partie de la milice du Christ en s'asso-
ciant à la même compagnie , dans la province de la
Gaule— Belgique. Ce dernier pleurant la meilleure des
mères, qui passa de cette vie terrestre à la vie éternelle ,
le ^i juillet 1616, à l'âge de 57 ans, lui a fait ériger ce
monument.
L'autre, Elisabeth Curies issue de la 7nême illustre fa-
mille des Curie, fut pareillement Dame d'honneur de
Marie Stuart , et après avoir été pendant huit ans sa
compagne fidèle , dans la prison, ce fut elle, qui, au mo-
ment du supplice de la reine , en reçut le dernier baiser.
Cest également à l'honneur de cette dame , sa tante, que
Hippoljjle Curie , fils de son frère, a érigé ce monument,
comme un témoignage de sa piété et de sa gratitude. Elle
termina ses jours le 29 mai 1620, à Vuge de 60 ans.
Que leurs âmes reposent en ptaix. Amen.
Les Anglais, si a\ides de tout voir quand ils sont en pays
étranger , et si curieux de tout ce ,qui appartient à leur
histoire , ne manquent jamais d'aller visiter leglise de
S.* André. Leur admiration pour ce monument, sans doute
plus intéressant sous le rapport du souvenir qui s'y rat-
tache, que sous celui de l'art, va si loin, que plus d'une
fois on a prétendu , non seulement que le portrait est
un de ceux qui retrace le plus fidèlement les traits de la
malheureuse 31arie Stuart , mais qu'on a été jusqu'à l'at-
tribuer au pinceau de Van Dyck. Aussi bon nombre
d'amateurs d'outre-mer l'ont-ils fait copier dans les derniers
temps.
Pour ce qui est de la ressemblance nous sommes loin
(94)
de la contester. Les traits du visage sont tout -à- fait
ceux qu'on retrouve dans les meilleurs portraits de cette
reine d'Ecosse, et le peintre n'a pas négligé de lui donner
jusqu'à la chevelure roussàtre , telle que la dépeignent les
meilleurs historiens et même Walter-Scott, qu'on me par-
donnera de citer en cet endroit ; car tout romancier qu'il
est , son témoignage ne peut pas être suspect , puisque peu
de personnes connaissaient mieux les antiquités de son pays
que lui. Cet auteur en fesant , dans l\4hhé , le portrait de
Maric-Stuart , ne manque pas de dire the thick clustered
tresses of dark hrown.
Ce serait une opinion plus que hasardée que d'attribuer
ce tableau à Yan Dvck qui était maître en ce genre , et le
portrait est loin , sous tous les rapports , d'approcher du
faire de ce peintre. Nous n'ignorons pas que Van Dyck
n'avait que vingt-et-un ans en 1620, lorsque ce monument
paraît avoir été élevé , mais encore pensons nous que même
à cet âge il aurait fait mieux.
Une reraarcp-ie faite par M.^ Mertens concourt encore
à prouver c[ue ce tableau ne mérite pas l'importance que
l'on y a souvent attachée. En effet , il croit que le mausolée,
tel qu'il se voit aujourd'hui, a subi différentes modifications
depuis son érection primitive. Cela paraît avoir eu lieu
soit lors de la révolution française , soit déjà à une épo-
que antérieure. On remarque, dans la partie inférieure
du monument , trois taches raboteuses à l'endroit , où
autrefois , étaient sans doute placées les armoiries des
familles Moubray et Curie , qui n'ont chsparu que sous la
main des Vandales du XIX.'= siècle. Ce fait est pour ainsi
dire certain. En outre, il est assez douteux que les statues
de S.* Barbe et de S.* Elisabeth soient encore les figures
primitives. Elles pourraient très-bien provenir de l'un ou
l'autre autel, et n avoir été adaptées ici que pour remplacer
celles qui s'y trouvaient anciennement.
(95 )
Nous venons de dire cpie déjà, antérieurement à la révo-
lution française, ce monument semblait avoir subi quelques
changements , et c'est sur le témoignage de Descamps que
nous appuyonts cette conjecture. Cet auteur s'exprime, dans
\c voyage pittoresque de la Flandre et dit Brahant, édi-
tion de Rouen 1769 , de la manière suivante : ici vis-à-vis
(de la chapelle du S.' Sacrement) est un mausolée élevé à
la mémoire de la reine d^ Ecosse, Marie Stuart, son buste
en marbre comme tout le reste a été fait aux dépens de
deux dames anglaises réfugiées en cette ville. D'après cela,
il paraît qu'en 1769 il y avait un buste au lieu d'un ta-
bleau. Voici maintenant l'extrait du même livre mais de
l'édition d'Anvers 1792. Ici vis-à-vis est un mausolée élevé
à la mémoire de la reine d'Ecosse, Marie Stuart, son
portrait peint , et tout l'ouvrage ont été faits aux dépens
de deux dames anglaises réfugiées dans cette ville. On se
demande donc, si une erreur qui s'était glissée dans la
première édition du livre de Descamps a été corrigée dans
celle de 1792, ou si effectivement de 1769 à 1792, il y a
eu substitution d'un portrait à un buste. Ce dernier point
est le plus probable , puisqu'encore aujourd'hui le portrait
se trouve entouré d'un cercle en cuivre bombé , ce qui
convient beaucoup plus à une espèce de niche pour le
placement d'un buste, qu'à l'encadrement d'un tableau.
C'est sans doute à l'un ou l'autre de ces renouvellemens
que l'on doit les deux inexactitudes , assei légères à la
vérité , que l'on observe dans l'inscription principale. A
la ligne 6.*^ on lit movbrayd au lieu de movbrvy. d.
L'autre ne consiste que dans les dates 1620 et die 29 ma y
écrites en chiffres arabes , tandis que , pour être d'accord
avec le reste , il faudrait lire comme Descamps dans l'édi-
tion de Rouen , cio.ioc.xx et die xxix may.
Ajoutons encore, qu'outre ce monument honoraire, on
voyait autrefois une pierre sépulcrale de marbre bleu , placée
(96)
au-dessus de l'entrée du caveau dans lequel les corps étaient
enterrés. On lisait sur cette pierre une seconde inscription
que le baron Le Roy nous a conservée dans le Théâtre
sacré. La voici :
D. 0. M.
Siib hoc lapide diiarmn feminariim vere piarum con-
dunlur corpora d. barbarie moubray et d. ELiSABETHiE
CURLE utrœque Scotœ , nohilissimœ Mariœ Beginœ a
cuhiculis , quarum tnonumentmn superiori affïgjtur co-
luninœ. Illa vidua mortaliuni legi cessit xxxi Jtdii anno
œlatis Lvii , dmn hœc seinper cœlehs xxix. Mail œtatis lx.
Dni M.G.xx.
Ce n'est , comme on voit , que la répétition en abrégé
de la première.
C. P. Serrure.
(97)
Uotitt
Sur la collection des Manuscrits de Granvelle, con-
servée A LA Bibliothèque de Besançon.
>MI<
Le rapport que M. Guizot , ministre de l'instruction publi-
que, a présenté au roi des Français , le 27 novembre dernier,
relativement à la publication des monuments inédits de l'his-
toire de France (1), a rappelé l'attention de toutes les per-
sonnes que nos fastes nationaux intéressent , sur une collec-
tion de pièces qui est plus belge que française , quoiqu'elle
se conserve à la bibliothèque de Besançon : nous voulons
parler des manuscrits du fameux cardinal de Granvelle.
Il y a longtemps que cette collection a été signalée à la
curiosité des savans. Dans le XVH.e siècle, l'abbé Boizot, qui
l'avait formée , écrivit une lettre à Pélisson , où il donnait
quelques détails sur les documens dont elle se composait ;
cette lettre est insérée dans le tome IV des Mémoires de
littérature du P. Dcsmolets, qui sont entièrement oubliés
aujourd'hui. Bernard de la Monnoye en parla, à son tour,
dans l'édition qu'il fit paraître, en 1715, à\x Ménagiana.
Plus tard , elle fut encore citée dans les Mémoires j)our
servir à l'histoire du cardinal de Granvelle (2) , par dom
Prosper Lévêque , dans la préface de l'édition , imprimée à
Bruxelles, de l'Histoire du cardinal, par Luc Denans de
(i) Ce rapport a été inséré dans la plupart des journaux de Paris, et
nommément dans le Journal des Débats , du 3o novembre i834.
(a) Paus . Desprez , 1^54 , deux volumes in- 12, sans nom d'auteur.
7
(98)
Courchetet (1), dans le mémoire historique lu à l'académie
de Besançon par dom Grappin, le 24 août 1787; enfin,
tout récemment , M. Capefigue , dans sa lettre à M.^ le baron
Pasquier , président de la chambre des pairs , qui sert de
préface à son Histoire de la réforme, de la ligue et du
règne de Henri I p^ (2), en a fait mention aussi.
C'est dans les Mémoires de dom Prosper Lévêque , qu'on
trouve le plus de renseignemens sur les manuscrits de
Granvelle ; toutefois ils sont loin de suffire pour l'appré-
ciation d'une collection aussi vaste et aussi importante.
Un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-
Vannes , qui fut , pendant de longues années , bibliothé-
caire de l'abbaye de Saint-Vincent, à Besançon, où elle
était déposée , et qui, en 1784, vint à Bruxelles s'associer
aux travaux des Bollandistes , dom Anselme Berlhod , avait
rédigé , dans le temps qu'il habitait Besançon , des anecdo-
tes, ou plutôt des extraits tirés de ces manuscrits. Il les
avait présentés à l'académie de cette ville , dont il était
membre; mais ils ne furent pas rendus publics.
Me trouvant à Paris au commencement de 1828, j'appris,
par une Notice que M. ChampoUion-Figeac venait de mettre
au jour sur le cabinet des chartes et diplômes de l'Histoire
de France (3), l'existence, dans ce cabinet, de « deux vo-
)) lûmes in-folio : Extraits analytiques des 85 volumes de
» manuscrits historiques de Nicolas et Antoine de Gran-
)) vclle , ministres de Charles - Quint et de Philippe II.»
M. ChampoUion, à la rare complaisance duquel je suis heu-
reux d'avoir cette occasion de rendre hommage (4) , ayant
(i) Bruxelles. Ermens, 1784, deux volumes in- 12.
(2) Bruxelles, Louis Hauman et Compagnie, 1 834. Six vol. ont paru.
(3) Paris, imprimerie de Firmin Didot , 1827 : in-8° de 32 pages.
(4) M. Chumpollion-Figeac est aujourd'hui conservateur de la section
des manuscrits de la bibliothèque du roi , dont le cabinet des chartes
et diplômes forme une dépendance.
(09)
Lien voulu les mellre à ma disposition , je reconnus qu'ils
étaient la copie des anecdotes de dom Bcrthod envoyée ,
en 1787, par son successeur à Besançon, dom Grappin, à
M. Moreau, historiographe de France et directeur du cabi-
net des chartes (1). Inutile de dire que je les parcourus avec
avidité. Mais je ne me l)ornai pas à les lire ; j'en pris des
extraits assez étendus.
C'est ce travail qui me met aujourd'hui en état de fournir
aux amis de notre histoire nationale , sur la Collection de
Granvelle, des notions qui, je l'espère, seront accueillies
par eux avec plaisir.
Mais, avant de décrire ce Recueil, il importe de faire
connaître quelques particularités qui se rattachent à sa for-
mation ; ici je laisserai parler l'auteur des Mémoires pour
servir à l'histoire du Cardinal : « Peu de ministres , dit dom
))■ Prosper Lévêque, ont été aussi laborieux, aussi exacts,
» aussi attentifs , que le cardinal de Granvelle. Il conservait
» toutes les lettres qu'on lui écrivait , jusqu'à celles de pur
» compliment On peut juger par là du soin qu'il avait
» de rassembler les lettres d'affaires et de conséquences ;
)) il en a laissé un grand nombre écrites en différentes lan-
» gués, toutes chargées d'apostilles de sa propre main
» Cependant , après la mort du cardinal , ces riches monu-
» ments de son habileté , ces preuves fidèles et solides de la
» confiance de ses maîtres, ces dépôts les plus secrets et
Tous ceux qui ont eu à faire des recherches dans ce vaste dépôt des
connaissances humaines, s'empresseront de rendre hommage, avec moi,
à l'inépuisable complaisance de ce savant.
(i) On conserve aussi, au cabinet des chartes et diplômes, une copie
du « Mémoire sur quelques manuscrits de la bibliothèque publique de
» l'abbaye de Saint- Vincent de Besançon , lu à la séance de l'académie,
» le 28 novembre 1770, par dom Bcrthod, sous-prieur et bibliothé-
» caire de celte al)bnye. » Mais ce mémoire est beaucoup moins riche en
renseignemenls sur la collection de Granvelle , que les deux volumes
à^ Anecdotes.
( 100 )
)) les plus précieux des affaires politiques de son siècle,
)) furent regardés comme des paperasses inutiles ; on les
» transporta dans un galetas, puis chez un épicier : triste
» sort , mais trop ordinaire ! Il ne fallut pas moins que
» toutes les recherches de l'abbé Boizot, pour recouvrer ce
» trésor, et empêcher qu'il ne fût dissipé en grande partie.
» M. Jules Chifflet , abbé de Balérne , conseiller-clerc au
» parlement de Bourgogne et ancien chancelier de l'ordre
» de la Toison-d'Or, avait dé']krécliappé du naufrage beau-
» coup de ces lettres ; M. le comte de Saint-Maurice et le
» baron de Thoraise en avaient conservé plusieurs autres ,
comme des effets de famille : diverses autres personnes
en gardèrent, par la seule vénération qu'on a encore
dans Besançon pour tout ce qui vient de la maison de
Granvelle. Tous ceux dont je viens de parler cédèrent à
» l'abbé Boiz.ot chacîin leur part de ces papiers , il rassembla
» le reste de côté et d'autre. »
La collection de Granvelle se compose de 85 volumes ,
lesquels portent les titres suivans :
Mémoires de Granvelle 35 volumes.
Lettrés de 3Iorillon 8
Lettres d'Hoppérus 7
Apologie de l'empereur Charles V. . 1
Ambassade de Saint -Mauris. ... 1
Ambassades de Simon Renard. . . 5
Ambassade de Chantonay .... 8
Lettres de M. de Champagnev. . . 8
Lettres de et à M. de Bellefontaine. . 3
Lettres de et à M. de Vergv, ... 2
Mémoires pour servir à l'histoire. • 2
Traités de paix. . ^ 4
Journal des voyages de l'empereur
Charles - Quint 1
85 volumes.
( 101 )
Chacun de ces recueils a un caractère d'intérêt qui lui est
propre, cl qu'indique en général le titre qui lui a été donné.
Un aperçu des principaux docuraens que les uns et les autres
contiennent fera mieux apprécier cet intérêt.
MÉMOIRES DE GRAKVELLE , 35 VOLUMES.
Lorsque l'abLé Boizot recueillit et classa les manuscrits
de Granvelle, il voulut d'abord les ranger tous , sans excep-
tion, selon l'ordre des dates : mais ensuite, trouvant des
séries considérables de papiers ayant rapport au même
objet, il jugea préférable de former de ceux-ci des recueils
distincts et séparés. Ce fut dans ce système, qu'il composa
des collections particulières des lettres de Morillon, de celles
«le Champagney , de celles d'Hoppérus , etc. : tous les docu-
ments qu'il ne put pas faire entrer ainsi dans un cadre
s})écial, il les réunit, en les souraetlant à l'ordre chrono-
logique, sous le titre de Granvelle.
Cette dernière partie de la collection, qui est la plus
considérable, est aussi la plus précieuse pour l'histoire.
Les quatre premiers volumes contiennent des pièces du
XV.*^ et de la première moitié du XVI.^ siècles, savoir : des
lettres de Jean-sans-Peur , de Philippe-le-Bon , de Charles-
le- Téméraire, de 3Iaximilien, de Philippe -le -Beau, de
Charles -Quint, de Marguerite, duchesse de Savoie, de
François I.'^'^ , lors de sa captivité ; des lettres et des in-
structions de Charles -Quint, de la reine Marie, et du
chancelier Perrenot, aux ambassadeurs en France, etc.
On trouve, dans le o.*", (années 1554-1557), des let-
tres de l'évêque d'Arras à 1 empereur et à Philippe , son fils.
Dans les 6.% 8.<= et 9.^ (15o8-15G3), un grand nom-
iire de lettres de Granvelle au roi et vicisaim, tant avant
qu'après le départ de ce prince pour l'Espagne , jusqu'au
moment où le cardinal se retira des Pays-Bas;
Dans le 10.* et les suivans jusques et compris le 24.',
( 102 )
des lettres de Granvelle au roi , à l'empereur , à la du-
chesse de Parme, arec les réponses de ces princes; nombre
de lettres de Viglius , du secrétaire Bave , de lecuver
Bordey et de quekpies autres amis du cardinal restés aux
Pavs-Bas, par lesquelles ils l'intruisaient régulièrement de
tout ce qui se passait à Bruxelles et dans les provinces :
ces quinze volumes embrassent une des époques les plus
intéressantes de nos troubles, les années 1564 à 1567.
La correspondance du cardinal avec Claude Bélin , Franc-
Comtois qui , par le crédit de G ranvelle , avait été appelé
à siéger au conseil des troubles , est ce qui mérite le
plus d'attention dans les 25.^ et 26.'' volumes , qui se rap-
portent aux années 1567 et 1568.
Les 27.*=, 28.^ et 20.'' volumes n'offrent rien de bien
remarquable, non plus que les 34. «^ et SS.*".
Des correspondances de G ranvelle avec le roi , avec don
Juan d'Autriche, avec la duchesse de Parme et le prince
Alexandre son fils, sont contenues dans les 30.^, 31.«,
32.'= et 33,«
Lettres de Morillo^v, 8 vol.
Maximilien Morillon, prévôt d'Aire et depuis éveque de
Tournai , était l'ami particulier de Granvelle , qui l'avait
chargé , après sa retraite des Pays-Bas , de l'administration
de l'archevêché de Malines. Ce n'est pas toutefois sur cette
administration que roule principalement la correspondance
dont il est question ici , mais sur les affaires publiques ,
dont le prévôt d'Aire tenait son patron exactement in-
formé, et il puisait aux meilleures sources.
Chacun des six pi'emiers volumes des lettres de Morillon
embrasse une année, à partir de 1564. Le 1." renferme
des lettres de l'année 1572; le 8,*=, des pièces mêlées de
1573, 1575, 1576, 1578, 1581.
( 103 )
Lettres d'Hoppérus a Philippe II, 7 vol.
Joachim Hoppérus , ou Hopper, fut appelé à Madrid par
Philippe II, en 1507, pour remplacer Charles Tisuacq
comme garde-des-sceaux des Pays-Bas, Ce fut en celte
qualité , qu'il adressa au roi les rapports (plutôt que les
lettres) dont est composé ce recueil, et sur la plupart
desquels Philippe mit des apostilles. Les cinq premiers
volumes appartiennent aux années 1571 à 1575; les cinq
derniers sont relatifs à l'année 157G. Il ne paraît pas
qu'ils répandent un grand jour sur les ressorts de la politi-
que de Philippe , ni sur les causes secrètes des événemens
du temps.
Comment les rapports d'Hoppérus se trouvèrent -ils
ensuite parmi les papiers de Granvelle délaissés à Besancon?
C'est un point qui n'est pas éclairci : seulement, je pré-
sume qu'ils parvinrent dans les mains du cardinal , lorsque ,
en 1579, appelé par Philippe auprès de lui, il se trouva
de nouveau chargé, quoique sans commission' expresse ,
des affaires des Pays-Bas.
Apologie de l'empereur Charles V, 1 vol.
Dom Berlhod avait une estime singulière pour ce recueil ,
qui contient des traités , des lettres , des instructions et
autres papiers d'état , la plupart en original , relatifs aux
démêlés de Charles V et de François I.*^^' Plusieurs de ces
pièces sont rctouciiées de la main propre de l'empereur et
de celle de son chancelier Nicolas Perrenot , père du car-
dinal de Granvelle.
Ambassade de S.' Mauris , 1 vol.
Jean de S.^ Mauris , seigneur de Monlbarrey, fut envoyé
ambassadeur en France sur la lin de 1544 , et il y demeura
jusqu'en 1548. L'objet de sa mission élail de terminer
( 104 )
quelques difficultés survenues dans l'exécution du traité de
Crépy.
C'est de cet objet que traitent les pièces rassemblées
dans ce volume : elles sont des années 1544 et 1545.
Ambassades de Simoiî Re>"Ard , 5 vol.
Simon Renard succéda à S.* Mauris dans son ambassade
à la cour de France. Il fut ensuite chargé de négocier ,
en Angleterre , le mariage de Philippe II avec la reine
Marie , fille de Henri VIH , et il prit part aussi à la con-
clusion de la trêve de Vaucelles.
Des instructions , des dépêches de l'empereur et de Nicolas
et Antoine Perrenot , des lettres et rapports de Renard ,
pendant les années 1548, 1549, 1550, 1551, 1553,
1554, 1555 et 1556, tels sont les documents dont sont
formés , pour la plus grande partie , les quatre premiers
volumes de ce recueil. Le 5.^ ne concerne pour ainsi dire
que la famille de Renard : on y trouve , entr'autres , le
procès de son maître d'hôtel Quiclct , condamné à perdre
la vie par arrêt du parlement de Dole , procès dans lequel
Renard lui-même se trouve impliqué , et qui fut dans la
suite la cause de sa perte.
Ambassade de Chapîtoay, 8 vol.
Thomas Perrenot , comte de Cantecroix , baron de Chan-
tonay, fut nommé par Philippe II, en 1565 ambassadeur
à Vienne, avec la charge principale de détourner l'empe-
reur du projet, qu'on lui attribuait, de solliciter, à la cour
de Rome , le mariage des prêtres.
Les huit volumes de son ambassade ne concernent pas
seulement cet objet ; on y trouve aussi des pièces qui
offrent un intérêt plus particulier pour notre histoire ; je
mentionnerai , entr'autres , celles qui font connaître les
conseils , que l'empereur donna k Phihppe , d'user de
( 105 )
clémence envers les Pays-Bas , lorsqu'il y envoya le duc
(l'Alve, et celle encore par où l'on voit les instances que
firent le même prince et les électeurs de l'empire en faveur
des comtes de Hornes et d'Egmont , ainsi cpie leurs dé-
marches pour procurer une réconciliation entre le prince
d'Orange et Philippe. Il y a , dans le même recueil , un
monument curieux de l'arrogante vanité du duc d'Alve :
ne trouvant en Espagne aucun parti digne de son fils , il
chargeait Chantonay de s'informer si l'une des filles de
l'électeur de Bavière ne pourrait pas lui convenir.
Les pièces de Xamhassade de Chantonay , lesquelles
sont pour la plupart des lettres et des mémoires à lui adres-
sés, se rapportent aux années 1565 à 1570.
Lettres de m.'^ de Champ agkey , 8 vol.
Cette correspondance appartient aux années 1590 à 1597;
ainsi elle est postérieure à la mort du cardinal et aux
événemens principaux du XVI. "siècle : c'est assez dire que
les lettres dont elle est formée ne sont pas d'un intérêt
majeur. On peut toutefois y puiser quelques notions cu-
rieuses sur le caractère de ce frère de Granvelle et de
plusieurs autres personnages du temps.
Lettres de et a m.'' de bellefotîtaiise , 3 vol.
N. de S.* Mauris-3Iontljarrey , prieur de Bcllefontaine ,
était le cousin de Granvelle , qui avait en lui la plus grande
confiance : c'est leur correspondance que renferme le pré-
sent recueil. L'abbé Boiz,ot ne faisait d'aucune des parties
de sa collection autant de cas que de celle-ci, et dom
Prospcr Lévèque en parle également avec la plus grande
estime. Je ne saurais lui accorder la même valeur. J'ai
parcouru les Lettres de Belle fontaine dans une copie en
trois volumes in-folio, qui se conserve, je ne sais pour-
([uoi , à la section des livres imprimés de la bibliothèque
( 106 )
de la rue de Richelieu ; elles offrent , il est vrai , des par-
ticularités dignes d'être recueillies ; mais , sous le rapport
historique , elles sont loin d'avoir , à mes yeux , autant de
prix que les Mémoires de Granvelle et la correspondance
de Morillon.
Les lettres contenues dans les deux premiers volumes
sont des années 15G1 , 1562, 1563, 1567, 1568, 1572,
1574, 1577, 1578, 1579, 1580, 1581, 1582, 1583,
1584, 1586.
Le troisième volume concerne exclusivement la famille
de S.* Mauris-Montbarrey.
Lettres de et a m.^ de Vergy, 2 vol.
Ces lettres , qui sont du XVL<= et du XVH.^ siècles ,
n'offrent nul intérêt pour l'histoire de la Belgique ; elles
n'en ont que pour la famille de Vergy et la Franche-
Comté, dont un membre de cette famille était gouverneur
sous Philippe II.
MÉ3I0IRES POUR SERVIR A l'hISTOIRE, 2 VOL.
J'en dirai autant de ce recueil, dont le contenu s'ap-
plique principalement au ministère du cardinal de Richelieu
et à des événemens postérieurs.
Traités de paix , 4 vol.
On trouve , dans le premier volume , le traité conclu
à Madrid, entre l'empereur et François I.", avec plusieurs
actes y relatifs ; puis les traités de Cambrai , de Grépy et
de Cateau-Cambrcsis.
Le 2." contient divers traités entre les ducs de Bourgogne
et les rois de France.
Les 3.^ et 4.*^ sont consacrés au traité de Vcrvins.
( 107 )
JOURSAL DES VOYAGES DE LEMPEREUR GhARLES V, 2 VOL.
Voici le titre lilléral de ce volume, (pii est l'origiiml
même de l'auteur, dédié et présenté par lui à réoéreiuUs-
fi'nne et illustrissime seigneur , monxeiyneur le cardinal
lie G r an V elle.
« Sommaire des voyaiges faicts par Charles cinquième
» de ce nom, toujours auguste, empereur des Romains, etc.,
» depuis l'an mil cinq cent et quatorze jusques le vingt-
» cinquième de may l'an mil cinq cent cinquante et ung
» inclusivement , recueillis et mis par escript par Jehan
» de Vandenesse , contreroleur , ayant suivi S. M. en tous
» lesdits voyaiges, continué pour Philippe II depuis 1551
)) jusqu'à 1560. »
Dom Berthod parle , avec les plus grands éloges , de
ce manuscrit , qu'il s'était proposé de publier ; on ignore
les circonstances qui l'empêchèrent de donner suite à ce
dessein : j'ailu ihn?>V E mancipation du 21 décembre 1834,
que mon savant collègue à la commission d'histoire , M. le
baron de Reiffenberg , en avait donné des extraits fort
curieux dans des Particularités inédites sur Charles-
Quint et sa sœur, insérées au 8.*^ volume des mémoires
de l'académie belge , qui doit bientôt paraître.
Par cette simple indication des documents dont se com-
pose en général la Collection de Grancelle, on peut se
faire une idée de son importance pour l'histoire de la
Belgique. Peut-être n'en est-il aucune , sans excepter
même celle des papiers d'état qui se conservait autrefois à
Bruxelles , et que la cour de Vienne n'a pas encore res-
tituée , qui répande plus de lumières sur les causes de la
révolution du XV!.*" siècle, cl sur le caractère des person-
nages qui y jouèrent les principaux rôles , sur celui surtout
de ce célèbre cardinal , émule des Ximénès et des illazarin,
qui, malgré les portraits que tant de mains habiles eu
ont tracés , n'a pas encore été représente sous sou vrai jour.
( 108 )
C'est dans cette collection que l'on peut voir , démontrée
par les faits , l'influence qu'exerça Granvelle sur les réso-
lutions de Philippe II, soit lorsque ce prince, au moment
de partir pour l'Espagne , organisa le gouvernement général
de Bruxelles , soit ensuite dans les instructions que de
Madrid il faisait passer à la gouvernante. Les motifs qui
déterminèrent Granvelle à se retirer des Pays-Bas, et qui
ont été ignorés des historiens , lesquels attribuent à tort
cette sortie à un ordre de Philippe; les circonstances qui
l'accompagnèrent et la suivirent, s'y trouvent retracées avec
beaucoup de détails. Elle en offre aussi de peu connus sur
l'érection des nouveaux évêchés , sur l'acceptation du con-
cile de Trente, sur le procès des comtes d'Egmont et de
Hornes , sur l'imposition des 10.^ et 100.^ deniers , sur
l'envoi, en 1572, du duc de 3Iédina-Cœli pour remplacer
le duc d'Alve, mesure qui, accordée à l'indignation univer-
selle, fut rendue infructueuse par l'audacieuse persistance
de ce dernier ; sur les démêlés qu'il y eut entre Marguerite
de Parme et son fils , lorsque , après la mort de don Juan
d'Autriche , la duchesse fut de nouveau chargée du gou-
■\erncment des Pavs— Bas.
j
On y apprend encore que ce fut Granvelle qui détourna
constamment Philippe d'autoriser la convocation des Etats-
Généraux, et que ce fut lui aussi qui, nourrissant contre
Guillaume-le-Taciturne une haine invétérée , donna au roi
le conseil de mettre à prix la tête de ce chef de l'insurrec-
tion , circonstance qui n'est point non plus parvenue à la
connaissance des historiens.
Dans sa volumineuse correspondance, le cardinal dévoile
plus d'une fois les traits caractéristiques de Philippe ,
« voulant tout faire , et faisant peu ou rien , toujours
» abhorrant les résolutions et les conclusions » : ce monar-
<jue superstitieux semble avoir pris le soin de se peindre
lui-même dans une lettre à lloppérus , où il se montre
(109)
plicn de joie de l'horoscope donné par un astrologue que
celui-ci avait consulté à l'occasion de la naissance du prince
d'Espagne.
Guillaume , Egmont , Hornes , Marguerite de Parme ,
Alexandre son fils , le duc d'Alve , Viglius , Hoppérus et
nombre d'autres qui prirent part aux affaires du temps,
sont peints dans une foule d'anecdotes extrèmeneut cu-
rieuses. Une lettre de Champagney au cardinal bouleverse
toutes les idées qu'on s'était formée , d'après les récils des
historiens , du caractère du vainqueur de Lépante , de don
Juan d'Autriche : par cette lettre , qui est de l'année 1584,
Champagney mande à son frère que les seigneurs regardaient
don Juan comme stupide ; que , pendant qu'on délibérait
au conseil , on le surprit caché derrière une tapisserie ; que ,
à l'époque de ses discussions avec les Etats , il pensait à
sortir furtivement des Pays-Bas, etc.
J'aurais à m'étendre longuement, si je voulais reproduire
tout ce que j'ai noté de remarquable dans les extraits de
dom Berthod , lesquels ne présentent pourtant qu'une ana-
lyse décolorée de la collection même. L'examen que j'y ai
consacré m'a convaincu plus que jamais que , malgré les
livres de Van Meteren, de Le Pptit, de Pierre Bor, tle
Bentivoglio , de Strada , de Vander Vynckt , une histoire
exacte et complète de la révolution du XVL" siècle est
encore à écrire.
Je terminerai cette notice par quelques observations.
Aujourd'hui que l'on attache , et à juste titre , tant de
prix aux travaux qui ont pour objet de faire connaître 1 une
ou l'autre des époques, d'éclairer une des faces quelconques
de notre histoire nationale; aujourd'hui que tout le monde
sent le besoin de recourir aux monuments originaux, pour
avoir enfin des annales qui ne renferment plus des faits de
convention , mais des faits authentiquement établis , ne
serait-ce pas une mesure qui obtiendrait l'assentiment du
(110)
pays tout entier , que l'allocation , dans le budget de l'état,
d'une somme destinée à couvrir les frais de copie des
documens intéressans pour la Belgique qui existent à l'étran-
ger , et nommément ceux de Besançon ? Ce fut ainsi que
procéda le gouyernement français dans le siècle dernier,
lorsqu'il voulut rassembler les monumens de l'histoire de
la monarchie ; et cet exemple est imité par le gouverne-
ment britannique , qui, depuis plusieurs années, fait copier,
dans toutes les archives, dans toutes les bibliothèques du
continent , les documens concernant l'histoire d'Angleterre
qui s'y trouvent .
On objectera peut-être , quant à la Collection de Gran-
velle , que M. Guizot a annoncé l'intention d'en faire publier
la partie principale. Mais il est fort probable que cette
publication ne comprendra que les pièces qui se rappor-
tent aux affaires de la France , ou aux affaires générales
de l'Europe , et qu'on laissera de côté celles qui n'inté-
ressent que la Belgique, c'est-à-tHre les plus essentielles
pour nous : cela est dans l'ordre. Au surplus , on pourrait
s'entendre , à cet égard , avec la commission que M. Guizot
a établie à Besançon , sous la présidence du bibliothécaire ,
M.' Weiss ; je puis d'avance garantir qu'on trouverait ,
dans ce savant , avec lequel je m'honore d'avoir eu quel-
ques relations , la plus obligeante disposition à faciliter
l'examen et la copie des pièces.
Je dois déclarer ici que la mesure que j'indique était
entrée dans les vues du gouvernement précédent , j'en
conserve la preuve dans une lettre que le département de
l'inslruclion publique m'écrivit en 1827, d'après quelques
notions que je lui avais fournies ( les seules que je pos-
sédasse à cette époque ) sur la Collection de Granvelle , et
ce fût même à cette occasion , que j'entrai en correspon-
dance avec M."" Weiss , pour préparer les voies à l'exploration
des manuscrits , dont on désirait que je me chargeasse.
( 111 )
En 17G4 , le comte de Cobcnxl , ministre plénipotentiaire
(le l'impératrice Marie-Thérèse aux Pays-Bas , avait conçu
un dessein plus grand encore; il voulait acquérir la Col-
lection de GraiivcUe , qui était alors la propriété de l'abbaye
de Saint- Vincent. Ce projet n'eut point de suite; mais il
ne fut pourtant pas sans résultat : car , le comte de Cobenzl
en ayant fait part à l'abbé de Nélis, celui-ci en prit occasion
de signaler au ministre l'existence , dans la bibliothèque
des jésuites du faubourg Saint-Antoine à Paris , dont la
vente était annoncée , de trois portefeuilles de lettres qui
avaient la même origine que les manuscrits de Besançon (1),
et le ministre les fit acheter pour la bibliothèque de Bour-
gogne (2). Ce n'est pas sans intention que j'ai cité ces
deux faits. Si des gouvernans étrangers se sont autant oc-
cupés d'un objet qui intéresse la Belgique , que ne doit-on
pas attendre du gouvernement national auquel sont main-
tenant confiées les destinées du pays ?
Gaghard ,
archiviste général du royaume.
(i) Lettre originale de l'abbé de Nélis au comte de Cobcnzl , en date
du 26 novembre i|y64, conservée aux archives du royaume.
(2) II furent payées 800 livres. De ces trois portefeuilles, il n'y en a
plus que deux à la bibliotliuque de Bourgogne; l'autre est dans la biblio-
thèque délaissée par feu M. Van Hulthem , qui en fit l'acquisition lors
de la vente des livres et manuscrits de M. de Nélis.
( 112)
Qiunlyi$û0 dntiquc^ b'(!)nvva^t0.
Observations Sur le premier titre du projet de loi
SUR l'instruction publique , présenté a la Chambre
des représentans le 31 juillet 1834, précédées de
l'analyse de ce titre.
Analyse du Titre.
Le système adopté pour l'organisation de l'enseignement
élémentaire est exposé en ces termes, dans les motifs de
la Commission de rédaction (folio 11 ) : « Les frais de l'in-
» struction primaire doivent être à la charge de la com-
» mune : c'est le système le plus naturel; la commune est
)) l'association qui remplace la famille ; c'est le seul système
)) praticable ; il est en harmonie avec l'ensemLle de la légis-
» lation , et confirmé par l'expérience des lois étrangères.
» Comme la commune vient au secours de la famille indi-
» gente , de même la province viendra au secours de la
» commune, quand ses revenus sont insuffisans
» )) le trésor public suppléera
» au budget des provinces quand la charge sera trop grande.
D'après ces principes :
L'art. 1.^' a pour objet d'assurer l'existence d'une école
primaire au moins par commune, sauf le cas de nécessité
ou plusieurs communes seront autorisées à se réunir pour
fonder une école.
L'art. 2 détermine les matières qui y seront nécessaire-
ment enseignées.
(113)
L'art. 3 veut que l'instruction soit donnée gratuitement
aux enfants pauvres.
L'arl. 4 crée une commission d'instruction pour chaque
province. Elle est composée de six membres nommés par
le conseil provincial , et renouvelés par tiers tous les deux
ans ; les membres sortants sont rééligibles. Celte commis-
sion choisit son président et son secrétaire. Elle veille à
l'exécution des articles précédents et remplit les autres
fonctions déterminées ci-après.
L'art. 5 assimile entièrement aux particuliers, les com-
munes qui établissent des écoles à leurs frais et les soustrait
à l'intervention de la commission, soit pour nommer, sus-
pendre ou révoquer les instituteurs, soit pour fixer leur
traitement , soit pour diriger l'instruction.
L'art. 6 enjoint à la commission de requérir le conseil
communal , dans les lieux où il n'y aurait pas d'école fondée
ou adoptée par lui, d'en créer une dans un délai prescrit.
L'art. 7 autorise la députation permanente, dans le cas
où le conseil ne déférerait pas à l'injonction de la com-
mission , de porter d'office au budget communal une somme
pour l'érection de l'école.
L'art. 8 crée , mais seulement pour les écoles commu-
nales qui reçoivent un subside , un comité local de sur-
veillance, composé du bourgmestre et du curé qui sont
membres de droit , et de trois notables choisis par la com-
mission d'instruction , sur une liste double de candidats
présentée par le conseil communal.
L'art. 9 exige que la vacance des places d'instituteurs
soit publiée, dans les journaux, un mois avant la nomination.
L'art. 10 veut que, pour les écoles subsidiécs, la com-
mission provinciale s'assure de la capacité et de la mora-
lité des candidats , et qu'après avoir pris l'avis du comité
local , elle en présente trois parmi lesquels le conseil
communal choisira l'instituteur.
8
(114)
L'art. 1 1 autorise le conseil municipal , sur la plainte du
comité local, à suspendre l'instituteur pour un terme qui
n'excédera pas un mois.
L'art 12 accorde à la commission le pouvoir de révoquer
l'instituteur, soit d'office, soit sur la proposition du conseil
communal ou du comité local , après les avoir entendus
ainsi que l'instituteur.
L'art. 13 dit; que le traitement de l'instituteur, fixé par le
conseil municipal , sous l'approbation de la députation per-
manente, ne peut être moindre de 300 francs, plus l'ha-
bitation ou une indemnité de logement.
L'art. 14 soumet à l'approbation de la commission pro-
vinciale , le règlement du conseil municipal qui détermine
la rétribution des élèves , les heures du travail , les vacances ,
le mode de punition et de récompense.
L'art. 15 veut, qu'en cas d'insuffisance des ressources des
provinces , il leur soit alloué des subsides sur le trésor
public, pour contribuer aux dépenses de l'instruction pri-
maire.
Les articles 16, 17, 18, 19, 20 et 21 sont relatifs aux
écoles-modèles à établir aux frais de l'état, dans les chefs-
lieux de province et dans les arrondissements , aux leçons
normales qui s'y donneront à certaines époques de l'année,
et à l'école normale pour l'enseignement primaire ; ils sont
extraits à peu de chose prés du travail de la première
commission , sauf qu'on laisse au gouvernement la faculté
de créer successivement deux autres écoles normales.
L'art. 22 laisse au conseil provincial la fixation de l'in-
demnité à accorder à la commission pour frais de dépla-
cement, de présence, de bureau et pour le traitement du
secrétaire qui ne sera pas en dessous de mille francs.
Enfin l'art. 23 et dernier oblige la commission provin-
ciale à faire annuellement un rapport sur l'état de l'ins-
truction primaire , qui sera imprimé , soumis au conseil ,
( 115 )
el adressé au gouvcrnemenl , et dans lequel elle signalera
les instituteurs des écoles rétribuées par la province qui se
sont distingués.
'O*
Observations sur les articles 4, 5, 8, 15 et 19.
Nous nous sommes attachés, dans cette analyse, à mettre
les lecteurs à même d'apprécier le système du projet, la
composition et les attributions des commissions provin-
ciales , et les divers rapports de ces commissions avec les
autorités municipales, suivant que les écoles sont entrete-
nues aux frais de la commune ou subsidiées par la pro-
vince.
Le système est d'une application d'autant plus facile et
plus immédiate , qu'il se conforme aux habitudes du pavs, en
chargeant les communes de pourvoir à l'instruction élé-
mentaire de leurs habitans.
Mais il ne suffisait pas de reconnaître le principe , il
fallait pourvoir aux moyens de surveillance nécessaires
pour assurer l'exécution de la loi. Les rédacteurs du projet
ont encore eu recours à une institution connue , en réta-
blissant les commissions provinciales d'instruction. Ils en
ont écarté avec soin tout ce qui , sous un autre régime ,
avait été blàraé , et ils y ont associé des comités locaux
de surveillance , à l'instar de ceux qui ont été créés en
France, par la loi du 28 juin 1833.
Nous croyons devoir rappeler ici , que les six membres
des commissions provinciales sont nommés par les conseils
provinciaux , que les trois notables des comités sont pré-
sentés par les conseils municipaux et que les écoles com-
munales non subsidiées, sont assimilées aux écoles privées ,
et relèvent uniquement de la commune. Le projet aban-
donne donc entièrement aux communes et aux provinces ,
la direction , ladminist ration cl la surveillance des écoles
( 116)
primaires communales, et ne laisse pas au gouvernement
la moindre part d'influence. Il ne fait même mention de
l'état que pour ce qui concerne les écoles établies à ses
frais et pour les subsides qu'il doit fournir, en cas d'insuffi-
sance des ressources des provinces.
Cependant lorsque l'état intervient comme la province
par des subsides en faveur des écoles communales , il est
bien juste qu'il intervienne aussi comme elle dans la
surveillance de l'emploi qu'on en fait. Voilà pour la
question d'argent , et si on se bornait à celle-là , on
pourrait ajouter que les dépenses des communes, des
provinces , et de l'état ne se paient qu'au moyen des con-
tributions imposées , sous diverses formes , au peuple , et
que le gouvernement doit veiller à ce qu'on n'en fasse
pas un usage contraire à l'intérêt général.
Mais il en est une autre d'un ordre plus relevé : si ,
comme on le reconnaît dans tous les états de l'Europe,
soit constitutionnels , soit despotiques , l'instruction primaire
est une dette de l'état , le gouvernement ne peut rester
étranger à la manière dont les communes acquittent cette
dette en son nom.
Le système qui , sous le régime précédent , laissait au
roi la nomination des membres des commissions provin-
ciales , et celui qui , sous le gouvernement actuel , aban-
donnerait entièrement ces nominations aux provinces , sont
dans un sens contraire , également absolus ; car si d'une
part la centralisation pouvait oflVir de graves inconvéniens,
d'autre part l'esprit provincial n'ofî'rirait pas de moindres
dangers par sa tendance à l'isolement. Qui sait si on ne
verrait pas quelques provinces adopter des doctrines dif-
férentes, et en changer au gré de linfluence sous laquelle
les conseils nommeraient les membres des commissions
provinciales , et si nos écoles disputées par les partis ne
seraient pas dirigées dans le sens d'un libéralisme exalté
(117)
ou dans un sens entièrement opposé , suivant la compo-
sition (les commissions.
On éviterait ces deux extrêmes en adjoignant aux six
membres élus par le conseil provincial , deux membres
à la nomination du gouvernement , le président et le
secrétaire. La présidence appartiendrait généralement au
gouverneur de la province qui , en cette qualité , pourrait
fournir d'utiles reuseignemens , faciliter les relations, et
les seconder de toute 1 influence que lui donne sa haute
position. Le secrétariat serait confié à un homme capable
et zélé , qui deviendrait la cheville ouvrière.
Ces deux fonctionnaires apporteraient, dans la commission,
des idées de conservation et d'unité de vue si désirables en
matière d'enseignement ; ils imprimeraient aux travaux
l'impulsion sage et modératrice d'un gouvernement national,
et opposeraient un obstacle aux trop brusques changemens
que le renouvellement bisannuel des membres électifs
pourrait amener.
C'est dans des vues semblables que , en France , la loi
de 1833, introduit dans les comités d'arrondissement, des
membres de droit qui sont : le préfet ou le sous-préfet ,
président; le procureur du roi, un juge-de-paix, un curé,
un ministre de chacun des cultes en exercice dans la cir-
conscription , un professeur et un instituteur , à côté des
trois membres du conseil d'arrondissement nommés par ce
conseil, et des membres du conseil général du département
qui ont leur domicile dans le ressort du comité. Tous les
intérêts sont représentés dans celte composition, mais elle
offre le désavantage de rendre le comité trop nombreux ,
et d'y introduire des personnes qui pourraient , par leur
indiliércnce et leurs fréquentes absences , rester étrangères
aux opérations , et en rompre l'esprit de suite quand elles
assisteraient aux séances.
Le système adopté en Prusse est beaucoup plus ï-imple :
( 11^
l'instruction primaire entre, comme les autres branches
d'administration , dans les attributions de la régence du
département qui représente nos députalions proTinciales ,
mais à chacune de ces régences se trouve attaché , sous le
nom de Schulralh , un conseiller spécial nommé par le
gouvernement pour les écoles primaires ; il correspond avec
les ministres de l'instruction public{ue et de l'intérieur , avec
les inspecteurs , les comités locaux et les instituteurs ; il
visite les écoles et fait ses rapports à la régence départe-
mentale qui prend les décisions qu'elle juge les plus con-
venables.
Ce svstème aurait pu, selon quelques personnes, s'ap-
proprier aux institutions actuelles de la Belgique ; car nos
députations permanentes étant nommées par le conseil pro-
vincial , et renouvelées par tiers tous les deux ans , sont
sous le rapport de leur origine populaire dans la même posi-
tion que les commissions provinciales proposées ; elles sont
en outre, sous le rapport administratif, dans une situation
bien plus avantageuse , en ce quelles sont réunies toute
l'année , et entretiennent des relations constantes avec les
communes dont elles connaissent parfaitement les ressources
et les besoins. Il ne s'agirait donc que d'autoriser le gou-
vernement à leur adjoindre un fonctionnaire spécial qui
remplirait les fonctions d'inspecteur pour les écoles , et de
rapporteur pour toutes les affaires qui les concernent et
sur lesquelles la députation aurait à prononcer.
La dépense qu'exigerait le traitement de ce fonctionnaire
serait moindre que l'indemnité que , d'après l'article 22 du
projet , l'on devra accorder à la commission pour frais de
déplacement , de présence, de bureau et pour le traitement
du secrétaire dont le minimum est fixé à mille francs.
Les partisans de ce système disentj; qu'un fonctionnaire
responsable est généralement plus actif cl plus conciliant
que les membres d'une commission qui, n'acceptant souvent
leurs fondions qu'à regret , et ne les exerçant qu'avec
insouciance , ou qui mus par l'esprit de parti , cherchent
plutôt à propager leurs doctrines qu'à donner à l'enseigne-
ment une sage direction.
Les commissions provinciales d'instruction ayant été
supprimées (1) par arrêté du régent de la Belgique, en date
du 31 mai 1831, la commission nommée le 31 août de la
même année , pour la rédaction du projet de loi sur l'en-
seignement , avait proposé de les remplacer par un inspecteur
provincial à la nomination du roi , ce qui était d'autant
plus rationnel qu'il ne s'agissait alors que des écoles établies
aux frais de l'état ou subsidiées par le trésor public.
Ce fonctionnaire représenterait le Schulvath de la Prusse,
s'il était attaché à la députation des étals comme rappor-
teur , ou bien il serait secrétaire permanent de la com-
mission provinciale proposée par le projet de 1834 , si
l'on croit trouver plus de garantie dans l'établissement de
ces commissions.
En exposant , pour éclairer la question , les divers sys-
tèmes admis ou proposés pour la surveillance des écoles ,
nous n'avons eu en vue que de mieux faire sentir la
nécessité de chercher une combinaison dans laquelle la
commune , lu province et l'état interviendraient dans l'ordre
de leurs attributions. Les détails administratifs seraient
ainsi laissés aux localités , et l'action du gouvernement ne
se ferait sentir que pour surveiller ou provoquer l'exécu-
tion des lois , et pour donner une impulsion générale
propre à forliher les sentimens de nationalité , si l'esprit
provincial tendait à les aifaiblir.
(i) En France , où la loi de iS33 a déjà pourvu si largement à
la surveillance des écoles, une ordonnance du 26 février i835, porte
qu'il y aura, dans chaque département, un inspecteur spécial de l'in-
struction primaire.
( 120 )
Nous croyons que moyennant l'adjonction d'un président
et d'un secrétaire nommés par le roi , les commissions
provinciales se composeraient des élémens nécessaires pour
en assurer le succès.
Mais quelle que soit la combinaison qu'on admette , ces
commissions n'atteindraient qu'imparfaitement le but que
se promettent les auteurs du projet de loi , si l'on n'étend
pas leurs attributions à toutes les écoles communales.
Il faut , dit l'exposé des motifs ( folio 1 1 ) « une sanction
» à la loi : une autorité doit recevoir la mission de s'en-
» quérir si les communes remplissent leurs obligations ,
» et de les y contraindre en cas de négligence. Une
» commission nommée par le conseil provincial nous a
» paru propre à remplir ces fonctions importantes et
» délicates : l'assemblée des élus de la province réunit
» les conditions d'indépendance et de confiance qui seules
)) peuvent garantir des choix que l'opinion publique con-
» firme ra. »
Cependant l'article 5 vient rompre toute l'hai-monie du
système , en émancipant de la surveillance de la commission
provinciale , les communes qui établissent des écoles à leurs
frais. Il ôte , nous seuible-l-il , à la commission , le moyen
de s'assurer*? les communes remjylissent leurs ohliyations.
Cette exception est fondée, disent les motifs (folio 10 )
sur ce que « lorsqu'une commune possède un local
» convenablement disposé où on enseigne ce qui est
» prescrit par la loi , où on instruit gratuitement les
» cnfans des familles indigentes , elle a satisfait à ses
» devoirs; elle peut, dès-lors, comme tout particulier,
» revendiquer la prérogative constitutionnelle , et , par
» conséquent, l'administration indépendante de ses écoles.
» Le législateur n'intervient que pour sup[)léer à l'action
» de la liberté cl assurer, dans tous les cas, le bienfait
» de l'instruction générale. »
( 121 )
C'est justement parce que le législateur intervient pour
asi-urer le bienfait de l'instruction générale que les com-
munes ne peuvent être assimilées aux particuliers à qui
assurément on ne peut imposer l'obligation d'ouvrir une
école. La question constitutionnelle est là toute entière ,
elle se réduit à savoir si l'article 17 de la constitution
permet ou défend d'imposer cette obligation aux com-
munes.
Mais du moment où l'on reconnaît ce pouvoir au légis-
lateur , on ne peut lui refuser celui de faire exercer , sur
les écoles communales, la surveillance nécessaire pour
l'accomplissement de la loi.
La restriction proposée par l'art. 5 , serait tout-à-fait
en désaccord avec notre législation administrative qui
assujettit les communes à la surveillance de l'autorité ,
et soumet même à l'approbation certains actes qui ne
concernent que leurs propres intérêts.
D'ailleurs l'article 108 de la constitution en bornant,
dans le § 2 , les attributions des conseils communaux à
tout ce qui est d'intérêt communal, prescrit au pouvoir,
dans le § 8 , d'empêcher que ces conseils ne sortent de
leurs attributions et ne blessent l'inlérét général. Or,
comme de tous les intérêts généraux le plus important
est de former de bons citoyens par une instruction bien
dirigée, il est indispensable que l'état qui confie ce soin
aux communes , puisse s'assurer en tout temps qu'elles
s'en acquittent consciencieusement. La loi en remettant
ce soin aux élus des conseils provinciaux ne pourrait
point exciter les défiances nées sous un ordre de choses
tout différent. Comment d'ailleurs la commission provin-
ciale pourrait-elle savoir qu'une commune possède une
école dans un local convenablement disposé , si elle ne
peut vérifier par elle-même ou par son délégué , que ce
local est sain , bien aéré , d'une grandeur suflisanle , cl
( 122 )
pourvu du matériel nécessaire ? Que l'on enseigne ce
qui est jyrescrit par la loi, et que l'on instruit (jratui-
tement les enfans des familles indigentes , si elle ne peut
assister aux leçons et prendre des renseignements près de
l'autorité communale ?
Et tandis qu'elle intervient pour le traitement , la no-
mination ou la révocation des instituteurs des écoles sub-
sidiées , pourquoi permettrait-on aux autres de n'allouer
qu'un traitement insuffisant , de faire choix d'hommes qui
n'offriraient pas les garanties nécessaires de capacité et
de moralité ou de conserver par faiblesse , comme cela
arrive encore quelquefois , des maîtres d'école dont l'ivro-
gnerie ou les vices offrent à la jeunesse les exemples les
plus pernicieux?
Pourquoi surtout ces communes seraient-elles privées
du comité local do surveillance établi par l'art. 8 du
projet ? Et cependant on ne peut leur en donner un sans
le faire entrer dans les attributions de la commission
provinciale , à moins d'introduire une nouvelle anomalie
dans la loi , car cette commission doit faire choix de trois
notal^les qui entrent dans la composition du comité local.
D'après ces observations , nous pensons qu'il convient
de retrancher entièrement l'article 5 du projet , et de
supprimer dans l'article 8 le passage qui ne permet d'éta-
blir un comité local de surveillance que prés des écoles
qui reçoivent des subsides de la province. (1).
Tout a été dit en France sur ces comités locaux lors
de la discussion de la loi du 23 juin 1833; il nous sem-
ble qu'en lui empruntant celte institution , il eût fallu
aussi lui emprunter le correctif. On peut l'adopter à notre
(i) Le Courrier de la Meuse du août 1 834, a fait ^^^r l'article 5
des observations de mù/ne nature.
( 123 )
icgislation eu aulorisant la députation permanente , sur
l'avis de la commission provinciale , à dissoudre le
comité local de surveillance et à le remplacer par un
comité spécial , dans lequel personne ne sera compris
de droit.
Cette disposition ne pourrait donner aucune inquiétude
sérieuse , puisqu'elle confierait aux élus du conseil pro-
vincial le droit de dissolution que la loi française accorde
au ministre de l'instruction publique. C'est d'ailleurs le
seul remède à opposer à l'apathie , à l'ignorance ou au
mauvais vouloir des comités locaux qui se refuseraient
aux injonctions de la commission ou de la députation
provinciale.
Nous ferons une observation du même genre sur l'art. 15 ,
concernant les subsides à accorder par l'état en cas d'in-
suflisance des ressources des provinces. 11 nous parait
nécessaire d'ajouter à cet article une disposition analogue
à celle de la loi de 1833 ( art. 13 ) qui autorise les
conseils à imposer aux communes jusqu'à concurrence de
3 p. "/o et aux départemens jusqu'à 2 % des contributions
foncière , personnelle et mobilière , et veut que cette
imposition soit établie par ordonnance royale, en cas de
défaut de vote du conseil communal ou du conseil général.
Ce n'est que lorsque cette obligation est remplie que le
trésor public vient au secours des caisses communales et
départementales.
Cet amendement empêcherait les communes et les pro-
vinces de rejeter, autant que possible, sur le budjet de
l'état , les dépenses de leurs écoles , et tracerait en même
temps au gouvernement et aux provinces , une règle propre
à faire cesser les accusations de partialité dans la distri-
bution des subsides.
L'article 16 crée des écoles primaires-modèles aux frais
du gouvernement dans toutes les provinces. 11 pourra , dit
( 124)
le projet, en être établi une dans chaque arrondissement
judiciaire. Nous voudrions remplacer le mot il pourra par
il y aura^ comme dans le projet de la première commission,
afin qu'il n'y eût pas d'exception.
Il est à regretter qu'en extrayant de ce premier projet
tout ce qui , dans le second , est relatif aux écoles entre-
tenues par le trésor public , on n'ait pas reproduit les
dispositions du chapitre IV , concernant les examens à subir
par les instituteurs. Elles auraient pu être facilement ap-
pliquées au système adopté , en les resserrant pour les
écoles commuuales, dans les bornes prescrites par la liberté
de l'enseignement.
Nous ne voyons pas non plus pourquoi l'art. 19 accorde
au gouvernement la faculté de créer trois écoles normales.
Serait-ce pour en placer une dans les provinces flamandes ,
et une dans les provinces wallones ? Cela ne pourrait que
renforcer la séparation que la différence de langue et de
mœurs n'étabht déjà que trop entre des provinces qu'il
faudrait, autant que possible , chercher à rapprocher par une
éducation commune. Nous pensons , avec les auteurs du
premier projet , qu'une seule école normale suffit aux besoins
de la Belgique , et qu'elle doit être placée au centre du
royaume , afin que les aspirans-instituteurs s'y forment à
l'enseignement dans les deux langues, y puisent l'instruction
à la même source , et s'y éclairent par de fréquentes con-
férences. Ils pourront, dés lors , reporter dans les communes
un esprit dégagé des idées étroites de localité , et faire naître
dans l'ame de leurs élèves des scntimens de nationalité qui
contribueront un jour Ji la force et à la prospérité du ])ays.
Le titre que nous examinons se termine par l'article 23
conçu en ces termes :
« Un mois avant la session ordinaire du conseil pro-
» vincial , la commission d'instruction fcraà la dépulation
)) permanente un rapport sur l'état de l'instruction primaire,
( 125 )
» qui sera imprimé , soumis au conseil et adresse au gou-
)) veruemenl.
« Elle signalera dans ce rapport les instituteurs des écoles
>) rétribuées par la province qui se sont distingués et
» pourra proposer des moyens de récompenses. »
Le rapport annuel prescrit sera nécessairement très in-
complet, si on laisse subsister dans le dernier paragraphe
de cet ai'ticle les mots écoles rétribuées par la jn'ovrnce.
Cette observation renforce encore celle que nous avons faite
sur la nécessité de supprimer l'article 5 ; car si les écoles
non subsidiées sont en dehors de la sphère d'action de la
commission provinciale , elle ne pourra rendre compte de ce
qui les concerne , et son rapport ne comprendra que l'état
de l'instruction primaire dans quelques communes , au lieu
de l'état de l'enseignement dans toutes les écoles com-
munales de la province.
Résujié.
Nous n'avons eu pour but, en entreprenant ce travail, que
d'attirer l'attention publique, sur les moyens de donnera
la loi l'étendue nécessaire pour produire d'heureux résultats.
Personne au surplus n'apprécie mieux que nous toute
la difficulté du sujet ; il n'en est aucun en Belgique sur
lequel les opinions soient plus divergentes et montrent plus
d'exigence. Le projet nous paraît propre à les calmer;
mais nous pensons néanmoins que pour organiser conve-
nablement l'instruction primaire , il serait nécessaire d'y
introduire les modifications proposées ci-dessus; nous allons
résumer les principales :
1.° Adjoindre à la commission de six membres élus par
les conseils provinciaux, deux membres à la nomination du
roi, savoir : le président et le secrétaire, afin cpie le gou-
vernement ait la part d'influence qui lui appartient pour
surveiller l'emploi des subsides , pour requérir l'exécution
( 126 )
de la loi , et pour imprimer au besoin une impulsion con-
ciliatrice et nationale (art. 4 ).
2,° Supprimer l'art. 5 qui , tel qu'il est , offrirait une ano-
malie dans l'administration provinciale.
3.° Accorder à la députation permanente le pouvoir de
dissoudre le comité local de surveillance qui, sans cette
réserve , pourrait opposer la force d'inertie aux injonctions
de l'autorité supérieure (art. 8).
4." Fixer, autant que possible , la proportion dans laquelle
la commune et la province doivent contribuer dans les dépen-
ses des écoles , avant d'obtenir les subsides de l'état , afin
d'éviter toute erreur dans la distribution des secours (art. 15).
5.° Ne créer qu'une seule école normale, et la placer
au centre du rovaume , afin que les instituteurs flamands
et wallons y puisent l'instruction à la même source ( art. 19 ).
Nous regrettons que le projet ne contienne aucune
disposition pour l'établissement de l'école des filles , et
pour assurer une retraite honorable aux vieux instituteurs ;
mais la crainte de soulever des questions qui pourraient
retarder l'adoption de la loi , si elles étaient agitées , nous
empcclie de sortir du cercle que les rédacteurs se sont
tracé. Nous nous sommes donc bornés aux amendements
les plus indispensables , persuadés que , s'ils sont admis ,
cette partie de la loi renfermera tous les élémens propres
à assurer au pays les avantages qu'il a droit d'en attendre.
Ce n'est ni par amour de la centralisation , ni dans la
•vue d'augmenter les prérogatives du pouvoir, que nous pro-
posons d'accorder à l'autorité provinciale et au gouvernement
une part d'influence sufiisante pour assurer les bienfaits
de l'instruction : l'intérêt de la civilisation et du progrès
ne permet pas d'abandonner exclusivement, aux autorités
inférieures, le plus précieux de tous les biens que nous
puissons léguer aux générations appelées à nous succéder.
D. A.
( 127)
(Bxamcn bc ï,t lac<jixtclxnt bc H^nvikxc
DE M.K PROSFER N07ER.
Possunt, quia posse videntur.
ViRG,
Ce principe , si plein de yitalité , semblait avoir jus-
qu'ici manqué , à la littérature du pavs. Loin qu'elle
trouvât dans l'esprit public ces encouragements qui font
la force , un funeste préjugé malheureusement trop ré-
pandu l'avait frappée au cœur , ou semblait croire à son
impuissance. Envain, dans la conscience de leurs talens ,
maints littérateurs , à l'exemple de ce philosophe de
l'antiquité à qui l'on niait le mouvement, avaient marché,
pour convaincre les incrédules ; de continuelles entraves
les arrêtaient dans la carrière. C'était surtout au théâtre
qu'ils rencontraient des obstacles qu'on aurait pu croire
insurmontables. Le brillant succès obtenu par M. Prosper
IXoyer, a changé totalement la disposition des esprits.
Sa pièce fera époque : l'auteur , en provocpiant , si je puis
j)arler ainsi, cette innovation sociale, aura doublement
bien mérité du pays. Au reste cette heureuse révolution
se préparait en silence. Le goût de plus en plus décidé
pour les bons ouvrages y poussait puissamment. Les jour-
( 128 )
naux littéraires et scientifiques répandus partout , portaient
partout le feu sacré. L'étuJe de la localité , cette étude
si éminemment nationale , s'était aussi propagée. De là
plus de lumière. De là plus d'amour du pays. Aussi , j'en
ai la conviction intime , quelque soit le mérite intrinsèque
de l'ouyrage de M. Prosper Noyer, le choix d'un sujet
national n'aura pas peu contribué à son succès. Et puis
l'époque est évidemment propre à la scène. Quoi de plus
dramatique, en effet , que le grand et noble caractère d'une
princesse sur laquelle la nature avait épuisé ses dons les
plus précieux , une rare beauté , un esprit vif et pénétrant ,
une fermeté et une résolution au-dessus de son sexe , et
à laquelle sa fortune semblait promettre la plus heureuse
destinée ! Comme ses belles qualités reçoivent un nouveau
lustre de la faiblesse du duc Jean, son époux et de sa
conduite envers elle ! Et ce Philippe de Bourgogne ,
que la douceur de son gouAernement a fait surnommer
le Bon , quelle injuste spoliation il exerce sur une
princesse de son sang, sa proche parente! quelle tache
pour sa gloire ! Quant à Borselle qui , dans le drame de
M. Nover , joue un si grand rôle , tout en conservant
son caractère , si l'auteur ne s'est pas conformé à l'his-
toire , pour l'époque des faits , il s'est cru sans doute
autorisé à cette espèce d'anachronisme par des antécédents
nombreux que la scène lui offrait de toutes parts. Il faut
avouer qu'il en a su tirer le plus heureux parti. Celte
attraction que Jacqueline et Borselle exercent récipro-
quement l'un sur l'autre est du plus dramatique effet.
Toute la magie de la pièce , et elle est entraînante ,
est là. Le drame , comme tous ceux de notre époque , se
rattache au genre romantique, mais l'auteur n'a point
cherché des émotions dans des mœurs imaginaires et tout
exceptionnelles ; il ne les a pas provoquées , comme on
dit , à coups de machines , et dincidens bien cxtraordi-
(129)
haires, bien noirs, bien affreux; en un mot, il n'a pas
recherché les honneurs du drame frénétique ; mais l'in-
térêt de sa pièce qui va toujours croissant , il le doit à
une peinture toujours vraie , toujours bien sentie du cœur
humain. M. Noyer est né observateur, me disait un de
ses amis , sa pièce le prouve.
L'exposition ne se fait pas attendre. La scène nous
reporte à ces époques de troubles et d'alarmes où le droit
trop souvent méconnu avait parfois recours à des moyens
qui nous rappellent l'épée et la corde de la terrible
Vechmée. Un guerrier inconnu , visière baissée , s'est
présenté devant l'enclos d'une hôtellerie, située dans la
Campagne près de Bruxelles. Comme on tarde à lui
ouvrir ; d'un coup de sa hache d'armes , il brise la bar-
rière. Vive altercation entre l'inconnu et un poste de
piquiers qui se trouve là ; mais la fîére contenance de
l'étranger leur impose. Les couleurs de madame Jacqueline
qu'il porte , et la ccrvoise qu'il leur fait servir par l'hôtelier ,
car il veut les faire jaser , ont amené la confiance. Il
apprend d'eux , et nous avec lui , qu'ils forment l'escorte
du comte de Croy , chambellan de Brabant ; qu'un tour-
nois va avoir lieu à Bruxelles , en l'honneur de l'arrivée
du comte de Glocester ; que le comte de Croy , en sa
qualité de commandeur de l'ordre du Cvgne , est venu
au-devant des chevaliers étrangers qui arrivent de tous
côtés pour prendre part à cette fête. La conversation
s'engagcant de plus en plus , on a parlé des maîtres , de
l'amour que l'on portait à la duchesse , de la fermeté ,
du courage qu'elle a montré en marchant contre le
Bavarois , son oncle , ancien évcque chassé par les Liégeois ,
et de la faiblesse du duc Jean , son époux , qui au mv.-
menl, où elle serrait de près les Prisons et reprenait une
à une les villes rebelles , eut la lâcheté de conclure avec
le Bavarois une paix honteuse. La mésintelligence entre
9
( 130 )
les époux s'en serait accrue , et le duc se serait même
engagé à livrer la princesse à son ennemi. Ces renseigne-
ments et d'autres sur les ennemis particuliers de Jacqueline
sont donnés avec hésitation d'abord , ensuite avec moins
de réserve et enfin avec un entier abandon, à mesure
que la cervoise opère; car on a craint d'abord les bou-
laies des sergents. Mais cet inconnu quel est-il ? S'il est
comme tout l'annonce un partisan de Jacqueline , d'où
vient le soin qu'il met à se cacher; et l'on est intrigué
plus que jamais , quand on le voit se récrier , lorsque les
soldats viennent à nommer le vieux Floris Borselle parmi
les ennemis de la duchesse , Borselle , qui , dans la guerre
de Zélande était , pour me servir de l'expression des
piquiers , l'ame damnée du Bavarois. La dispute s'échauf-
fant , ils vont l'arrêter , quand le comte de Croy sort
de l'hôtellerie avec le capitaine du poste. Ils le désignent
comme suspect au comte qui l'interroge. Il fait retirer le
capitaine et les soldats ; car il a reconnu Borselle ,
Borselle rebelle , proscrit , mais son ami , son ancien frère
d'armes. Qu'on se figure l'étonnement , l'effroi même du
comte , quand Borselle lui demande les moyens d'arriver
à la duchesse, « il faut qu'il la voie. » Le comte de se
récrier ; Borselle de lui ouvrir son cœur : il a vu la
princesse , il en est épris , et d'ennemi acharné qu'il était ,
il est maintenant son gardien , son esclave. L'impétuosité
du caractère de Borselle se révèle tout entier dans l'ex-
pression de sa passion. Le comte entraîné finit par pro-
mettre. Mais Borselle en peignant sa passion à son ami
n'a pu lui en découvrir que la violence ; la circonstance
qui l'a fait naître , ce qui la nourrit , le motif si puis-
sant qu'il a de voir de suite la duchesse , il est forcé
de le lui cacher. Ce sentiment si exalté est partagé par
Jacqueline. Déjà Borselle l'a sauvée des plus grands
périls... le mystère qu'il est contraint de mettre dans la
(131 )
protection dont il l'entoure , tout concourt à développer
ce sentiment dans le cœur d'une princesse , portée natu-
rellement aux affections tendres. Cependant Borselle a
trouvé moyen de s'introduire auprès de la duchesse et
lui a dévoilé les affreux projets de son époux. Il lui remet
des dépêches adressées au Bavarois , qui ne laissent aucun
doute , et qu'il a fait enlever la nuit même à un agent
du duc qui les portait en Zélande. Le duc survient , on
fait placer Borselle derrière le dais du fauteuil de Jacque-
line ( car on craint quelque violence ) « et si ma volonté
est sacrée pour mes défenseurs , a dit la princesse ,
quelque chose qu'ils entendent , ils commanderont à
leur cœur la froideur, à leurs bras l'inaction jusqu'à ce
que j'appelle leur secours. » La scène entre les deux
époux est pleine de mouvement et de vie. La différence
de leur caractère est parfaitement reproduite. C'est d'une
part la fermeté que montre Jacqueline, en ne souffrant pas
que t'Serclaes , l'un des perfides conseillers , à qui elle
doit en partie sa disgrâce , entre chez elle avec son époux ;
c'est la noblesse et la dignité avec laquelle elle repousse
les injurieux propos du duc , irrité de l'affront fait à son
favori; et lorsqu'elle lui reproche ses infâmes complots
comme il est attéré ! comme il se dit repentant ! comme
il s'empresse de proposer luie réconciliation. Peut-être
aurait-on désiré que Jacqueline allât moins loin , qu'elle
ne fit point pressentir au duc un assassinat ; comme quand
elle lui dit : « Regardez autour de vous et songez où vous
êtes!... Eh bien! est-ce qu'une horreur secrète ne s'élève
pas en vous, comme à l'approche d'un événement sinistre,
est-ce que vous ne tremblez pas , etc. » Mais cette partie de
la scène est d'un grand effet tliéàlral ; l'auteur s'y sera
'aissé entraîner. Mais un incident terrible est survenu ;
six écuyers entrent précipitamment et annoncent au duc
l'assassinat de son chapelain , le Père Gérardus. C'est lui
( 132 )
qui était porteur des dépêches ; elles ont été enlevées ,
et la duchesse en connaissait le contenu, elle est donc
complice du crime ! Étrange perplexité de cette dernière ;
fureur du duc. Il sort en annonçant qu'il met à prix la tête du
meurtrier. Jacqueline qui a \oulu le retenir est repoussée
par lui et \ient tomber sur les marches du dais. Et
Borselle sort de sa cachette , « il a frappé G érardus , parce
que c'était un des ennemis de Jacqueline; il les frappera
tous. )) Et la duchesse ne pouvant s'empêcher de lui té-
moigner tout son mépris pour une telle action , hors de
lui, il s'élance au perron et se livre à la garde comme
le meurtrier que l'on cherche. Cette dernière scène offre
ainsi que celle qui précède une suite non interrompue
d'émotions les plus secouantes.
La duchesse s'est retirée dans ses étals du Hainaut pour se
soustraire aux persécutions de son mari. Ce prince trop faible
pour aller attaquer seul une femme si courageuse, a appelé
à son secours le duc de Bourgogne qui , dans ses vues ambi-
tieuses , s'est empressé d'arriver avec une puissante armée.
La princesse s'est vue contrainte de s'enfermer dans la
ville de Mons qui est assiégée par les armées combinées,
et où Philippe a de secrètes intelligences. Au moment où
la scène s'ouvre , il y a une trêve de quarante-huit heures.
Mais la ville , travaillée par des agents de troubles , est
menacée des plus affreux désordres. Le grand-bailli a été
tué la nuit même. Des soldats blessés et des hommes
du peuple occupent l'hôtel-de-ville que les magistrats
ont abandonné. On entend un grand bruit, c'est le bou-
cher Pelou qui vient avec sa corporation s'y installer
Grand-Bailli. Cette scène, comme on s'y attend, est tout
à la fois violente et comique. Cependant la duchesse qui
a eu connaissance de l'intention des bouchers, arrive à
l'hôlel-de-ville. Plusieurs bouchers veulent barrer le pas-
sage à la princesse. Le comte de Croy qui la précède
( 133 )
repousse l'un d'eui et lui arrache !>a hallebarde. Jacqueline
s'avance et en habile politique , reprenant la hallebarde
des mains du comte, « Si tous les désarmez, comment
me défendront-ils? Reprends ton arme, et viennent les
archers de Flandre, tu répondras à leur bonjour, n'est-ce
pas ! » Et Borselle ? qu'est devenu Borselle ? Dans un
danger aussi pressant , la princesse aurait bien besoin de
son bras et de sa fougueuse audace. Rassurons-nous, il a
trouvé moyen de s'évader de la prison où il avait été jeté
d'après son aveu. Il a appris les dangers de Jacqueline
et il a Tolé à son secours. C'est toujours mystérieusement
qu'il agit-, les ennemis de Jacqueline sont si nombreux , sont
si puissants qu'il n'a pu la servir qu'en feignant toujours
d'être son ennemi. Il veut du moins se réserver le moyen
de pouvoir la sauver au moment d'une catastrophe qu'il
est aisé de prévoir; elle ne peut lutter contre les forces
réunies des deux ducs. Et puis il a prévu les projets
ambitieux du duc de Bourgogne ; il a prévu qu'à la mort
du duc de Brabant qui , vu son mauvais état de santé ,
ne peut tarder, l'officieux cousin s'emparera de ses états
qu'il se sera fait laisser en héritage , qu'il s'emparera
de ceux de Jacqueline. Borselle compte sur les suites
de cette spoliation , sur l'esprit des peuples qu'il pourra
plus facilement soulever alors; car malgré sa tête ardente,
il voit de loin. Alors ses vues sur Jacqueline pourront se
réaliser. Dans ce moment , il est à Mons à la tète du
parti de Bourgogne. 11 est tout puissant sur la populace.
Pendant que Jacqueline est avec le bailli Pelou dont
elle a confirmé la nomination pour conserver sa préroga-
tive ; le peuple qui a appris que le secours anglais sur
lequel comptait Jacqueline vient d'être écrasé par les
Flamands , s'est soulevé aux cris de Bourgogne , et court
à 1 hôtel-de-ville pour égorger la duchesse. La princesse
qui n'a plus avec elle que le comte de Croy, car elle 4
( 134 )
déterminé avec assez de peine Pelou à courir à la défense
des remparts menacés par une surprise ; la princesse se
croit perdue ; mais Borselle arrive , dissipe d'un mot l'at-
troupement, monte seul auprès d'elle et lui indique un
moyen de se sauver par un passage souterrain à lui connu.
Resté avec Jacqueline , pendant que le comte est allé recon-
naître les lieux, il se fait enfin connaître à la princesse
qui jusqu'alors avait ignoré son nom. Quelque précaution
qu'il prenne avant de se nommer , le nom de Borselle
fait sur la princesse une impression terrible ; le fils de
Floris Borselle , l'ennemi le plus acharné de sa maison !
Cependant en songeant à tout ce qu'il a déjà fait pour
elle, elle consent à l'entendre. Elle est vivement émue
à la peinture de son dévouement et de son amour en-
thousiaste , elle est comme en extase devant cet exposé
de l'homme selon sa tête , selon son cœur. Ce qu'elle
demande , ce n'est pas seulement la vie sauve , mais la
ruine de ses ennemis , mais le triomphe de son ambition
plus vaste qu'elle ne fut jamais. Voilà quelle je suis ,
s'écrie-t-elle ; voilà mes projets! S'ils sont dignes de ton
courage , sois mon compagnon , je t'accepte ; et pour gage
de sa promesse , elle lui donne un anneau qui vient de
son père. Elle part pour soulever la Zélande. Ils doivent
se retrouver dans un mois à la cour de Bruxelles , Borselle
l'hermine ducale et le sceptre au poing, ou sous le
manteau de conspirateur et le poignard à la main.
Jacqueline a succombé dans son projet. Elle vient de re-
joindre Borselle qui a réuni , au milieu des ruines de l'abbaye
de Caudenbcrg, les principaux agens d'une conspiration qu'il
a formée contre le duc de Bourgogne. Il est neuf heures
du soir *, l'heure est fixée à minuit , si d'ici là rien n'arrête
l'exécution. Au reste une torche allumée au haut de la tour
S.* Michel donnera le signal. Les conspirateurs congédiés,
Jacqueline reste seule avec Borselle. C'est une des plus
(135 )
belles scènes du «Irame. Elle est tracée de main de maître.
Jusqu'ici nous avons vu Jacqueline entrainée vers Borselle
j)ar l'ascendant de son caractère entreprenant et audacieux ,
par le dévouement sans bornes qu'il lui montre , et depuis
l'entrevue de Mons , par un amour partagé depuis long-
temps à son insu peut-être , mais plus vif dès lors qu'il
était ouvertement avoué ; mais cet amour avait pour but
une conformité de vues , de caractère , un même enthou-
siasme , une même exaltation. Aujourd'hui la passion de
Jacqueline nous apparaît sous une autre forme. Ce n'est plus
la princesse si intrépide , si attachée au succès de ses en-
treprises , qui n'est arrêtée par aucun danger ; c'est une
femme aimante , qui ne voit de bonheur pour elle que
dans son union avec le bien aimé , car la mort du duc
l'a rendue libre. Ce n'est plus l'homme intrépide qu'elle
aime en Borselle, c'est Borselle lui-même; ce n'est plus
l'homme qui peut assurer la réussite de ses projets qu'elle
recherche , ces projets auxquels elle tenait tant , elle est
prête à y renoncer, pour ne pas avoir à craindre d'être
séparée de l'homme de son choix; cette crainte même a
peut-être contribué à sa défaite en Zélandc ; elle jusque
là si intrépide , qui n'avait qu'une idée fixe , celle de triompher
(le ses ennemis ; eh bien ! elle s'est surprise craignant la
mort , la mort qui devait la séparer de l'époux selon son
affection . Boileau a dit avec raison de l'amour,
De cette passion la sensible peinture ,
Est pour aller au cœur la route la plus sure.
En effet , nous sommes d'abord étonnés de voir une prin-
cesse d'un caractère si ferme et si décidé, soumise, comme
une faible femme , à un sentiment qui la fait renoncer à
tout; mais l'aveu qu'elle en fait avec tant de naturel nous
touche et augmente encore l'intérêt qu'elle nous inspire
ainsi que Borselle. La résistance qu'il lui oppose, les grands
( 13G)
et nobles motifs qu'il fait valoir nous rassurent. On craint
pour un instant qu'il n'accède. Céder pour lui eut été fai-
blesse. Il ne peut mériter son bonheur qu'en ne reculant
devant aucun danger, il ne peut y avoir de bonheur pour
lui avec Jacqueline qu'en lui rendant son trône ; c'est alors
seulement qu'il sera digne de le partager avec elle. La noble
opposition de Borselle a rendu Jacqueline à sa fermeté pre*
mière , et pour que la bénédiction du ciel descende sur
leurs têtes, avant que la foudre éclate, un moine dévoué
à la duchesse, dont il fut autrefois le chapelain, les unira
dans une heure en sa cellule. Ils se séparent alors en se
livrant tous deux à l'espoir d'un plus heureux avenir. Mais
le duc est déjà instruit de tout. Les dernières mesures que
l'on vient d'arrêter viennent de lui être communiquées par
un espion qui s'était mêlé parmi les conspirateurs , à l'aide
d'une lettre du comte de Croy adressée à Borselle, et qu'il
avait trouvé moyen d'enlever à celui qui devait en être
le porteur. Il sait que c'est dans le caveau de l'abbaye où
l'on doit célébrer à minuit un service anniversaire sur le
tombeau de son père , qu'on doit l'attaquer; sur le tombeau
de son père assasiné à pareil jour, à pareille heure sur le
pont de Montereau, comme le lui fait observer son écuyer
Jacques de Lallaing, qui veut détourner le duc de s'y rendre.
Mais celui-ci persiste, il sent toute l'importance de sur-
prendre la conspiration en flagrant délit. Toutes les mesures
sont prises à cet efict. Seulement les chevaliers du Cygne
et de la Toison d'or, parmi lesquels il sait que les conjurés
doivent se glisser , ne descendront pas avec lui au caveau ,
il n'aura que ses huit conseillers. Tout se passe comme
il l'a prévu. L'effet théâtral est des plus émouvants. Tous
les conspirateurs ont été emmenés , Borselle seul est resté
dans le caveau. Le duc peut maintenant sévir sans crainte
d'être taxé de cruauté , l'attentat à sa vie est constant ; mais
}îyr.selle n'est })lus un conspirateur ordinaire, Son niariage
( 137 )
avec Jacqueline , car le duc en a connaissance , en a fait
<le suite un homme important. Le duc ne peut se dissimuler
tout l'odieux de son usurpation. Borselle a voulu à tout prix
rendre à son épouse la couronne que son parent lui a ravie ;
voilà les réflexions qu'on ne manquera pas de faire et qu'il
voudrait prévenir. Il sait d'ailleurs que Jacqueline a de
nombreux partisans ; que d'autres tentatives ne manqueront
pas d'être faites encore; ses jours seront donc toujours me-
nacés ! S'il pouvait obtenir une renonciation volontaire ;
Borselle a tout pouvoir sur son esprit , elle l'aime , il
doit périr, elle ne pourra rien lui refuser pour qu'il sauve
sa tète. Et le duc va trouver Borselle « Ah ! vous rassa-
sier des touiments d'un captif , c'est un noble plaisir ! »
s'ccrie celui-ci dés qu'il l'aperçoit. — Il se trompe : il
n'est venu que parce que seul il pouvait lui dire les
choses qu'il va entendre. Il faut , dans ce dernier quart-
d'heure qui lui reste , qu'ils décident ensemble d'une
grande destinée à venir. Il sait qu'il est l'époux de Jac-
queline , il voudrait lui pardonner , mais la tranquillité
de ses états s'y oppose; qu'il se dépouille de ce qui le
rend redoutable , qu'il obtienne de Jacqueline une renon-
ciation à son titre de souveraine , et il n'écoute que son
cœur, et il lui fait grâce à l'instant. Borselle de rejeter
cette proposition de toute l'iiulignation de son ame. Mais
le duc sans se rebuter va changer de batteries. Dans les
âmes exaltées, si l'on ne peut éteindre le courage, on
peut éveiller les faiblesses, a-t-il dit précédemment à Jacques
de Lallaing , son écuyer et son confident ; c'est à ce moyen
qu'il va avoir recours. Une lettre de Jacqueline au comte
de Glocester va servir de base à sa nouvelle attaque. Cette
lettie n'a rien de déshonorant pour Jacqueline ni pour
son époux. Elle l'écrivait à ce prince, pressée qu'elle était
de toute part par ses ennemis, pour lui olirir ses états qu'elle
ne pouvait plus défendre , et sa personne ; c'était l'œuvre
( 1<^^ )
de la nécessité , un cri de détresse poussé dans un moment
où elle était aux abois , mais cette lettre est adressée à
un prince dont le nom suffit pour mettre Borselle en fu-
reur, et Borselle une fois troublé, il insinuera plus faci-
lement le soupçon dans son cœur, tout en ayant l'air de
s'apitoyer sur son sort. Borselle criera à la calomnie et
le prince en s'approchant de lui et lui glissant la lettre
dans la main « dis-moi , ne sens-tu pas en la touchant ,
que c'est là cette œuvre de perfidie?... prends-la et je te
laisse. Adieu , mais rappelle-toi que tu as été prisonnier
à Mons pendant une année , n'oublie pas que lorsque tu fus
délivré, le prince de Glocester venait de retournera Londres.
— C'est vrai, s'écriera Borselle malgré lui ; et le duc le lais-
sera se débattre sous le trait dont il vient de lui percer
le cœur. »
Borselle resté seul lutte long-temps contre l'affreuse
tentation. A la fin il lit la fatale lettre. Dans son trouble ,
il se croit trahi; et comme on vient de lui apporter le vin
des suppliciés , il y mêle le poison renfermé dans la bague
qu'il tient de Jacqueline. La scène du dénouement est dé-
chirante. La duchesse est venue. Elle s'est disculpée d'un
mot, elle a fait au duc de Bourgogne l'abandon de ses
états, s'il veut sauver son époux. Voilà ce qu'apprend
Borselle , quand déjà la mort est dans son sein. Car pour
être plus calme, il a voulu mettre la mort entre elle et lui,
avant de lui adresser des reproches. On se figure son déses-
poir. La princesse qui l'attribue d'abord au danger de sa
position et au regret de l'avoir injustement soupçonnée ,
s'efforce de le calmer par l'expression de l'amour le plus
tendre. Son désespoir s'en accroit , la princesse s'effraie
enfin de la sueur froide qui couvre le visage de Borselle,
l'anneau qu'il lui montre lui annonce l'affreuse vérité. En
ce moment la porte de fer s'ouvre. Le duc de Bourgogne,
le capitaine des gardes, deux conseillers et un homme te-
( 139 )
nanlune lorche, se rangent sur le palier au haut de l'escalier.
Le capitaine {lisant). De par monseigneur le Duc,àmessire
France de Borselle il est fait grâce de la vie. Sa grâce , s'écrie
Jacqueline. Puis secouant son époux. Borselle ! Borselle !
Et voyant qu'elle n'étrcint plus qu'un cadavre , elle le laisse
tomber , et se levant toute droite : elle appelle la malédic-
tion du ciel sur l'auteur de ses maux.
On a pu voir d'après ce faible aperçu , que le drame de
M."" Prosper Noyer est extrêmement remarquable. La teinte
de l'époque est généralement bien conservée ; les caractères
bien saisis , bien soutenus. Le style est le plus souvent ce
qu'il doit être ; si parfois il donne un peu dans l'enflure ,
ce n'est pas le défaut de l'auteur ; c'est une concession
qu'il a cru devoir faire à certaines notabilités du genre.
Mais avec le talent qu'il vient de montrer , on peut faci-
lement se passer de cet appui.
Gobert-Alvin.
Bcl0e$^
Par m.'' C... de P.... Bruxelles, 1 1835. vol. iiî-8".
Un g.}nre de littérature fort à la mode aujourd'hui, celui
de présenter des faits historiques sous la forme de roman,
s'est aussi répandu en Belgique. Parmi les persoimes qui
consacrent, chaque jour, quelques instans à la lecture des
journaux , un grand nombre afl'cclioniic ces compositions
( 140)
plus ou moins heureuses , dont nos publications quoti-
dienne ornent leurs feuilletons. L'histoire du pays est riche
de faits singuliers , d'anecdotes piquantes et d'épisodes in-
téressans. Il se passait autrefois , en Belgique , des choses
qui nous paraîtraient aujourd'hui fort étonnantes. Mais il
n'est pas donné à tous de nous les retracer avec talent ,
sous les couleurs poétiques de la littérature contemporaine :
ou l'histoire est complètement altérée , où le récit est lan-
guissant et fastidieux. Aussi , lorsque le sort nous favorise
parfois d'une légende bien racontée, nous la lisons avec
le plus grand plaisir.
Un littérateur connu par un grand nombre de compo-
sitions de ce genre , publiées depuis deux ans , dans les
feuilletons de l' Emancipation , a fait un choix de ses meil-
leurs morceaux inédits , en ce genre , pour en former un
recueil destiné à l'amusement de la jeunesse. L'auteur ayant
communiqué son manuscrit aux rédacteurs du Messager ,
afin de connaître leur opinion sur l'opportunité de cette
publication, nous croyons être agréables à nos lecteurs,
en leur offrant , comme un échantillon de cet ouvrage,
non encore paru , un morceau qui nous a semblé l'un des
plus heureux de ce recueil intéressant.
Quoique ce morceau ne rentre pas dans le cadre ordi-
naire du Messager (le genre historique sévère) nous n'avous
pas hésité à le donner; car l'anecdote qui nous est racontée
ne renferme aucun fait , aucune allusion qui ne soit his-
torique. Le fait, par lui-même, est si extraorthnaire , qu'il
mérite d'être rappelé au souvenir de la génération actuelle
de la Belgique.
La Rédaction.
( 141 )
UNE LEÇON DE JUSTE-LIPSE.
Loquela pronipta nec sine venere iu publico.
Baron De Reiffeîîberg.
II Y avait , à l'iiôlel de ville de Loiivain , le 28 novemJjre
de l'année 1590, une cour élincelante et nombreuse. C'était
celle de l'archiduc Albert et de l'infante Isabelle , sa rovale
épouse. Enfin la Belgique voyait en eux, non plus des
gouverneurs -généraux , mais des souverains. Le vieux
Philippe II tenait d'autant plus aux Pays-Bas qu'ils lui
avaient coûté plus de peines. Quarante ans de guerres et de
troubles sanglants n'avaient pu en efl'et remettre les Belges
sous son obéissance. En 15UG, il avait confié à l'archiduc
Albert , son neveu , cardinal de Tolède , le soin de pacifier
ces malheureuses contrées. Déjà , quoique fort jeune, dans
sa vice-royauté du Portugal nouvellement conquis , Albert
vait montré de la sagesse et des talents politiques. Cest
talents ne suffirent pas en Belgique , où il fallait combattre
à chaque instant. Dans le but tardif de contenter les
esprits qui ne pouvaient s'accoutumer au gouvernement
espagnol , Philippe II se décida en 1598 à détacher les
Pays-Bas catholiques de sa couronne. Il en fit un élat à
part, indépendant, qu'il donna pour dot à sa fille Isabelle-
Claire -Eugénie ; et il se résolut à la marier à l'archiduc
Albert. Ce prince avait besoin pour une telle union de
doubles dispenses ; il épousait sa cousine ; et il était car-
dinal. Le roi d'Espagne obtint tout de Rome , pour une
disposition qui devait mettre fin à tant de guerres. Albert,
relevé de ses vœux , dé])o.sa sa robe et son chapeau de car-
dinal aux pieds de Notre-Dame de Hal ; après quoi, re-
prenant le costume de chevalier et laissant au cardinal
André d'Autriche le soin de gouverner les Pavs-Bas en son
( 1^2)
absence , il partit pour la célébration de son mariage , qui
eut lieu à Valence le 18 d'avril 1599.
L'archiduc Albert avait quarante ans ; sa figure était
froide et réservée. L'infante Isabelle venait d'entrer dans
sa trente-troisième année. Elle était grande , un peu maigre,
mais elle avait des yeux noirs expressifs et la peau très-
brune ; du reste une beauté plus qu'ordinaire. C'est elle
que la satyre menippée représente dans ces vers :
Pourtant , si Je suis brunette ,
Ami , n'en prenez émoi ;
Car autant aimer souhaite
Qu'une plus blanche que moi.
Mais malgré sa peau basanée , et quoique déjà surannée ,
comme disaient les rimeurs d'alors , l'infante Isabelle était
une princesse recommandable par sa sagesse , sa piété pro-
fonde et ses vertus. Elle était accoutumée à la guerre ,
aux expéditions , à la chasse, à la fatigue, et aussi aux
travaux de cabinet. "C'était, dit Brantôme , une princesse
» de gentil esprit , qui faisait toutes les affaires du roi son
» père et y était fort rompue. Aussi l'y nourrissait-il fort. ,,
Philippe II l'appelait la lumière de ses yeux. Long-temps
il avait espéré la voir reine de France. Il avait même pro-
posé au roi de Navarre (depuis Henri le Grand) de répudier
Marguerite de Valois pour épouser l'infante, qui, alors (en
] 584) avait dix-huit ans. Mais les français ne se montrèrent
pas disposés à entrer en quelque sorte sous la protection
de l'Espagne ; et après bien des négociations , des guerres ,
des efforts divers , Philippe II , comme nous l'avons dit ,
s'était décidé à la marier enfin à son cousin Albert , et à
l'employer comme instrument politique à la soumission des
provinces belges , qu'il renonçait à réduire par la force.
Mais il fallait toute la constance d'Albert et d'Isabelle,
à qui du moins cette qualité était commune , pour ra-
mener le calme dans nos belles contrées. Les premières.
(143 )
années de leur règne furent de longues et furieuses guerres.
Albert quoiqu'il eut été homme d'église, était bra\e ; plu-
sieurs faits le témoignent ; et sa cuirasse , que l'on con-
serve au musée de Bruxelles , porte l'empreinte de quatre
coups de mousquet , qu'il reçut au long siège d'Ostendc.
C'est pendant ce siège , que l'infante , compagne assidue de
son époux jusques dans les camps , donna ses diamants
aux soldats qui se révollaicnt parce qu'on ne les payait
point ; c'est là aussi que fatiguée de la résistance que lui
opposait Ostende , et comptant sur un surcroit de forces
qui lui était parvenu , elle fit vœu de ne point changer de
linge qu'elle ne fut maîtresse de la place ; elle tint ce
serment ; et le siège ayant duré plus de trois années , le
linge que portait la princesse acquis cette couleur fauve ,
qui de son nom est appelée encore couleur Isahelle.
Mais en empiétant sur l'avenir, pour faire connaître les
personnages qui nous occupent , nous nous écartons de
l'époque que nous avons posée. Mariés le 18 d'avril 1599,
Albert et Isabelle avaient fait leur entrée à Bruxelles avec
magnificence , le 6 de septembre. Quoique nommés sou-
verains par Philippe II , il fallait dans ce pays de libertés
qu'ils fussent reconnus comme tels ; les états , attentifs au
maintien des privilèges publics , avaient mis du temps à
la rédaction de la formule du serment réciproque que
devaient se prêter les souverains et les peuples. L'inaugura-
lion des archiducs, c'est le nom que prirent Albert et
Isabelle, ne fut célébrée à Louvain qu'à la fin de no-
vembre. Elle n'eut lieu à Gand qu'en IGOO.
Isabelle et son époux aimaient les sciences et les arts;
ils se montraient fa\orables à l'industrie et au commerce.
Mais leur piété rigide et la sévérité de leurs mœurs
promettaient de leur part un gouvernement austère.
Beaucoup d'hérétiques et de coupables gémissaient dans
les prisons. Ils pouvaient attendre des nouveaux souverains
( 1^^ )
une justice complète, selon les lois d'alors, mais point de
grâces ; et dans les circonstances qui entouraient le nais-
sant pouvoir des archiducs, il eut fallu de 1 indulgence
surtout , pour fermer toutes les plaies.
La cour des archiducs était donc rassemblée après la
messe, ce qui était un devoir de tous les jours, dans la
plus grande salle de l'hôtel-tle-ville de Louvain. C'était
comme on l'a dit , le 28 de novembre. Le temps était
sombre et pluvieux ; il était neuf heures du matin 5 et la
nombreuse assemblée , avec des princes peu amusables ,
contemplait la perspective d'une journée d'ennui, lors-
qu'Albert demanda doucement : — Qu'y a-t-il a connaître
dans cette ville ?
— Mais l'université , monseigneur , répondit le bourg-
mestre de Louvain. Elle a vu Charles-Quint sur ses bancs.
— Et maintenant, ajouta le comte de Fuentés , elle
compte , parmi ses professeurs , Juste-Lipse.
— Je connais ce grand nom , dit Isabelle. Mon père
lui a conféré le titre de son historiographe. N'est-il pas
de Brabant ?
— Oui madame , répondit le bourgmestre. Il est né
à Isque , entre Louvain et Bruxelles , il a maintenant
cinquante deux ans. Sa famille était noble et riche ; son
oncle -Martin fut l'ami d'Erasme. A dix ans , au colléçre
d'Ath , il fit des vers latins qui eurent de l'éclat.
— A dix neufp poursuivit le comte de Berg, il publia
son livre des diverses leçons van'arum lectionum , où
l'on admire une latinité pure , une élégance de style qui
semblent appartenir aux beaux tems de la langue des
Romains.
— Je l'ai lu, dit Isabelle. On le croirait de Cicéron.
Ce livre n'était-il pas dédié au révérend cardinal de
Granvelle ?
— Précisément madame.
( l^-> )
— Je fais cas , dit Albert de son commentaire sur
Tacite.
— C'est un prodige que cet ouvrage , répliqua le comte
de Fuentès. Aussi l'a-t-on déjà réimprimé dix fois.
— Je lui préfère pour mon compte , dit Isabelle le
traité De Mililiâ Romanâ ; mais sa 2)olilique ne me
paraît pas excellente.
— Il en a fait cependant , repondit Cabbeliaw ( c'était
un capitaine flamand). N'a-t-il pas pris parti pour le duc
de Leicester , quand la reine Elisaljeth nous envoya ce
seigneur, avec l'espoir que nous nous ferions anglais.
— Oh ! dit Albert , ce sont des choses qu'il faut oublier.
Nous sommes persuadés que Juste-Lipsc ne se souvient
guéres lui-même de ses petits égarements.
— Il a pourtant bonne mémoire, dit en souriant le comte
de Berg. Car on dit qu'en étudiant Tacite il est parvenu
à le savoir par cœur tout entier. On conte même qu'un
jour il s'obligea à réciter, mot pour mot, tous les passades
qu'on lui désignerait de cet écrivain célèbre , consentant
à être poignardé , dans le cas où il ne les rapporterait pas
fidèlement,
— De tels hommes font de si hautes exceptions , qu'on
ne saurait trop les ménager, ditrarchiduchesse.
— C'est l'honneur du pays , madame , continua le comte
de Fuentés. Aussi voyez tout ce qu'on a fait pour nous le
ravir ! A Vienne , on n'a pas épargné les séductions ; à lena ,
où il professait , il y a vingt-cinq ans , l'éloquence et l'his-
toire , les princes de Saxe-Cobourg lui ont fait les offres
les plus honorables. A Leyde , on lui proposait pour lo
retenir des montagnes d'or. Il y a six ans , pendant qu'il
était à Liège , le pape Clément VIII à Rome , le sénat do
Venise , le roi Henri IV à Paris , Ferdinand de Médicis à
Florence , l'académie de Fisc lui envoyèrent des ambassa-
deurs, c'est à-peu-près le mot quejcdoisoiiiiloyer. L'amour
10
( I^C)
de la patrie l'emporta dans le cœur de Jusle-Lipse. Il préféra
une chaire d'histoire ancienne à l'université deLouyain;
et il l'occupera jusqu'à sa mort.
— Et sans doute , dit Albert , il est revenu de ses erreurs
religieuses ?
— En doutez-vous répliqua l'infante ? N'a-t-il pas abjuré
à Mayence tout qui pouvait se trouver entaché d'hérésie
dans ses écrits et dans ses actions , du temps qu'il vivait
au milieu des hérétiques? Et n'écrit-il pas à présent l'histoire
des miracles de Notre-Dame de Hal? Quand se dorment les
leçons d'histoire ancienne?
— A l'heure qu'il est , madame , répondit le bourgmestre
Muyen de Louvain.
— Messieurs , reprit Isabelle , en élevant la voix , nous
allons ^isitcv ce qui est plus rare qu'un monument, un
wrand homme. Notre désir est que toute la cour assiste avec
nous à une leçon du docteur Juste-Lipse , sur les mêmes
bancs où s'est assis Charles-Quint , notre aïeul auguste.
L'assemblée salua toute entière avec satisfaction ; elle
voyait là du moins inie distraction d'une heure. Les
archiducs et leur suite , les chevaliers de la Toison d'Or,
les ducs , les marquis et les comtes , les dames d'honneur
et les capitaines, le bourgmestre et les notables de la
ville , deux cents personnes environ , plus ou moins cha-
marrées de soie , d'or et de velours , ornées de plumes ,
de colliers , de diamants et de dentelles , se rendirent à
l'université , précédées par un corps de musique , escortées
de la foule curieuse.
Les portes du temple des sciences , fonde par Jean IV,
duc de Brabant , s'ouvrirent toutes entières devant le
noble cortège ; et la cour d'Isabelle pénétrait dans l'en-
ceinte , alors silencieuse , quand Juste-Lipse , à qui la
musique faisait mal , demanda la cause de tout le bruit
qu'il entendait?
(147)
Pour toute réponse, il vit paraître les archiducs et
leur suite nombreuse. Le bourgmestre lui dit que leurs
altesses désiraient assister à sa leçon. Le silence de l'école
ne fut pas autrement troublé. Isabelle et sa cour saluèrent
sans dire un mot; le professeur, sans descendre de sa
chaire , se leva et posa sa toque. 11 savait que les
hommes supérieurs allaient alors de pair avec les sou-
verains. 11 se rappelait que, dans une cérémonie publique,
l'empereur Charles-Quint avait donné la droite au recteur
magnifique de Louvain. 11 salua cependant , en inclinant
la tête vers ses noldes auditeurs , pendant que ses nom-
breux élèves , qui chérissaient leur maître , se pressaient
pour faire place à la cour.
Juste-Lipse était d'une taille moyenne; il avait le front
large et élevé , l'œil vif ; il maigrissait en vieillissant ; la
couleur de son teint révélait le commencement de la
maladie de foie qui devait bientôt le mettre au cercueil.
Il était vêtu d'une simple robe à larges manches. Il avait
devant lui , dans un petit vase blanc , une tulipe ; car il
se plaisait à cultiver ces fleurs ; son chien Saphir était assis
avec recueillement au pied de sa chaire.
La leçon de Juste-Lipse n'avait été arrêtée que par un
léger mouvement de quelques minutes ; tout était redevenu
calme ; seulement l'auditoire avait changé de face.
Au moment où la cour avait paru , le professeur expli-
quait à ses élèves la belle retraite des dix mille , écrite
par Xénophon , qui en avait été le héros. Au lieu de
poursuivre cette matière devant les archiducs , il se leva
de nouveau ; et prenant en main le livre de Sénèque De
la Clémence, il lut ce ^lassage remarquable où la vertu
qui pardonne est présentée avec chaleur comme capable
d'élever l'homme jusqu'aux dieux. Lipse en public parlait
avec ame , avec éloquence , avec grâce ; tout le feu de
son* génie l'inspira ; il commenta magnili(|aement un texte
( 1^8 )
si convenable à la circonstance ; il fit voir que la clémence
était la seule vertu spéciale qui put distinguer les grands
des autres hommes : — Eux seuls ont le bonheur de pouvoir
l'exercer, dit-il; eux seuls peuvent vaincre leurs ennemis
à force de bienfaits !
Il peignit l'autorité qui comprime les cœurs, et la bonté
qui les gagne ; la justice qui glace les peuples , le pardon
qui les réjouit et les ranime. 11 fit un suave tableau de la
sérénité qui entoure une ame douée de clémence , du
doux sommeil qui repose un cœur bienfaisant ; il montra
la mort sans agonie , sans épouAante , sans effroi , sans
laideur, au terme d'une vie généreuse. Il releva encore la
sublime morale du philosophe pa} en , en la renforçant de
la doctrine surhumaine et des paroles augustes de l'évangile.
— Dieu ne serait pas Dieu, dit-il, si sa clémence n'égalait
son immensité ; et Satan ne serait plus le démon , si la
clémence pouvait entrer dans son cœur. Aussi parmi les
souverains , ceux-là seuls seront grands devant les hommes
et seront élus devant Dieu, qui auront mesuré leur clémence
à l'étendue de leur pouvou....
Le professeur s'arrêta. La leçon était terminée ; la cour
se retira, pénétrée, grave, sérieuse. Le soir de ce jour là,
l'archiduc Albert nomma Juste-Lipse membre de son conseil
d'état. Il signa, avec Isabelle , les lettres de grâce de trois
cents brabançons condamnés , qui le lendemain virent s'ou-
vrir, émcrvedlés , les portes de leurs prisons 5 le 30 novem-
bre , ils allèrent en corps remercier Juste-Lipse ; tous les
ans , à pareil jour , ils lui portèrent jusqu'à sa mort un
bouquet de tulipes éclatantes. — 3Iais en l'année 1G06, ils
le déposèrent sur son tombeau.
( t^9)
Recherches sur les Ossemens fossiles découverts dabs
LES C.VVERWES DE LA PROVINCE DE LiÉGE , par le doc-
ieur ScHMERLi>'G. l.*^"^^ volume; in-^.'^ de 167 jmges
avec Allaf> in— fol. de XXXI J^ planches lithogra-
2)hiées. Liège, 1833-34.
La géologie moderne est venue singulièrement aug-
menter l'intérêt que nous présentaient déjà par leur forme ,
leur étendue , leurs inscruslations , ces cavités souterraines
connues sous le nom de grottes. Ces cavités ont , en effet,
été tellement fouillées par les géologues , qu'aujourd'hui
on doit les considérer comme les vraies catacombes des
temps diluviens. L'Angleterre, l'Allemagne, le midi de la
France ont offert des grottes remplies d'ossemens d'animaux
fossiles entremêlés pêle-mêle, tantôt avec des animaux
encore connus de nos jours, tantôt de races éteintes ,
tantôt enfin avec les restes de l'espèce humaine. La groite
de Han , connue depuis long— temps en Belgique , n'avait
pas montré ces ossemens. Dans celle de Remoucliamps ,
on n'avait rencontré que des dents d'Hyènes. En 1829,
M. Schmerling découvrit des grottes nouvelles à Chokier
dans la province de Liège, et ces cavités ont été reconnues
par lui comme des gites ossifères précieux. Ils sont en effet
des plus riches.
Les géologues sont loin d'être d'accord sur la formation
des grottes. M. Schmerlhig a pu se former une idée à lui
sur cette formation, parce que, lorsqu'il a découvert ces
cavités, elles étaient vierges et personne avant lui n'y avait
pénétré. Ce ne sont pas les eaux, ce ne sont pas les gaz
qui, selon lui, ont formé ces cavités, mais ce sont peut-
être , dil-il , les replis nudtipliés du calcaire intermédiaire
qui les ont produites. L'auteur pense ainsi , parce que
les grottes se rencontrent dans ces replis, plus ou moins
haut, mais rarement sur les escarpemens éloignés de ces
( 1^0 )
replis. Ici , l'on pourrait peut-être se demander d'où
viennent les replis dans le calcaire de transition, et l'auteur
se les explique par le redressement des couches calcaires,
lorsque celles-ci avaient déjà acquis un degré de dureté
peu différent de celui qu'elles possèdent aujourd'hui.
Les ossemens nombreux que recèlent ces grottes y ont
été amenés par les eaux; celles de Chokier, d'Engihoul,
de Huy n'ont point servi de repaires aux ours , aux hyènes;
celles d'Engihoul et du fond de Forêt dont les entrées
étaient très-faciles, ne contenaient que très-peu d'ossemens
de ces grands animaux. Ces mêmes cavités renfermaient
des os d'animanx herbivores , marins , des coquilles d'eau
douce , des béîemnites et une baculite.
M. Schmerling décrit ensuite séparément les cavernes
de Chokier , d'Engis , d'Engihoul , celles des rives de
l'Ourle , de la Vesdre , du fond de Forêt , de Goffontaine ;
il donne les figures de l'entrée de quelques-unes d'entre
elles.
Un fait extraordinaire, mais qui n'était pas sans anté-
cédens , est la découverte qu'a faite M. Schmerling ,
d'ossemens humains fossiles dans ces grottes ; les deux
crânes qu'il a découverts ramènent ces hommes à la race
éthiopienne; l'auteur croit que ces ossemens ont été
enfouis dans le limon des cavernes par un courant d'eau
douce en même temps que les autres ossemens d'animaux
fossiles.
Après une belle discussion sur les hommes fossiles, le
géologue passe successivement en revue les ossemens
fossiles qu'il a trouvés dans sa province et qui se rappor-
tent aux chauves-souris , hérissons , musaraigne , taupe ,
nrsus spœleus , tin-^is jyriscus, ursus leodieinis (nouvelle
espèce ) , ursus giganteus ( nouvelle espèce ) , ursus arc—
toideus, glouton, blaireau. Celle dernière espèce nous force
à faire une légère remarque. L'auteur , page 166 , parait
( 151 )
croire que l'existence tUi Blaireau fossile n'aurait été
signalée que par lui et M. Tournai , mais long-temps avant
1833 , nous avons mentionné un Mêlés fossile des environs
de Bruxelles.
Les planches de l'ouvrage de M. Schraerling sont faites
avec soin et exactitude ; l'ouvrage est écrit avec une
élégante lucidité et tous les géologues conviendront que
depuis fort long-temps la Belgique n'avait produit un
travail poîff ontologique aussi remarquable et aussi méritoire.
La puldication du second volume a commencé ; aussitôt
que la première partie nous sera parvenue (1) , nous nous
empresserons d'en rendre compte à nos lecteurs.
Ch. Morreït.
L'ouvrage de M. Sclimerling dont M. Morren vient de
donner une courte analyse , a excité au plus haut degré
l'attention des savans Allemands : un des géologues les
plus célèbres de l'Allemagne , M. Noeggerath , professeur
de Minéralogie et de Géologie à l'université de Rouen , a
publié sur la première livraison de ce livre , un article
qui fait bien connaître toute son importance scientifique :
cela nous engage à en donner ici la traduction (2).
Les amas d'ossemens fossiles récemment découverts
dans les montagnes calcaires des environs de Liège, ont
acquis une importance spéciale , parce qu'on y trouve , dans
le même état de pétrification , des restes de rfices d'animaux
qui ont disparu du globe , avec d'autres espèces encore
existantes , et même des osscmeus humains le tout entre-
(i) Elle a paru il y a quelques mois.
{i) Cet article se trouve dans les Annales pour la critique tcientifi-
fjue , de Berlin. Juin i83.|. n." ii3.
( 152 )
mêlé avec des objets travaillés par la main de l'homme.
On a découvert , à la vérité , il y a déjà long-temps , en
Angleterre et en Allemagne , des ossemens humains parmi
des restes d'espèces d'animaux éteintes ; mais l'opinion gé-
néralement admise que l'homme doit appartenir à une
création plus récente , et qu'il ne peut avoir vécu dans les
mêmes contrées que ces races d'animaux éteintes était trop
universellement reçue ; et la doctrine de Cuvier , la dessus ,
ne fut plus révoquée en doute. On s'efforça donc d'expli-
quer comment ces ossemens auraient pu être accum.uiés,
plus tard et par hasard , dans ces cavernes. On en avait
trouvé les causes , dans plusieurs circonstances , mais on
généralisa trop légèrement ces données, qui ne pouvaient
être certaines que dans des cas particuliers.
Cependant les découvertes importantes qui furent faites
plus récemment par Tournai, de Christol , Marcel de Serres
et autres , dans des cavernes en France , suscitèrent des
doutes en faveur de l'existence d'ossemens fossiles humains.
Les observations de ces naturalistes, bien qu'elles confir-
massent de plus en plus cette opinion , ne purent pourtant
faire ajouter foi généralement à l'existence d'ossemens
humains, quoique Boue et Razoumovsky eussent déjà trouvé
en Autriche des ossemens d'hommes avec des ossemens
d'espèces d'animaux éteintes. On ne se laissa pas même
convaincre par la découverte des Anthropoliles de la Guade-
loupe , ni par celle que le comte Van Slernberg et Van
Schlothcim firent, dans les crevasses des pîatrières deCostritz,
d'ossemens humains , mêlés avec des ossemens d'animaux
antédiluviens et d'animaux appartenant aux races encore
vivantes. Cet esprit de doute ne céda pas non plus aux
découvertes de même nature , plus rapjrrochées , que Spal-
laniani et Fortis firent d'ossemens humains dans la brèche
d'ossemens de la mer Méditerranée.
Il n'y a pas long-temps encore que l'auteur de cet article
( 153 )
était lui-même au nombre des incrédules sur cette matière,
et son opinion avait pris d'autant plus de consistance , qu'en
visitant les cavernes d'Hohlerstein , près de Brilon dans le
duché de Westphalie , renfermant un grand nombre
d'osscmens d'hyène , d'ours , etc. , il y trouva aussi des
ossemens d'hommes , qui , évidemment , devaient y avoir
été rassemblés à une époque postérieure. Ce qui lui fit
croire qu'il en devait être de même pour tous les ossemens
humains trouvés dans d'autres cavernes. Il ne voulut donc
pas se prononcer sur les découvertes faites à Liège , avant
de les avoir vues de ses propres yeux. 11 fit tout récemment
le voyage de Liège, mais il n'eut pas le temps nécessaire
pour visiter ces cavernes ; mais en revanche il fit la con-
naissance de M.'" Schmerbng, et il se convainquit, autant
qu'une conversation prolongée avec ce savant , le lui permit ,
de l'exactitude et de la circonspection que M.'' Schmerling
avait mises dans ses observations. La connaissance person-
nelle qu'il fit de ce savant le persuada de la véracité de
ses communications ; il vit sa riche collection d'ossemens
tirées des cavernes de ce pays ; collection qui , abstraction
faite de son intérêt local , est jusqu'ici la plus riche et la
plus complète de toutes celles de ce genre. Dés lors le
soussigné revint entièrement de sa prévention sur l'im-
possibilité de l'existence d'ossemens humains à l'état fossile;
il ne lui manque que d'avoir vu et examiné lui-même les
giscmens des couches d'où on les a tirés.
Mais occupons-nous plus spécialement du contenu de
l'ouvrage de M.*' Schmerling. Dans son avant-propos l'auteur
raconte qu'au mois de septembre 1829, il fit la découverte
de la caverne d'ossemens à Chokier, et que depuis il trouva
plus de quarante cavernes dans la province de Liège , dont
plusieurs contiennent des ossemens de même nature. Que
non seulement le nombre de ces ossemens est considérable,
mais qu'il en est de même surtout du nombre des espèces
(154)
reconnues; de sorte que sous ce dernier rapport, ces ca-
vernes peuvent rivaliser avec les plus riches de rAllemagne.
Mj Schmerling se propose de donner la description d'osse-
mens de plus de soixante espèces d'animaux , tous appar-
tenant aux cavernes de Liéoe. L'inirocluclion ne contenant
que des généralités , nous la passons sous silence.
Chapitre I. Des cavernes de la 2^^'ocince de Liège en
général. Ces cavernes ne se trouvent que dans les mon-
tagnes calcaires , dont l'ordre des couches a été interverti
par de violentes révolutions.
Le sol de ces cavernes présente très-fréquemment , dans
les couches supérieures , du sahle , du gravier , ou une
couche dure d'argile , qui , rarement contiennent des os-
semens ; vient ensuite une couche d'argile moins dure , grise
ou noirâtre , beaucoup d'ossemens, des fragments de pierres
calcaires angulaires et plus souvent arrondis , des galets
siliceux et autres , contenant même des stalactites brisées ,
(Kalksinter) , ce qui cependant ne se présente pas toujours.
Les différentes hypothèses sur l'origine de ces cavernes sont
examinées par l'auteur. Nous sommes entièrement de son avis
lorsqu'il dit : " En considérant donc la forme extérieure de
ces cavités, où souvent les parois correspondent exactement
à l'inclinaison des couches à l'extérieur, ainsi que les vastes
éboulcmens que l'on o])serve de temps en temps , soit en
avant , soit dans l'intérieur même de ces cavités ; vu enfin
la distribution irrégidière , la nombreuse quantité de pierres
cpii se sont détachées de la voûte et de ses alentours ;
tout me porte à croire que la majeure partie a clé formée
à une époque où les bancs calcaires avaient déjà acquis
\\n degré de dureté peu différent de celui qu'ils possèdent
aujourd'hui. ,, Les osscmens gisent pèle-mèle dans ces
grottes , souvent ils sont roulés et arrondis. L'auteur déduit
de cette circonstance et de plusieurs autres qu'il indique,
( 155 )
que la terre dite fossile^ a clé charriée , avec tout ce qu'elle
contient par l'eau , dans ces caTcrnes. Jamais on n'a trouvé
d'os rongés , pas plus que des excrémens d'hyènes ou d'autres
animaux , quoiqu'il y ait des cavernes dans lescpielles des
hvénes, des ours, etc., ont vécu, comme Buckland l'a
démontré pour celles de Kirkdale et de Lunel-Yieil ; la
plus grande partie des carrières d'ossemens qu'on connaît ,
ne paraît cependant pas appartenir à cette catégorie , et
certainement celles de Liège ne sont pas de ce nombre.
Nous aimons à rappeler ici le beau rapprochement des
cavernes de Gaylenreutli , Sundwicli et Kirkdale , que
Mj Goldfuss a fait dans les F erhandluncjen der Léopold.
Carol. Akademie der Naturforscher. vol. XI. sect, II,
Chapitre II. Des cavernes en particulier. Ce chapitre
renferme une description plus spéciale des cavernes. Nous
en indiquerons les noms, l'ordre que l'auteur a suivi, et
nous n'extrairons que quelques détails. 1.° Caverne de
Chokier; elle se trouve à deux lieues et demie de Liège,
Le fait le plus intéressant que la grotte de Chokier a
offert , est sans contredit la présence de deux couches de
stalagmites ; au-dessous de chacune d'elles , se trouvaient des
ossemens fossiles. ,, Tournai a déjà observédans des cavernes
de Bi7.e , non pas exactement la même chose, mais un fait
semblable. En effet , ce sont deux formations de glaises l'une
sur l'autre , seulement on n'y trouve pas les galets de
stalactite , tant entre ces couches qu'au-dessus. 2.° Ca-
vernes d'Emjis, à trois quarts de lieue de la précédente.
Dans une de ces grottes qui est riche en terres fossiles ,
on a trouvé une dent incisive , un os de la colonne ver-
tébrale et une phalange de doigt d'homme ; quelques
ossemens d'ours, d'hjènes, de chevaux et d'animaux ru-
minans, et plusieurs silex taillés en forme triangulaire.
Nous avons vu ces pierres dans les collections de l'auteur;
il n'en donne pas de plus ample description. Ce sont des
( 156)
pierres à feu , qui ont , à-peu-près , la forme d'un couteau ,
elles ont la largeur régulière d'un peu plus d'un pouce ,
et leur section transyersale offre un triangle irrégulier dont
le sommet forme un angle obtus. Ces instruments nous
surprirent à cause de leur ressemblance frappante avec des
pierres d'obsiilienne , façonnées de même , qui se trouvent
entre des amas de fragments de ces sortes de pierres ,
dans les anciennes mines du Mexique. Il est reconnu que
les Mexicains se servaient d'obsidiennes pour leurs instru-
ments trauclians. Dans une seconde caverne près d'Engis,
on trouva un fragment de crâne humain , avec des cir-
constances qui ne font aucunement douter qu'il n'ait été
enveloppé, à la même époque, avec des ossemens d'ani-
maux en partie perdus et d'autres qui existent encore. Nous
donnerons quelques détails , sur cette matière , dans le
chapitre suivant. 3.° Cavernes d'Eugihoul , situées à trois
lieues vers le sud-ouest de Liège. Ces cavernes ont fourni
sous les mêmes circonstances , plusieurs ossemens humains ,
ainsi que des os d'ours , d'animaux ruminans , de renards ,
d'oiseaux et autres animaux. 4.° Cavernes sur les rives de
VOiirte. Il y a sur l'Ourte plusieurs cavernes parmi lesquelles
celle de Remou champ est depuis long-temps célèbre par
son étendue. Elle n'a fourni que des fragments d'ossemens
d'ours , d'hyènes , de renards , de rhinocéros , de chevaux ,
de bœufs, de cerfs et d'un oiseau. 5.° Cavernes situées sur
la Vesdre. L'auteur n'en dit rien de marquant. 6.° Cavernes
du Fond de Forêt, à trois lieues vers le sud-ouest de Liège,
contenant des ossemens de plusieurs animaux antédiluviens ,
ainsi que d'autres d'animaux plus récents , et situés à la
superficie. L'auteur distingue soigneusement ces anciennes
couches, d'autres plus récentes. 1.° Caverne de Goffontainc,
également située sur la Vesdre , à quatre lieues de Liège,
Elle est certainement la plus riche en ossemens fossiles.
L'auteur donne le dessin et la coupe de l'entrée de la grotte,
dessins qui ne sont du reste ni heureux ni instructifs.
( 1-^7 )
Chapitre III. Des ossemens fossiles humains. Ce
chapitre commence par des réflexions générales sur les
ossemens fossiles d'hommes , et sur les opinions des dif-
férents auteurs touchant cette matière. Il y donne le
dessin et la description du crâne d'un homme adulte
auquel manquent les os du visage. «C'est à un mètre et
demi de profondeur que nous rencontrâmes ce crâne
caché sous une Lréche osseuse , composée de restes de
petits animaux , et contenant une dent de rhinocéros , et
quelques-unes de cheval et de ruminans. Cette brèche
avait la largeur d'un mètre , s'élevant à un mètre et demi
au-dessus du sol de la caverne, et adhérant fortement
à la paroi. La terre qui contenait ce crâne humain
n'indiquait aucun dérangement ; des dents de rhinocéros
de cheval , d'Hyène et d'ours l'entouraient de toutes parts. »
La ressemblance que prétend avoir remarqué l'auteur
entre ce crâne et le crâne de la race éthiopienne , ne
mérite pas une attention particulière , surtout parce que
l'on a dû se borner à ce seul exemple. On n'a représenté
que la mâchoire supérieure d'un autre crâne humain,
d'un jeune individu qui se trouvait dans la même caverne,
à côté d'une dent de Mammouth. Le crâne fut brisé en
le déterrant. Viennent ensuite les dessins de plusieurs
autres ossemens humains, tous des cavernes d'Engis et
d'Engihoul , dont la dernière a fourni la plus grande
quantité. Ici , comme dans les autres cavernes , ces os-
semens étaient mêlés à ceux de fossiles d'espèces d'animaux ,
sans ordre et en partie enfermés dans des stalagmites
calcaires. On ne remarque dans l'état fossile des ossemens
d'hommes et de ceux d'animaux aucune différence essen-
tielle. Un grand nombre de raisons engagent à croire
que tous ces ossemens humains ont été introduits simul-
tanément et par les mêmes causes , dans les cavernes ,
avec les ossemens des races d'animaux éteintes.
( 138)
Chapitre IV. Des carnassiers. On trouve dans ce
cliapitre une description exacte de quatre espèces de
chauve-souris , d'un porc-épique , de deux musaraignes ,
d'une taupe, tous fossiles des cavernes. Les chauve -souris
paraissent appartenir à des espèces encore existantes ;
mais l'auteur n'en détermine pas plus amplement les
classes , parce qu'on n'en connaît pas encore suffisamment
la description. Le hérisson ne diffère en rien de VEri-
naceus europaeus. Les musaraignes ressemblent au sorex
araneus Li>". et au sorex telragoneus Herm. La taupe
appartient à l'espèce aujourd'hui indigène. La circon-
stance que ces animaux aiment à vivre dans les cavernes
et les souterrains , pourrait faire croire qu'ils se sont
introduits plus tard dans ces cavernes , comme ceci a
été supposé par Buckland et autres , touchant des osse-
mens de petits rongeurs , qu'on a trouvés dans les
cavernes de Kirkdale etc. Mais l'auteur assure que ces
ossemens se présentent dans le même état que ceux des
espèces éteintes. Il dit entre autres des ossemens de héris-
son : " Ce qui me parait plus remarquable , c'est que
ces os se sont trouvés dispersés , isolés , cassés comme les
restes des espèces éteintes , et à différentes profondeurs
dans la terre à ossemens ; ce qui éloigne en même temps
toute possibilité d'expliquer la présence de ces ossemens
dans les cavernes, comme accidentelle, c'est-à-dire, de
supposer qu'ils y auraient été introduits plus tard. ,, Si
donc on trouve dans les destructions opérées par le déhige
non-seulement l'homme, mais en outre des animaux dont
l'espèce existe encore aujourd'hui , il ne reste plus qu'à
admettre l'hypothèse suivante de l'auteur : « Le règne
animal a pu , avant ce dernier cataclisme , être tel qu'il
existe aujourd'hui ; celte catastrophe a pu détruire des
espèces , même des genres , mais une partie a échappé ,
et a continué à se propager. La marche graduelle et
( Ï59 )
régulière de la nature ne nous autorise point à adopter
des phénomènes apparaissant trop brusquement dans la
succession des êtres organisés. » Comme l'homme existait
avant la dernière révolution de la terre , l'auteur croit
que la création devait avoir eu alors son développement
actuel, et que les espèces actuellement existantes ont
échappé à ce calaclisme.
Encyclographie du RÉG5E VÉGÉTAL , i^i'ésentant la figure,
la description et Vhistoire des Plantes les jjlus récem-
ment découvertes sur tous les points du glohe ou intro-
duites dans les serres des jardins de V Angleterre , delà
Belgique et des autres jjai'lies de l'Europe, acco?7ipagnée
de 3Io>OGRAPniES de Genres , destinées à former jjro-
gressivement une Flore rMVERSELLE. Ouvrage publié
sous la direction de ^Ij J)ra\)ici, secrétaire de la Société
royale d' Horticulture de Bruxelles. Tom. I in- fol.
Bruxelles. 1833 [achevé en 1834)., avecl2 planches
coloriées, représentant 426 espèces végétales.
Dans un pays comme la Belgique où la culture des belles
plantes met en circulation plusieurs millions de francs,
toute publication d'horticulture doit réussir, puisqu'elle
répond à un besoin réel. L'expérience prouve cette asser-
tion. Mais parmi les ouvrages que cette science a fait
naître , nous devons signaler en premier lieu YEncijclo-
graphie de^l.^ Drapiez, œuvre immense, digne de notre
époque et surtout de l'activité incessante de la librairie
belge. Il fallait des spéculateurs comme M."^ Meeus-Vandcr-
niaelcn pour oser entreprendre une opération de ce genre.
, Un des résultats qu'elle doit entraîner, est de fixer de
plus en plus chez, nous le commerce des plantes ; la Bel-
gique est devenue pour ce commerce la rivale de l'Angle-
( 160 )
terre sur le continent , et que de fois les amateurs français
ne \iennent-ils pas se pourvoir chez nous de plantes nou-
velles , tout en se pavanant chez eux d'avoir passé la
Manche. Or, les expositions horticulturales, les sociétés de
botanique , les cours publics , les ouvrages sur la science
des végétaux , tout cela doit répandre de plus en plus un
goût inné chez nos concitoyens qui se rappelleront, sans
doute , que les jardins de leurs ancêtres étaient au 16"^^
siècle les plus beaux de l'Europe.
L'Angleterre possède quatre journaux magnifiques, des-
tinés à publier toutes les plantes nouvelles , outi-e les
recueils des sociétés savantes , comme les transactions de
la société d'horticulture, de la société linnéenne, ■\verne—
rienne , etc. , etc. L'abonnement au plus stricte nécessaire
revient à 350 à 400 francs par an , pour l'horticulteur
qui veut se mettre au courant des découvertes anglaises.
Viennent ensuite les publications françaises , et tout le
monde sait ce que coiitent les ouvrages des Bonpîand ,
des Redouté , des Duhamel. Ce n'est donc pas le modeste
jardinier, mais souvent encore le particulier aisé qui ne
pourraient pas se procurer les ouvrages nécessaires pour
se tenir au courant des découvertes quotidiennes. Mon-
sieur Drapiez a eu l'heureuse idée de fondre tous les
ouvrages anglais et français en un seul ; mais , c'eut été
là une simple compilation ou une réimpression à bon
marché , si ce botaniste zélé n'avait singulièrement agrandi
le cadre de l'ouvrage ; en •^fTet , M. Drapiez donne des
phrases génériques et spécifiques, la synonimie , la clas-
sification , l'histoire et la culture de toutes les plantes
figurées par Loddigcs dans le Botanical cabinet sans
description aucune. En outre , à chaque espèce figurée
par Lindley dans le Botanical register ^ il ajoute le ca-
ractère du genre s'il ne se trouve pas dans l'original.
Des monographies de genres sont ensuite traitées séparé-
( Ifil )
ment à chacpie livraison et c'est pour elles que le luxe
des planches devient remarquable. La première livraison
contenait une plante nouvelle qui, pour la première fois,
avait fleuri en Europe , à Gand ; cet antécédent faisait
auguier que par la suite l'auteur aurait suivi la même
marche et que toutes les plantes nouvelles qui auraient
fleuri en Belgique auraient trouvé leur place dans ce
recueil. Cet espoir ne s'est pas réalisé , mais cela tient
non pas à l'auteur , mais à l'apathie singulière que l'on
trouve malheureusement chez beaucoup de nos jardiniers
et de nos amateurs , apathie qui semble s'opposer à toute
communication avec les botanistes lorsque quelque végétal
nouveau vient à fleurir dans leurs établissemens. Nous
croyons cependant que le second volume de l'encyclo-
graphie dont il a déjà paru deux livraisons représentera
mieux que le premier les progrès de la culture nationale,
quant aux plantes nouvelles. Somme toute, l'ouvrage de
M. Drapiez mérite le sufî'rage des botanistes et des horti-
culteurs.
Ch. MoRRE^.
11
( 162)
iBuUietin SiWijcrgrapljtjque»
HISTOIRE BELGIQUE,
Collection de documens inédits concernant l'histoire de
la Belgique , publiée par L. P. Gachard , archiviste du
royaume. Tome 3.^ Bruxelles , Hauman, 1833. in-8.° S22 pages.
[ Il sera rendu compte de ce volume ].
Bibliothèque des antiquités belgiqucs , par E. Marshall et
F. Bogaerts, Anvers, Ryshcuvcls, 1834, in-8.", liv. A, pages
231-326 et livr. S par E. Marshall, pages 1-80 du 2« \ol.
[Voir le Messager de i833, page 489]-
Fastes militaires des Belges, ou histoire des guerres, sièges,
conquêtes, expéditions et faits d'armes qui ont illustré la
Belgique , depuis l'invasion de César jusqu'à nos jours. Biuxelles
183S in-8.° III à V.
Geschiedcnis van Bclgonland , door Josepli Delin, onder-
wyzer, secrctaris der commissie van toezigt over de stads-
schoolcn van Antvvcrpen. Twcede druk. Antwerpen J. B.
Hcirstraetcn, 1833. van 263 bladz.
[ Ce livre avait à peine paru dans les premiers jours de janvier ,
que M. Joseph Delin fut enlevé tout-à-coup, à la fleur de l'âge,
après une courte indisposition. M. Délia a rendu de grands services
à l'instruction primaire dans la ville et la province d'Anvers : on lui
doit entre autres la traduction flamande de presque tous les ouvrages
de l'abbé Gaultier ].
Tableau chronologique de l'histoire des Belges , depuis les
temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Bruxelles 1833. En
deux feuilles color.
[ L'auteur , dans ce travail qui facilitera beaucoup dans les athénées
et collèges l'étude de notre lùstoire, a pris pour modèle les excellents
tableaux do las Cases],
( 1G3)
Aardrjks-gcschiedkiindjge bcschryving der stad Gend, voor
de jeugd ; met eene kaart , door P. Jonglas. Gend, Snocck-
Ducaju en zoon , 1834. 100 bladz. kl. in-8."
[Il serait bien à désirer que chaque ville de la Belgique eut une
petite histoire locale , ainsi que M. Jonglas vient de le faire pour
Gand. En Allemagne et en Hollande , il n'existe presque pas de localité
quelque minime quelle soit, qui ne possède son histoire particulière:
c'est le seul moyen d'inspirer de bonne heure aux enfans l'amour et
la connaissance de leur pays ].
Essai sur la statisticiue ancienne de la Belgique. Seconde
partie. Population, architecture , mobilier, costumes; par le
baron de Reiffenberg. Bruxelles 1835, in- 4.° de 163 pages.
PUBLÎGATIOINS RELATIVES A LA RÉVOLUTION BELGE DE 1830,
FAITES EN BOLLANDE.
Bijdragen tôt de gescbiedenis der Nederlanden, aanvang
nemende 23 aug. 1830 , bevattendc de oorzaak van den
belgischen opstand , dcszelfs begin, voortgang, eindc en
gevolgcn Yoor geheel Ncdcrland door F. J. Halls. 4 afleve-
ringen. Amst., 1830.
Overzigt der voornaamstc gebeurtenissen , gedurende den
opstand te Brusscl, Luik cnz. Utrecht 1830. .
Belgie en 1830. Amst.
Kort verhael der voornacmste gebeurtenissen voorgcvallen
binnen Brusscl etc. Amst.
Dicpe verontwaardiging o\cr het schandelyk oproer te
Brussel gepleegd j in de laatste dagcn van augustus 1830.
Amst. 1830.
Brief aan den béer C. D. , te 's Gravenhage , ovcr den toe-
stand van HoUand , na dcszelfs afschciding van Belgie. Amst.
Het sprakeloosc mcisje van Brusscl of de rcbcllcn-bruid ,
ccn tafcreel uit den laalstcn opstand in Belgie door A. Kramcr.
Amst.
Le départ de la garde nationale d'Amsterdam, par A. Vau-
drin. Amst.
( 104 )
Nu of nooit vaderlandsche xiitroeping na het ontstaan van
hct oproer, in een gedeelte van Belgie. Tweede , verheUrde
en met een hijvoegsel vermeerderde druh. Utrecht 18S0.
Séparation de la Hollande et de la Belgique. Amst.
De afscheiding van Belgie, vooral uit eene zedekundig
oogpunt beschouwd door een Noord-Nederlander. Amst, 1830.
Séparation de la Hollande et de la Belgique , par le comte
de Hogeiidorp.
Réfutation du système de M. le comte de Hogendorp,
relativement aux affaires de la Belgique , par S. P. Lipman.
Amst.
De prins van Oranje door de graaf van Hogendorp. Haag.
De vrede (3nov. 1830) door den gr. v. Hogendorp.
De natie ( IS nov. 1830) door G. K. grave v. Hogendorp,
Haag.
De scheiding van Belgie in derzclven gevolgen getoctst
door M. S. P. Lipman , advokaat. Derde en veel vermeerderde
druh» Amst. , 1830. 3 stukken.
De vrede, door M. S. P. Lipman, avokaat. Amst.
Wederlcgging van het stelsel van den heere Gysbert-Karel
Van Hogendorp uit hct fransch vertaald door Lipman. Amst.
Wat sal er worden hcslist? of de scheiding van Noorden
en Zuiden. Haag, 1830.
lets betrekkclijk de afscheiding van het Zuideu en Noorden
door Fokkema. Leeuwaarde.
Vrijmocdige gedachten over de tegcnwoordige beroerten in
een gcdcclte van het koningrijk dcr Nedcrlanden. Haag , 1830.
Dichtrcgelcn op aanlciding van de vermelding in de cou-
rantcn, wegens ccncn brief van Z. H. den paus , te Rome,
aan Z. M. onzcn koning , door Zinimcrman. Utrecht.
De koning bij hct opcnen etc., door Hallo. Amst.
Doct gij voor hct vadcrland wat gij kunt. Middelburg.
Hct krcdict. 's liage.
HoUand bij de vcrnicling van Antw^crpcn. Rotterdam.
Aan' Ncderlands rustverstoorders , door W. E. Cooke.
Roltd.
(166)
Gedachtcn ter gelegeiiheid van den tekst vau sonimige
Noord-ncdcrlandsche dagbladercn, etc., door van Tetroodc.
Amst., 1830.
Wenken voor Holland , door een vriend van Vorst en Volk.
Brcda.
Wat moet mcn denken etc., door den scluijver van de Stem
uit Amsterdam. Amst.
Vaderlandsche Ledcnkingen op den herdcrlijken Lrief van
den hcere Lisschop van Luik. Gorinchera.
Bij het lezen van 's konings woorden in staatsraad « Miju
lot is dacr boven bcslist! ik heb de grondwet bezworen en
zal die handhaven. » Derde driik^ Utrecht, 1830.
GÉOGRAPHIE DE LA BELGIQUE.
Dictionnaire géographique du Limbourg , par Ph. Vander-
maelcn. Brux., à rétablissement géographique, in-8." 127 pages
d'introduction, 149 de dictionnaire et 10 tableaux.
[ Ce volume qui vient de paraître est le 6.^ de la collection , que
nous avons déjà eu occasion de citer dans ce recueil. Cette publication
est sans doute une des plus importantes qui se font dans ce moment
en Belgique ].
LITTÉRATURE.
Aventures de Tiel Ulenspiegel, de ses bons mots, finesses
et amusantes inventions , nouvelle édition dédiée aux biblio*
philcs belges , augmentée de rapprochemens littéraires ,
d'observations sur ce personnage d'après les différents auteurs
qui en ont parlé, et d'une notice des principales éditions
de son histoire, par J. 0. Dclepierre. Bruges, Bogacrt-Dumor-
ticr, 18315. in-8.° de 90 pages.
[ Tiré à 5o exemplaires , les noms des souscripteurs marqués à la
presse ].
Revue belge publiée par l'association nationale pour l'en-
couragement et le développement de la littérature en Belgique.
1." année, 1." livr. Liège, 183Î5. in-8.° de "il pages.
( 16G)
Religion et amour, par P. J. F. De Decker. Bruxelles^
Hauman, 1835. 12.° 126 pages avec 4 lithographies.
Poésies de Louis Labar. Brux. , 1834. in- 18.° de 69 pages.
HISTOIRE LITTÉRAIRE.
Nouveaux me'moires de l'acadcmie royale des sciences et
Lelles lettres de Bruxelles. Tome YIII. Brux., Hayez, 1834. 4.
[ Ce volume renferme I. Bulletin des séances de l'académie , 56 pages
avec une planclie. — II. Mémoire sur le rapport et la conformilé de
plusieurs points des anciennes coutumes et chartes du pays et comté
de Haiiiaut , avec l'ancien droit romain antérieur à Justinien et au
code Théodosien ; par M. Raous. 58 pp. — III. Particularités inédites
sur Charles-Quint et sa cour , avec un appendice sur l'ordre de saint
Hubert, recueillies par le baron de Reiffenberg. 83 pp. — IV Sup-
plément à l'art de vérifier les dates et aux divers recueils diplomatiques, ou
mémoires sur quelques anciens fiefs , par le baron de Reiffenberg. 3o4 pp*
— V. Aperçu historique des observations de météorologie faites eu
Belgique jusqu'à ce jour, par A. Quetelet, 72 pp. — VI. Mémoire
sur l'intégration d'une classe d'équations aux différentielles, partielles
linéaires , relatives au mouvement de la chaleur dans les corps solides j
par M. Pagani. 82. pp. — VII. Note de l'équilibre d'un système
dont une partie est supposée inflexible et dont l'autre partie est flexible
et extensible; par M. Pagani. i4 pp- — VIII. Essai d'une théorie
générale comprenant l'ensemble des apparences visuelles qui succèdent
à la contemplation des objets colorés , et de celles qui accompagnent
cette contemplation; c'est-à-dire la persistance des impressions de la
rétine, les couleurs accidentelles, etc., par J. Plateau, de 68 pp.
avec une pi. lithogr. ]
IS^otice biographique sur André Goethals, trente-troisième
prélat du monastère de AA'aerschoot à Gand , par l'auteur
d'une notice sur Henri Goethals. Gand , D. J. Vanderhaeghen ,
1831. in-8.° 17 pages, avec portr.
[ La notice sur Henri Goethals , connu sous le nom de Henri de
Gand, parut en 1828. En 1829, elle fut suivie d'une seconde notice
sur un autre Henri Goethals ].
Annuaire de l'académie royale des sciences et belles-lettres
de Bruxelles. Première année. Brux., Hayez, 183o. in-8,°
128 pages.
[Cet annuaire, dont la publication est un nouveau service rendu
( 167)
à la propagation des sciences dans notre paj's , par M. Quetelet ,
nommé récemment secrétaire-perpétuel de l'académie , renferme un
aperçu historique sur la création de cette société savante , ses divers
réglemens , les listes de ses membres, des notices biographiques sur le
comte Charles de Cobentzl , P. -F. Mac-Neny , F.-G.-J. marquis de
Chasteler, G. -A. -F. baron de Fellz, le commandeur de Nieuport,
C.-J.-E. van Ilulthem, L.-D.-J. Dewez, etc.
Nous croyons devoir relever une légère erreur touchant la date de
la mort de JM. Ch. van Hulthem. Ce savant académicien est décédé
le i6 décembre, i832, et non pas le t^, comme le dit Tannuaire i
p. ^7 , et en i833, comme l'indique son article biographique , p. io5].
JURISPRUDENCE, LEGISLATION , ETC.
Code de milice , dédié à S. M. Léopold ï/-^, par J. A. Orient ,
avocat près la cour d'appel de Gand , et P. J. Cornille chef
de division au gouvernement provincial de la Flandre Orientale.
Gand, Vanderhaeghe-Maja , 183o. in-8.° de ^30 pages.
Projet de loi sur l'enseignement médical , donné aux frais
de l'état en Belgique , présenté au roi et aux chambres ,
par Ch. Houdet et P. J. Wauters fils, médecins ^ à Gand.
Brux., P. J. Voglet, 1833. in-8.° 48 pages.
Mémoire sur la réorganisation du haut enseignement, adressé
aux chambres par le collège des curateurs et le sénat acadé-
mique de l'université de Gand. Gand, 183o. iu-'<.° 20 pages.
Mémoire sur le projet de loi i-elatif à l'instruction publique ,
adressé aux membres du pouvoir législatif par le séijat aca-
démique de l'irniversité de Louvain , précédé de celui que le
collège des curateurs de la même université a présenté au
roi le 16 août 1834 (Louvain, le 23 fév. 1833) in-folio
de 19 pages et un tableau.
A sa majesté le roi des Belges (1834 et 183o), 7 pages,
grand iu-4.''
[ Requête des hubitans de Louvain pour conserver l'utiiversltc ].
Exposé des motifs du projet d'organisation de l'académie
de Belgique , communiqué à titre de renscignemens , par le
ministre de l'intérieur , à la commission chargée, [ ir lu
( 168 )
chambre des représentans , de l'examen de la proposition
faite par un de ses membres relativement à l'organisation
d'une académie belge. in-8.° de 29 pages.
[C'est le projet de M. Ch. Rogier, alors ministre de l'intérieur].
Observations sur le projet de révision du code pénal pré-
senté aux chambres belges suivies d'un nouveau projet par
J. J. Haus , professeur de droit à l'université de Gand. 1 J^ partie.
Gand, V.^ L.De Busscher-Bracckman, 183S,in-8.° de 220 pages.
OUVRAGES DIVERS
Traité des batteries, par E. Hayez , lieutenant d'artillerie.
Bruxelles, 1835, in-8.° de 102 pages avec 3 planches.
Ville de Gand. Population 85,432 habitans. Budget pour
l'année 1835. Gand , V." L. De Busschcr-Braeckraan. in-4.°
de 48 pages.
( 16!) )
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Retour de Charles-Quint de l'expédition d'Alger en 1S41.
Ce retour a été raconté par les historiens , de différentes
manières. La plupart cependant s'accordent à le représenter
sous les couleurs les plus sombres , tel est Verstock qui semble
avoir été bien informé (1). La Lettre suivante qui se trouve
aux Archives de Malincs et qui nous a été communiquée par
le respectable MJ G^^seleirs-Thys^ confirme ces relations en
s'cfforcant , par des motifs politiques , sans doute , d'atténuer
la perte de l'empereur dont ses ennemis avaient déjà fait un
sujet de sarcasmes et d'insultes.
Marie , par la grâce de Dieu royne douaigiére
de Hongrie et Bohême , etc. régente etc.
Chers et bien améz,
Nous avons présentement reçeu lettres de Vempereur monseigneur
et frère par lesquelles sa Majesté nous advertît de son retour d' Ajfric-
que et arrivement en ses royaulme d^Espaigne en bonne santé, ayant
par tormente de mer souffert quelque perte de Gallères et Naves , non
pas toutes fuiz si grande que l'on en a fait courre le bruyt , dont
tousses bons et leaulx serviteurs et suhgeclz se doibvent rejoyr et en
rendre grâces et louenges à dieu nostre Créateur. Ce que vous avons
bien voulu signifier pour le faire entendre aux ge7is d'église et de
religion, nobles et vassaulx du terroir de Malines , à ce que chacun
en son endroit se veulle acquitter de faire procession generalle et
solempnelle , aulmoisnes, pryères et aultres œuvres méritoires , afin
qu'il plaise à nostre dit Créateur conserver la personne de sa Majesté
(l) fritte ac res gcstœ Principum ac Ducum Brabanti.j: anctore Fr. Gasp.
r'erstoch rclig. ahh. S. Beriiardi prope Anlveqnain. 18." 1G72 p. 4l4 «t 4l8;
voir aussi réditiou flamande Leveii en daden dcr llcrlogen, van Brabant door
F. G. F. 1664 in-iS" p. 344-
( 170 )
en longue vie et prospérité au lien de l'universelle chrestienneté , à
l'augmentation de nostre sainte foy et au repos et tranquilité de ses
Toyauhnes pays et suhgectz. A tant chiers et bien améz nostre sei-
gneur vous ait en garde. De Byns le XXYIII'= jour de décem-
bre XV'=XLI.
Sîgné MARIE.
Et plus bas signé YERREYKEN.
Au dos était écrit ,
A noz chiers et bien améz les Excoutête ,
Coinmune-maistres et Eschevins de la
ville de Matines.
Prise de Gand par Louis XIIII , ex 1678. — Le savant
éditeur de Balderîc , M. le Docteur Le Glay, de Cambrai,
a eu la Lonté de nous communiquer les deux inscriptions
suivantes, composées à l'occasion de la prise de Gand, le 9
mars 1678. Elles se ressentent de l'esprit d'adulation propre
à un grand nombre d'écrivains du siècle de Louis XIIII et
on ne doit pas être étonne d'y voir les Gantois très-maltraitës
et calomnies en quelque sorte. C'est là le sort des vaincus.
Voici la première de ces inscriptions qui est du baron
de Vuoerden :
Quod timere supersedit Hispanus ,
Vix poluit sperare Gallus ,
TSeutiquam suhodorare hostis jœderatus ,
Gandam Ludoviccs Mag>cs
Intra IX dies adortus , adeptus est.
Fiduciam Ibero dederat iter Régis in Lotharingiam.
Ex quâ, ceu augustus accipiter.
In Flandriam aduolauit.
Pontes, vallum , vineœ,
Contahulali lacus , immensa opéra ,
Signante , urgente ipso rege , triduo confecla.
Urbs Caroli V iniperatoris altrix ,
Fama , liberlate , due nobili inclyta,
Claustris amnium , f astis annalium ,
Trophœis bellorui/i tu/aida ,
Régi imperatori cessit.
Ants id. jnart. M,DCLXXY1II.
La seconde, toute fai])le qu'elle est, est pourtant de l'im-
mortel La Fontaine.
( 171 )
Qui ne scoit des Gantois les dures destinées ,
La colère de Charles indigné justement ,
Et de ces villes mutinées
Le sévère et long châtiment ?
Ce sont événements trop marqués dans l'histoire ;
Ils ne le sont pas moins dans le cœur des Gantois ;
Et l'Espagne avoit lieu de croire
Que Gand Jeroit des vœux en faveur des François.
Ce n'est point ce qui fit incliner la balance.
Le ciel n'entend les vœux des mutins quà regret.
Louis força ces murs , mais par la vigilance ,
Par sa valeur , par le secret.
Ces inscriptions découvertes depuis peu par M. Le Glay,
avec diverses autres , appartenaient à une galerie pittoresque
et historique que M. Du Fresnoy, premier commis de la guerre,
sous Louvois, avait établie à Glatigny, près de Pontoise.
La Fontaine, qui était ami de Du Fresnoj, avait fait seize
inscriptions françaises, quand la mort le surprit au commen-
cement de lG9o. Ces inscriptions , qu'il voulait retoucher
encore, sont, à ce qu'il parait, inédites.
RÈGLES DE Travail pour les Ouvriers ex Eracaîît, dans
LE xvi^ SIÈCLE. — Nous possédous pcu dc notions sur la vie
privée dc nos ancêtres. Leurs mœurs, leurs habdicmens , leurs
jeux, leur manière de vivre, leurs relations dc société, tous
ces détails qui ont tant de charme pour nous aujourd'hui,
les historiens d'autrefois les dédaignaient , tandis qu'ils
s'étendaient avec complaisance sur les batailles , les sièges ,
les séditions, les naissances et les mariages des princes, les
fêtes des cours. Les historiens actuels, il est juste de le recon-
naître, ne méconnaissent pas le goût du public à cet égard;
mais peu d'entre eux se mettent en peine de le satisfaire; il
faudrait, pour cela, s'ensevelir durant un temps considérable,
dans les dépôts d'archives, et c'est une tâche qu'ils n'ont
pas le courage ou la patience d'entreprendre.
Un registre de la ville dc Nivelles, nous fournit un docu-
ment bien curieux sous le rapport que nous venons d'indi-
quer : c'est un règlement qui détermine , pour les ouvriers
( 172 )
du Brabant , la division du travail journalier dans les diffé-
rentes saisons de l'année.
Voici cette pièce , ou l'on trouvera des renseignemens qui ,
peut-être ne s'offriraient nulle part ailleurs. Elle n'est pas
datée dans le registre d'oîi nous la tirons ; mais elle appartient
évidemment à la première moitié du XVP siècle : elle est au"
theutiquce par le clerc de la ville ^ en fonction à cette époque :
Coustumes ordinaires d'aller en V ouvrai ge , tant en y ver que
en estes desquelles ton uze à Bruxelles en eus aultres villes
de Brahant.
Premier. Le lundy après le jour des Roys, doïbvent estre tous
ouvriers en leurs ouvrages , du matin à sept heures, sans laissyer
Voeuvre jusques à XI heures. Après disner , doïbvent semhlahlement
estre en V ouvrage depuis XII 1/2 heures jusques à cinq heures , sans
laissyer Voeuvre comme dessus.
Item. Le premier de fehvrier , doibvent estre les ouvriers sur leurs
ouvraiges du malin à VI 1/2 heures, sans laissyer l'oeuvre , jusques
à V 1/2 heures.
Item. Le XXII de fehvrier , doibvent estre les ouvriers en l'ouvrage
du matin à VI heures , sans laissyer l'oeuvre jusques à XI heures ;
après disner , puis XII 1/2 heures jusques à VI heures.
Item. Le XVIII de mars , du matin, en l'ouvrage à\ 1/2 heures,
sans laissyer l'oeuvre jusques \l heures; après disner , depuis XII 1/2
heures jusques à VI 1/2 heures.
Item. Le X d'apvril , du matin, en Vouvraige ày heures jusques
à XI heures ; après disner , depuis XII 1/2 heures jusques à VII heures /
mais ils peullent [peuvent ) laissyer Voeuvre devant disner demye
heure , et après disner semblahlement.
Item. Le premier jour de may jusques au premier jour de septem-
bre, doibvent estre les ouvriers sur leurs ouvraiges , du mitin à
IIII 1/2 heures jusques à XI heures; après disner , dupuis XII 1/2
heures jusques à VII heures. Sur ce, laissent-ilz Voeuvre au matin
une heure , et après disner semblablement.
Item. Le premier de septembre , doibvent estre à Vouvraige du
matin'à \ heures jusques à XI heures ; après disner, depuis XII 1/2
heures jusques à \H heures. Sur ce , laissent-ilz Voeuvre du matin
pour mengier demye heure , et après disner pareillement.
Item. Le XXI de septembre , doibvent du matin estre en Vouvraige
à V 1/2 heures jusques à XI heures , après disner, depuis XII 1/2
heures jusques à \l 1/2 heures.
( 173 )
Item. Le XIII d'octobre, doihuent du matin estre en l'ouvrage à
\l heures jusques à XI heures f après disner , depuis XII 1/2 heures
jusques à V 1/2 heures.
Item. Le XXIX d'octobre , duibuent estre du matin à Vouvraige
à VII heures jusques à XI heures ; après disner, depuis XII 1/2
heures jusques à V heures.
Item. Depuis le jour Saint Blartin jusques aux Roys , doibuent
les ouvriers estre en l'ouvraige du matin à YII 1/2 heures jusques à
XI heures , sans laissyer l'oeuvre devant ne après disner.
Item. Les jours de jeunes , laissent les ouvriers au disner par
l'espace de deux heures.
Lettre redite de Guicciardin. — Lorsque Guîcciardiii
publia sa description des Pays-Bas^, il en offrit des exemplaires
aux principales villes do la Belgique. Dans les archives à Gand
on possède , si non l'exemplaire offert par l'auteur ; du moins
la lettre d'envoi. M."" Parmentier conservateur de ce dépôt a eu
l'obligeance de nous en faire une copie que nous communi-
quons ici. Nous avons eu soin d'imprimer en caractères ordi-
naires quelques mots qui ne se trouvent plus dans l'original.
Liidovicus Guicciardinus amplissimo sénat ul S. S. P. D.
Cum /wc opus de vestre inférions Germanie descriptione
condiderim {^domini mei ohservandissimi^ in honorem atqiie
commodiim totius hujiis Provinci» , visum est niilii non alie-
num esse ah hoc meo ojficio civitatibus capitalihus , ut est
vestra omnium clarissima , exemplar unum offerre , ut hinc
cernere liceat , quantum ea in re lahoris exhauserim ; et quan-
tum benevolentie er^o illustrissimam nationem vestiam osten-
derini, Supplico magnificentie vestre ut honum animum meum
in optimam partem accipiatis , et me apud vos quam com-
mendatissimum haherevelitis ; valete : Antverpie XVI die De-
ce/n/;mMDLXYL
Amplissimo et jvudentissimo scnatui preclarr civitatis
Gande725/s.
/?."» in CoUegio den XXVIII decembris XV.- LXVI.'i^''
( 174 )
Polders. — Rien n'est plus obscur Jusqu'ici que l'époque
pre'cise à laquelle ont cte' endigue's les premiers polders.
M."" Warnkœnig dans son Histoire politique et législative de la
Flandre, t. I. p. 239, cite une charte de l'année 1218, comme
la plus ancienne oîi le mot se rencontre , mais parmi les ar-
chives de l'ancienne ahbaye de S. Bavon il s'en trouve imc
du comte Philippe d'Alsace, de Taune'e 1189, oîi il est déjà
fait mention du Sudpolre et du Kerpolre , situes dans le pays
de Calsand. Cette pièce sera imprimée sous peu dans une
première livraison du Cartulaire de cette abbaye qui est sous
presse. M."" Gheldolf, substitut du procureur du roi à Gand ,
a fait, pour une grande partie de la Flandre, des recherches
très-curieuses sur cette partie de la topographie. En attendant
qu'il les communique au public, nous avons cru qu'il ne serait
pas sans intérêt de publier une petite charte appartenant ù
la partie du dépôt des comtes de Flandre , que l'on conserve
aux archives de la province à Gand. C'est une quittance de
l'abbcsse de Marquette, dans laquelle elle parle d'un polder,
qui , en 1269, était récemment endigué par sire Jehans de
Leffinghe , bourgeois de Bruges. En voici le texte :
^ tous cJieaus Ici ces lelres veront et oront , suer Owède
albeesse de Marhète et tous li coui^ens de cel meisme liu , del
ordene de cystiaus , salus en deu. Nous faisons sauoir à vous
que nous quitons toute le tère que nous clamiemes et deman-
diemes dehuers no poire , qu? sire J Juins ds Lejjinglie , jadis
hourgois de Bruges , dika darrainenient de par nous , et le
quel poire nous avons vendu a signeur Lammin le Tonniwer ,
horgois de Bruges , no partie. Et en tesmoingnage de cou ,
nous avons ces lettres saielé^s de no saiel en Van del Incarnation'
JJiesu Crist mil deus ans sissante et nuef , le venredi après
Vassumptiou nostre Dame.
On lit au dos , d'une écriture du temps : I. letre de ceiilz
de Marqueté quil quittent certainez terrez quil demandoijnt
dehors un poire et la marque XIII'^.IX'^^ qui se rapporte sans
doute à un ancien inventaire.
Le sceau, qui s'est trouvé attaché à cette pièce, est perdu.
'^mM
( 175 )
Damassé de Flandre. — Nous avons donné dans le Messager
de 1833, page 293, la gravure d'une serviette damassée,
rcprc'scntant la levée du siège de Valencienncs en 1636. Nous
croyons faire plaisir à nos lecteurs en communiquant encore
un monument du mcrae genre; d'après un dessin que nous
devons à l'obligeance de M."^ R. Chalon, avocat, à Mons, qui
conserve l'original dans sa collection d'antiquitc's. C'est une
nappe commémorative de la prise de Courtrai par l'archiduc
Lcopold en 1648. Elle est carrée de 2-73 mètres de face;
le cadre en occupe le milieu; le reste est rempli par un par-
semé de fleurs très-dclicatcincnt travaillées , mais que l'on n'a
pas cru devoir reproduire , parce qu'alors l'éclielle aurait été
trop-petite pour les détails du dessin principal.
Il paraîtrait , d'après les exemples indiqués déjà antérieu-
rement dans le Messager , et encore d'après celui-ci , que la
ville de Courtrai avait la coutume de faire confectionner de
pareilles nappes à chaque événement remarquable qui arrivait
dans le pays, pour être offertes en présent aux souverains
ou autres grands personnages. Espèce de médaille , que leur
petit nombre et la matière peu durable dont elles sont faites,
ont dû rendre très-rares , mais dont la suite ne serait peut-
être pas cependant sans intérêt.
— Pendant que tous les amis des Beaux-Arts songent aux
moyens propres à préserver de la destruction les monumens
qui ont échappé au vandalisme de différens siècles , pendant
que le gouvernement nomme des commissions pour veiller à
leur conservation , quelques journaux nous annoncent qu'à
Anvers on a le projet de démolir la Boucherie. Nous avons
de la peine à ajouter foi à cette nouvelle qui ferait peu
d'honneur à la Régence de cette ville. Celte Boucherie, bâtie
de 1300 à 1303, est sans doute le monument le plus remar-
quable de ce genre , qui existe en Belgique. Il témoigne de
l'ancienne opulence d'Anvers ^ et offre, sous le rapport de
l'art , un exemple remarquable de l'état de l'architcctuic
gothique dans sa dernière période.
( l'6)
— La restauration de la maison de ville de Louvairi, un
des plus beaux monumens de l'architecture gothique en Bel-
gique, se continue avec une diligente perse've'rance. Ce travail
ne va à rien moins qu'à renouveler entièrement tous les bas-
reliefs, et tous les ornemens délicats qui couvrent les façades
de l'édifice, et comme l'on sait^ comprennent toute l'histoire
de la bible. Pour cela on détache successivement les parties à
renouveler j on les imbibe d'huile et de cire, pour en prendre
le moulle en plâtre ; et ce n'est qu'après avoir complété, dans
ce moule , les parties perdues ou déte'riore'es , que la pierre
destine'e à remplacer la partie détachée , passe successivement
dans les mains de plusieurs sculpteurs de force inégale pour
recevoir sa perfection artistique. Il circule, qu'il faudra encore
bien cinq années pour terminer cette laborieuse et scrupuleuse
restauration.
— M.^ Gérard Buckens , d'Anvers , avait fait l'apprentis-
sage de la ciselure, à Munich; il avait habité cette ville pen-
dant plusieurs années et jouissait des avantages mérités par
son talent et par sa modestie ; cependant Tespoir de fixer son
art parmi nous l'avait ramené à Anvers; mais cet espoir étant
complètement déçu, il vient de s'en retourner à Munich dans
les premiers jours de 1833, De là, il ira peut-être en Russie.
Tous les artistes d'Anvers s'accordent à le regarder comme le
plus intimement artiste d'entr'eux; ils le regrettent vivement,
et plusieurs l'ont accompagné à Bruxelles, oh ils l'ont fêté
dans une petite réunion d'amis. Les ciselures sur argent,
dont l'une très- remarquable représentant La Samaritaine,
qui figuraient aux derniers salons d'Anvers et de Bruxelles,
étaient de lui.
Société des Sciences, Lettres et Arts d'Axvep.s , fondée
LE 10 novembre 1834 , et installée le même jour a l'hÔtel de
LA régence. — Avant la réunion de la Belgique à la Hollande,
Anvers possédait une société scientifique sous le titre àe Société
cT Émulation , qui a pu])llé le résultat de ses travaux et qui a été
fondée par M.'' d'IIcrbouville , préfet du département des deux
Nèthes. Cet administrateur habile, dont le nom sera toujours
( 177 )
cher aux Anvcrsois, a beaucoup contribué, autant par ses
travaux que par sa protection , à faire prospérer cette com-
pagnie. Depuis le départ des français , cette institution a cessé
d'exister. On avait lieu de s'ctonner que dans une grande
ville comme Anvers , on ne formât pas une société analogue (1).
Mj le docteur De Kirckboff conçut le pi-emier l'idée de faire
renaître à Anvers une association consacrée aux sciences ,
lettres et arts. Il communiqua son projet à plusieurs amis des
sciences , qui se sont x-éunis à lui; bientôt le noyau de fonda-
teurs fut arrêté, et la La Société des Sciences , Lettres et
Arts cP Anvers est déjà définitivement organisée. C'est un corps
que les autorités peuvent consulter chaque fois qu'elles le juge-
ront convenable dans l'intérêt public.
La première séance de cette société a été ouverte par Mon-
sieur le Bourgmestre Legrcllc. Il a exposé, en peu de mots,
que les idées du bien public s'enchaînent et se fortifient par
les alliances réciproques et par l'esprit d'association ; que
jusqu'aprésent Anvers n'offrait pas aux professions libérales,
de centre commun qui réunît les connaissances , les essais
divers qui , pour se trouver isolés , se perdent en tentatives
infructueuses. Après cela , M."^ De Kirckhoflf a prononcé un
discours dont nous transcrivons une partie :
» Messieurs , nous nous sommes assemblés dans le ])ut
d'établir, à Anvei's, une société consacrée à la culture et à
l'encouragement des sciences, des letties et des arts, et des-
tinée à propager parmi nos concitoyens l'amour de l'instruction.
Cette entreprise honorable pour notre ville , ne peut manquer
(i) Nous regrettons que dans cette note communiquée au Messager ou ne
fasse aucune mention de \3, Société ZjV/era/re d'Auveis , qui n'a cessé d'exister
qu'avec les événemeus politiques de i83o. Cette société instituée en i8o3
sous le modeste titre A' Utile ii la Jeunesse ne s'occupa, dans le principe, que
de l'iustruclion primaire, à laquelle elle a rendu de grands services. Depuis
iSij elle s'aggrégea comme membres les savans et les littérateurs les plus
distingués de la Belgique et de la Ilollaude , et publia diffi'rens recueils en
prose et en -vers bien plus connus que le seul volume publié par la Société
d' Emulation.
Note lie la rédaction du Messager.
12
( 178 )
de recevoir l'approbation de toutes les personnes qui s'iiite'-
ressent au bien public, et qui attachent quelque importaiïce
à l'honneur national. On peut avec raison s'étonner que dans
une cite' riche et e'minemmcnt industrielle comme la nôtre ,
il n'existe pas une de ces compagnies savantes que la marche
de la civilisation, et le désir d'étendre le cercle des connais-
sances humaines ont tant multiplie'es de nos jours Quelque
soit le goût que l'on ait pour l'étude, il est rare qu'on puisse
embrasser à la fois toutes les connaissances , et le plus souvent
il est sage de se borner à en cultiver quelques branches ; mais
lorsque les hommes se réunissent en société, marchent d'un
commun accord et travaillent avec persévérance au perfec-
tionnement de la science qu'ils cultivent, ils s'éclairent mu-
tuellement ; les lumières éparses se rassemblent en un même
faisceau, que le talent et l'expérience viennent chaque Jour
fortifier; et c'est ainsi qu'ils parviennent à reculer les bornes
des sciences et des arts
Je le sais , Messieurs , nous nous imposons une tâche
difficile et qui n'est pas exempte de désagréments ; mais ne
nous laissons point rebuter par les difficultés nombreuses que
présente l'organisation d'une société scientifique naissante ;
sachons les surmonter , ne restons pas indifférents aux intérêts
qui réclament nos effi)rts ; faisons abnégation de nous-mêmes,
voyons seulement le bien que nous sommes appelés à faire,
ne songeons qu'à nous rendre utiles, et efforçons-nous de
retirer tous les avantages possibles de ces réunions , que l'amour
des sciences provoque et que l'émulation soutient
Aucun d'entre vous , MM. , n'ignore que l'instruction
exerce l'influence la plus favorable sur la prospérité et la
morale publiques. L'étude des lettres, en éclairant l'homme,
polit ses mœurs, fait de lui un citoyen utile, un ami inva-
riable de l'ordre , un auxiliaire puissant de l'autorité. La mé-
ditation et le travail em[)êchcnt l'homme de contracter des
habitudes vicieuses, et lui font goûter un charme qui ne peut
Être connu que de ceux qui se livrent ii l'étude : par l'in-
struction, on acquiert le sentiment de l'ordre et de l'harmonie
qu'il faut apporter et entretenir dans la société , et on en
recueille le fruit dans chaque action de sa vie
( 179)
Les sciences morales nous font connaître les obligations
que nous avons à remplir vis-à-vis de nos semblables et de
nous-mêmes ; l'étude des sciences physiques et mathcmaliqucs^
eu nous révélant de plus en plus l'étonnante combinaison
des élémens dont nous sommes environnés , excite notre ad-
miration, rectilie notre jugement, en mettant à notre dispo-
sition tous les moyens de rechercher les vérités utiles ; mais
notre admiration s'accroît , lorsque nous portons notre atten-
tion sur la chaîne des êtres vivans, dont l'homme forme le
jiremicr anneau , lorsque nous considérons surtout ce principe
intelligent qui place l'homme au sommet de la création, et
soumet à son pouvoir tout ce qui l'entourrc Les sciences
naturelles déploient cette innombrable série de combinaisons
que la sagesse divine a su tirer de la matière et du mouve-
ment Les Lettres et les beaux-arts charment notre vie, et,
en nous transmettant les souvenirs du passé, nous fournissent
des leçons pour le présent et pour l'avenir. Or, Messieurs,
quand les sciences , les lettres et les arts n'auraient d'autre
résultat que leur heureuse influence sur le sort des hommes,
ne mériteraient-ils pas d'être l'objet de notre culte le plus
constant ? Mais ils ne font pas seulement le bonheur de ceux
qui les cultivent , ils assurent encore la prospérité et la gloire
des peuples. Apportons donc, Messieurs, tout le zèle dont nous
sommes capables à faire naître, dans notre ville, l'amour de
l'instruction , qui resserre tous les liens de la société et fait
germer la vertu dans les cœurs; et tâchons de démontrer
que la culture de l'esprit est le vœu impérieux de notre orga-
nisation, le seul moyen de sortir de la foule commune
Je pense. Messieurs, que les arts industriels, le commerce et
l'agriculture , qui sont les nerfs d'un état , réclament toute
notre sollicitude aussi bien que les sciences , les lettres et les
bcaux-arls. La prospérité publique est essentiellement liée à
celle du commerce; il cou\icut donc que nous, habitants d'une
ville comme Anvers, fixions spécialement notre attention sur
les arts industriels, si importants sous le rapport commercial,
par lesquels un peuple rend les autres peujjles bibulaires de
ses travaux et de son génie »
( 180 )
Sait le plan d'organisation proposé par M."^ De KirckhofF^
et qui a été adopté.
Ont été élus : Président, M.'" Teichmann, ancien gouverneur.
Vice-président, M.'^ le chevalier De KirckhofF, docteur-médecin.
Premier Secrétaire , M.J l'avocat Yej'dt , ancien échevin.
Deuxième secrétaire. M."" Bogacrts, professeur à l'Athénée d'An-
vers. Trésorier, M.'" Legrellc, bourgmestre d'Anvers. Bihliothé-
caire-arc/nvisfe , M.^ Mertens, conservateur de la biLliothèque
de la ville.
SoClÉXK PhYSIOPHILE DE GaND. CoMPTE RENDU DES TRAVAUX
PENDANT LE 1" TRIMESTRE. ' — Cette société s'cst forméc à Gand,
le 1.'='^ décembre 1833, sous la présidence de M."" D'Hane-
De Potter, représentant. Elle a pour but la culture et les
progrès des sciences naturelles, en général, et plus particu-
lièrement les recherches sur l'histoire naturelle du bassin de
l'Escaut et de la Lys , et des deux Flandres. Elle tient deux
séances par mois. Celles du mois de décembre ont été con-
sacrées k des mesures d'ordre.
Séance du '^janvier 1834.- — Entomologie. M."^ Vande Weghc
lit une note sur le Scorpion d'Europe.
Monstre humain. — M.^ IMorrcn présente le moule en plâtre
d'un acéphale-coccicépJiale humain sur lequel il lit une notice.
Séance du 16 janvier 183-4. — -Zoologie. — M."^ Bombcke
présente la première partie de son histoire naturelle élémen-
taire comprenant les vcilébrés. L'auteur a suivi le règne ani-
mal de Cuvier, et parle surtout des animaux de la Belgique,
Géologie. — M."^ Emile De Vigne lit une note sur divers fos-
siles de la marne bleue du groupe oolithique trouvés en Flandre.
Botanique. — M.^ Morrcn lit un mémoire sur la prétendue
progression des racines de Colchique sous la terre.
Séance du 6 février 183-4. — Zoologie. — IM."^ Bondjekc
présente la partie de son histoire naturelle élémentaire qui
traite des annélides.
Ichtyologie. — MM. Vande W^cghc et Morrcn font voir
aux membres de la société un ovaire de Carpe singulièrement
déformé par imc grande quantité d'hjdatidcs.
(181 )
Ornithologie. — MJ Vande Weghe communique ses pre-
mières observations sur les espèces d'oiseaux qu'il a pris aux
environs de Gaud,
Séance du 20 février 183-4, Zoologie. M.' Vande Weghe
lit un mémoire sur Tasphyxie des Batraciens dans les corps
solides.
M/ De Vigne communique un travail qu'il a commencé sur
les Mollusques de la Flandre.
Des communications sur le même sujet sont faites par
M.' Vanputtc.
Séance du G mars \^1\.^- Jlnatomie. M.'^ IMorren lit un mé-
moire sur les organes générateurs de l'Aulastoraa nigrescens
Moq. Tand., et dépose sur le bureau les planches et les pré-
parations anatomicjues qui l'accompagnent.
Géologie. — M.*^ De Vigne communique les résultats d'un
voyage géologique fait à Anvers, Louvain, Bruxelles, Les-
sines , etc.
Séance du 20 mars 183-i. — Électricité. — On lit une note
de MM. Vande Weghe et Morreu relative aux effets de la
décharge électrique sur divers animaux (1).
— M."^ A. G. B. Schayes , de Louvain , un des collabo-
rateurs les plus zélés de ce recueil, et qui a été couronné pour
des mémoiies historiques , l'année dernière, par V académie de
Bruxelles et tout récemment par Ici Société des antiquaires de la
JUorinie, est sur le point de mettre au jour un grand ouvrage
auquel il travaille depuis plusieurs années. Cette publication
portera pour titre : Les Pays-Bas avant et durant laDominalion
Ilomaine ou Tableau historique , géograpJiiqui , physique ,
statistique et archéologique de la Belgique et de la Hollande ,
depuis les premiers temps jusqu'au G'"" siècle. Cet ouvrage im-
primé sur beau papier, formera deux volumes in-8", ornés de
trois cartes. Le sommaire suivant que l'auteur s'est tracé, fera
(i) Ce rapport se trouve l'-ijaleiueut, mais ])liis dcvoloppc, ilaus l'Inslitut,
Journal gênerai des SucfcUs scient j/t-jues de la France et de l'étranger , -ji/i
l'uraU a i'uiis.
( 1^^ )
apprécier les immenses recherches auxquelles il a dû se livrer
pour le remplir.
Livre premier» — I^« Partie. La Belgique avant la Domi-
nation RoMAi!s-E. — CuAP. P'". Origine des Gaulois et des
Celto-Belges. II. Expulsion des Celto-Bclges par des peupla-
des germaniques , et établissement de ces dernières dans la
Belgique. III. Position ge'ographique et limites des peuplades
de la Belgique , avant la conquête de César. IV. Culte , mœurs
et usages des Celto- et -Germano -Belges. V. Etat physique et
aspect de la Belgique avant la domination romaine. VI. Re-
cherches sur la population de la Belgique à Fépoque de l'arrivée
de César dans cette contrée , et sur celle de plusieurs autres
pajs célèbres de l'antiquité.
JIme Partie. La Belgique durant la Domination Romaine.
•^Chap. I.*"^ Conquête de la Belgique par César. Eclaircissements
de plusieurs points obscurs relatifs à cet événement et sur
l'époque oii les Romains commencèrent à connaître la Belgique.
II. Repeuplement de la Belgique par de nouvelles colonies
germaniques. III. Division géographique et administrative de
la Belgique durant la domination romaine. IV. Condition po-
litique dont jouirent les Belges sous les Romains. Lois , ad-
ministration de cette contrée. Annales des Francs jusqu'au
6™^ siècle. V. Recherches sur la population de la Belgique
durant la domination romaine. Population et état des Gaules
à la même époque. VI. État politique et gouvernement de
Rome ; tableau et état général des provinces de cet empire.
VII. État des mœurs et industrie des Belges durant la domi-
nation romaine. VIII. Topographie , état physique et aspect
général et particulier de la Belgique sous les Romains et pendant
les douze premiers siècles de notre ère. (13 grandes feuilles
d'écriture). IX. Recherches sur les noms et le nombre des villes
existant en Belgique , dans les Gaules et dans les autres pro-
vinces de l'empire romain pendant les cinq premiers siècles de
notre ère; sur la géographie de Ptolémée , la Table de Peuthigcr,
ritinéraire d'Antonin , et celui de Bordeaux à Jérusalem. Nou-
velle explication de la Notice des Gaules [Nolilia provinciarum
( 1^-^ )
et civitatum Galliœ). X. Recherches sur l'origine et l'histoire
des villes de la Belgique pendant la domination romaine.
XI. Recherches sur l'étendue, la topographie et la population
des villes de la Ijclgi([uc à l'époque romaine , des autres villes
romaines de la Gaule et de la plupart des villes célèhres do
l'antiquité et de l'empire romain. XII. Autres étahlisscments
romains dans la Belgique n'ayant point le titre de villes j
routes romaines, antiquités découvertes dans la Belgique, etc.
Lwre Deuxième. — La Bâta vie, la Frise, etc. ava:nt et
sous LA Domination romaine. — Chap. I. Origine des Bataves,
des Caninefates, des Frisons et autres peuplades anciennes du
nord des Pays-Bas. II. Position géographique et limites de
ces peuplades. III. Condition politique dont elles jouirent
avant et durant la domination romaine. IV. Recherches
sur la population ancienne des parties septentrionales des Pays-
Bas. V. Mœurs des Bataves , des Frisons , etc. , avant et
pendant la domination romaine; leur obstination à conserver
les mœurs et les usages germaniques à cette dernière époque.
VI. Topographie, état physique et aspect de la Batavie, de la
Frise , etc. VII. Etablissement , routes et antiquités romaines
dans la Batavie, la Frise, etc.
Appendice. — Recherches sur l'origine de toutes les villes
actuelles de la Belgique et de la Hollande, et preuves qui!
n'existait, avant le 9™'= siècle, que trois villes dans la première
de ces contrées et une seule dans la seconde.
Recherches sur l'origine de l'agriculture, sur les défriche-
ments et les causes de la fondation des villes et villages des
Pays-Bas.
Catalogue systématique et critique de toutes les sources et
écrits anciens et modernes rclalifs aux Celles, aux Germains,
aux Belges , aux Bataves, aux Frisons et autres peuples an-
ciens des Pays-Bas.
Souscription. — Carte cadastrale de la province de la Flan-
dre Orientale, a l'lcuelle d'un a 80,000; par M.'' P. Gérard.
— Cette carte, divisée en deux feuilles, format grand aigle,
sera gravée sur cuivre et exécutée, avec le plus grand soin,
( 1^^ )
par deux des premiers artistes de la Belgique. La première pa-'
raîtra le 1" mars 1836 : la seconde à la fin de la même année.
Le prix de la souscription pour les deux feuilles est de 13 francs^
payables par moitié , et seulement lors de la livraison de cha-
que feuille. Pour les non-souscripteurs, le prix sera de 20 francs:
cette condition sera rigoui'eusement observée , et ce der-
nier prix ne sera diminué sous aucun prétexte : on peut sou-
scrire jusqu'au premier Janvier 1836. La publication de cette
carte n'est imllement une spéculation pécuniaire : en faisant,
par un prospectus , un appel aux administrateurs , aux ofE-
cicrs de l'armée belge , aux amis des arts et aux propriétaires,
l'auteur a voulu seulement s'assurer qu'un certain nombre de
signatures honorables le mettront à même de publier un travail
consciencieux, qui a coûté des peines infinies, de fortes dé-
penses, mais dont la mise au jour sera un service réel rendu
au pays , et notamment à la Flandre. Les personnes instruites
qui ont vu la carte originale de M.^ Gérard, s'accordent
unanimement à dire, que rien d'aussi parfait en ce genre,
n'aura encore été publié en Belgique. Une triangulation faisant
suite à la grande triangulation de la France, a servi de base
à la construction de la carte cadastrale de la Flandre Orientale.
Cette carte présentera les détails extraordinaires qui suivent :
1.° Les villes avec toutes les rues, rivières et édifices pu-
blics. 2.° Les villages et hameaux avec maisons, jardins, etc.
3.° Tous les chemins, à deux traits, et d'une largeur propor-
tionnelle à celle qu'ils ont sur le terrain. -4.° Les limites des
communes, cantons et arrondissements. S.° Le nombre d'hec-
tares et de parcelles de chaque commune. 6." Les plus petites
masses de nature de culture, telles que bois , prés , etc. 7.° La
latitude et la longitude de chaque point de la carte, déter-
minées par les méridiens et les parallèles qui y sont tracés.
Rkcueil de Costumes du moyen âge, tour servir a l'His-
toire Belgique. — C'est sous ce titre que M.^ Félix De Vigne,
peintre d'histoire, et membre de la Société royale des Beaux-
Arts ù Gand , va publier un grand ouvrage , dont le besoin
s'était vivement fait sentir jusqu'à présent. En effet le manque
( 1^5 )
d'un livre traitant ex-professo , des costumes du moyen âge ,
est l'unique cause des fréquents anachronisines qui ne déparent
que trop souvent les productions des artistes les plus-distingués.
L'auteur nous assure dans le prospectus que le recueil qu'il va
publier est le fruit de quatre ans de recherches et de voyages
en Belgique , en Angleterre , en France et en Prusse. 3Iomi^
ments , Bas-Reliefs , Statues , Médailles , Peintures sur verre ,
Manuscrits, Sceaux , Tahlcaux , Gravures sur bois , etc., tout
cela a été mis à contribution.
Nous regrettons que M.'' De Vigne ne nous promette qu'un
travail sur les costumes. Il est fâcheux qu'il n'ait pas égale-
ment dirigé ses recherches sur les meubles, les ustensiles de
ménage, etc., du moyen âge, dont la connaissance n'importe
pas moins à nos peintres pour compléter leurs tableaux. Au
reste cela pourrait être le sujet d'un second recueil.
L'ouvrage sera publié in-folio et in-4."' Il paraîtra deux
livraisons par mois. Chacune sera composée de quatre planches
et la cinquième comprendra une partie de texte. Toutes les
figures coloriées sur les monumens le seront également dans la
publication. Après avoir donné un avant- propos, l'auteur in-
diquera avec soin les sources où il a puisé ; il y joindra une
explication et une notice sur l'origine des étoffes, armures, etc.
Cette partie , si elle est bien traitée , ne sera pas la moins
intéressante du recueil. Nous sommes persuadés que le public
ne manquera pas de faire un accueil favorable à l'ouvrage de
M."^ De Vigne , s'il répond dignement à sou attente..
Chronique inédite. — Nous recommandons vivement à tous
les amis de notre histoire , la nouvelle pubhcation que va
mettre sous presse notre savant et estimable collaborateur ,
M/ /. /". Lambin,, archiviste de la ville d'Vpres. Voilà la
traduction du prospectus qu'il a fait à ce sujet paraître en
flamand :
Événemens remarquables , surtout en Flandre et en Brabant,
et dans les contrées limitrophes, de 1378 à 1443; d'après un
manuscrit original inédit et anépigraphe (/'Olivier van Dixmude ;
ai^ec un discours préliminaire et une table alphabétique.
13
Dans un moment oîi le goût presque universel de propager
la connaissance des événements historiques se développe d'une
manière si honorable, surtout dans la Belgique, et j fait des
progrès ctonnans , tandis que les savans concourent à publier
tout ce qui Mie'rite notre attention, et que leurs investigations
réite'rées ne cessent d'arriver à des découvertes qui ajoutent à
lïntérêt de l'histoire et en étendent encore les limites , nous
avons cru pouvoir coopérer, de notre côte, et ajouter aussi
quelque chose qui puisse contribuer à doruier encore plus d'in-
térêt ù notre histoire générale, et à celle de la ville qui nous
a vu naître.
Pour atteindre ce but, nous proposons la publication d'un
ouvrage qui contient entr'autres , le récit de quelques événe-
ments importants , restés incoiuius jusqu'à ce jour , et que l'on
chercherait vainement ailleurs. L'auteur, en son temps échcvin
d'Ypies , pai-aît d'autant plus digne de foi, qu'il a été témoin
oculaire , ou plutôt contemporain , de la plupart des événements
dont il nous a transmis le détail.
Pour conserver à l'ouvrage son originalité, nous ne nous per-
mettrons aucun changement ^ ni à l'ortographe , ni au stjle :
ainsi, nous le publierons littéralement, en remplissant cepen-
dant les abréviations, et en y ajoutant, là où nous le croirons
nécessaire, des remarques concises, afin que le lecteur puisse
saisir l'intention de notre auteur. Après que le manuscrit eut
été terminé, on y a ajouté, en quelques endroits, des anno-
tations historiques, également intéressantes, et datant de 1303
à 1-4-40; ces annotations, considérées comme un complément,
seront reportées à la suite de notre édition.
L'ouvrage consistera en un volume în-4.°, d'environ 200
pages, au prix de 7 frans, payable lors de la livraison qui aura
lieu au commencement du mois de Mars 103i5: la liste des
souscripteurs y sera jointe.
Les non-souscripteurs ne pourront obtenir le volume qu'au
prix de 8 francs.
On souscrit chez les éditeurs de ce prospectus, rue de Eailleul,
N.° 6, à Ypres, chez les principaux imprimeurs et libraires, et
( 187 )
aux bureaux des postes aux lettres des provinces flamandes du
ro jaunie.
Si un nombre sufTisant de souscripteurs nous met à même de
faire face aux frais de cette édition , nous nous occuperons alors
de la publication du manuscrit d'un autre auteur contempo-
rain , qui pourra faire suite à celui d'Olivier van Dixraude.
— Nous recevons le prospectus suivant :
Les Tournois de Chauv end , donnés vers la fin du treizième
siècle, décrits par Jacques Brétex. 1283. Annotés par feu
Philibert Delinotte , hihliothécaire de la ville de Mons , et
publiés par H. Delinotte , son fils , bibliothécaire, conservateur
des archives de Vétat , à Mons,
Ce poème, offert aujourd'hui au public, repose manuscrit
dans la bibliothèque de Mons. Il y a été découvert par feu
M.Philiberi-Ignace-Marie-Joseph Dclmottc, avocat et ])ibliolhc-
caire de cette ville. Ce savant, enchante de sa précieuse
trouvaille, lut et copia les 4S00 vers dont se compose le poème,
puis il l'enrichit de notes , de commentaires et d'un glossaire.
Ce travail lumineux permet a toutes les curiosités de savourer
la poésie naïve du moyen âge; on se reporte, par l'entraî-
nement de cette lecture, aux tems héroïques delà chevalerie;
on puise sans peine dans les trésors de l'imagination du poète
ancien , et l'on croit assister à un spectacle enchanteur dont
la magie reflète les séduisantes couleurs de l'époque.
Quelques lacunes dans les notes ont été condjlécs par deux
savaus lexicographes, qui ont fait ce que la mort n'avait pas
permis au docte bibliothécaire de terminer. Ce poème est ainsi
devenu un des plus curieux monumens du vieux langage
français et des mœurs antiques.
Le frontispice sera orné d'une lithographie représentant un
Tournois , dont le dessin n'est pas moins digne de remarque
que le poème. — Dans les greniers de lliûtel-de-ville de Valcn-
cienncs, gisait, dans lui coin obscur, un énorme tapis de
haute lisse de manufaclurc flamande. Ce tapis servait d'asile
aux rats , mais leur dont n'en épargnait pas toujours la trame
hospitalière. Heureusement, M. Yitct , inspecteur dc-^ moiui-
mcns, passant à Valcncicnncs et promenant ses regards sur le
( 1B8 )
poudreux amas de meubles, de de'cors et de paperasses qui
encombraient ce grenier, aperçut ce tapis, le fît dérouler et
fut frappé de surprise à l'aspect de groupes charmans , d'un
style antique, dont les couleurs avaient conservé leur fraîcheur
primitive. C'est le dessin exact de ces groupes , que l'on a
adopté pour frontispice , ce sujet paraissant être en parfaite
harmonie avec celui du poème.
Cette publication formera un fort volume in-8.°, imprimée
en caractère de M."^ F. Didot , chez A. Prignet , à Valencicnne.
Société des Antiquaires de la Morixie. Programme pour
LE Concours du 21 Décembre 183o. — 1." Il sera décerné une
médaille d'or du prix de 200 francs , au meilleur mémoire qui
sera présenté sur cette question :
Quel était l'état des lettres dans les pays d'Artois et de la
Flandre Française, lors de l'établissement de V Imprimerie dans
ces provinces ?
%° Il sera décerné une médaille d'or du prix de ISO francs,
à la meilleure dissertation sur le Dévouement cVEustache de
S'^. -Pierre et de ses Compagnons , au siège de Calais en 1347,
fait historique que plusieurs auteurs ont paru révoquer en doute.
3.° Il sera décerné une médaille d^or du prix de 130 francs,
au meilleur mémoire présenté sur cette question :
Quelles sont les diverses institutions judiciaires (considérées
notamment sous le rapport de leur juridiction et de leurs attri-
butions respectives) qui ont existé dans la Morinie depuis le
V.'' siècle jusqu'à l'établissement du conseil d'Artois en 1530?
Les Mémoires qui seront présentés à la Société, devront^ pour
être admis au concours , être adressés, //-««c de port , avant le 30
octobre prochain, terme de rigueur, ils ne doivent point être
signés et porteront en tête une épigraphe ou sentence, qui sera
répétée à la souscription d'un billet cacheté, lequel contiendrale
nom et l'adresse de l'auteur Ce billet ne sera ouvert que dans le
cas ouïe Mémoire aurait été jugé digne d'un prix ou d'une men-
tion honorable; sinon il sera brûlé publiquement , séance tenante.
Passé le 30 Oct. 1833, aucun mémoire ne sera admis au Concours.
JDAn D'HUTTETTEB,
Xlotxct
SUR LE CABINET d'aNTIQUITÉS NATIONALES DE FEU
• M.R JEABT D'HUTVETTKR.
De tout temps , la ville de Gand s'est distinguée par un
grand amour des sciences et des arts; ce goût qui est,
pour. ainsi dire, inné chez elle, s'accroit et se développe
encore tous les jours. Lorsque la tourmente révolution-
naire de 1790 se fut enfin calmée, semblables à l'abeille
qui secoue ses ailes après l'orage et retourne à ses travaux,
les Gantois , sous les auspices d'un magistrat habile et
appréciateur de leurs talents, M. le préfet Faipoult, se
mirent avec ardeur à créer de nouvelles institutions
utdes et agréables. C'est de cette époque , et même
quelques années auparavant , que datent nos expositions
publi(jues de tableaux et de fleurs, nos concours, l'érec-
tion de la Société royale des Beaux- Arts , celle de Bota-
nique , etc. , institutions qui furent les premières de la
Belgique, et qui servirent de modèle à toutes celles qui
furent établies plus tard. Il n'est donc pas étonnant que
la ville de Gand possède un si grand nombre de biblio-
thèques et de collections d'objets d'arts , heureux fruits
de l'inslruclion , du luxe et de la prospérité ; collections for-
mées avec persévérance , et un rare esprit de conservation ,
les unes à grands frais , les autres à force de temps et de
recherches, soit par des amateurs forlnnés, soit même
par de simples artisans. Ce goût pour les lettres et les
sciences , si nous en croyons le vieux traducteur français de
14
( 190 )
Guicciardin, était déjà bien vif au milieu duXVI.^ siècle (1),
" En l'abbaye de S. Pierre , dit-il , on voit une ancienne
et insigne bibliothèque , comme aussi ez, couvents et
maisons des Frères Prescbeurs , des Carmes et des Char-
treux. Les librairies y sont fournies de bons livres, qui
y est un rare thrésor pour cette ville , la quelle est autant
bien garnie de ces raretei que ville qui soit en tous Je»
Pays-Bas, sujets du roy catholique... En cette ville on
use d'une grande piété , et bon ordre pour dresser escoles ,
et estudes pour l'entretien et nourriture d'un grand nombre
de pauvres, qui sont enseignez aux dépens de la ville. On
y nourrit aussi pour parade de grandeur et de magnifi-
cence , des Lyons , des Ours , Loups-Cerviers et autres
bestes cruelles et farouches d'estranges contrées : les
Gantois sont fort civils , grands politiques , sévères et
adonnés à la guerre. „
Ce goût .des sciences et des beaux-arts ne fait que
grandir dans la ville natale de Charles-Quint , de Daniel
Heinsius , et de Liévin Meyer. Aussi possède-t-elle aujour-
d'hui 47 cabinets bien connus de tableaux, 13 de gra-
vures et de dessins, 10 d'antiquités et de verres peints,
29 de médailles , monnaies , etc. , 6 d'histoire naturelle ,
4 de physique , 46 bibliothèques et 9 collections de
manuscrits , autographes , etc.
La galerie de tableaux de M. Schamp, formée depuis
trois générations d'amateurs instruits et fortunés , jouit
d'une réputation européenne (2). Tous les étrangers savent
(i) L. Guicciardjn, description de tous les Pays-Bas: trad. et augm.
par P. Du Mont. Campcn en Amst. , 1G41. in-4.° ohl. fig. p. 45o et43i.
(2) Voyez l'éloge qu'en fait lady Morgan, dans son dernier ouvrage
intitulé : La Princesse, trad. par M.i'« A. Sobry. v. 2. édlt. de Bruxelles,
Méline', i835, en 3 vol. in-i8. Lady Morgan semble avoir pris pour
thème d'exalter continuellement Van Dyck aux dépens de Rubens ;
avec quelle obligeance M. Schamp fait les honneuis de
celte riche galerie , qui compte des morceaux des plus
grands maîtres tels que Rubens , Van Dyck, Rembrant ,
Hobbema , Mieris , Wauvermans , Le Titien , etc. , etc. ;
celle de 31. Van Saceglicm , quoique peut-être aussi
précieuse, est malheureusement moins connue.
Parmi les collections de gravures anciennes et d'estam-
pes, celles de M.'"^ Brisart , Borluut- de Nortdonck et
J.-B. Delbecq, tiennent le premier rang (1). Les princi-
pales collections de médailles sont celles de madame la
comtesse douairière d'Hane de Steenhuvse, de M.^' Régnant ,
Casier , Le Bègue , Verhelst , de M.'^'' Van de Woestyne , etc.
Un seul fait suffira pour montrer quelle est la richesse
des bibliothèques de Gand : on y compte 21 exemplaires
du magnifique 'ouvrage intitulé : Description de l'Egypte^
qui a coûté 3600 francs : la collection de feu monsieur
Van Hulthem, qui était déjà remarquable, il y a 30 ans,
contient, environ 55,000 volumes : celle de M. le pro-
nous ne voyons pas trop quel point de comparaison on peut établir
pntre le génie de ces deux grands artistes Belges, dont les productions
sont d'un genre si différent. I,a prédilection de la spirituelle anglaise
ne viendrait-elle pas de ce que Van Dyck, a long-temps habité TAn-
gleterre et qu'il y est mort ?
(i) Voyez la descriiilion du riche cabinet de M,"" Brisart dans l'jnlé-
rcssant Voyage d'un Iconophile (amateur de gravures) par Duchesne
aîné. Paris, Heldeloffct Campé, 18.34. in-8." M."" Brisart, de même que
M/ Borluut-de Noortdonck , possède aussi de fort beaux mannscrils
sur vélin, avec miniatures, des ouvrages rares imprimés sur vélin,
et des exemplaires uniques. Dans son voyage, INI."" Duchesne décrit encore
à Gand, la collection de iM."" J.-B. Delbecq; à Anvers, le cabinet de
M."^ F. Verachter et celui deMM. Geehland , le plus complet qui existe
pour l'histoire numismatique des Pays-Bas, et qui se compose de plus
de sept mille pièces , presque toutes à fleurs de coins. Ce .sont là les
seuls quatre cabinets dont parle M."" D. : il est inutile de remarquer
combien il lui en reste encore à décrire dans la Belgique.
( 192 )
fesseiir Lanimens , plus de 40,000 : ces deux précieux
dépôts des connaissances humaines en tous genres, sont
encore , en manuscrits , les deux plus riches collections par-
ticulières du pays. Une bibliothèque à-peu-près unique
en son genre chez nous , et fort peu connue jusqu'ici ,
est celle de littérature orientale formée par le savant
M. Léopold Van Alstein : elle s'est surtout enrichie
depuis la mort des orientalistes français Champollion,
Abel de Rémuzat et de Chéiy , à la vente desquels notre
concitoyen a été l'un des principaux acquéreurs. Pour
l'ancienne poésie et littérature flamande , les collections
de M3I. Serrure et Willems , ont atteint le plus haut
degré d'importance. Quant aux cabinets d'antiquités na-
tionales , celui de feu M. Jean d'Huyvetter , qui fera le
principal objet de cet article , et celui de M. Versturme-
Roeo-iers , méritent toute l'attention des amis des arts.
M. Jean d'Huyietter vit le jour, à Gand, le 27 sep-
tembre 1770. Après avoir achevé avec distinction son
cours d'humanité au collège des PP. Augustins , de sa
ville natale , il se rendit , à l'âge de dix-sept ans , à l'uni-
versité de Louvain pour y prendre ses grades d'avocat , mais
les troubles qui éclatèrent bientôt sous Joseph II , dans
le sein morne de cette université , et la révolution braban-
çonne le forcèrent à rentrer dans sa famille , avant la fin
de ses études académiques. Plus tard , M. J. d'Huyvetter fut
nommé aux fonctions d'avoué , fonctions qu'il remplit jusqu'à
ses derniers momens avec beaucoup de zèle , malgré les
soins qu'il vouait aux beaux-arts.
Lorsqu'on 1808, Gand vit naître dans ses murs la Société
des Beaux -Arts et de Littérature, qui établit successive-
ment tant (le rapports mutuels d'estime et d'affections ^
entre les différentes classes de ceux qui cultivaient ou
aimaient et encourageaient les arts, M.J. d'Huyvetter fut
appelé l'un des premiers à faire partie de cette société ,
C 193 )
à laquelle il voua toujours un tendre attachement , et
dont il fut secrétaire pendant environ trois ans. C'est
vers cette époque qu'il commença à former ce caLinct
d'antiquités pour l'embellissement duquel il ne devait épar-
gner pendant toute sa vie , ni soins persévérans , ni
dépenses : c'est aussi vers ce temps qu'il se lia d'une
amitié plus intime avec MM. Paelinck et Van Huffel qui
nous ont laissé chacun un portrait de leur ami , avec
3I3I. Odevacre, P. DeKoter, H. Van Assche, L. De Bast,
Braemt , Cornelissen , et Van Hultliem. En l'année 1822,
M/ J. d'Huvvctter accepta la nomination de membre de la
direction de l'Académie Royale de peinture, sculpture et
architecture de la ville de Gand; il rendit par son zèle
infatigable et son désintéressement, de grands services à
cette utile institution qui vient enfin d'attirer la sollici-
tude du gouvernement actuel , et qui en reçoit un
subside annuel de 4000 francs, à l'aide desquels on pourra
créer quelques nouveaux cours d'une indispensable né-
cessité.
Nommé, en 1823, vice-président de la Commission
pour l'encouragement des Beaux-Arts, commission qui a
pour but d'acheter , à chaque grande exposition triennale
de Gand , par le moyen de souscriptions volontaires , des
tableaux qui sont ensuite mis en loterie , il en acquit de
cette manière avec ses collègues pour la somme de 40,000 fr.
eu quatre expositions. Son amour pour les arts et les
artistes lui valurent en 1826 le titre de membre de l'Aca-
déinie d'Amsterdam. Deux ans après , il fut reçu membre
delà Société Royale de Botanique et d'Agriculture de Gand,
ainsi que de la Commission pour la conservation des
monumens historiques et d'objets d'arts de l'ancienne
capitale des Flandres, C'est ainsi que le nom de notre
ami fut attaché successivement à toutes les institutions
utiles et agréables qui honorent en si grand nombre la
( 1^J4 )
ville de Gand. M/ J. d'Huyvelter rendit encore à celte
dernière commission d'éminens services : après la mort
de M/ L. De Bast, il était du très-petit nombre de ceux
qui avaient la connaissance la plus complète de tous les
tableaux , qui depuis la suppression des couvens et des
monastères , étaient devenus propriété de la ville , et
avaient ensuite été dispersés dans divers locaux , à titre de
dépôt. Heureusement qu'il a laissé en manuscrit l'histo-
rique de chacun de ces tableaux, qu'il comptait livrer à
l'impression , et dont Mj d'Huyvctter fils a eu l'obligeance
de laisser prendre une copie pour l'usage de la Commission.
Quand on aime sincèrement les arts , quand on est
doué d'un goût sûr et persévérant , et qu'on est à même
" de faire des sacrifices pécuniaires , on réussit toujours à
se créer un cabinet remarquable : c'est le but qu'a atteint
M. Jean d'Huyvetter. Ses objets d'art sont au nombre
de plus de trois mille , et ont été recueillis avec une
peine infinie, depuis environ vingt-cinq ans; ils sont
déposés dans une salle décorée dans le style gothique ,
et ornée de meubles et de tableaux de la première moitié
du XVÏ.*^ siècle : c'est un vrai musée national en mi'^
mature. Les trois fenêtres sont formées de gentils tableaux
d'une seule pièce , habilement placés selon la nature du
sujet qu'ils représentent , soit qu'ils appartiennent à l'his-
toire profane ou sacrée, soit au genre ou au paysage. Lorsque
cette salle est éclairée par les rayons du soleil , elle offre
un aspect magique et enchanteur : l'on se croirait trans-
porté dans une galerie de nos ancêtres , du temps de
Marie de Bourgogne ou de Charles V , si toutefois il en
existait alors qui fut formée avec autant de goût.
Ces vitraux peints sont la partie la plus curieuse et la
plus intéressante pour l'histoire de l'art : on en remarque
de toutes les époques : on y suit les progrès successifs
lie la décadence de la })einlure sur verre. " On en ren-»
( li>5 )
contre qui nous rappellent l'école des Van Eyck et de
leurs élèves ; d'autres se rapprochent des compositions
gracieuses des Memliug et de Luc de Leyde. Viennent
ensuite ceux de l'école de Rubens , dont les compositions
moins symétriques , sont d'une variété et d'une vivacité
de couleurs qui nous prouvent qu'à cette époque l'art du
verrier était porté à la perfection ; d'autres enfin nous
rappellent les procédés inventés par Jean Van Eyck, pour
l'exécution des ornemens en broderies qu'avant cette
époque orî ne pouvait obtenir sur un même morceau de
verre",, (1). On a répété à satiété que Vart de peindre
sur verre est jjerdii : c'est une de ces erreurs de con-
vention qu'il est diflicile d'extirper. Cet art n'a jamais
été perdu : tout ce qu'on pourrait dire, c'est qu'il a été
longtemps abandonné pour des ouvrages de grande dimen-
sion. Notre savant concitoyen , M.^' Cornelissen (2) .1
combattu victorieusement cette erreur , en rappelant que
les vitraux du cloître des Feuillants , à Paris , n'ont été
finis qu'en 1700, et ceux du petit cloître des Carmes-
Déchaussés , qu'en 1738. M.' Dill , en France, vers la
fin du siècle dernier , a tracé de gracieux tableaux sur
de grandes glaces de Venise, tableaux dont il incorporait
les couleurs à l'aide du feu. Plus tard , M. Bakler , en
Angleterre , a exécuté d'après Lonsdale un tableau qui
forme l'une des fenêtres de la salle dite des Barons ,
dans Arundel-Castle , et qui représente le roi Jean
sif/nant la grande charte. Tout le monde sait qu'au-
jourd'hui , en Allemagne , on exécute à des prix modérés
des verres peints qui ne laissent rien à désirer.
(1) Yoy. Messager des Sciences et des Arts ( aiiciemie collection)
vol. II. iiiiiiée i8'i4, ])■ 365.
(2) ^'oy. Annales Bclgirpics, i.*^"" scnieslre iSui , vol. \II, pag. 5-1S.
( 196 )
Nous ne pouvons mieux faire connaître la collection de
vases , de cruches en terre , de gobelets , de coupes , etc.,
deM.^" Jean d'HuyA'elter , cp^i'en empruntant à M/ d'Huyyetter
lui-même, un extrait de la notice qu'il a placée en tête
de son Cahinet gravé par Mr. Ch. Oiujhena (l).
)) Les yases, cruches et autres objets exécutés en terre,
figurés dans les quatorze premières planches , étaient plus
anciennement employés , soit comme meubles de luxe ,
soit à l'usage domestique et journalier : c'est par leurs
ornemens qu'on distingue ceux qui sont d'origine Allemande
ou Flamande : il est facile de connaître ces derniers à des
formes d'un meilleur goût 5 tous appartiennent aux XVI. "^
et XVII. "^ siècles, ainsi que les plats représentés dans les
deux planches suivantes , que leurs formes et leurs embel-
lissemens accessoires doivent faire classer parmi les pro-
ductions d'orioine Française.
» Les inscriptions , l'exécution correcte et l'élégance des
formes, appellent aussi une attention toute particulière sur
les morceaux que représente la XVII. " planche, en ce
qu'elles indiquent d'une manière incontestable que ces
objets , qui appartiennent aussi à la même époque , sont
l'ouvrage de nos compatriotes.
(i) Objets rares , recueillis el publiés par M.' Jean cniuyvetter, etc.,
et gravés sur cuivre par Ch. Ongliena , de Gand. Gaud, de Goesin-
Verhaeghe , in-4.° de 22 planches et de 4 pages de texte. Cet ouvrage,
dont il a été tiré quelques exemplaires petit in-folio , n'a jamais été
mis en vente : M. d'fl. s'en était réservé toute réditiou pour en faire
des cadeaux. Eu le puhliaut à la sollicitation de ses arais, M. d'il, mù
en même tcmjis par une pensée généreuse , voulut contrilmcr à déve-
lopper les talents d'un jeune artiste, M. "■ Cil. Ongheiia, auquel il portait
tuic affection toute paternelle. 11 devait donner lui-même une description
détaillée et artistique de son cabinet : la n:oi t ne lui permit pas d'achever
ce précieux travail , que M.'' son fils , nous l'espérons , terminera et
pnLlicra un jour.
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» Les qiuilic planches qui sui\enl ollïeul des goblets ,
liocaux et coupes de toutes formes et diniensions , em-
bellis d'iuscriptions ou d'emblèmes et d'armoiries : depuis
des siècles et jusqu'à nos jours , l'on s'en sert dans ce
i()\aume et surtout à l'occasiou solennelle des banquets de
sociétés , ou de corporations , ou dans d'autres fêtes pu-
bliques. Nous devons en partie ces objets à des artistes
allemands, mais pour la plupart à des artistes du royaume;
malgré la vétusté et la fragilité de ces pièces , elles sont
d'une belle conservation et dans leur état primitif; elles nous
présentent une juste idée de la perfection à laquelle l'art
et l'expérience avaient porté, la confection d'objets aussi
fragiles et aussi délicats.
» La XXII.*' et dernière planche représente un des vitraux
du salon que nous avons plus particulièrement disposé pour
les y placer, arranger et classer; ces objets remarquables,
arrachés à la destruction et à une perte irréparable , for-
ment le quart de notre collection. »
Le cabinet d'antiquités de M.^ J. d'Huyvetter est orné de
quelques tableaux très-intéressants pour l'histoire de l'art
et de la peinture : on y remarque principalement une
Incention de la Croix ^ attribuée à Josse de Gand , élève
de Hubert Van Evck , et un précieux diplique par Gérard
Horenbaut , de Gand , premier peintre de Henri VIII ,
roi d'Angleterre. Ce diptique qui fut gravé et décrit dans
le Messager des Sciences et des Arts (nouv. collection,
l.'^'' vol. de 1833) représente la Sainte Vierge pressant
l'Enfant Jésus contre son sein : sur la partie qui recouvre
ce panneau , le peintre nous a conservé les traits de Liévin
Hughenois , abbé tle l'antique monastère de S.' Bavon.
On y distingue encore une Sainte famille d'une grande
beauté , peinte par Carlo Maratli.
Amateur 7,élé pour tout ce qui avait rapport aux monu-
mens de notre ancienne école , M.' d'Huyvetter ne se plaisait
( 198 )
pas moins à encourager les artistes de notre époque auxquels
il avait destiné un cabinet particulier, où l'on rencontre
des ouvrages des deux frères Verboekhoven , De Noter ,
Geirnaert , De Jonghe , H. Van Assche , Paelinck , Cogels ,
Vander Poorten , Moerenhout , Schultz (1) , M. P. Surmout ,
Van Eycke , etc. Parmi ses dessins , on doit remarquer un
album qui en contient près de cent , tous d'une grandeur
uniforme , et des premiers artistes de la Belgique , de la
France et de la Hollande.
Une collection rare de médailles et d'ouvrages de choix
pour l'histoire de la peinture flamande achève de compléter
le cabinet de M.^ J. dHuyvetter, et ne laisse rien à désirer
à l'ami de la plus belle de nos gloires nationales.
M.' J. d'Huyvetler accueillait avec des prévenances toutes
particulières, les amateurs nationaux et étrangers qui s'em-
pressaient de visiter sa collection , et qui en moins de trois
ans a été honorée de la présence du roi Guillaume , de
celle de la princesse Amélie de Beauharnais , de son frère
le duc Auguste de Luchtenberg et, le 13 janvier 1832,
de celle du roi Léopold. Pour perpétuer le souvenir de
la première de ces visites, M.'^ J. dHuyvetter fit exécuter
en 1830, par le graveur Braemt , de Gand , une char-
mante médaille qui d'un côté représente ses plus beaux
vases groupés d'une manière fort gracieuse , et portant
(i) Jeune peintre allemand d'un grand talent, envoyé à Gand par
S. M. le roi de Prusse, vers iSaS, pour copier les parties de la grande
composition des frères "N'an Eyck , qui manquent à la galerie de Berlin.
M.fle Vicomte Vilain XIIII, gouverneur de la Flandre Orientale , qui
encourage les Beaux-Arts autant qu'il les aime, a proposé à notre gou-
vernement d'envoyer à son tour à Berlin, l'un de nos artistes pour y
copier les uolets de la même composition qui sont devenus, en 1820,
propriété de S. M. le roi de Prusse. Si la pensée de M.'' Vilain XIIII
s'exécutait, la perte irréparable de ces chefs-d'œuvre nous serait moins
sensible.
( 19i>)
celte exergue : Supelleclilis Belg .Fictil. et Vitr. Palœotheca.
Gandavi^ M.D.CCG.XXIX. Au revers on lit : Oh facorem
uuod Guilielm. L B. R. palœothècain visit adprohaoitq.
Joan. d'Huycelter Acad. Graph. Director grat. consecr.
Les événcmens du mois d'août 1830 empêchèrent que cette
jolie médaille , qui est fort recherchée des amateurs , put
être présentée à celui dont elle devait rappeler la visite à
l'un de nos plus intéressants cabinets.
M.' Jeand'Huyvetter , à peine âgé de 63 ans, fut enlevé
le 11 novembre 1833, par suite d'une attaque d'apoplexie,
à sa famille éplorée , à ses nombreux amis et à ces beaux-arts
auxquels il avait voué une si grande partie de son existence :
peu de temps auparavant , il avait eu la douleur de perdre
deux de ses ami3 les plus intimes, M.' L. De Bast, secré-
taire de la Société royale des Beaux -Arts, et le savant
M/ Ch. Van Hulthem (1). Son fils , M.' Norbert d'Hujvetter
conserve non seulement avec un soin religieux l'héritage
paternel, mais il l'augmente et l'embellit encore. Il cultive
lui-même la peinture avec succès , et a remplacé son père
à la direction de l'Académie Royale de dessin et à la Com-
naission pour la conservation des mouumens historiques. (2)
A. Voisin.
(i) Nous devons à M."" J. (rHuyvetter l'unique portrait lithographie
tjue nous possédions encore de W.' Van lluldicm, et qu'il fit exécuter
a ses frais : il le distribua à tous ceux que des liens d'estime ou de
reconnaissance attachaient à ce protecteur des arts généreux et instruit.
(•i) Nous joignons à celte notice une planclie qui représente quel-
ques-uns des \ascs du cabinet de M/ d'Hu^vellcr.
( 200 )
iMimoixi ^xBtoxiqm
SUR
IiES BOLIiASTSISTES ET IiEURS TRAVAUX
»
SPÉCIALEMENT DErutS I.A SUPPRESSION DE l/oRDRE DES JESUITES, EN 1773,
jusqu'à leur RÉUNION AUX RELIGIEUX DE TONGERLOO, EN I789,
Lu à la séance de la Commission Royale d'Histoire , tenue
le 3 april 1835; par MJ Gachard.
Dans la séance du 27 octobre dernier , M.'^ de ReiiTenberg
donna lecture de l'analyse, faite par lui, d'un manuscrit
appartenant à notre honorable collègue M. l'abbé De Ram,
et contenant quelques documens relatifs aux travaux des
hagiographes qui furent chargés , sous le règne de Marie-
Tbérèse , de la continuation du célèbre ouvrage des Acta
Sanclonim.
J'eus l'honneur de faire observer à la commission que
les archives du royaume renfermaient une collection vo-
lumineuse de pièces propres à éclaircir , d'une manière
complète , ce point intéressant de l'histoire littéraire de la
Belgique ; et , comme elle m'en témoigna le désir , je
m'engageai à lui présenter un travail qui serait le résultat
de la mise en œuvre de ces matériaux.
Je viens acquitter ma promesse.
La résolution que la commission a prise , de continuer
les j4cta Sayictorum Belgîi selecla , les avis qu'elle pour-
rait être appelée à émettre sur les moyens de conduire
à sa fin le grand ouvrage des Bollandistes , me dispensent
de prouver que le mémoire dont je vais donner lecture
( 201 )
rentre dans le cadre des travaux pour lesquels la commis-
sion a été instituée. D'ailleurs , lorsqu'il s'agit d'une des plus
vastes publications historiques qui aient jamais été exécu-
tées , d'une publication qui a fait tant d'honneur à la
Belgique, pourrait-il être permis de douter que, dans le
rovaume, aussi-bien qu'à l'étranger, on ne sache gré à la
commission d'avoir recueilli tous les faits qui s'y rapportent?
L'intérêt avec lequel ont été généralement accueillis les
extraits insérés au procés-verbal de la séance du 27 octobre ,
nous est un garant à cet égard.
On connaît fort peu de chose de l'histoire des Bollan-
distes , depuis la suppression de la Société de Jésus dans
la Belgique, en 1773, jusqu'à leur translation à l'abbaye
de Tongerloo, en 1789: je crois même que rien n'avait
été publié sur ce sujet , avant le procès-verbal de notre
séance ci-dessus mentionnée.
Nous devons donc nous féliciter de ce que nos archives
renferment tous les documens désirables pour combler cette
lacune ; ils ne sauraient être plus complets , puisqu'ils
comprennent : les décrets et autres actes du gouvernement,
relatifs aux hagiographes et aux historiographes ; les rapports
du commissaire impérial, chargé de la surveillance de ces
établissemens ; la correspondance du gouvernement général
de Bruxelles avec la cour de Vienne ; les rapports faits
par le prince de Kaunitz , chancelier de cour et d'état de
Marie-Thérèse et de Joseph II, à ces deux souverains.
Il n'est aucune de ces pièces que je n'aie parcourue et
analysée.
Le travail que je soumets à la commission est basé ,
dans son entier, sur ces documens authentiques.
Pour y mettre de l'ordre , je l'ai divisé en trois parties.
La première contient un historique succinct de l'en-
treprise des ylcla Suiictorum et de celle des Analccla
Belgicci y jusqu'au moment de la suppression des jésuites:
( 202 )
il m'a paru être un préliminaire indispensable , pour
l'intelligence des faits qui suivent.
Je fais connaître , dans la deuxième , les délibérations
du gouvernement et les dispositions qu'il prit , à l'égard
des hagiographes et des historiographes , à partir de
l'année 1773 jusqu'à leur établissement dans l'abbaye
de Caudenberg.
La troisième enfin est consacrée à leurs travaux pendant
la période qui commence à cette dernière époque , et
finit à la cession des deux établissemens à l'abbave de
Tongerloo.
§1.
Quoique les jésuites des Pays-Bas n'aient , en aucun
temps , fourni beaucoup d'hommes supérieurs dans les
sciences et les lettres , c'est pourtant à eux que l'on est
redevable d'une entreprise littéraire qu'aucune autre n'a
surpassée en grandeur et en difficultés vaincues , pas
même celles qui ont acquis tant de renom aux savantes
congrégations de l'ordre de Saint-Benoît. La première idée
de la compilation des yicta Sanctorum fut conçue par
le P. Héribert Rosweyde , d'Uti-echt. Ce père , travaillant,
vers le commencement du XVIL'' siècle , à corriger et
épurer les martyrologes romains , et convaincu sans doute
du tort que pouvaient faire à la religion les fables dont
ils étaient mêlés , forma le dessein gigantesque de faire
une collection nouvelle des vies de tous les saints , en
puisant à des sources plus pures. Il le communiqua au
cardinal Bellarmin , qui l'approuva beaucoup ; dès lors , il
s'occupa de recueillir les matériaux nécessaires à son
entreprise. Il en avait déjà rassemblé une grande quantité,
et il avait aussi préparé le plan de l'ouvrage, lorsque la
mort le surprit, au milieu de ses travaux, à Anvers, le
5 octobre 1629. Le P. Jean Bolland , ou Bollandus , natif
( 203 )
de Julemonl , au pays de Limbourg, (1) qui donna sort
nom à tous les hagiographes ses collaborateurs et ses
successeurs , fut chargé , par ses supérieurs , de poursuivre
les travaux commencés par Rosweyde. Il publia, à Anvers,
en 1043 , les deux premiers volumes des ylcta Sancton/tn,
comprenant les vies des saints du mois de janvier.
Un ouvrage immense comme celui-là n'aurait pu avancer
que bien lentement sous la main d'un seul homme ,
quelque instruit , quelque actif qu'il fût. Bollandus s'as-
socia , ou peut-être ses supérieurs lui donnèrent pour
collaborateur le P. Godefroi Henschen ou Henschenius,
natif de la Gueldre, homme d'un génie supérieur et
d'une érudition profonde. Ils publièrent ensemble, en 1058,
les trois volumes de février. Peu de temps après , le P. Daniel
Papebroeck , réputé l'un des plus savans et des meilleurs
critiques de la compagnie de Jésus , leur fut adjoint : Pape-
broeck était fils d'un riche négociant de Hambourg, établi
à Anvers.
Bollandus mourut à Anvers le 12 septembre 1605. En
1660, ses deux associés, sur l'invitation du pape Alexan-
dre Y II , s'étaient rendus à Rome , pour examiner les
documens anciens qui s'y conservaient et qui pouvaient
servir aux jïcla Sanctormn. De retour à Anvers, en 1062,
avec une riche moisson de matériaux , recueillie non-seu-
lement dans la capitale du monde chrétien , mais en Alle-
magne et en France, ils y publièrent, en 1608 , les trois
volumes du mois de mars, et, en 1675, les trois du
mois d'avril. L'année 1080 vit paraître les trois premiers
lomes du mois de mai. Henschenius mourut l'année sui-
vante.
(i) Plusieurs biographes fout n.iître Bollandus à Tillemont ou Tirlc-
mont en Brabant : ils se sont trompés.
( 204 )
Il n'était pas aisé de combler le vide laissé par la mort
d'Hensclienius. En 1685, toutefois, furent livrés au publie
les tomes IV et V du mois de mai, et, en 1688, les tomes VI
et VII du même mois. Le premier volume de juin ne parut
qu'en 1695 : le deuxième parut en 1698 , le troisième
en 1701 , le quatrième en 1707, le cinquième en 1709,
le sixième et le septième en 1715-1717. Les volumes
suivans virent le jour assez régulièrement de deux en deux
années. Au moment où les jésuites furent supprimés dans
la Belgique , les trois premiers tomes d'octobre , qui com-
plétaient le nombre de cinquante volumes , avaient paru :
la dernière publication était de l'année 1770.
Le P. Papebroeck , accablé d'ans et d'infirmités , et
devenu aveugle , cessa de travailler à la rédaction des Acla
Sanclorum , après la publication du cinquième volume du
mois de juin, en 1709. Il mourut en 1714, âgé de 86 ans.
Les services qu'il rendit à l'association bollandienne (1) ne
se bornèrent pas à ses travaux littéraires. Son père, riche
négociant de Hambourg établi à Anvers , comme je l'ai
dit , laissa une succession assez opulente. Papebroeck
employa la part qui lui en revint à l'acquisition de quantité
de manuscrits et de livres dont il enrichit la bibliothèque
particulière de l'association : de plus , comme la maison
professe des jésuites d'Anvers , où elle était établie, n'avait
point de revenus , et que les pères hagiographes , pour la
défrayer de leur entretien , étaient obligés de pratiquer la
prédication et la confession , Papebroeck proposa aux supé-
rieurs , et il en obtint , qu'ils fussent exemptés de ces devoirs,
qui les distrayaient , pendant un temps infini , de leurs travaux
(i) Ces détails sont tirés d'un mémoire envoyé, en 177.3, au prince de
Starhmberg , par le conseiller du conseil de Brabant ^'alldt'n Cruyce,
chargé de la suppression des jésuites d'Anvers.
( 205 )
liltéraircs , moyennant une pension annuelle de 150 florins
pour chacun d'eux, pension qui fut depuis portée à 350 fl.
Il n'entre point dans mon plan de donner la nomenclature
de tous les jésuites qui poursuivirent l'exécution de l'en-
treprise commencée par Bolland , Henschen et Papebroeck.
Je dirai seulement que ceux qui, en 1773, lors de la
suppression de l'ordre , s'en trouvaient chargés , étaient
Corneille de Bye, âgé de 45 ans; Jacques De Buë, âgé de
45 ans; Ignace Hubens , âgé de 35 ans, et Joseph Ghes-
quiére, âgé de 41 ans.
Jusqu'en 1088, l'établissement des Bollandistes avait eu
peu de consistance (1) : tous leurs revenus se réduisaient
au produit de la vente des ^cta Sanctorum , et aux libé-
ralités que leur faisaient les grands personnages auxquels
ils en dédiaient successivement les volumes. C'était peu de
chose , en raison des frais considérables qu'entraînaient
l'impression de l'ouvrage , l'acquisition des manuscrits et
des livres dont les hagiographes avaient besoin , les voyages
littéraires qu'ils étaient dans l'obligation de faire , pour
compléter leurs matériaux. Cette année-là, le P. Jassing,
l'un d'eux , se rendit à Vienne , et présenta à l'empereur
Léopold une requête par laquelle il sollicitait, en leur
nom , une pension annuelle , sous l'engagement qu'ils
prenaient de dédier tous les volumes à paraître , à S. M. I.
et aux princes de sa maison. L'empereur leur accorda ,
mais par une promesse verbale seulement , une pension de
mille rixdalers. Comme elle ne fut pas payée , le P. Jassing
retourna à Vienne en 1700 : cette fois , il obtint un
acte formel de l'empereur, en date du 18 novembre, qui
octroyait la pension , et même ordonnait que les arré-
rages en fussent liquidés. Cependant , ni les arrérages ^
ni la pension même , ne furent ponctuellement acquittés :
(i) MénioJre du conseiller Vandcii Cruyce , ci-cU'ssus citt;.
15
( 206 )
en 1715, il était dû , de ce chef, aux Bollandistcs ,
33,000 florins. Sur de nouvelles instances faites par eux ,
l'empereur Charles VI ordonna , le 17 janvier 1716 ,
qu'il leur fût pavé, en extinction de tous arrérages,
6,000 florins , et qu'ils reçussent à l'avenir , par forme de
pension annuelle, 1,500 fl. pendant dix à onze ans, à la
condition bien expresse qu'ils seraient tenus de publier ,
tous les deux ans , trois tomes. Cette condition ne fut pas
remplie , et néanmoins la pension leur fut continuée
jusqu'à la suppression de l'ordre , à raison de 1,995 florins,
argent courant de Brabant.
En exécution de l'engagement qu'ils avaient pris , les
Bollandistes dédièrent tous les volumes qui parurent
postérieurement à l'année 1688 , à des princes de la maison
d'Autriche. Des dix-neuf volumes publiés avant cette épo-
que , cinq avaient été dédiés à des papes, quatre à des princes
de la maison de Furstenberg , les autres à des cardinaux ,
des archevêques , des évoques , et des princes souverains :
le 20.^ volume de la collection le fut à l'empereur Léopold ;
le 21.^, à l'impératrice Eléonore; le 22. <= et le 23.*=, à
l'empereur Joseph I ; le 24.*^, à l'impératrice Amélie;
les 25.% 26.% 27.% 29.% 34.% 35.« et 37.% à l'empereur
Charles VI; le 28.% à l'impératrice Elisabeth; le 38.%
à l'impératrice Marie-Thérèse ; tous les autres , à des ar-
chiducs et à des archiduchesses.
Tels furent l'économie et l'ordre qui présidèrent à la
direction de la société bollandicnne , que , sans autres
ressources que le produit de la vente de leurs ouvrages,
la pension payée par la cour impériale et les libéralités
du père Papebroeck et de quckpies autres personnes ,
parmi lesqueflcs on compte les é\équcs De Smet de Gand,
et Van Sustcren de Bruges , les jésuites hagiographcs
étaient parvenus, à 1 époque de l'extinction de leur ordre,
à amasser un capital de 136,000 11. B.% qui, placés à
( 207 )
rente, leur donnait un revenu annuel de 9,133 fl. 18» 1"^,
revenu que le débit des Acta Sanclonim augmentait,
année commune, de 2,400 florins. Et ils avaient été pour-
tant dans le cas de faire des dépenses assez considérables
à la maison professe d'Anvers , où ils étaient établis , pour
y avoir une bibliothèque et des salles de travail, séparées
du quartier qu'occupaient les autres jésuites; ils avaient,
en outre , acquis une maison particulière , où ils entrete-
naient une imprimerie et un imprimeur qui ne travaillaient
que pour eux; enfin ils firent beaucoup de largesses à
la maison professe, dont ils payèrent plus d'une fois les
dettes. Par la suppression de leur ordre , tous leurs capi-
taux et leurs propriétés furent dévolus au fisc royal.
A l'époque où cet événement arriva , il y avait peu
d'années que les jésuites avaient fait transférer , aussi à
la maison professe d'Anvers , un autre établissement lit-
téraire , qui existait auparavant à Malines : je veux parler
du Musœuni Bellarmini , fondé vers le commencement
du 18." siècle par le chancelier de Brabant De Grvsperre ,
et augmenté par l'archevêque Humberl De Prcecipiano ,
dans le but d'écrire contre les jansénistes , ainsi que contre
les autres ennemis de la société. Le Musœuni Bellarmini
possédait un fonds d'environ 50,000 florins de capital , outre
beaucoup de manuscrits et une bibliothèque assez riche (1).
Les discussions sur le jansénisme et le molinisme étaient
heureusement tombées dans l'oubli. Les jésuites résolurent
de donner à la dotation du Musœuni une destination in-
fincment plus utile : ils conçurent le dessein d'en employer
les revenus à la publication d'jJnalcctes Belijiques ; déjà
ils avaient rassemblé de nombreux matériaux pour celte
(i) M."" Delmottc a donné les mêmes détails sur cet établissement
dans sa notice consacrée au niaiHjuis du Chasleler, Archives du nord
d(i la Fruiici! et du midi de la Belgique, t. l\ . p. iiS.
( 208 )
entreprise, et ils en avaient même fait paraître le pros-
pectus (1) , lorsqu'éclata la catastrophe qui anéantit leur
ordre.
Les jésuites employés aux Analecla Belgica étaient ^
sous la direction de l'iiagiograpbe Ghesquière , Donatien
(i) Ce prospectus, imprimé à Anvers, chez J. Grange, en 1778,
forme huit pages in-4". Il est intitulé : Prospectus operis quod inscri-
betur : Analecta Belgica ad XVII prouinciarum Belgii ac ditionum
înterjacentium historiam dilucidandam pertinentia , etc.
Il existe aux archives , une lettre du comte de Nény relative à ce
prospectus, qui m'a paru assez intéressante, pour la transcrire ici ; elle
porte la date du 26 mal 1773, et est adressée au secrétaire d'état,
M.'' De Crumpipen :
(t II y a déjà dix ans que j'ai proposé aux jésuites d'Anvers d'en-
» treprendre l'ouvrage dont le prospectus ci-joint a été remis à S. A. le
» ministre plénipotentiaire. Je leur en avais tracé le plan , dont l'objet
3> était de rassembler, dans un ou tout au plus dans deux volumes in-folio,
)) tout ce qui se trouve d'essentiel dans l'immense ouvrage des y^cta
» Sanctorum j sur la géographie, l'histoire et la chronologie des Pays-
» Bas, surtout pendant le moyen âge. J'ai eu avec eux, particulièrement
)) avec le P. provincial , plusieurs conférences sur cet objet. Je leur ai
» montré la facilité de l'exécution; et, après avoir vaincu les obstacles
» qu'ils m'opposaient , je réussis enfin , il y a environ deux ans , à les
» déterminer. Au commencement de l'hiver dernier , le P. provincial vint
» m'entretenir du plan qu'on avait arrangé dans la Société, et suivant lequel
» cet ouvrage sera composé de 36 et peut-être de plus de volumes
» în-4.° ) puisqu'on se propose d'y faire entrer des vies des saints tout
» entières, et que le P. provincial m'a dit que la vie de S.' Bavon seule
» remplira tout un volume. Je lui ai répondu que je respectais beaucoup
» les saints, mais que je ne prévoyais pas que j'aurais jamais ni l'envie
» ni le temps de lire la vie de S.' Bavon ; qu'ainsi le plan arrangé par
» la Société ne s'accordait pas avec mes idées, qui ne tendaient qu'à faire
» répandre de nouvelles lumières , dirigées par la critique, sur ce qu'il
» y a de véritablement intéressant dans l'histoire , et dont l'accomplis-
» sèment aurait fait beaucoup d'honneur aux jésuites flamands. Le
» P. provincial m'assura que sa façon de penser s'accordait avec la
» mienne , mais qu'il n'avait pas été le maître de la faire adopter j
» à quoi je répliquai qu'il fallait donc les laisser faire. »
( 209 )
Du Jardin , âgé de 35 ans; Philippe Coinel , âgé de 39 ans,
et François Lenssens , âgé de 30 ans.
L'établissement des Bollandistes et l'établissement du
Miisœum étaient entièrement distincts. Le père Clé , di-
recteur de la maison professe d'Anvers, avait, à la vérité,
voulu les réunir : mais les Bollandistes s'y opposèrent, et,
la chose ayant été soumise à la décision du général , il
j)rononça en leur faveur.
II me reste , pour compléter ces notions préliminaires ,
à faire connaître la manière dont les Bollandistes travail-
laient , et quelques autres points relatifs tant à la partie
littéraire qu'à la partie purement matérielle de leur entre-
prise. J'ai trouvé de curieux renseignemens . à ce sujet,
dans un rapport qu'adressa au prince de Starhemberg ,
le 7 juillet 1778, le conseiller d'état De Kul])erg , qui
les tenait des Bollandistes eux-mêmes ; je les reproduis
textuellement :
« Les hagiographes , dit M.^ De Rulberg , parvenus à
» traiter d'un certain jour d'un mois , entraient eu con-
» férence, rassemblaient tous les saints honorés ce jour-là
» dans l'église , que renfermaient tous les diflerens mar-
» tyrologes connus : ensuite, on délibérait sur les saints
)) de ce jour dont on traiterait , et sur ceux qu'on omet-
» trait , soit parce qu'on en avait déjà traité , soit parce
» qu'il y avait des raisons d'en traiter plus tard , ou de
» n'en point traiter du tout , et on rendait compte , dans
» l'ouvrage , des raisons qui avaient déterminé à prendre
» l'un ou l'autre parti. Ceci fait , l'on s'arrangeait sur le
» partage du travail , et chacun des historiographes prc-
,n nait à soi de traiter de tel ou tel saint.
» Il est bon de savoir que la vie d'un saint se trouve
» autant de fois répétée dans les Acta Sanctornm sous
» la date du jour de sa mort , qu'elle a été Irouvéc avoir
» été écrite de fois par des autours coiuius ou inconnus,
(210)
» soit en nianuscrit , soit par la voie de l'impression ; et
» les découvertes faites à cet égard en tout temps par
» les hagiograplies sont prodigieuses. Toutes ces vies du
» même saint , insérées les unes après les autres dans
» l'ouvrage, font l'objet des observations , des discussions
)) et de la critique des hagiograplies , et ils ont été recon-
» nus de tout temps pour avoir excellé en ce genre de
» travail
» Lorsqu'un hagiograplie , d'après cet esprit , ces prin-
» cipes et cette marche , avait travaillé la vie , ou une
» des vies du saint qu'il s'était chargé de traiter, il en
» faisait faire l'impression par ^uateniion , formant huit
» pages. L'imprimeur en tirait un exemplaire , le portait
)> à l'auteur, qui en faisait la correction, et l'exemplaire
)> lui était remis , corrigé selon ses remarques , par l'im-
» primeur. Ce n'était que dans ce moment , que l'hagio-
» graphe auteur faisait passer son ouvrage à ses confrères ,
» selon l'ancienneté. Chacun l'examinait , et tenait ses
» notes. On s'assemblait ensuite , et l'on délibérait sur les
» changemens , si l'on trouvait à en faire : la décision ,
)) en cas de parité de voix , était emportée par l'auteur ,
» comme étant celui qui , ayant examiné les choses de
» plus près , était plus en état d'en juger.
» Ce premier imprimé , vu ainsi par l'assemblée , était
» remis , redressé ou non , à l'imprimciu" : il en faisait
» tirer un troisième exemplaire que l'auteur revoyait de
» nouveau , et alors on en tirait 800 exemplaires.
» Les volumes se répandaient dans le monde entier,
» à mesure qu'ils paraissaient. Il n'en restait , dans le
» magasin des hagiograplies, au moment que la société
» fut dissoute , que deux exemplaires de cliaque volume
» des mois de janvier , février , mars, avril et mai. Les autres
( 211 )
)) ^olumes qui s'y trouvaient étaient des mois postérieurs:
» juin, juillet, août et septembre (1)
» Quand l'impression de quelque tome était assez avancée,
» pour qu'on prévît de l'avoir achevée dans une demi-année ,
» les hagiograplies écrivaient, à Vienne , à leur procureur,
» pour le charger de s'enquérir à qui il plairait à l'em-
» pei-eur que le tome qui devait paraître fût dédié. Le
» procureur faisait tirer sur toile le portrait du prince ou
» de la princesse désigné par S. M. 1. : ce portrait , après
» avoir été examiné et approuvé par la cour, était envoyé
» aux hagiograplies, qui le faisaient graver en Hollande,
» et en envoyaient une épreuve à Vienne, où on lui faisait
» subir luie censure. Il n'était imprimé définitivement
» qu'après avoir reçu l'approbation de la cour impériale.
» Dans le même temps , on s'occupait de la censure de
» l'ouvrage. Jamais un autre que le censeur ecclésiastique,
» ne censura les tomes des Acta Sanctorum : les hagiogra-
» phes ne souffrirent, en aucun temps, quelque opposition
» ou prétention, de ce chef, de la part des censeurs royaux.
» Voici comme l'on en usait à cet égard. A mesure qu'il
» V avait quatre ou cinq quaternions imprimés au correct,
» ou les remettait au censeur ecclésiastique : celui-ci ,
» après qu'il avait examiné le dernier quaternion pour le
» volume , formait , s'il y trouvait matière , une note de
» ce qu'il y avait à y redire ou corriger, et cette note était
» insérée à la fin du volume , à la tète des addenda et
» corrigenda.
(i) A la suppression des jésuites dans la Belgique, le gouvernement
trouva, dans leurs bibliothèques, une quinzaine d'exemplaires complets
des Acla Sanctorum. Il en fut vendu un au prix de r,ooo 11. B.' ; un autre,
dans une vente publique à Bruxelles, fut payé 64>> H- de chauffe. Eu
1^80, il on restait entre les mains du gouvernement neuf exemplaires :
il les céila au libraire Ernieub , de Bruxelles , pour 4ii)^'' Ilorius, i: csl-4-
dire à raioou de 5 5o florins l'exemplaire. (G.)
(212)
» Au moment où l'impression du volume était achevée ,
» les hagiographes rédigeaient un abrégé de ce qu'il ren-
» fermait , et le faisaient imprimer, sous le titre de Sijnopsis,
» et cela se réduisait à un livret d'une feuille de papier
» à huit pages ; et des exemplaires de cet abrégé s'en—
» voyaient de suite à chacun de leurs correspondans , qui
» les répandait et les faisait circuler, pour l'information
» du public et le débit du volume.
)) Il n'est peut-être pas hors de propos d'insérer ici la
» liste des correspondans qu'avaient les hagiographes dans
» les différentes parties de l'Europe , tant pour les infor—
» mations relatives à la matière même de l'ouvrage , que
» pour le débit. Ils avaient , pour ce débit :
» A Utrecht , C. Kribber;
» A Amsterdam , la veuve Merkus et Frickx , ainsi
qu'un nommé Henri Castaing;
» A Vienne, le P. Hamert et le P. Appel, jésuites;
» A Cologne, la veuve Metternich, Jean-]\Iichel-Joseph
Pûtz et J.^ Henri Simonis ;
» A Munich, le père Kransperger, jésuite;
» A Rome, le père Frambachs, jésuite et pénitencier
flamand ;
» A Venise, le père Lombardi , jésuite;
» A Turin, les frères Reycends ;
^) A Lyoii , les frères De Tournes , qui servaient aussi
pour Genève ;
)) A Paris, De Bure ;
» A Lisbonne, les frères Du Deux.
» Aucun de ces correspondans ne prenait l'ouvrage que
» sur commande: de façon que rien ne sortait du magasin ,
» qui ne fût vendu.
» Quant à la correspondance des hagiograplics pour les
» recherches et les informatiojis dont ils avaient besoin ,
» qWc existait parliculièiement dans les savans que les
(213 )
)) maisons des jésuites reuferuiaicnt dans les différentes
» parties de l'Europe et du monde entier.
» Ils avaient pris et suivi le système bien entendu de
» s'occuper de rassembler des matériaux pour l'avenir même
» le plus reculé , en même temps qu'ils étaient occupés
» à rédiger ce qui se trouvait de nécessaire au travail pré-
» sent »
§ n.
La Société de Jésus fut supprimée dans la Belgique par
des lettres-patentes du 13 septembre 1773 , ordonnant
l'exécution de la bulle de Clément XIV Dominus ac
Redemptor, en date du 21 juillet de la même année.
Des commissaires du gouvernement , tirés des tribunaux
supérieurs de justice , se rendirent , le même jour (20 sep-
tembre) et à la même beure , dans tous les établissemens
de la Société : ils y donnèrent lecture à la communauté
assemblée , de la bulle de suppression et des lettres-patentes
qui la rendaient exécutoire; ils firent fermer les églises et
les écoles ; ils apposèrent les scellés aux archives , aux
bibliothèques, à l'argenterie des églises et chapelles, aux
dépôts d'argent , aux sacristies , etc.
Le conseiller du conseil de Brabant VandenCruyce, chargé
«le cette commission pour la maison professe d'Anvers , eut
ordre « de faire comparaître les ci-devant jésuites em—
» plovés à la rédaction des Acta Sanctorum, et de leur
» déclarer que le gouvernement, satisfait de leurs travaux,
» pourrait être disposé à avoir pour eux des égards par-
» ticuliers. »
Eu même temps que ces mesures étaient prises, le prince
Charles de Lorraine instituait un comité , qui devait délibérer
sur toutes les affaires que la suppression des jésuites amène-
(214)
rait (1). Ce comité eut à examiner , dans sa séance du
22 février 1774, ce qu'il convenait de faire par rapport aux
Bollandistes et aux historiographes : il émit l'opinion « que
» l'ouvrage des Bollandistes ne paraissait point propre à
» étendre les lumières et à propager les connaissances
» humaines ; que son objet avait déjà été rempli avec succès
» tant par les savantes recherches des bénédictins fran-
» çais , que par l'excellente histoire de l'abbé Fleury, qui
)) était entre les mains de tout le monde , tandis que l'ou—
)> vrage excessivement volumineux des Bollandistes ne pou-
» vait convenir qu'à des bibliothèques publiques , où peu
» de gens y avaient recours, et où tout au plus quelques
» savans le consultaient de temps en temps. »
Un mois après , le comité tenait un tout autre langage :
(( L'ouvrage des Bollandistes , disait-il dans un rapport
)) du 2 avril 1774 , jouit d'une réputation assez distinguée
» dans l'Europe savante : il a été loué par les écrivains
» les moins suspects de partialité en faveur de la Société,
)) tels que Bayle et les auteurs de l'Encyclopédie , et son
» produit annuel de fl. 2,400 , qui est fourni presque
» entièrement par l'étranger, mérite quelque attention,
» en l'envisageant comme un objet de commerce. Les
)) fonds des Bollandistes proviennent , en partie , de fon—
» dations et dotations faites par difTcrens particuliers pour
» l'avancement d'un travail qu'ils regardaient comme
» utile à l'église et propre à répandre un nouveau jour
» sur l'histoire ecclésiastique , et l'équité semble demander
» qu'ils soient employés selon l'intention des fonda-
(i) Ce comité fut composé, sous la présidence du comte de Nény,
cliL'f et président du conseil prive , des conseillers du conseil privé Leclerc
et Philippe de Nény, et des conseillers du conseil des finances Cornet
de Grez et T,impcns,
(215 )
» leurs L'entreprise des historiographes paraît aussi
» mériter des encouragemens de la part du gouverne-
» ment. L'histoire intéressante de ce pays n'a pas encore
» été écrite comme elle aurait dû l'être » Le comité
lie pensait pas toutefois que ces deux entreprises dussent
<!-tre confiées , au moins entièrement , à des membres de
la Société supprimée. Il trouvait préférable d'associer quel-
.ques-uns de ceux qui y avaient été employés comme hagio-
graphes ou historix3graphes , à d'autres gens de lettres , ou
de faire présider à leur travail quelque savant sur les
principes duquel on pût compter.
Il faut convenir que cette variation d'opinions dans les
membres du comité n'était guère propre à recommander
ses propositions.
Le prince de Starhemberg (1) , à qui le duc Charles
de Lorraine avait remis la direction supérieure des me-
sures que rendait nécessaires la suppression des jésuites,
crut devoir, avant de s'arrêter à un plan quelconque
relativement à la continuation des Acta Sanctorum et
des Analecta Belgica , faire sonder les intentions des
anciens hagiographcs et historiographes. Ceux-ci déclarè-
rent être prêts à poursuivre les travaux auxquels ils s'étaient
livrés jusqu'alors : tous leurs vœux se bornaient à être
nommés membres de l'académie des sciences et belles-
lettres de Bruxelles-, ils se soumettaient, du reste, au
traitement qu'il plairait à l'impératrice de leur assigner.
L'idée d'agréger les Bollandistes à l'académie , pour leur
faire continuer leurs ouvrages sous la direction de ce corps
savant, avait déjà été suggérée au prince de Starhemberg
(i) Il était ministre plénipotentiiiire de l'impératrice pour le gouver-
nement général des Pays-Ras, près de la personne c!ii duc Charles de
Lorraine.
(216)
par l'abbé De Nélis. Le comité institué pour les affaires
jésuitiques la combattit de toutes ses forces. Il ne trou-
vait , en aucun des hagiograplies et des historiographes ,
les qualités requises pour faire partie d'une académie ;
il allait plus loin : il prétendait que le jour de leur
admission dans l'académie de Bruxelles marquerait la déca-
dence de cette compagnie , qu'ils rempliraient de tracasse-
ries et d'intrigues. Changeant encore une fois de système ,
il émettait l'opinion que l'on fit continuer les Acia Sanc-
iorum par les régens et professeurs du grand pensionnat
qu'il était question d'établir à Bruxelles , conjointement
avec quelques savans qu'on pensionnerait à cet effet (1).
Le ministre , peu ébranlé par des avis qui se contredi-
saient l'un l'autre, et dont le caractère passionné était
d'ailleurs manifeste , persista à proposer au prince Charles
de Lorraine que l'académie , à laquelle on agrégerait
un ou deux des Bollandistes et des historiographes , fût
chargée , sous la surveillance du gouvernement , de la
continuation des Acia Sanctoruin et des Analecta Bel—
gica , et que , dans cette vue , il lui fût assigné les rentes
appartenantes aux deux établissemens : moyennant quoi,
le salaire des individus employés et tous les autres frais
seraient supportés par elle. Le duc Charles de Lorraine
transmit ce projet à l'impératrice , en l'appuyant de son
approbation (2).
Le prince de Kaunitzne trouva praticables ni les vues du
comité, ni celles du ministre plénipotentiaire. Selon lui,
le meilleur parti qu'il y eût à prendre était de faire con-
tinuer les Acia Sanctorurn dans le même esprit qui avait
jusqu'alors présidé à leur rédaction , et d'y cm])loyer en
(i) Rapport (lu 19 octobre 1775.
(2) Rchition du -il^ avril 1776.
( 217)
conséquence la même classe de rédacteurs. La vie des
saints , disait-il , tient à la religion : donc il n'appartient
qu'aux gens d'église de l'écrire , et les recherches qu'exige
une pareille entreprise ne peuvent être l'affaire que d'une
société monacale , telle qu'était celle des Bollandistes.
Kaunitz pensait que l'on trouverait, dans l'une ou l'autre
des abbayes de la Belgique , des religieux qui auraient du
goût pour l'étude de l'histoire et de la diplomatique , et
auxquels on pourrait , dans la suite , confier la continua-
tion des ouvrages des hagiographes et des historiographes.
En attendant , rien n'empêchait qu'on en chargeât quel-
ques-uns des ex-jésuites qui y travaillaient avant la sup •
pression de leur ordre , en les engageant à s'établir dans
une abbaye où ils trouveraient à s'associer des coopéra—
teurs parmi les religieux, qui à leur tour en formeraient
d'autres avec le temps. Que si , contre toute apparence ,
cet arrangement ne pouvait s'effectuer , il n'en fallait pas
moins préférer, pour la continuation de l'ouvrage, les
anciens rédacteurs , en leur assignant de ce chef des pen-
sions honnêtes , toujours sans dépendance aucune envers
l'académie. Il était certainement possible , poursuivait-il,
que , parmi les membres de ce corps littéraire , il y en
eût qui pussent être employés avec succès à la compila-
tion des Acla Sanctoriun : mais pourquoi chercher, pour
achever cet ouvrage , de nouveaux ouvriers , tandis que
l'on avait ceux qui y avaient constamment travaillé avec
le plus grand succès ? D'ailleurs , ajoutait le chancelier ,
il ne convenait en aucune façon que le gouvernement
parût directement dans ce qui regardait le fonds du livre,
pai'ce que la circonstance que telle ou telle opinion était
publiée de l'aveu de l'autorité supérieure n'y donnait
aucun poids , et que le gouvernement serait cependant
mêlé, ou du moins cité d'une manière peu agréable,
dans les querelles des savans : il serait compromis bien
(218)
tkvantage , s'il arrivait que la cour de Rome fît mettre
quelque tome à X'index. Le prince de Kaunitz terminait ,
en faisant observer qu'il serait contre les intérêts du
trésor royal d'attribuer , même par forme d'essai , à l'aca-
démie, les revenus provenant des Bollandistes et des his-
toriographes (1).
Marie-Thérèse ayant adopté toutes les idées de son
chancelier , celui-ci les développa dans des instructions
détaillées qu'il fit parvenir au ministère de Bruxelles (2).
Eclairé sur les volontés de la cour de Vienne , le prince de
Starhemberg n'avait plus qu'à y conformer le plan qui devait
présider à la continuation des travaux des Bollandistes : les
nombreuses occupations dont était chargé ce ministre ,
furent cause toutefois que dix- huit mois s'écoulèrent en-
core avant qu'une annonce officielle vînt révéler au public
les intentions du gouvernement relativement à cet objet.
Cependant , elle était attendue du monde savant avec
anxiété. Pendant les deux années qui suivirent la suppres-
sion des jésuites , les Bollandistes avaient , de l'aveu du
ministère , continué leurs travaux à la maison professe
d'Anvers : mais, en 1775, celte maison ayant été destinée
à l'établissement d'une académie militaire , ils s'étaient vus
obligés d'en sortir, et d'y abandonner tous leurs matériaux ;
on conçut alors sérieusement la crainte d'une interruption
indéfinie de leur entreprise. Toutes les incertitudes ces-
sèrent , par un décret du prince Charles de Lorraine , du
19 juin 1778.
Ce décret, adressé aux conseils privé et des finances ,
(i) I.cUre de Kaunitz au prince de Starhemberg , du 8 juin 177G. —
Rapports du même à Marie-TJiérbie^ des 2 septembre et 8 décembre aicme
année.
(2) Lettre du prince de Kaunitz au prince de Starhemberg , du 11 dé-
cembre 17 ""G.
(219 )
porlail que l'impératrice avait résolu de faire continuer les
yïcta Sancloni/n et les Analecta Belyica , d'après les
directions contenues en un plan en vingt articles, y annexé ,
et dont voici les principales.
L'établissement des BoUandistes sera transféré dans
l'abbaye de Caudenberg : il y sera continué par les ex-jésuites
De Bye , De Buë et Hubens.
Ces trois BoUandistes auront un traitement fixe et des
émolumens.
Le traitement fixe consistera dans 800 florins de pension
pour chacun d'eux , y compris celle de 300 florins qui leur
était attribuée en qualité de membre de la société sup-
primée. Cette pension leur sera payée leur vie durant ,
dans le cas même que , par défaut de santé , ils devinssent
hors d'état de travailler , ou qu'ils cessassent de le faire
par des motifs agréés du gouvernement.
Ils auront , en outre , le logement et la table dans
l'abbaye.
Pour indemniser , de ces deux chefs , la communauté
de Caudenberg, le gouvernement lui paiera 250 florins à
titre du logement , et 250 florins à titre de la table , pour
chacun des BoUandistes.
Les mêmes avantages étaient accordés à l'abbé Ghcsquière,
en qualité d'historiographe ; et de plus , comme il ne devait
point participer aux émolumens dont jouiraient les BoUan-
distes , il lui était assuré des gratifications annuelles, sur
les revenus du Muiœum Bellarmiiii.
Le magasin desyicto Sutictorum sera transporté à l'abbave
de Caudenberg , qui fera le débit des volumes imprimés
et à imprhner.
Le produit de la vente des volumes , prélèvement fait
des frais d'impression , de papier et autres , se partagera
comme suit : L'abbaye aura la moitié du bénéfice , à la
charge de récompenser le garde du magasin , un copiste
( 220 )
qui travaillera à la mise au net des manuscrits , et les
religieux élèves dont il sera question ci-après. L'autre moitié
appartiendra aux rédacteurs , entre lesquels elle sera divisée
par portion égale.
On prendra , parmi les religieux de l'abbaye , à l'inter-
vention des Bollandistes et du commissaire du gouverne-
ment , deux élèves , pour les associer au travail des Acta
Satictortim : lorsque ces élèves seront devenus rédacteurs
en chef , le gouvernement paiera à chacun d'eux une pension
de 440 florins.
La bibliothèque des Bollandistes sera déposée , à leur
usage, dans leur appartement, à l'abbaye de Caudenberg :
les livres et manuscrits qui ne pourront y trouver place
seront remis à la bil>liothéque royale.
Aussitôt après l'entrée des Bollandistes à l'abbaye , il sera
tenu un comité composé , sous la présidence d'un commis-
saire du gouvernement , de l'abbé de Caudenberg , des
trois Bollandistes et du religieux de l'abbaye qui sera pré-
posé à la garde du magasin et au débit de l'ouvrage. Ce
comité discutera tout ce qui concerne le matériel de l'en-
treprise : le résvdtat de ses délibérations sera soumis au
gouvernement.
Les yjcia Sanctonini s'imprimeront à l'imprimerie royale,
qui s'enrichira des caractères , presses , fonds de papier et
autres efi^ets de l'imprimerie que les Bollandistes avaient
à Anvers.
La tâche confiée à l'historiographe Ghesquière était
déterminée comme suit :
Il extraira des y^cla Sanctormn , et des matériaux qu'on
v emploie , les faits ou passages qui pourront servir aux
yinalecla Belgica, ainsi que les jésuites avaient l'intention
de le faire.
11 fera aussi des extraits ou des indications des matières
de la collocliou du Mitsœuni Bellarmini. A cet efl^et ,
( 221 )
celte collection restera à son usage dan» l'abbaye , soiu un
récépissé à en fournir par lui.
Il gardera en outre et mettra en ordre , dans un cata-
logue raisonné , les mémoires et notices que l'on demandera
aux abbayes et maisons religieuses , sur les documens existant
dans leurs archives et bibliothèques , qui pourraient être
employés à la rédaction des Analecta helgica.
Aussitôt que les matériaux nécessaires seront préparés ,
il sera nommé un comité , à l'effet de proposer au gou-
vernement , sur le rapport de l'historiographe, les personnes
à employer, la méthode à suivre et les arrangemens à prendre
pour la rédaction et l'édition des Analecta helgica. L'abbé
Ghesquiére sera , de droit , membre et secrétaire de l'as-
sociation littéraire qui sera instituée à cette fin.
Le ■ dernier article du plan exprimait l'intention de
l'impératrice que l'ouvrage des Bollandistes fût achevé le
plus tôt possible , et , pour atteindre ce but , le gouver-
nement général prescrivait qu'ils lui soumissent un prospec-
tus dans lequel les époques de publication des volumes
à paraître fussent indiquées.
Le prince de Starhemberg avait jugé convenable , avant
de proposer au duc Charles de Lorraine , qu'il décrétât
ce plan , de le communiquer à l'abbé de Caudenberg et
aux quatre ex-jésuites que son exécution concernait. Ils
ne trouvèrent rien à y reprendre d'essentiel. G. S. Warnots ,
abbé de Caudenberg, avait demandé lui-même au ministre
que son abbaye fût préférée à d'autres, pour établir les
Bollandistes et le Musœinn Bellarmini.
Pour compléter les arrangemens ordonnés par le décret
du 19 juin 1778, le duc Charles de Lorraine nomma , le 22
du môme mois , le conseiller d'état et du conseil privé ,
De Kulbcrg , commissaire à l'effet de tenir la main , de la
part du gouvernement , « à ce que la résolution prise par
» S. M. de faire continuer l'ouvrage des AclaSanctorum,
16
( 222 )
» ainsi que les recherches commencées sous le tilre
» ^ Analecia hehjica , eût son exécution d'une manière
)) autant prompte qu'utile. » Ce sont les termes mêmes de
l'acte du gouverneur-général.
î m.
Dès le mois d'avril T778, les abbés De Bye , De Bue,
Hubens et Gliesquière avaient été invités , par le conseil-
ler fiscal de Brabant , au nom du gouvernement général ,
à se rendre à Bruxelles, Ils répondirent de suite à cet
appel , et , dans le courant du même mois , ils étaient déjà
installés à l'abbaye de Caudenberg,
Le premier soin du conseiller De Kulberg fut de s'as-
surer de la façon de penser de ces religieux relativement
aux dispositions contenues dans le décret du 19 juin. Il
les trouva satisfaits, et prêts à se livrer au travail avec
ardeur. De son côté, l'abbé de Caudenberg montrait le
plus louable empressement à leur procurer toutes les com-
modités qu'ils pouvaient désirer. Malheureusement , leur
bibliothèque et leurs archives avaient été, en 1775, à
l'occasion de l'établissement de l'académie militaire dans
la maison professe d'Anvers , jetées confusément , et sans
inventaire , dans des caisses , et transportées ainsi à
Bruxelles : or, jusqu'à ce que leurs livres et leurs papiers
fussent déposés et rangés à l'abbaye , il leur était im-
possible de mettre la main à l'ouvrage. Ils étaient très-
inquiets sur ce point (1).
Conformément aux articles 7 et 10 du plan, les ha-
giographcs et l'abbé de Caudenberg , de commun accord ,
(•) ^"yfz> ^ ^^^ éf;anl, l'extrait inséré a:i pioccs-vciLal de la séance
de la commission du ').'} octobre i83/j.
( 223 )
et (le i'agr^mcnt du commissaire impérial , jfircnt choix
de deux religieux de l'abbaye , pour élèves. L'un se nom-
mait François-Joseph Rcynders : il était âgé de 29 ans ,
et remplissait les fonctions de proviseur de la commu-
nauté; l'autre n'avait que 22 ans, et se nommait Jean-
Baptiste Fonson : tous deux étaient de Bruxelles (1). Fonson
manifesta du zèle et d'heureuses dispositions pour les tra-
vaux auxquels on venait de l'associer ; aussi fut-il, plus tard,
comme je le dirai en son lieu , agrégé aux Bollandistes.
Mais Reynders , rebuté par les difficultés qu'il y trouvait,
ne tarda pas à y renoncer.
Pour remplir les vues de l'impératrice , formulées dans
le dernier article du plan , M. De Kulbcrg convint avec
les hagiographes des quatre points qui suivent :
I.° Les Bollandistes n'omettaient , ci-devant , rien de ce
qui avait trait à la vie d'un saint. Tout fait indistinctement
qui y avait rapport , qu'il fût authentique ou apocryphe ,
y était inséré , et faisait l'objet d'un commentaire , où on
l'adoptait, ou le rejetait. Il fut jugé à propos, pour abré-
ger l'ouvrage, de ne plus discuter, dans les commentaires,
que des questions et des faits qui le méritassent par leur
importance.
2." Les Bollandistes avaient été constamment dans l'usage
de publier toutes les vies d'un saint qu'ils avaient recueillies,
même celles déjà mises en lumière. Celte répétition fut
jugée inutile : on trouva qu'il suffisait de donner une de
ces vies , en mettant sous les yeux du lecteur , de la
manière la plus sommaire, les faits nienlionnés dans les
autres , qui n'étaient point rappelés dans celle qu'on lui
ofl'rait, ou qui n'y étaient pas rapportés avec les mêmes
détails. Ce ne serait que dans des circonstances particu-
(') Rapport du conseiller Kulberg , du 7 juillet 1778.
( 224 )
liéres, et pour des raisons trés-fortes, qu'on se permettrait
de reproduire en entier les vies d'un saint déjà donnée»
par d'autres écrivains.
3.° Des vies de saints dont les Bollandistes prouvaient
le caractère apocryphe , et qu'ils rejetaient comme telles ,
n'en étaient pas moins insérées tout au long dans les
Acla Sanctoriim , même lorsqu'elles n'étaient pas inédites.
On décida que , à l'avenir , l'on se bornerait à montrer ,
par des extraits tirés de ces vies , qu'elles étaient fabu-
leuses.
4.° Enfin, on abrégea encore l'ouvrage, en convenant
que les miracles avérés seraient seuls, à l'avenir, l'objet
de commentaires , et qu'on ne s'expliquerait , sur les autres,
que par de courtes remarques. Antérieurement , tous le»
miracles attribués à un saint , quels qu'ils fussent , passaient
par le creuset de l'analyse et d'une discussion critique.
Ces différentes réformes devaient produire une réduction
d'un cinquième dans les travaux à terminer. Mais , en en
rendant compte au prince De Starhemberg , par son rapport
du 7 juillet 1778, M. De Kulberg lui fit observer que ,
d'après le sentiment des bagiographes , qui était aussi le
sien , il ne fallait point en faire mention dans le prospectus
à rendre public , parce qu'une déviation des règles que
les Bollandistes avaient suivies jusqu'alors , pourrait discré-
diter l'ouvrage aux yeux de certaines personnes.
Le prince De Starhemberg approuva ces raisons , non
moins que le système de modifications proposé par les ba-
giographes. Il donna son assentiment au choix des deux
élèves désignés parmi les religieux de Caudenberg. Il dé-
clara que les livres , les manuscrits et les papiers cpie les
Bollandistes possédaient à Anvers, seraient déposés à l'ab-
baye, pour l'usage des hagiographcs , mais qu'ils ne leur
seraient confiés qu'à titre de prêt, et sous inventaire,
l'impératrice entendant se les réserver, pour en enrichir.
( 225 )
après racliévement des Acla Sanetorum, la bibliothèque
de Bourgogne, devenue publique. « Quant à la censure ,
» poursuivait le ministre (31. De Kulberg , dans son rapport,
» avait avancé (1) que les BoUandistes n'avaient jamais
T> voulu se soumettre qu'à la censure ecclésiastique), je
;> vous prie , monsieur, de me présenter vos idées sur les
» moyens de la remplir d'une manière convenable. Il en
)) faut une sans doute : mais cette censure ne doit pas
» servir de contrainte à l'opinion des rédacteurs. Le gou-
)) vernement doit éviter que la censure ne le compromette,
D comme étant ou pouvant être de sa part une accession
» à tel ou tel système qui serait en controverse entre les
j) théologiens : mais , tandis qu'il est juste de laisser une
» certaine liberté aux rédacteurs , il est bien nécessaire
» aussi qu'on prenne quelques précautions pour un ouvrage
)) continué maintenant par ordre et aux frais du gouverne-
j) ment. Lorsque la Société existait , les rédacteurs avaient
» un frein , parce que tous les membres de l'ordre étaient
» des surveillans intéressés à prévenir qu'il ne se glissât
» rien de contraire aux règles et aux ménagemcns qu'il
» était de la prudence , autant que de leur intérêt , de
» faire observer rigoureusement : à présent que ces cen—
» seurs n'y sont plus , il faut au moins un supplément ,
» et prévenir que , par les facilités qu'on accorderait aux
» continuateurs , on ne contrevienne aux premières règles
)> qu'on exige en matière de censure (2). »
Le prince de Stailiembcrg revint, sur ce dernier sujet,
dans des instructions qu'il transmit au commissaire impérial,
en date du 20 avril 1779 : «Ayant pesé et considéré , lui
(i) A'oycz cl-dcssiis, page 209.
(2) Lettre du prince De Starhemberg au conseiller De ICulberg, du 20
août 1778.
( 226 )
» écrivit-il , tout ce qui concerne l'article de la censure ,
» il a été jugé , monsieur , que , quoiqu'il ne s'agisse et
» ne puisse s'agir , dans aucun cas , de gêner la liberté
» du travail et des opinions des écrivains , beaucoup moins
» d'adopter à cet égard une marche qui tendrait à faire
» présumer seulement que le gouvernement voulût entrer,
» en quelque manière que ce soit , dans le fond des thèses,
» soutènemens , discussions ou controverses , auxquels
» l'ouvrage peut donner matière, il était cependant in-
» dispensable d'en assujélir les productions aux règles
» ordinaires de la censure, réduites , comme vous le savez,
» à la surveillance nécessaire pour prévenir que , dans les
» ouvrages remis à l'impression , il ne se glisse rien de
» contraire à la religion , à l'état et aux mœurs. Vous
» voudrez bien en prévenir l'abbé de Caudenberg , ainsi
» que les rédacteurs , en leur développant l'esprit de la
» chose , et pourvoir à ce qu'à mesure qu'il y aura des
» cahiers à remettre à l'impression , on s'adresse aux canaux
)) ordinaires : vous voudrez bien aussi vous concerter , de
» ma part, avec le procureur-général de Brabant »
Dans le mois d'octobre 1778 , on commença de trans-
porter à l'abbaye de Caudenberg les papiers des Bollan-
distes. Ceux-ci avaient , au milieu de leur bibliothècpie,
à Anvers, un grand bureau, avec 240 tiroirs divisés par
mois et jours de l'année , qui renfermaient des actes re-
latifs aux saints, et les écrits déjà préparés sur les vies
de ces saints. Ce bureau fut replacé à Caudenberg. Tous
les documens qui y avaient été contenus furent retrouvés
dans le meilleur ordre. Les manuscrits et les papiers du
Miisœwm Bellarmini furent de même successivement trans-
portés à l'abbaye. Les hagiographes et l'abbé Ghesquière
en donnèrent rc(;u. Quant aux livres qui composaient les
bibliothèques des deux établissemens , on en fit un triage :
on leur remit , aussi sous récépissé , ceux qu'ils désigné-
( 227 )
veut comme leur élanl nécessaires pour la conliuualion
de leurs travaux; une autre partie fut destinée à être
vendue avec les livres des jésuites : le reste fut déposé à
la Ijibliolhèque royale.
Le 10 mai 1779 , le conseiller De Kulberg présenta ses
vues au ministre plénipotentiaire , relativement aux Ana-
lecta helgica, dont la compilation était confiée à l'abhé
Gliesquière. « Jusqu'à présent , disait ce commissaire , ce
» titre d'Jnalecles belgiques n'a présenté que des idées
» assez vagues sur la nature de l'ouvrage , et le pros-
» pectus qui en a été publié en 1773, quelque soigneu-
» sèment travaillé qu'il soit , m'a paru laisser beaucoup
» à désirer, pour se le représenter dans le Trai jour et
)) dans toute son étendue. » Il avait donc cru devoir en
conférer avec l'abbé Ghesquière , l'un des principaux ré-
dacteurs du plan publié en 1773, et celui-ci, d'après le
résultat de leurs conférences , avait formé les projets sui-
vans que le commissaire soumettait au ministre :
1.° Idée des Analecles helijiqiies ;
2.° Idée de la marche dans la rédaction et impression
des Analecles, suivie d'un projet pour perpétuer l'éta-
blissement des historiographes ;
3.» Projet d'une lettre de l'historiographe Ghesquière
aux chapitres , aux abbayes et autres maisons religieuses ;
4 •" Liste des chapitres , abbayes et maisons religieuses
auxquelles cette lettre pouvait être envoyée ;
5." Observations sur le projet concernant la formation
d'un dépôt public d'antiquités.
M. De Rciffenbcrg a donné une analyse fidèle de la
j)remière de ces pièces ( voy. le procès-verbal de la séance
du 27 octobre 1834) : je n'ai donc pas besoin de m'y
arrêter.
Dans la seconde, qui était signée aussi par Ghesqutèrc,
et portail la date du G mai 1771), il assurait qu'il serait
( 228 )
à même de faire imprimer, chaque aimée, au moins un
volume des j^ctes des Saints hclgîqiies , format in-4.»
et de 750 pages. Il comptait avoir terminé cette partie
des Analectes en dix ans.
Il évaluait à cinq ou six volumes du même format , le
contenu de la première partie des Analectes, qui devait
être consacrée à des recherches concernant les provinces
et les peuples des Pays-Bas, suivant leurs divers états, sous
les Celtes, les Romains, les Francs 5 sous les divers comtes,
ducs ou seigneurs particuliers; sous les Bourguignons et
Ja maison d'Autriche. Il croyait pouvoir fournir, tous les
deux ans et demi , un volume de cette partie , en même
temps que deux des Actes des Saints.
Enfin , la troisième partie des Analectes , qui devait
contenir les chroniques belges inédites , tant latines que
françaises et flamandes, aurait formé cinq volumes in-4.°,
en n'y comprenant que la chronique rimée de Brabant ,
celle de De Dynter , et celle de Corsendonc. Si l'on y
joignait les diplômes publiés par Mirœus d'après des copies
infidèles, ou d'après des cartulaires peu exacts, et les
chartes qu'il n'avait pas connues , elle s'augmenterait d'un
volume. Il faudrait la porter à dix volumes, dans le cas
qu'on voulût la grossir d'une nouvelle édition de certaines
chroniques de villes , d'évèchés ou de monastères , telles
que la chronique de Cambrai et d'Arras attribuée à Bal-
deric , l'une des meilleures qui existassent , et qui était
devenue très-rare ; les chroniques des abbayes de Villers ,
de Lobbes , de Stavelot , de Saint-Martin de Tournai ,
de Vicogne , de Saint-Bertin , etc. , qu'on ne trouvait
imprimées que dans les vastes collections de DAchéry , de
Marléne ou de Blabillon , ou dans d'autres recueils , devenus
bien rares et très-chers.
Après avoir développé ces dilTércns points , l'abbé
Ghesquière étendait ses Aues au-delà du terme qui pouvait
( 229 )
être nécessaire pour l'achévenaent des AnaUctes. Il voulait
que l'on jetât les fonderaens , à l'abbaye de Caudenberg ,
d'une société littéraire qui, lorsque ce recueil aurait été
publié , s'occupât de mettre au jour d'autres ouvrages ,
et notamment 1.° une histoire suivie des Pays-Bas en
langue française , ou bien un abrégé chronologique de
cette histoire, dans le goût de celui fait par le président
Hénault; 2." une histoire littéraire des Pays-Bas, en
français ou en latin, modelée sur celle de l'histoire litté-
raire de la France par les Bénédictins; 3.° un recueil
complet des antiquités belgiques. Les statues , les bas-re-
liefs , les cachets , les médailles , les anneaux , les brace-
lets , les amulettes et généralement toutes autres antiquités
romaines 'trouvées dans les Pays-Bas, auraient composé
la première partie de ce recueil : dans la seconde seraient
entrés les mausolées , sarcophages et autres monumens
sépulcraux des princes , des évéques ou des personnes
illustres des Pays-Bas ; les sceaux , les cachets , les armoi-
ries dont les anciens souverains des dix-sept provinces
se servaient ; les monnaies frappées dans les Pays-Bas sous
les princes carlovingicns ; les monnaies des ducs, comtes
ou seigneurs de ces provinces, frappées avant 1500.
Cette pièce était suivie d'une note , dans laquelle
Ghcsquière proposait que l'on donnât à la société à ériger
dans l'abbaye de Caudenberg le titre de Société des Anli-
(piaires de Bruxelles , et que l'on formât dans la même
abbaye un dépôt d'antiques.
La lettre à écrire aux chapitres , aux abbayes et autres
maisons religieuses avait pour objet d'obtenir de ces corps
une liste détaillée des chroniques , diplômes , chartes ,
actes de conciles ou synodes tenus dans les Pays-Bas avant
lôOO , ainsi que de toutes autres pièces historiques existant
en manuscrit dans leurs archives ou bibliothèques.
Dans la cinquième pièce citée ci -dessus , l'abbé
( 230 )
Ghesquière présentait des observations dont quelques-unes
me paraissent mériter d'être transcrites ici : « Il y a près
» d'un siècle et demi , disait-il , que la seule partie des
» Pays-Bas actuellement soumise à l'auguste maison
» d'Autriche , ne cédait à aucun pays de l'Europe , pas
» même à l'Italie entière, ni pour l'érudition des anti-
» quaires , ni pourle nombre des beaux cabinets d'antiquités.
» Les Goltzius , les Laurinus , les Nonnius , les Orlelius,
» les Livinus Torrentius , les Livinus Hulsius , les Gorlœus ,
» les Tlieodorus Gallœus , les Andreeas Schottus , les
» Hemelarius , les Geyartius , les Albertus Rubenius ,
» tous nés ou établis dans cette partie des Pavs-Bas ,
» seront à jamais mémorables dans les fastes littéraires ,
» et figureront avec distinction à côté des plus célèbres
» antiquaires que toutes les autres parties de l'Europe ont
» produits depuis le rétablissement des belles-lettres.
» Il existait alors , dans les seuls Pays-Bas , un plus
» grand nombre de cabinets d'antiquités , que dans toute
» l'Allemagne et l'Espagne , prises ensemble ; et , si l'on
» en doit croire un auteur , très-modéré dans tout ce qu'il
» a avancé , le nombre des cabinets d'antiquités formés
» dans les Pays-Bas allait alors jusqu'à deux cents.
» Mais , malheureusement pour ces mêmes pays , il n'est
» que trop avéré que la plupart des monumens les plus
» respectables de l'antiquité y ont subi un sort bien fatal ,
» entre les mains de ceux qui les possédèrent après la
» mort de ces grands hommes , et que , malgré l'exemple
» de nos voisins , qui , depuis plus d'un siècle , les recher-
» chent si avidement , ces mêmes trésors , que la terre
)) semblait n'avoir cachés dans son sein , que pour les sauver
» de la fureur des barJiares , sont devenus , chez nous ,
» la victime de l'avarice, ou le jouet de l'ignorance
» Si l'on excepte , continuait-il , le cabinet d'antiquités
)) de son altesse royale notre sérénissime gouverneur , celui
(231 )
» de MM. les chanoines de la cathédrale de Tournai,
» celui de M. le comte de Leeuwerghem à Gand, quoique
» peu complet quant à la partie des antiques , enfin la
» petite collection que le soussigné a formée avec les secours
>) pécuniaires de ses parens , à peine trouTerait-on , dans
» tous les Pays-Bas autrichiens , un seul cabinet d'anti-
» quités grecques ou romaines , qui soit digne d'un coup-
» d'œil de la part d'un étranger curieux , ou qui puisse
» servir à l'éclaircissement de l'histoire ancienne. »
Ghcsquière s'attachait ensuite à faire ressortir l'impor-
tance des collections d'antiquités , non-seulement sous le
rapport de l'art , dont elles servaient à constater les com-
mencemens et les progrès , mais aussi sous celui de l'his-
toire : « Combien de fois , s'écriait-il , une seule médaille
» ancienne , un bas-relief antique , ou tout autre nionu-
» ment ancien, n'ont-ils pas jeté plus de jour sur un fait
» contesté , ou sur une époque douteuse , qu'un long
)> mémoire académique ! »
Le conseiller De Kulberg appuyait et recommandait toutes
les idées suggérées par l'historiographe de l'impératrice ;
leur exécution ne pouvait , selon lui , que faire beaucoup
d'honneur aux lettres , et répandre un nouveau lustre sur
la Belgique : seulement , il lui paraissait impossible qu'un
seul homme , parvenu à l'âge de cinquante ans , accomplît
une entreprise aussi vaste. Il rappelait , à cette occasion ,
au ministre plénipotentiaire , que Ghesquiére avait eu ,
pendant un an , pour associés au travail des Analectes ,
immédiatement après la publication du prospectus en 1773 ,
les abbés Lensens et Cornet ; il disait que ces deux sujets
avaient prouvé leur aptitude à ce travail, et il concluait à
ce qu'ils fussent adjoints à l'abbé Ghesquiére , avec les
mêmes avantages qui étaient assurés à celui-ci : au moyen
de quoi , l'établissement hisloriographique acquerrait la
consistance qui avait été donnée a l'hagiographie.
( 232 )
■ Mais la cour de Vienne , tout en regardant comme un
deToir de faire continuer les ^cta Sanctorum et les Analecta
helgica , pour lesquels elle avait trouvé des dotations
spéciales dans la succession jésuitique , n'entendait pas y
consacrer même les revenus de ces fondations, tout entiers.
Le prince De Starhemberg fit connaître au conseiller De
Kulberg que , quoique les vues de l'abbé Ghesquiére fussent
honnes , et que son plan pût même avoir des avantages
(je me sers de ses propres expressions), les directions qu'il
avait reçues de la cour impériale ne lui permettaient pas
de concourir à leur exécution. Il lui était expressément
recommandé de n'excéder, dans aucun cas, pour la dépense
des Analecta, la somme annuelle de 1,500 florins, qui
formait , à 3 p. °/o , le revenu de la dotation du Musœum
Bellarmini : il était donc impossible de donner à l'abbé
Ghesquiére des coopérateurs , aux frais du gouvernement,
Le ministre plénipotentiaire faisait encore observer a M. Do
Kulberg que , d'après le décret d'établissement de l'ha-
giographie et de l'historiographie, conforme aux instructions
de Vienne , les travaux de l'historiographe devaient consister,
pour le moment , non pas à publier les Analecta helgica ,
mais à en rassembler les matériaux ; qu'ainsi , l'abbé
Ghesquiére avait poussé ses idées trop loin : ce qui n'em-
pêchait pourtant pas que, si l'on trouvait le moyen de livrer
au public quelque partie des Analecles, sans qu'il en résultât
des frais pour le trésor royal , cela ne se fît. Le ministre
invitait le commissaire du gouvernement à lui présenter
un nouveau plan , conçu d'après ces observations , et il lui
témoignait le désir qu'il le format de concert avec l'abbé
Nélis. (1)
(i) Letlre du prince fie Starliemberg du 9 août 1779, et mémoire y
joint.
( 235 )
M. De Rulberg satisfit à la demande du ministre par
un rapport en date du 15 septembre 1779. D'accord avec
M. De jNélis, il y proposait l'établissement d'une association
de gens de lettres qui aurait son siège à l'abbaye de Cau-
dcnbcrg, et qui serait composée de l'abbé Nélis, du baron
De Fraula , de l'abbé Hejlen , prévôt de Lierre , tous trois
membres de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de
Bruxelles ; de l'abbé Gliesquière , de l'abbé Lensens qu'on
lui adjoindrait , sans charge nouvelle pour les finances
royales (l'abbé de Caudenberg offrant de le loger gratis
et de lui fournir la table , moyennant une indemnité à
prélever sur le produit éventuel des publications à faire);
enfin de l'abbé de Caudenberg lui-même , sous la prési-
dence d'un commissaire du gouvernement. Cette association
commencerait de suite la publication des Analectes, Mon-
sieur De Nélis et lui avaient trouvé que borner le travail
de l'abbé Ghesquiére , pendant un assez grand nombre
d'années, à recueillir des pièces, pour laisser peut-être,
après lui, tout l'honneur de leur mise en lumière à d'autres,
serait peu encourageant et peu équitable d'ailleurs. « En
» second lieu , continuait 3L De Kulbcrg , M. De Nélis juge,
» comme moi , que l'on tirera infiniment plus de parti d'une
>) association formée dans le moment présent , que d'atten-
» dre, pour la composer, qu'on ait complètement vers soi
» tous les matériaux , tels qu'on les aura jugés nécessaires
» pour en entamer la rédaction. Une société de gens de
» lettres qui se réunit dans un premier moment , pour
» recueillir, rédiger et perfectionner en commun , de côn-
» cert et en même temps, un ouvrage, et qui coopère
» ainsi avec unanimité, sera toujours infiniment plus utile
» à la chose, qu'une association formée après la- colloclion
» de tous les matériaux, à laquelle les membres n'auront
» eu aucune part, et qui, après le temps emplové , pen-
)> dc^nt un grand nombre d'années , par une personne seule,
( 234 )
» pour colliger et tenir des notes à sa façon et à sa propre
» méthode , devront commencer par donner un temps
» considérable encore à l'examen et analyse des matériaux
)) et des notes, avant d'en pouvoir tirer parti, et d'être
)) en état de les mettre en œuvre. »
Le ministre plénipotentiaire , après en avoir référé au
prince De Kaunilz , informa M. De Kulberg qu'il accédait
entièrement à ce que celui-ci avait proposé par son rapport ,
« pourvu toutefois qne les frais , y compris le traitement
)) dont l'abbé Ghesquière jouissait, et ce que le trésor royal
» payait aussi , pour son compte, ou à son sujet , à l'abbaye
)) de Caudenberg , n'excédât pas la somme annuelle de
» 1,500 florins. » M. De Kulberg pouvait donc, après
s'être entendu derechef avec M. De Nélis , faire les dis-
positions nécessaires pour mettre leur projet à exécution.
Mais de nouvelles combinaisons succédèrent , en peu de
temps , à celles qui venaient d'être adoptées.
L'Académie impériale et royale des Sciences et Belles-
Lettres, fondée, depuis peu d'années, à Bruxelles, par
Marie-Thérèse , ne fut pas plutôt instruite du projet
d'érection d'une société littéraire , formée avec la mission
de publier les Analectes helgiques , qu'elle en éprouva
de l'inquiétude, peut-être même de la jalousie. « Cette
» inquiétude produisit dans son sein une espèce d'agita-
» tion. Elle crut entrevoir, en cela, le dessein formé
» d'élever autel contre autel , le but de lui ravir le mérite
» et la gloire d'un travail qu'elle regardait comme lui
)> appartenant exclusivement ; elle se le persuada , et , par
» une marche conséquente à cette persuasion, elle mé-
» dila de faire usage de moyens propres à empêcher
» l'érection , ou du moins les progrès de cette société
» littéraire, comme lui étant étrangère (1).
(i) Hap()()ïl du coiiscilUr KuILcrg au prince De Stailiemberg , du
2 mai l'-Si.
( 235 )
Le premier moyen que l'Acadcmic employa fut il'alllrer
à elle l'abbé Ghesquière, en l'appelant à faire partie de
son corps. Ensuite elle créa un comité qu'elle chargea de
publier les monumens de l'histoire du pays ; elle le com-
posa du marquis Du ChasteJer, de l'abbé De Nélis, de
M3I. Gérard et Des Roches , et de l'abbé Ghesquière. Ce
comité tint ses premières séances dans le mois de novem-
bre 1780 , sous la présidence du marquis Du Chasleler.
Cela fait , elle s'efforça de démontrer au prince De
Starhemberg que l'établissement d'une société particulière
de gens de lettres à l'abbaye de Caudenberg, pour la
publication des Analectes , devenait inutile, et qu'il était
préférable d'en confier le soin au comité qu'elle avait tiré
de son sein. Le marquis Du Chasteîcr et l'abbé De Nélis
s'employèrent chaudement , dans ce but , auprès du mi-
nistre : le conseiller De Rulberg y concourut lui-nièrae,
en proposant , par un rapport spécial , que la rédaction
des Analectes et l'emploi des fonds annuels du Musœinn
j&e//ar»m'm, subordonnés aux dispositions qui avaient été
faites antérieurement, fussent confiés au comité histori-
que (1). 11 fit plus : comme le marquis Du Chasteler avait
un vif désir d'être nommé commissaire du gouvernement
prés le comité , il pria le ministre de lui conférer cette
commission, que lui Kulberg avait remplie jusqu'alors.
Tous ces arrangemens furent sanctionnés par diûiérentes
dépêches du prince De Starhemberg , datées du 10 mai 1781 .
L'une s'adressait au chancelier de Brabant , 3L De
Crumpipcn, en sa qualité de président de l'Académie. Le
ministre l'informait (pi'il avait résolu de transmettre la
direction , tant littéraire (ju'économiquc , du Jlnsœurn
Bellarmini , au marquis Du Chasleler, et lui communi-
(i) Riipi'ort au prince De Slarliembcrg , ilu i mai 1781.
( 256 )
quait les principaux points des instructions données à
celui-ci.
La seconde était écrite au marquis Du Chasteler. Après
lui avoir notifié la résolution qui l'appelait à remplacer
le conseiller De Kulberg dans la direction du Musée
Bellarmin, le ministre excitait son zèle, ses soins et son
activité , pour accélérer , autant qu'il pouvait dépendre
de lui , les progrès -d'un établissement aussi utile. « En
» même temps , ajoutait-il , je ne puis me dispenser de
)> vous recommander beaucoup de prudence et de ména-
» gemens dans les résolutions que le comité prendra ,
» soit relativement à l'impression de quelque manuscrit
» ou autre ouvrage destiné à entrer dans le recueil des
» Analectes helgifj[ues :; soit par rapport à de nouveaux
» objets de dépense , qui ne sauraient entrer dans les
» vues de S. M. , ni dans celles du gouvernement; soit
)) enfin qu'il s'agisse de quelques annonces à insérer dans
» les feuilles publiques , dont il conviendra qu'avant tout ,
» vous communiquiez les projets au président de l'Aca—
» demie, avec lequel vous vous entendrez aussi toutes
» les fois qu'il sera question de délibérer au comité sur
» quelque affaire extraordinaire ou intéressante; et, lorsque
)) le président jugera à propos de se rendre aux assemblées
» du comité, il va sans dire qu'il doit avoir la préséance
» et la semonce , tout comme il les a à l'Académie , dont
» le comité est une annexe » Un mémoire , joint à
cette dépêche pour servir d'instructions au nouveau com-
missaire du gouvernement, le chargeait d'assembler, de
temps en temps, soit chez lui, soit en l'abbaye de Cau-
dcnbcrg, les membres du comité, à l'eflet de débbérer
sur l'objet des travaux qui leur étaient confiés ; de faire
tenir , par l'abbé Ghesquière , un protocole de ces déli-
bérations, et cnfiu de rendre compte, par écrit, de mois
en mois , au ministre plénipotentiaire , de l'état des choses.
( 237 )
Une partie des livres appartenant au Musœum Bellor-
tnini avait été , comme je l'ai dit ci-dessus , réservée pour
la ])iblioLhèque royale, et d'autres étaient même destinés
à être vendus. D'après le désir exprimé par le comité
historique , une lettre , en date du même jour , du prince
De Starhemberg, adressée à M. Gérard, auditeur de la
chambre des comptes, auquel avait été donnée la com-
mission de rassembler et cataloguer toutes les bibliothè-
ques des jésuites , lui prescrivit de faire transporter ces
livres à l'abbaye de Caudenbcrg , où demeurait l'abbé
Ghesquiére.
En même temps, l'abbé Chevalier, conservateur de la
bibliothèque royale, recevait l'autorisation de laisser sui-
vre aux membres du comité , sous leur récépissé , et par
deux volumes à la fois , tous les ouvrages , manuscrits ou
imprimés, dont ils auraient besoin pour leurs travaux.
L'ardeur que le comité établi par l'Académie manifes-
tait pour la publication des monumens de l'histoire natio-
nale , et les connaissances qu'on se plaisait à reconnaître
dans les membies dont il était composé , firent , à sa
naissance , concevoir le plus heureux augure de ses tra-
vaux. La vérité m'oblige à le dire : le résultat ne répon-
dit que médiocrement à l'attente. L'abbé Ghesquiére seul
accomplit avec honneur la lâche qu'il s'était imposée. Ses
collègues , à l'exception du marquis Du Chaslcler , qui
publia un petit volume in-4.", la chronique de Gilbert,
chancelier de Baudouin V, comte de ïïainaut, ne produi-
sirent rien. Il est vrai que, en 1783, l'abbé De Nélis
annonça le dessein de mettre au jour, en 30 à 35 vofu-
mcs in-4." , une collection d'historiens belgiques; mais
ce projet ne fut suivi d'aucune exécution. Peut-clrc,
dans cette occasion , le 7.èle et les talens des membres
du comité furent-ils paralysés par un obstacle qui a fait
avorter bien des entreprises du même genre : le manque
17
( 238 )
(les fonds nécessaires. L'abbé Ghesquière était le seul
d'entre eux qiii fût indemnisé de ses travaux , et les frais
de publication devaient se couvrir par le produit de la
vente des ouvrages : ressource qui devint aussi précaire
qu'insuffisante , du moment où Joseph II supprima une
partie des maisons religieuses . et priva par— là les entre-
prises littéraires des principaux souscripteurs qui les avaient
soutenues jusqu'alors.
Les publications de l'abbé Ghesquière eurent lieu dans
l'ordre suivant :
Le premier volume des Acta Sanciorittn Belgii selecta
parut en 1783; le deuxième, en 1784; le troisième,
en 1785 ; le quatrième, en 1787; le cinquième , en 1789 (1).
Tous sortirent des presses de Lemaire , à Bruxelles.
En 1785, l'abbé Corneille De Smet fut adjoint à
Ghesquière , en qualité de lecteuï' et cojiiste d'anciennes
écritures ; le gouvernement lui assigna , pour ce travail ,
une gratification annuelle de 300 florins. Plus tard , il
reçut aussi le titre ^historiographe. Il travailla , avec
Ghesquière , à la rédaction des tomes III , IV et V des
Acla Sanctorwn Belgii.
Je reviens à l'établissement des hagiographcs.
Ce ne fut que dans les premiers mois de l'année 1 780 ,
que cet établissement eut pris toute sa consistance. Le
conseiller De Kulbcrff en déduisait les raisons dans un
rapport au ministre plénipotentiaire (2) : « Les bàtimens
» que l'abbé de Caudenberg a érigés , par destination
» propre à l'établissement , tant pour le logement des
» hagiographcs , que pour l'emplacement de leur biblio—
(i) Ghesquière fit pnraîtrc, en 179Î, :"» l'abbnyc de Tongcrloo, le
6.'' volume, en compagnie avec le pbreTliys, religieux de cette abbaye.
(2) Rapport lin i mai 1-80.
( 239 )
» lhèt[iie; la remise de tous leurs livres, manuscrifs cl
» papiers, ainsi que l'arrangement de celte bibliothètjue
» inléressante : tout cela, disait-il , n'a demandé rien
» moins que les deux années écoulées ; et maintenant ,
» tout est achevé et fini , au point qu'on peut dire , dans
» toute l'étendue du terme et de la chose , que cet éta-
» Llissement existe en l'abbaye de Caudenberg, comme
» il existait dans la maison professe des jésuites à Anvers. »
Le 51.® \olurae des Acla Sanctorum , qui étail le 4.^
du mois d'octobre, parut Ters la fin de la même année.
Les bagiographes avaient sollicité la faveur de pouvoir le
dédier à rimpératrice elle-même. Marie— Thérèse préféra
qu'il le fût à l'un de ses fils qu'elle chérissait particuliè-
rement , l'archiduc Maximilien.
Au mois de mai 1781, le religieux de Caudenberg,
J. B. Fonson , fut agrégé à l'hagiographie avec ime pen-
sion de 440 florins (1) , et une part dans les bénéfices
égale à celle des autres associés (2). Cette décision fut
rendue par le prince De Slarhemberg , sur le rapport
du commissaire du gouvernement , à la demande des
abbés De Eve , De Buë et Hubens , qui voulurent recon-
naître par-là l'application , la conduite et les talens de ce
jeune religieux. Le ministre accorda , dans le même temps,
aux bagiographes , un autre point qu'ils sollicitaient avec
instance : ce fut la permission d'avoir , dans l'abbaye de
Caudenberg , une imprimerie pour l'édition des Acta
Sanctorum (3). D'après le plan décrété en 1778, l'im-
pression de cet ouvrage avait dû être confiée à limpri-
(i) Les autres hagiographes recevaient 8oo florins de pension ; mais,
sur cette somme , 36o florins leur étaient donnés, en qualité d'ex-jésiiites.
(2) Lettre du prince De Starhemberg au conseiller Do Kulberg , du
i3 mai 1^81.
(3j Acte du 17 mal i;Si.
( 240 )
mcrie royale , aux frais toutefois «le rétablissement hagio-
grapliique : en l'ordonnant ainsi , le gouvernement n'a\ait
eu d'autre Imt , que de favoriser les hagiographcs ; mais
ils démontrèrent qu'ils en étaient au contraire lésés , et
qu'ils pouvaient obtenir la confection de leurs volumes à
un prix moindre que celui que l'imprimerie royale de-
mandait, pour se rembourser de ses dépenses. Tout le
matériel de la typographie que les Bollandistes avaient
eue à Anvers , et qui avait été réuni à l'imprimerie
royale , fut donc transporté à l'abbaye de Caudenberg.
L'abbé de cette maison , ainsi que les hagiographcs ,
souscrivirent l'engagement de ne jamais employer la ty-
pographie qu'on venait , par un privilège spécial , de les
autoriser à mettre en activité , que pour l'impression des
^cta Sanctomm.
L'association bollandienne perdit un de ses membres en
1782. Le 18 juillet de cette année, l'abbé Hubens mourut.
Le gouvernement , sur la proposition du conseiller De
Kulberg, appela, pour réparer cette perte, dom Anselme
Berthod, bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes,
grand-prieur de Luxcuil, membre des académies de Besançon
et de Bruxelles. Dom Berlhod , parvenu à l'une des plus
importantes dignités de son ordre , pouvait espérer de s'y
élever encore : mais son amour pour les travaux historiques
lui fit préférer de venir s'enfermer dans l'abbaye de Cau-
denberg , pour y continuer une oeuvre d'érudition patiente
et laborieuse qui n'honorait pas moins l'église que les lettres.
Il arriva à Bruxelles le 9 octobre 1784 : sa nomination fut
signée le 30 du même mois.
Ce fut vers ce temps, que le système de réformes, conçu
])nr Joseph II , commença de se développer dans la Bel-
gique. L'abbaye de Caudenberg, entre un grand nombre
d'autres maisons religieuses, se vit frappée do suppression,
malgré tous les droits que le chef de cette communauté
( 241 )
avait à lu bienveillance du gouvernement. Dès lors il fallut
songer à fixer ailleurs le siège de la sociélé bollaudienne :
un décret des gouverneurs-généraux, en date du 25 juil-
let 1786, ordonna sa translation dans les bàtimens de la
ijibliothéquc des ci-devant jésuites.
Dans la même année 1786, le 52.'= volume de la col-
lection , qui était le 5.'= du mois d'octobre , fut livré au
jiublic. D'après les ordres de l'empereur, il fut dédié à
l'archiduc François, grand-prince de Toscane, aujourd'hui
l'empereur François I.*^'^ (1). Quelque futile que cela puisse
paraître , je signalerai ici un changement que Joseph II
ordonna dans la dédicace, d'après les observations du prince
De Kaunitz : les hagiographes , s'adressant à l'archiduc ,
s'y étaient servis des mots serenitas tua ; il leur fut prescrit
de les remplacer par ceux àeregia cehitudo tua. Joseph II
n'agit pas du reste envers ces savans avec la même libéralité
que l'impératrice sa mère: Marie-Thérèse, en 1780, avait
fait graver , à ses frais , le portrait de l'archiduc Maximilien ,
et leur en avait fait présent; il ne voulut pas, lui, entrer
dans celte dépense.
D'autres actes , d'une plus haute gravité , vinrent révéler
aux hagiographes le peu de sollicitude de la cour de Vienne
})our leurs travaux. Dès le mois d'avril 1784 , le prince De
Kaunitz écrivait que l'empereur n'était pas satisfait de la
lenteur qu'ils semblaient y apporter, et qu'il s'attendait à
ce que , à l'avenir , ils publiassent , tous les ans, au moins
un tome de la vie des saints , et qu'ainsi l'ouvrage fût
achevé au plus tard en dix années : Kauniti avait précé-
demment mandé au ministère de Bruxelles qu'il attribuait
le peu d'activité des lîollandistes au désir d'éterniser les
])rolits qui leur étaient attribués, mais que, si leur travail
(i) Ceci était écrit avant le 2 mars i835 , jour du décès de ce prince.
( 242 )
ne rc^pondait pas à l'idée qu'on s'en était formée, il fallait
le faire cesser d'abord.
Les Bollandistes n'eurent pas de peine à se justifier. Ils
remontrèrent que , si , depuis leur établissement à Bruxelles,
à la fin de 1778, ils n'avaient publié qu'un volume, on
devait l'attribuer à celte circonstance fâcheuse , qu'il avait
fallu une année entière pour rétablir de l'ordre dans leur
bibliothèque et leurs archives ; que , pendant deux années ,
ils n'avaient été que trois , tandis que , avant la dissolu-
tion de l'ordre , ils étaient au nombre de quatre ; que ,
néanmoins, ils auraient fait paraître un volume en 1782,
et un autre en 1784 , si la mort de l'abbé Hubens et la
maladie de l'abbé De Bye n'avaient pendant long-temps
réduit la société au seul abbé De Buë. Ils terminèrent, en
déclarant que l'empereur pouvait être assuré de leur par-
faite soumission , de tout leur zèle , et de leur désir de
répondre à ses intentions , mais que , vu la nature de
l'ouvrage , et l'étendue de chaque volume , il n'était pas
possible qu'ils en produisissent un chaque année.
Ces raisons , et d'autres encore qu'ils auraient données ,
ne pouvaient faire revenir sur un parli qui était arrêté.
Le 23 août 1788, le conseil du gouvernement chargea la
chambre des comptes de s'expliquer sur les moyens d'en
finir avec les Bollandistes. Il est à remarquer qu'ils n'étaient
plus que trois alors : dom Berthod était décédé à Bruxelles
le li) mars précédent.
La cham])re des comptes montra, par des calculs d'une
exactitude minutieuse , que le trésor roval gagnerait , à
la su[)prcssion des BoUandistes et des historiographes, de
deux à trois mille florins par année, car, d'après le décret
d'établissement de 1778, la pension annuelle de 800 florins
leur était assurée leur vie durante. Elle trouva, du reste,
que cet établissement n'était aucunement utile.
La commission ecclésiastique et des études, entendue
( 243 )
à son tour , loin de prendre la défense d'une entreprise
littéraire dont l'importance devait trouver des appréciateurs
dans ses membres , si elle n'en avait pas rencontré dans
ceux de la chambre des comptes , émit une opinion que
je reproduirai , pour donner une idée de l'esprit qui animait
les chefs du gouvernement à cette époque : « L'ouvrage
» des Bollandistes , disait-elle dans sou volum du 11 oc-
» tobre 1788, est loin d'être achevé, et on ne peut guère
» se flatter d'en voir la fin. Cet ouvrage n'a d'autre mérite
» que celui d'un répertoire historique , surchargé de détails
» énormes qui auront toujours peu d'attraits pour de véri-
» tables savane. 11 est étonnant que , lors de l'abolition
» de l'ordre jésuitique , on soit parvenu à intéresser le gou-
» vernement dam un pareil fatras Il est plus que temps
)) d'y mettre fin. » Et les mêmes hommes disaient encore
le 31 janvier 1789 : « La commission est bien éloignée de
» partager la prétendue vénération profonde dont l'Europe
» savante serait imbue à l'égard des Acta Sanclonnn. Si
)) celte immense collection renferme quelques monuraens
» historiques qui pourraient être précieux, ils sont noyés
» dans une multitude de faits fort peu intéressans pour
» tout savant profane , et le temps qu'il faudrait perdre
»à faire le dépouillement de la partie utile qui se trouve
» fondue au milieu de tant de volumes , ne serait pas le
» moindre des inconvéniens qu'y trouverait tout homme
» de lettres. Au reste , l'objet principal qui doit occuper le
» gouvernement est de se débarrasser des frais »
Le 16 octobre 1788, le conseil du gouvernement noti-
fia à la chambre des comptes qu'il avait résolu de faire
cesser le travail des Bollandistes et des historiographes,
et qu'en conséquence , à partir du 1" novembre suivant (1) ,
(j) Le iiL'ic Fellet dit, à ceUe occasion ; « Le pliikisoplùsmc faisant
( 244 )
on devrait se borner à payer aux abhés De Bve , De Bue,
Fonson , Ghesquiére et De Smet , leur pension annuelle
de 800 florins. Ainsi fut consommée , sous le règne d'un
monarque qui prétendait à la gloire de régénérer ses
peuples , en les éclairant , une œuvre de parcimonie mes-
quine , disons mieux de véritable vandalisme : car les deux
établissemens qu'il supprimait n'étaient pas à charge à son
trésor , il les avait trouvés dotés de fonds plus que sufli-
sans pour leur entretien. Quelque jugement que l'on porte
sur Joseph II, sa conduite dans l'affaire des Bollandistes
sera une tache éternelle à sa mémoire.
Cependant , l'annonce de la suppression des Bollandistes
avait répandu une véritable consternation parmi les amis
des lettres et de l'histoire , non-seulement en Belgique ,
mais dans les pays voisins. Dans une séance des états de
Flandre, il fut fait la motion de proposer au gouverne-
ment la continuation des jîcta Sanctorum , aux frais de
la province. Plusieurs abbayes conçurent le même dessein.
En France , il fut sérieusement question de faire acquérir
les collections des Bollandistes et des historiographes par
la congrégation de Saint-3Iaur , tpii se serait chargée de
l'achèvement des deux ouvrages (1).
» toujours de plus grands progrès sur l'esprit des gouvernemens , celui
■n de Bruxelles supprima l'ouvrage et détruisit la société des Bollandistes
» en 1788, le jour de la Toussaint, époque choisie par dérision et la
» morgue philosophique. ( Dictionnaire hiatorique, au mot Bollandus.)
(1) J'ai trouvé, sur ce projet, au cabinet des chartes et diplômes de
l'histoire de France, dépendance de la LiblioUicquc du roi, à Paris,
les pièces dont voici l'analyse :
M. Moreau, historiographe de France , à N. De Nélis , évéque
(T Anvers , 21 novembre 1788.
On dit que l'ordre est donné de vendre les collections des Bollandistes :
cela estiil vrai ? à qui devrait-on s'adresser pour les acquérir ? les paierait-on
(245 )
L'abbaye de Tongerloo en Brabant ayant la première
fait (les démarches dans le but que je viens d'indiquer, ce
lui avec elle que , après quelques négociations , le gou-
vernement traita. Par une convention du 11 mai 1789,
il lui transféra la propriété des bibliothèques des Bollan-
distes et du Musée Bellarmin , avec le matériel y apparte-
nant, ainsi que du fonds de magasin des ouvrages des
cher ? On aurait le projet de les faire acheter par la congrégation de
Saint-Maur.
Réponse de M. De Nélis , 3 décembre 1788.
Il ne sait encore ce que l'on fera de la dépouille des BoUandistes. Plu-
sieurs abbayes songent , dit-on , à l'acquérir.
Le garde des sceaux ( Barent'm) à dom Cheureux , général de la con-
grégation de Saint-Maur , 22 novembre 1788.
Il lui propose d'acquérir , pour la faire continuer par les bénédictins
de Saint-Maur , la collection des BoUandistes.
Le même au chevalier de la Gravière, résident de France à Bruxelles,
22 novembre 1788.
Il le prie de lui dire s'il est vrai que Ton vende la collection , et le temps
où la vente se fera.
Réponse de M. de la Gravier e , 1.^'^ décembre 1788.
On l'a assuré que le décret de l'empereur qui ordonnait la vente de la
collection n'était pas encore public j que les dispositions n'en étaient pas
connues. Il tâchera de se tenir au courant.
Le chevalier de la Gravière à M. de Montmorin , ministre des affaires
étrangères , janvier 1 789.
Il a trouvé occasion d'entretenir de cet objet M. lu comte De Trautt-
mansdorlF. Celui-ci a répondu qu'il pouvait en toute liberté en parler au
chef de la société des BoUandistes; que, en cas de dissolution , il pour-
rait sans obstacle traiter avec lui , mais qu'il ne voulait pas lui dissimuler
qu'il se proposait de faire des représentations à S. M. I. sur lu peu
d'importance des frais de la continuation de cette entreprise, et qu'il
tâcherait d'obtenir ou que les travaux des BoUandistes fussent continués
à Bruxelles , ou que leurs matériaux fussent transportés à Vienne , dans
le morne but.
( 246 )
jdcta Sanclormn déjà imprimés , et des papiers , usten-
siles et effets de la typographie qui y était consacrée ,
aux conditions suivantes :
1.° L'abbaye prenait l'engagement de payer, en pensions
viagères, savoir :
A l'abbé De Bye, .... 350 florins.
A l'abbé De Buë , .
A l'abbé Fonson ,
A l'abbé Ghesquière,
A l'abbé De Smet
5 •
350
380
515
300
En tout, 1895 fl.
2.** Elle devait , en outre , payer au gouvernement , pour
l'acquisition des bibliothèques, 12,000 florins, argent de
Brabant, et pour celle du magasin et de la typographie,
18,000 fl : mais la moitié de cette dernière somme était
abandonnée aux trois hagiographes De Bye , De Buë et
Fonson.
3.° Tous les frais de déplacement et de transport étaient
à la charge de l'abbaye.
4.° L'abbaye s'obligeait à employer le compositeur
Van der Beken , attaché , depuis de longues années , à la
typographie bollandicnne.
5.° Il lui était interdit d'employer la typographie qui
lui était cédée , à d'autres usages que l'impression des
Acla Sanctoruni et des Analecla helgica.
6.° Enfin , il était expressément stipulé que l'al)bayc
ne pourrait se défaire , sous quelque prétexte que ce fut ,
d'aucun des livres et manuscrits dont on lui transférait la
propriété , et que , toutes les fois que le gouvernement
désirerait avoir en communication l'un ou l'autre de ces
ouvrages , elle serait obligée de le lui délivrer , à charge
de restitution.
Cette convention fut conclue entre M. Charlier, au-
.( 247 )
dilciir de la chambre des comptes , au nom du gouver-
nement, et les religieux Adrien Heylen et Hevermode
Duchamps , au nom de l'abbaye , à l'intervention des trois
hagiographes De Bye , De Eue et Fonson. Des lettres-
patentes du 14 mai, données sous le nom de Joseph II,
la revêtirent de la sanction souveraine. Par d'autres lettres,
l'abbaye fut autorisée à lever une somme de 60,000 florins
dont elle avait besoin pour couvrir les frais de l'opération
qu'elle venait de conclure. Le ministère aulique de Vienne
aj)[)rouva beaucoup tous les arrangcmens que l'on avait
pris; et, en ell'et, n'était-ce pas une spéculation des plus
avantageuses pour les finances impériales? Elles ne pro-
filaient pas seulement du capital de près de 200,000 fl.
que le gouvernement avait recueilli dans la succession
des jésuites bollandistes et historiographes; mais elles
reliraient un second capital de 21,000 florins, de la vente
des livres , des manuscrits et du magasin de volumes
imprimés qui appartenaient à la même succession !
Auprès de ces avantages, qu'était la gloire des lettres,
celle du pays et du souverain lui-même ?
Ici se termine l'analyse des documcns que renferment
nos archives , et , avec elle , la tache que je me suis
imposée. J'ajouterai pourtant quelques mots , afin de com-
pléter, autant que possible, l'hisloire d'une sociélé qui a
répandu un si grand lustre sur la Belgique.
Les Bollandistes étaient à peine installés à l'abbaye de
Tongcrloo , lorsqu'éclata la révolution brabançonne. Cet
événement dut nécessairement ralentir leurs travaux.
En 17t)4 , ils publièrent le tome VI d'octobre desy/c/a
Sanctorum , le 53.^ de la collection. Ce volume , qui
renfermait les vies des saints honorés sous les dates des 12 ,
13 et 14 octobre, fut dédié au paj)e Pie VI. Tiois i'*h-
gieux de Tongerloo sont désignés dans le litre connue
ayant coopéré , avec les Bollandistes , à sa rédaction.
( 248 ).
A l'entrée des Français dans la Belgique , qui eut lieu
la même année , les moines do Tongerloo se dispersèrent .
et les BoIIaudistes suivirciit leur exemples. Les pères De
Bye et Ghesquiére , selon M. Camus (1) , se retirèrent en
Allemagne , où ils moururent peu après. Les pères De Buë
et Fonson , et le père Heylen , religieux de Tongerloo ,
qui leur avait été récemment associé , restèrent dans le
pays. En 1801 , M. D'Herbouville , préfet du département
des Deux-JXèthes , fit des tentatives auprès de ces derniers ,
pour les engager à reprendre leurs travaux ; elles n'eurent
pr,s de succès. L'Institut de France , qui appréciait toute
l'importance de la collection des Acta Sanctoruin , écrivit ,
en 1803, au ministre de l'intérieur, pour le prier d'en-
gager le même préfet et celui de la Dyle à tenter de nouveau
d'obtenir des Bollandistes, ou qu'ils continuassent leur re-
cueil , ou qu'ils cédassent , au moyen des conventions qu'on
ferait avec eux , leurs manuscrits et les autres matériaux
qu'ils avaient préparés : cette démarche demeura aussi sans
résultat (2).
Les religieux de Tongerloo avaient eu soin, en 1794,
de mettre en lieu de sûreté leurs archives et leur bibliothèque.
En 1827, des ouvertures furent faites, de la part du gou-
vernement des Pays-Bas , à ceux d'entre eux qui vivaient
encore , pour qu'ils cédassent à l'état les livres et les ma-
nuscrits dont on les savait détenteurs : ils y consentirent.
Les livres furent envoyés à La Haye , où on les déposa
(i) Voyage fait dans les départemeris nouvellement réunis et dans
les dèpartcmens du Bas-Rhin , du Nord , du Fas-de-Calais et de la
Somme , à la fui de Van^, pur A. Ctimus. Piiris, Uaudoitin , ventôse
ail XI (i8o3), li vol. iii-i8."
(•i) Voyez le Voyage de Camus, déjà cite, et le ra[iport fait , le !\ gcr-
iiiiiial an XI , à la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut,
par le même, au uoui d'une couimission spéciale.
(249)
à la Lihiiothôquc royale: on obtint, non sans peine, que
les manuscrits fussent réservés pour la ]>il)liothéque de
Bourgojrne. M. Duguiolle, aujourd'hui secrétaire-général
du ministère de l'intérieur, et moi, nous fûmes chargés,
jiar un arrêté de M. Van Gobbelscliroy du 12 février 1828
de cataloguer ces derniers. Nous présentâmes notre travail
au ministre le 4 août de la même année : il contenait 302
numéros; tous les ouvrages nous parurent provenir de la
biliothèque des Bollandistes et du Musœmn Bellarmini.
On s'était flatté de rencontrer , parmi ces manuscrits , la
continuation du travail des Bollandistes : cette espérance
fut déçue ; mais nous trouvâmes du moins les matériaux
qui devaient y servir, rangés dans un très-bon ordre, jour
]iar jour, du 16 octobre au 31 décembre: ils formèrent
les N."' 368 à 386 du catalogue. Ces matériaux , dans la
supposition même qu'il faille renoncer à voir jamais s'achever
la grande collection des Acta Sanctorum , seront toujours
très-utiles : ils seront spécialement d'un grand secours à
M. l'abbé De Ram , qui , d'après le plan arrêté par la
commission dans sa première séance , est chargé de compléter
les Acta Saneiorum Belgii commencés par Ghesquière.
( 250 )
Caisse d'Epargne.
Nous ne sommes pas les premiers à faire remarquer
que les mêmes questions se traitent souvent , en même
temps , à Paris et à Bruxelles , sans que les circonstances
qui les font naître aient entre elles la moindre analogie.
Tout récemment encore, tandis que la fermeture des
caisses d'épargne établies par la banque , éveillait la solli-
citude du gouvernement belge et l'obligeait à chercher
les moyens de pourvoir à leur remplacement , on s'occu-
pait , en France , d'une proposition de MM. Benjamin
Delessert et Gh. Dupin , tendante à propager cette utile
institution.
Nous pourrions souvent retirer de grands avantages des
lumières qui jaillissent des débats législatifs de nos voisins :
sagement mises à profit, elles amélioreraient un grand
nombre de nos lois.
Ce n'est pas que nous voulions citer comme modèle la
discussion du 3 février dernier, sur les caisses d'épar-
gne ; le désordre et la confusion qui l'ont accompagnée
feraient plutôt croire que , dans cette séance , les députés
français avaient pris à tache de justifier l'opinion de
M. Fonfrèdc sur l'initiative des chambres 5 jamais ils ne
s'étaient trouvés dans un tel embarras ; d'accord sur
(251 )
rulilité des caisses d'épargne, ils allaient s'y montrer
contraires en rejetant la loi si, pour se tirer d'affaire, ils
n'avaient enfin consenti, après deux refus successifs, au
renvoi du projet à la commission.
Ce projet avait le défaut de ne pas étaLlir de distinc-
lion assez tranchée entre les caisses fondées par les par-
ticuliers et celles qui sont créées par les autorités muni-
cipales ou départementales. On a tout confondu ; et tan-
dis que les uns voulaient les assujettir indistinctement à
la surveillance du gouvernement, les autres prétendaient
les émanciper de tout contrôle quelle fjue fut leur origine.
11 eut été plus sage de partir du principe qui sert de
Lase à la loi de 1833, sur l'instruction primaire, et de
«liviser les caisses d'épargne en caisses privées et en cais-
ses publiques de la même manière que les écoles.
M. Lorabard-Bussièrc , en combattant le projet sous le
rapport de son insuffisance , a proposé d'associer les
caisses d'épargne aux Monts-de-Piété ; il a reproduit à ce
sujet les vues consignées dans un mémoire de M. Arnould ,
couronné par l'Académie de Nismes, en 1828, « ces
» deux établissements réunis , disait-il , ne gagneraient
» pas seulement de l'unité dans les idées de bienfaisance
» qui présideraient à leur marche , ils gagneraient encore
» de notables économies dans leur administration ».
On s'est borné à répondre que l'ouvrier économe n'irait
pas porter ses fonds au Mont-de- Piété , de crainte d'être
confondu avec l'emprunteur , et que d'ailleurs ces établis-
sements n'existent que dans les grandes villes. 3Iais celte
objection improvisée n'est d'aucun poids à nos yeux, car
les Monts-de-Piété sont tous assez vastes pour avoir des
bureaux séparés et des entrées bien distinctes où l'on
placerait des écriteaux indiquant la destination ; et , s'il
est vrai que ce serait apporter un obstacle à la midti-
plicaliou des caisses d'épargne que de les assujettir toutes
( 252 )
à des règles uniformes , pourquoi ne les associerait-on pas
aux Monts-dc-Piété dans les \illes où il s'en trouve ? rien
n'empêcherait de recourir à d'autres combinaisons , quand
on serait privé de cet utile auxiliaire.
Cette question offrant un grand intérêt , dans ce moment,
où tant de personnes ont retiré leurs fonds des caisses
d'épargne fermée par la Banque, nous croyons faire une
chose utile en donnant à nos abonnés l'extrait de l'ouvrage
de notre compatriote concernant les moyens d'associer les
caisses d'épargne aux Monts-de-Piété.
« Les caisses d'épargne, dit l'auteur, (1) sont l'un des
plus puissants correctifs à opposer à la funeste influence
que peuvent exercer les Monts-dc-Piété ; elles accoutument
le peuple à jeter des regards sur l'avenir; elles le disposent
à profiter de la jeunesse , de l'état de santé et des mo-
ments où le travail est abondant , pour subvenir par des
économies aux besoins que la vieillesse, les maladies et
l'absence d'ouvrage entraînent à leur suite.
Mais comment propager cette utile institution? rare-
ment l'on trouvera, comme la caisse d'épargne de Paris,
une ressource assurée dans la libéralité des fondateurs ;
cependant, les frais d'établissement ne peuvent se couvrir
qu'à la longue et alors seulement que le peuple aura pris
les habitudes convenables, pour donner aux opérations de
la caisse d'épargne une étendue qui la mette à même de
pourvoir aux dépenses qu'elle occasionne.
Cet obstacle serait levé, en étayant ce nouvel établis-
sement sur une institution de bienfaisance déjà régie par
une administration gratuite, dans l'intérêt de l'utilité pu-
blique et sous la surveillance de l'autorité.
(i) Avantages et inconvénients des banqnes de prêts connues sons
le nom de Monts-de-Piéti; , par D. Arnonld , secrétaire-inspecteur de
l'université de I.onvain , cliez Gérard , à Namur,
( 253 )
Les Monts -de -Piété présentent toutes les conditions
désirables sous les rapports d'économie, de sécurité et de
facilité de placement pour les fonds déposés; leur dota-
tion étant susceptible d'être remboursée à volonté, on
emploierait successivement à des remboursements partiels
les sommes versées à la caisse d'épargne.
L'établissement paierait l'intérêt de celles-ci sur le pied
de 4, de 3 et même de 2 p. % , le taux devant décroître
proportionnellement à l'élévation des capitaux. Un délai
serait fixé pour le remboursement de toutes les sommes
au-dessus de 50 francs , d'après leur progression , afin
d'éviter que la demande de ces remboursements n'occa-
sionnât des secousses trop brusques : plus le maximum des
capitaux déposés serait élevé, plus serait grand l'avantage
que l'établissement retirerait , par suite du bas intérêt
qu'il aurait à payer; cet avantage tournant au profit des
petits emprunteurs dont les charges seraient des lors
allégées , il y aurait lieu d'espérer que des personnes bien-
faisantes placeraient quelques fonds à 2 ou 3 p. "/o pour
coopérer au résultat de cette bonne œuvre.
Au moyen de ces précautions, les remboursements des
gros capitaux n'occasionneraient point de gêne , puisque
l'on aurait le temps de s'y préparer; le remboursement des
petites sommes donnerait encore moins d'inquiétude, car
on sait que dans toutes les aflaires de ce genre , il s'établit
une balance entre l'entrée et la sortie de fonds , qui
permet de satisfaire aux besoins journaliers. Au surplus ,
rien n'empêcherait , alors comme à présent , de recourir à
un emprunt momentané.
Cependant, si le Mont-dc-Piélé n'avait pas un crédit
assez, solidement établi pour trouver, en cas de demandes
de remboursement plus fréquentes que de coutume, à em-
prunter avec facilité et à de bonnes conditions, il pourrait
placer une partie des fonds versés à la caisse d'épargne ,
18
( 254 )
eti achat d'inscriptions sur le grand livre qu'il réaliserait au
besoin; il emploierait également en acquisition de rentes
sur l'état tous les fonds qui excéderaient la somme né-
cessaire aux opérations ordinaires de l'établissement, ou
même une grande partie des capitaux déposés, si l'admi-
nistration craignait que le mouvement de la caisse d'épargne
n'apportât quelque gène dans les opérations du Mont-de—
Piété, ou n'altérât la solidité de la dotation. On doit s'en
rapporter à cet égard aux mesures que les administrations
locales prendraient, d'après les circonstances.
Quant au surcroit de travail des bureaux, il serait peu
de chose et n'exigerait point l'augmentation du personnel
des Monts-de-Piété , car vers le milieu de la semaine , l'on
peut toujours disposer de certains employés; d'ailleurs,
pourquoi les directeurs et les administrateurs ne s'y pré-
teraient-ils pas, à l'exemple des personnes bienfaisantes
qui administrent la caisse d'épargne de Paris ?
Il est entendu que les bureaux de la caisse d'épargne
seraient séparés de ceux de l'établissement et que l'entrée
serait distincte : si la disposition du bâtiment ne le per-
mettait pas, on n'ouvrirait ces bureaux que les dimanches.
Ne devant point entrer dans tous les détails d'une
organisation qui nous paraît d'une facile exécution, nous
nous bornerons à montrer la possibilité de faire marcher
simultanément et avec plus d'économie deux établissements,
dont l'un trouverait une administration toute formée, un
personnel, un local et un matériel qui le dispenseraient
des moindres frais; et l'autre pourrait, par la réduction
du taux de l'intérêt à payer pour la dotation, faire jouir
les emprunteurs d'une diminution j)ro})ortionnelle. Tous
deux profiteraient de l'avantage de n'avoir qu'une caisse
commune , et de faire IVnclifier des fonds que des caisses
de réserve séparées laisseraient improductifs.
( 255 )
Peut-être pourrait-on même tirer parti de cette asso-
ciation pour habituer le peuple à faire des économies, en
retenant , à cet effet , une faible somme sur certains
emprunts pour la placer à la caisse d'épargne , d'où il ne
serait permis de la retirer que dans un temps ou dans des
circonstances à déterminer. Le Mont-de-Piété ne percevrait
point d'intérêt sur les sommes retenues et ainsi placées
à la caisse d'épargne , mais en revanche , celle-ci n'en
paierait qu'à dater de l'époque où le gage serait retiré :
l'on éviterait par là les abus qui pourraient naître de cette
disposition.
Nous n'insisterons pas sur dos vues qu'il serait superflu
de développer dans ce travail (1), 11 suflit d'avoir fait
entrevoir tout le bien qui pourrait naître d'une combi-
naison qui, par la diflerence même des éléments dont
elle se compose, présente, après un mûr examen, l'idée
consolante de soulager les familles que la détresse force
à emprunter, au moven des économies des hommes sases
et laborieux qui cherchent à se préparer des ressources
contre les coups du sort. Il s'établirait alors une sorte
de compensation qui tournerait à l'avantage commun.
C'est une des nécessités de cette époque de transition,
de satisfaire à la fois aux besoins que nous ont légués
les anciennes générations, et à ceux qui naissent d'un
nouvel ordre de choses. Il faut bien, en clFet, lier le
j)assé au présent, alors que les positions sont si variées,
que les mœurs et l'ignorance du moyen âge se trouvent
souvent à côté des habitudes et des lumières d'une civi-
lisation avancée. »
(i) Ces vues sont développées clans un projet de règlement qui termine
roiivr;ige, pour en faire mieux apprécier les détails pratiques.
( 256 )
Nous ayons exposé les vues de l'auteur avec d'autant
plus de confiance que les états statistiques des établisse-
ments de hienfaisance publiés le 15 janvier dernier, par
le Moniteur français, nous apprennent qu'elles ont déjà
été réalisées dans trois Monts-de-Piété.
Leur mise à exécution serait bien plus facile en Bel-
gique , maintenant surtout , que l'émission des bons du
trésor portant 4 1/2 p. °/o d'intérêt, permet de placer au
fur et à mesure les fonds déposés : la différence d'un
demi p. % qui existerait entre l'intérêt à recevoir et
l'intérêt à payer, dédommagerait le Mont-de-Piété et lui
assurerait des bénéfices notables, dés que les opérations
acquerraient quelqu'importance. Ces bénéfices formeraient
un fonds de réserve destiné à couvrir les pertes qui
pourraient résulter des opérations, ils serviraient aussi à
payer l'accroissement des charges de l'établissement , et
tourneraient, en définitif, à l'avantage des emprunteurs,
eh facilitant la réduction des intérêts qu'ils paient pour
les gages. Et qu'on ne croie pas que les déposants pourraient
souvent profiter directement de l'intérêt alloué pour les bons
du trésor mis à leur porlée par coupons de cent francs;
l'ouvrier laborieux ne peut faire que de minimes épargnes,
et s'il devait attendre qu'elles s'élevassent à la somme
nécessaire pour acheter un bon, il succomberait mille
fois à la tentation de dépenser ses petites économies :
les classes aisées ne se figurent point les jouissances ou
les privations que quelques francs peuvent procurer à des
hommes qui en ont si peu et qui les gagnent si diffici-
lement.
Un autre avantage de la combinaison proposée, serait
de populariser les caisses d'épargne dans les classes infé-
rieures qui accordent une confiance illimitée au Mont-
de-Piété , tandis que , à raison sans doute des fréquents
changements de régime dans notre pays, elles se tiennent
(257 )
en méfiance contre les institutions émanées de plus haut.
Aussi les caisses d'épargne de la banque, malgré les ga-
ranties incontestables qu'elles offraient , étaient-elles moins
fréquentées par l'ouvrier économe que par le capitaliste
qui Y versait ses fonds , en attendant un emploi plus
avantageux.
Quant au taux de l'intérêt , ce n'est pas son élévation
qui multiplie les petits versements : M. Salverte a remar-
qué que celui qui porte son argent à la caisse d'épargne
ne s'occupe guère de l'intérêt , il veut avant tout mettre
une petite somme en réserve pour les plus pressants besoins.
La preuve en est , dit-il , qu'un quart au moins des fonds
déposés est tout à fait variable et sert en général à payer
les petits loyers. On sait d'ailleurs que l'intérêt de 4 p. °/o
excède de beaucoup celui accordé en Ecosse où les caisses
d'épargne ne paient que 2 p. % d'intérêt, et en Angleterre
où elles ne paient que 3,80, d'où le gouvernement retient
encore 38 centimes pour payer les dépenses.
Du reste , nous voudrions que l'établissement payât
comme le faisait la banque , 4 p. "/o d intérêt pour toutes
les sommes qui n'excéderaient pas deux mille francs et que
cet intérêt se réduisit graduellement à 3 et à 2 p. % pour
les sommes plus élevées, attendu qu'il s'agit i'".'quement
ici , de favoriser les classes inférieures et non les capitalistes
qui ont tant d'autres moyens de placer leurs fonds. ^
En soumettant ces idées à nos lecteurs , notre but est
d'appeler leurs méditations et celle de l'autorité , sur un
objet qui touche de si près aux améliorations sociales
réclamées de toutes parts.
( 258 )
tÎ0tue
ycrflrb f^K^exdaci
II y a dans notre histoire , si palpitante d'intérêt , si
bigarrée de faits divers , certains grands noms qu'un
dévouement héroïque , un courage à toute épreuve , une
fermeté de fer ont entourés d'une auréole de gloire , dont
le silence et la coupable indifférence des écrivains ont seuls
dérobé l'éclat aux yeux de la postérité. Chez les Romains
et les Grecs le moindre exploit militaire , l'action de celui
qui défendait bravement sa patrie , était scrupuleusement
enregistrée et entretenait dans la nation cette grandeur
d'ame , cette conscience de soi , qui donne la véritable
dignité aux peuples. Les noms de Codrus , d'Harmodius et
de Léonidas ; de Cincinnatus , de Coriolan et de Camille,
sont parvenus jusqu'à nous; et cependant cliex nous à peine
corniait-on le dévouement des trois cent Franchimontois;
les Breydel et les DeConinck, les Huldenberg et les Borluut,
C'est vraiment une honte à nous de laisser ainsi ensevelies
dans l'oubli ces célébrités dont tout autre peuple se mon-
trerait lier et orgueilleux.
Parmi ces hommes à qui une patrie reconnaissante eût
décerné des couronnes civiques, ou élevé des colonnes, nous
mettrons en première ligne Evcrard t'Serclaes. Issu d'une
famille illustre par ses alliances et son ancienneté, Everard
t'Serclaes était né à Bruxelles vers 1315. Il tirait son origine
( 259 )
tle la famille des Sleeiiws , qui , ainsi qu'on le sait , était une
des sept familles patriciennes de Bruxelles, Nicolas Sleeuws
avant commencé une souche à part , elle prit le nom de
t'Sheren-cIaes ou t'Serclaes , c'est-à-dire Souche de 3Ies-
sirc Nicolas ( Gramaye, Bruxelles, p. 22. — Harœus,
Ann. ducum Brab. , p. 333. , Antverpiœ 1623. —
M. S. généalofjique appartenant à M. De Roover , à
Bruxelles ).
Il était fils d'Everard t'Serclaes et de Barbe Van Ursel.
Uni en premières noces à Béatrix Van Eessene, il épousa,
après la mort de celle-ci, Elisabeth Van der Meeren. Il
eut de son premier mariage cinq enfans , 1.° Everard, qui
fut maitre d'hôtel et favori du duc Jean IV ; il fut déca-
pité à Bruxelles par le peuple en 1421. — 2." Wenceslas,
qui mourut en 1422, en allant combattre en Bohême
les sectaires de Jean Huss. — 3.° Laurctte mariée au
seigneur d'Assche ; Jean IV la fit dame— d'honneur de
l'infortunée Jacqueline de Bavière, duchesse de Brabant.
— 4.° Jean. — 5.° Jeanne. ( M. S. gInéalo(jique , cité
— Dijutherus , Chron. Brabant. M. S. ( cxempl. en 5 vol.^
t. 111. p. 160G. t. IF. 2927 Seqq. 2985.*— Dicœus
Rer. Brabant. p. 231 — Nobiliaire des Pays-Bas. 11.
24 Seqq. Malines. 1779 ).
Son frère Jean t'Serclaes d'abord chanoine de S.^° Gu-
dule , devint en 1378 évéque de Cambray et comte du
Cambrésis (^Gramaye Cameracum p. 9 — Carpenlier
lliit. de Cambray — Nobiliaire etc. ibid).
Everard t' Scrclacs est le premier de cette famille f\\\e
nous voyons avec le nom Aq Patricius , vers 1337 (^Gra-
maye, Bruxelles p. 22 ). 11 était seigneur deWambecck,
Bodenghem et Ternath (1). Le château de Crujkcnbourg,
(i) Villages voisins situés à i 1/2 lieue de Bruxelles.
( 260 )
petite seigneurie enclayée dans le territoire de Ternath ,
fut rebâti par lui et augmenté d'une riche chapelle. La
partie ancienne de ce château semble s'être conseryée
jusqu'à nos jours ; des tourelles , de larges fossés , d'épais-
ses murailles paraissent attester son antique importance.
(Gromaye, ihid. p. 18. — Le Boy, théâtre profane
dit Brah. p. 25 ).
Le nom d'Everard t'Scrclaes a surtout acquis sa célé-
brité par l'expulsion des Flamands de la \ille de Bruxelles,
Tous les auteurs sont d'accord sur les causes de la guerre
qui éclata en 1356 entre la Flandre et le Brabant.
Meyer , Divaeus , Butkens , Oudegherst nous apprennent
que Louis-de-Màle se Tovant éventuellement dépouillé
de la succession au duché de Brabant , en conçut un
profond ressentiment contre Wenceslas et Jeanne. Ce-
pendant , comme ses prétentions à cette succession ne
se trouyaient fondées sur aucun droit , il se contenta
d'exiger du Duc , son beau-frére , la dot assignée à Mar-
guerite sa femme , qui consistait en une pension annuelle
de 10,000 florins de Florence. Wenceslas eut la délo\auté
de refuser au Comte l'exécution des engagements pris
entre eux. Outré de tant d'indélicatesse et de si peu de
bonne foi, Louis devint plus exigeant et réclama le paie-
ment de 86,500 réaux d'or que lui devait encore le
défunt Duc Jean III , pour la cession qu'il avait faite à
ce dernier de la ville de Malines, en 1346. Une entrevue
des deux princes à Malines ne fit qu'aigrir la querelle.
Wenceslas se moqua ouvertement des menaces du Comte
et s'en revint à 31aestricht , pendant que Louis-de-Màle ,
de retour à Gand , y préparait toutes ses dispositions et
armait la jeunesse flamande pour marcher contre le
Brabant.
Le Duc , venu d'abord à Maestriclit afin de régler avec
l'empereur Charles IV la soumission de ses états, v de-
(2fil )
mcurait plongé dans l'oisiveté et l'indolence. « // samu^
)) sait avec assez peu de soing , dit Butkens , se laissant
)) mener par le conseil déjeunes gens sans expérience,
» jdus adonnés à leurs j)laisirs quà ce quêtait néces—
» saire pour la défense de la patrie. »
Avant de commencer la guerre , Louis-de-Màle dépêcha
cependant une députation à son beau-frère et essaya des
voies de conciliation. Mais Wenceslas, abusé par de per-
fides favoris , renvova insolemment les ambassadeurs du
Comte [Butkens, troph. de Brah. et preuves I, 190. —
Deicez ni. 340 ).
Divœiis, p. I(î9, cherche à disculper l'époux de Jeanne
et assure qu'il était à 3Iaestricht , non pas oisif et insou-
cieux de ce qui allait arriver, mais s'occupant au con-
traire à assembler des troupes pour se défendre contre les
aggressions éventuelles des Flamands.
Quoiqu'il en soit , on sait que les Brabançons essuyèrent
une entière défaite à Scheut, prés de Bruxelles, le 17 août
1-350; on connait l'issue funeste que celte sanglante ba-
taille eut pour Wenceslas; Bruxelles, Louvain , Tirlemont,
Léau , toutes les villes du Brabant se soumirent , par la
ruse ou par la force , au Comte de Flandre.
A la nouvelle du terrible échec éprouvé par ses com-
patriotes, Everard t'Serclaes qui faisait partie de la suite
du Duc à Maestricht , conçut la noble entreprise de
délivrer le Brabant du joug étranger et de remettre le
duché à Jeanne et à Wenceslas ; son courage et son
activité étaient une sûre garantie du succès qui devait
couronner son patriotique dévouement ; Meyerl' appelle :
impiger est viagni a ni mi vir !
Everard entretenait avec ses parens et quelques amis
braves et restés attachés à la cause nationale , des intel-
ligences suivies. Il leur fit connaître ses projets et concerta
uvec eux toutes les mesures que les circoiistances semblaient
( 262 )
commander de prendre. Tout ce qui se passait à Bruxelles
lui était fidèlement rapporté. Il apprit bientôt que la
domination de Louis-de-31àlc commençait à peser trop
lourdement sur les Bruxellois , que sa morgue insolente
et ses manières de vainqueur lui attiraient le mépris et
l'aversion, que les Flamands enfin trop confiants dans
l'obéissance de ceux qu'ils venaient de soumettre gardaient
la ville avec une inconcevable négligence , laissant pendant
la nuit la plupart des postes les plus imporlans sans dé-
fense et à la merci d'un coup de main. (Mann., hist. de
Brux. I. 55. — De S met, Jiisl. de la Belcjique /. 214. —
Deicez , ihid. 345 ). Ainsi instruit des moindres détails,
il découvrit un jour ses plans au Duc Wenceslas et se
rendit secrètement à Bruxelles , accompagné de quelques
amis fidèles et dévoués. Louis-de-Màle venait de quitter cette
ville ; il était allé passer quelques jours à Gand. L'iibsence
du Comte favorisait considérablement l'entreprise de
t'Serclaes. Aussi ne laissa-t-il pas échapper une si heu-
reuse occasion ÇDijnterus , ihid. III. IG06. Seqq ). Il
rassembla un petit nombre d'hommes déterminés, sur le
concours desquels il pouvait compter , et , le 24 octo-
bre 1356, pendant une nuit sombre qu'une pluie battante
rendait plus noire encore , il sortit de la partie de la
forêt de Soigne, alors contigue à la ville, et où il avait
réuni ses compagnons. Munis d'échelles et de cordes , ils
approchèrent dans le plus grand silence d'une éminence
appelée Warmoes-herg , à-peu-près à l'endroit où se trouve
aujourd'hui le coin de la rue d'Assaut qui descend vers
le Fossé-aux-loups ; le M^armoes-herg était alors hors des
remparts , car ce ne fut que l'année d'ensuite que la
nouvelle enceinte de Bruxelles fut commencée , telle
qu'on la voyait encore , il y a 40 ans. ÇMann. I. 56. 57. — •
Dijutherus ihid).
T' Serclaes et ses compagnons appliquèrent leurs échelles
( 263 )
à la partie du mur extérieur que ne Lordait pas le fossé
de la ville et dont le revêtement endommagé menaçait
ruine. Ils escaladèrent le rempart dégarni de sentinelles ,
abandonné aux tentatives de l'ennemi. Descendus de
l'autre côté du mur , dans la rue qui prit depuis cet
événement le nom de rue d'Assaut , ils se mirent à courir
par la ville criant à tue tête : Brahant au grand duc ;
c'étaient les mots de ralliement pour assembler leurs
amis qui attendaient , dans leurs maisons , le résultat de
l'entreprise hardie d'Everard. La petite troupe que con-
duisait le brave Brabançon fut bientôt grossie par tous
ceux qui tenaient pour Wenceslas.
Les Flamands réveillés par les cris d'alarmes de quel-
ques sentinelles isolées qui venaient avec épouvante leur
raconter ce qui se passait , essavèrent de résister au pre-
mier choc. 3Iais entourés d'épaisses ténèbres , cernés de
toute part, sachant à peine quels ennemis ils avaient k
combattre , ils furent vigoureusement repoussés ; t'Serclaes
suivi de ses amis pénétra bientôt jusqu'à la Grand'place
où s'élevait la maison des bourgmestres (aujourd'hui le
Bvood-huys en face de l'Hôtel-de-ville) ; il s'élança sur
le perron et en arracha la bannière du Comte de Flandre
qui fut lacérée et foulée aux pieds. L'étendard de
Louis-de-3Iàle qui flottait sur quelques portes de la ville
eut le même sort et fut remplacé par le drapeau du Duc de
Brabant ( Harœus p. 332. — Dîvœus ibid. — Mann.^
ibid. — Oude<jhcrsl , I. 492 uof. 4. Dyutherus , ibid. —
De Smet , ibid. — Meyer , ibid).
En voyant la victoire se décider en faveur de Wenceslas ,
les Bruxellois , qui jusqu'alors s'étaient encore crus liés
par la religion du serment prêté au Comte, se levèrent
en masse et unirent leurs efforts à ceux de t' Scrclaes.
Consternés des pertes qu'ils éprouvaient , traqués dans
toutes les rues, les Flamands abandonnèrent les différens
( 264 )
postes qui leur avaient été confiés et cherclièrent leur
salut dans la fuite. Les Brabançons les poursuivirent sans
pitié jusqu'à la porte de Flandre , qui déjà gardée par un
fort détachement d'archers , barrait le passage aux fuyards.
( Deicez , ihid.).
Ainsi privés de tout moyen de se sauver , les uns se
précipitèrent du haut des remparts et trouvèrent la mort
dans leur chute ; d'autres pleins de courage préférèrent
de continuer le combat jusqu'à ce qu'ils tombassent percés
de coups et accablés par le nombre ; d'autres enfin furent
impitoyablement massacrés par la populace ( Dynlherus ,
ihid. — Deivez , III. 346. — Mann., ihid.).
Cinq semaines s'étaient à peine écoulées et déjà le
Comte de Flandre se trouvait dépossédé de ses brillantes
conquêtes ! car aussitôt que les Brabançons eurent repris
Bruxelles, les villes deLouvain, Tirlemont et autres (à l'ex-
ception d'Anvers) que la force retenait soumises à Louis-
de-Màle , furent réduites sous l'obéissance de Wenceslas ,
qui , à la première nouvelle des succès obtenus par t'Serclaes,
s'était rendu avec la duchesse Jeanne à Bruxelles , où tous
deux furent magnifiquement reçus avec leur nombreuse
suite qui se composait d'une troupe d'Allemands entre
lesquels brillaient les comtes de Berg , de Los, de Catze-
lenbourg et de Meghem ; les seigneurs de Brederode ,
d'Iselsteyn , de Warfusée , de Hamale et Thierry de Roche-
fort. Evcrard tSerclaes, le héros de ce bel exploit militaire,
fut comblé de bienfaits par le Duc qui le créa chevalier
et lui donna à jamais son amitié : in proximorum nume-
riim adscivit. Le peuple de Bruxelles joignit ses actions
de grâce à celles du prince et porta toujours à son intré-
pide libérateur une vénération profonde, un amour sans
bornes dont nous verrons bientôt une preuve [Harœus ,
p. 333. — Dyntherus, ihid. — Mann., ihid. p. 57. — Buk-
keu6 I. 471),
( 265 )
Cependant après la réintégration du Duc de Brabant
dans ses états la guerre n'en fut poursuivie qu'avec plus
d'acharnement ; nous n'entrerons pas dans de plus longs
détails à cet égard, il suffira de dire que la paix d'Ath,
conclue le 4 juin 1357, mit enfin un terme à ces désas-
treuses ilissentions qui divisaient Wenceslas et Louis-de-
Màle. ,
On a beaucoup varié sur le nombre de ceux qui secon-
dèrent la courageuse tentative d'Everard t'SercIaes; les uns
avec Butkens ont prétendu qu'ils étaient cinquante ; d'au-
tres ont porté ce nombre à 100. Une pierre votive élevée
en l'honneur de t'Serclaes pour perpétuer le souvenir de
l'action qui l'avait illustré , détermine irrécusablemcnt ce
nombre et le fixe à soixante — six. Cette ])ierre , de marbre
bleu , fut trouvée enfouie dans la terre lorsqu'on bâtit
l'hôtel de Berghe, depuis l'hôtel de Beughem (aujourd'hui
un magasin de nouveautés au coin de la rue d'Assaut)
à l'endroit où , comme nous l'avons dit , fut tenté l'esca-
lade. L'inscription telle qu'elle se trouvait gravée sur cette
pierre, était ainsi conçue :
S. P. Q. B.
EVERHARDO t'shERCLAES VIGT.
PATR. LIBERAT.
QUI IX KALE^D. KOV. MCGGLVI HUG PîOCTU
CUM LXVI SOG. ARM. URB. I>VAS. EXPUG>'.
VEXILL. PRIMAR. GASDAV. CUR. SE>'AT. DIRUP.
ET
CONCERTAIT. GIV. HOST. INTRORUPT.
VAL. DEP. PATR. LIBER.
P. S.
Voici l'inscription sans abréviations :
Senalus popitfiistjiie Bruxellensis Everhardo fSercîaes
viclori,2^ttlf'ioe liberalori quiixkalendasnocembrisuGCCh'Si
( 266 )
Imc noctu cnni lxvi socîis armatis nrhein invasit, ex—
pugnavit , vexillian jjrimarium Gandavensiuin è curia
senalot'îa dirupil, et concerlantîhus cicihus hostes intro-
ruptos validé depidèit , patriam libéra n'/. Poster itati
sacrum. (^Filiation et preuves justificatives de la famille
de t'Serclaes. Brux. , 1786, imprimé chez Pauwels.^
Après que la tranquillité eut été rendue au Brabant ,
Everard t'Serclaes rentra dans les rangs des simples par-
ticuliers et continua toujours à jouir auprès de ses compa-
triotes de cette estime précieuse , de cette haute considération
que donne une réputation basée sur un mérite réel. Nous
le Yovons yers l'an 1367, élu écherin de Bruxelles, charge
à laquelle la qualité de patricien (^uijt den geslachten) lui
permettait bien d'aspirer! [Harœus, ihid. — Dyntherus,
ihid. — Gachard , précis du régime municipial eu Bel-
gique, etc., p. 15.)
Jusqu'à l'année 1386 il n'est plus fait mention d'Ererard
t'Serclaes que simplement comme éche\in de la ville de
Bruxelles. C'est vers cette époque que s'alluma la guerre
entre les Brabançons et le comte de Gueldre pour la pos-
session de la Tille de Grave. Les premiers firent de grands
préparatifs militaires ; ils commencèrent la campagne par
le siège de Gi'ave. Chaque ville envoya à l'armée Braban-
çonne ses plus courageux capitaines. Bruxelles choisit à
cet effet Everard t'Serclaes qui, quoique d'un grand âge,
conservait encore toute la vigueur , toute l'activité de la
première jeunesse ; on lui adjoignit Nicolas Saevens et
Thierri d'Heetveld ; tous trois étaient des chevaliers dont
la bravoure était universellement reconnue.
Le siège de Grave durait depuis long-temps; déjà les
Brabançons fatigués s'étaient retirés dans leur camp, espérant
réduire la ville par la faim. Cependant engagé par le comte
de Gueldre à conclure des accommodcmens , Albert de
Bavière essaya de pacifier les parties. Mais des infractions
( 2G7 )
mutuelles ramenèrent bientôt les deux armées en présence.
L'année suivante, en 1387, pendant que le BraLant prenait
de nouvelles mesures pour terminer la guerre , un crime
aflrcux priva tout-à-coup les Bruxellois de leur chef le
plus intrépide, d'Everard l Sereines. ÇIIar'œus,ibîd. 357-359.
— Djinlhet'us III. 11)40-1951.) Voici comment Edmond
de Dvntlicr ou Dyntherus , qui vivait trente ans après ,
raconte la fin malheureuse du libérateur de Bruxelles :
Z\vedier d'Abscoude , seigneur de Gaesbeeck , pour obtenir
ù titre d'engagement certaines possessions territoriales
qui étaient enclavées dans le village de Rhode , placé sous
la jurisdiction de l'Amman de Bruxelles , avait tellement
obsédé la Duchesse Jeanne , veuve de Wenceslas , qu'elle
était sur le point de céder à ses imporlunités. Avant eu
connaissance de la faiblesse de Jeanne , les échevins de
Bruxelles s'opposèrent formellement à l'impiguoration des
susdites possessions. Everard t'Serclaes qui faisait alors
partie du magistrat , s'éleva surtout contre les prétentions
du seigneur de Gaesbeeck et prenant la parole en pré-
sence des échevins ses collègues : INicolas Zwaclft , Renier
Clutinckx , Gilles de Mol , Arnoud Bogaert , Gilles de
Hertoghe et Gilles de Weert , il représenta avec une mâle
éloquence à la Duchesse en personne , qu'elle avait solen-
nellement juré dans ses lettres de Jotjeiise-Enlrée l'intégrité
et l'inviolabilité du territoire brabançon , qu'aucun droit
ne lui accordait l'aliénation de quelque parcelle que ce
fut de ce territoire , que lui-inèuie enfin entraverait de
toutes ses forces l'exécution des engagemcns qu'elle pren-
drait , à cet égard, envers Z^vedier d'Abscoude. La Duchesse
de Brabant autant par considération pour l'expérience et
la vérité des paroles d'Everard , que par amitié pour celui
qui lui avait rendu la couronne ducale trente ans aupa-
ravant , approuva ses raisons et refusa la demande du
seigneur de Gaesbeeck.
( 268 )
Ce dernier ainsi frustré de son espoir , conçut contre
les échevins et surtout contre t'Serclaes une haine impla-
cable. De retour dans son château de Gaesbeeck , il
raconta pendant le repas à sa femme laflront sanglant
qu'il avait reçu et jura de se venger. La dame de Gaes-
beeck courut fuiieuse rapporter à Melis Vuvtenenge ,
alors bailli de cette seigneurie , toutes les circonstances
qu'elle avait apprises de son mari. Melis promit de laver
dans le sang de l'oflenseur l'inju re faite à Zwedier d'Abscoude.
Accompagné deGuilluame deCIéves (fils naturel duseigneur
de Gaesbeeck ) et de quelques autres complices, le Bailli
attendit un jour sur la grande route Everard t'Serclaes ,
qui s'en revenait à cheval du village de Lennick et se
dirigeait vers Bruxelles; au moment où le cavalier passa,
les assassins se précipitèrent sur lui , le mutilèrent cruel-
lement et après lui avoir coupé un pied et une partie
de la langue l'abandonnèrent seul au milieu d'un champ;
les vassaux de Gaesbeeck croyant voir dans la victime un
acte de justice seigneuriale , aucun d'eux n'osa lui porter
secours. Cet infâme guet-apens eut lieu le 26 mars 1387,
Il arriva que Jean de Stalle , alors doyen de chrétienté
dans la petite ville de Halle , passa par cet endroit avec
son clerc Jean Coreman; ils placèrent le corps d'Everard
sur un charriot et le conduisirent vers le soir à Bruxelles
■ devant la maison des bourgmestres. Le peuple à la nouvelle
de l'assassinat horrible du héros qui l'avait délivré jadis ,
accourut en foule sur la Grande-Place, où sa fureur fut
au comble à l'aspect des blessures de t'Serclaes. La
duchesse apprenant le tumulte que causait cet événement
inattendu , se rendit elle-même sur la place et essaya de cal-
mer reflervcscence des Bruxellois. Mais sa voix conciliatrice
demeura impuissante au milieu de cette foule , qui deman-
dait à grands cris le châtiment de Zwedier d'Abscoude.
La commune de Bruxelles partit, le 27 mars 1387 , vers
( 269 )
cinq heures du soir , avec ses machines de guerre et
ses dovcns de métiers , pour aller assiéger Iç château
de Gaesbeeck. Elle passa la nuit à Vlesembeeck et se
trouva le lendemain devant le château de l'assassin.
Le siège dura assez, longtemps ; toutes les villes du
Brabant, intéressées à venger l'injure commune, vinrent
au secours des Bruxellois. Le château de Gaesbeeck fut
miné et démoli de fond en comble après que l'on en eut
chassé les habitans. (^Dyntherus. III. 1940 — 1951 —
IF. 2927. — Dewez , t. IV. — Gramaye , Bruxella
p. 32. — Butkens , trophées de Brahanl) (1).
Mais revenons à Everard t'Serclaes. Les médecins les
plus habiles , parmi lesquels on comptait alors Albert
Dilhmar de Braine-l'Alleud , déclarèrent ses blessures in-
curables ; en effet , malgré tous les soins de l'art qui lui
furent proiUgués , après avoir souffert pendant une année
entière les plus horribles douleurs , le brave chevalier
mourut le mardi de Pâques, 31 mars 1388. Il fut inhumé
dans l'église paroissiale de Ternath où , comme nous
l'avons déjà mentionné, se trouvait son château de Cruv-
kenbourg. Malheureusement aucune piejre tumulaire ,
aucune tombe , ne semble confirmer ce qu'avance Dvn-
therus ; toutes les recherches que nous avons pu faire à
cet égard dans l'église et dans les archives de la fabrique
ont été infructueuses ; ce qui cependant appuie l'assertion
de cet historien, c'est qu'il y a une fondation pieuse
dans l'église de Ternath, qui ordonne de célébrer annuel-
lement le 22 novembre un anniversaire funèbre pour le
repos de l'ame de notre Everard et de sa femme Bcatrix
van Eessene.
(i) Les feuilletons que nous avons insérés dans le journal l'Eman-
cipation, N."» (lu 22, 23 et 23 décembre 1 83,» , donnent de plus
amples détails liisloriques sur la prise de ce château.
19
( 270 )
Nous ajouterons en finissant cet article . que beaucoup de
portraits de la famille de t' Serclaes , dont la plupart
remontaient à une haute antiquité , se conservaient , il n'y
a pas long-temps encore , dans le château de Ternath ;
ces monuments aussi précieux pour l'histoire de l'art que
pour celle de cette famille , ont été employés à tapisser
des murs froids et humides et ont ainsi disparu à jamais.
L'on nous a assuré que, parmi ces tableaux^, se trouvait
peint sur bois le portrait d'Everard t' Serclaes , que l'on
pouvait reconnaître à la date de 1380!
C'est de ce même Everard t' Serclaes que descendait
Jean t' Serclaes , comte de Tilly , général si célèbre par
ses hauts exploits militaires et les revers que lui fit
essuyer Gustave-Adolphe , roi de Suéde , il mourut à
Ingolstad en 1632.
Jules de SAi>T-GE?fois.
i^
(271 )
XXotict 0ur un ancUn iXlanuBcxit,
Croniques abrégiez conimenchans lan mil quatre cens
quatre vingtz et douze et continuant jusques en lan
mil chincq cens vingt huit includ de pluseurs choses
advenues es pays de Flandres, dArthois , Brahant et
aultres lieux voisins, ensamhle de Franche, d Angleterre,
des Espaignes et AUemaignes, des Italles et aultres lieux
marchissans aux contrées dessus dictes, tirées de
prose en ryme par Nicaise Ladam , voy darmes de
lempereur , intitule Grenade, en la manière qui sen-
sxiit.
Tel est le litre d'un manuscrit qui a appartenu à Phi-
lippe de Crov, 3.*^ du nom, sire deCroy, duc d'Aerschot,
prince de Cliimay , mort le 15 décembre 1595, et qui
s'est distingué pendant les troubles qui ont eu lieu dans
les Pays-Bas (1). C'est un petit in-folio de soixante -un
feuillets. Le litre se trouve au verso du premier: il est bien
conservé , sauf qu'il a été rongé par les gerces en plusieurs
endroits. Il est composé de 708 strophes de quatre vers
alexandrins, et chaque page en contient six. La rime des
(i) On lit au bas du recto du 3.<' feuillet : ce livre et (sic) a moy
Phles sire de Croy duc d'Arschot prince de Cliimay comte de Beaumont
et Seni^lien, etc. Croy.
(272)
hémistiches est asseï exactement observée ; les rimes finales
sont quelques fois forcées : dans tout le manuscrit il n'y a
ni points ni virgules; les abréviations des mots ne sont
pas nombreuses; l'écriture est belle et lisible.
IVous allons essayer de donner une idée de la poésie
prosaïque de l'auteur et de quelques-unes des particula-
rités historiques qu'il nous a transmises. Voici son début :
1492. « En lan mil quatre ans et quatre vingtz et douze
» Non trop pourveu de sens aussy non trop harouge (i)
» Sievys les cours des prinches comme a vingt et quatre ans
.) Et en plusieurs provinces escrips selon le temps
La deuxième strophe , c'est-à-dire , celle où commencent
ces chroniques, nous apprend qu'en la même année 1492,
les Anglais firent le siège de Boulogne :
)) En ce temps les Angloix asscgerent Boullogne
V Franche par deux exploix appaisa la besogne
» Bourgogne soubz hazurt songeoit autre eiitreprinse
» Gouvernant un grisart dont Arras fut reprinse
L'auteur parle ensuite (1493) de la paix conclue à Senlis;
(1494) de l'envie qu'eut le roi Cliarles VIII, de se rendre
à Naples; (1495) de son départ de cette capitale; (1497)
de sa mort : les événemens de 1498 commencent par ces
vers :
» Lan dixhuit la compaigne de rarchiduc dAustrice
» Réjouissant Espaigne eubt une fdie riche
» Entière (2) créature droicte blanche et non noire
i> Sans quelque fourfaicture nommée Alienoire (3).
Il continue (1499) par l'arrivée de l'archiduc d'Autriche,
(1) Harouge, gêné, de harou , gène. (2) Accomplie. (3j Eléonore.
( 273 )
à Arras; la cession qui lui fut faite d'Hesdin, Aire et
Bélhune (1502) et la prise de Milan; puis il dit :
V En celluy temps Brabant Haynaiilt Arthois et Flandres
)) Pour leur bon droit gardant ne eurent nulz esclandres (i)
» Le conte de Nassau prudent et libéral
» Estoit lors au consau lieutenant-general
Fidèle au titre de son manuscrit , l'auteur donne année
par année , ce qui se passe. Ici Maximilien voit beaucoup
de villes en peu de temps :
i5o5. » Le dit roy (2) pour son cas conduire a bonne fia
3) Se trouvast a Arras et dArras a Ilesdin
)» De Hesdin a Betliune a Lille et puis a Gand
» Approchant la fortune soupple comme le gand
Philippe 1 , surnommé le Beau , roi d'Espagne , meurt
à Burgos, le 25 septembre 150G; il est enterré dans l'église
des Chartreux de Miraflores, prés de Burgos.
i5o6. » Le roy de grand estime et dEspaigne chicf membre
j) Le jour vingt chincquiesme en ung moys de septembre
V Lan mil chincq cens et six eubt a Bourgues son tour
w Quant par mort fubt transis et mis a Mère flour
Henri VIII . fils d'Edmond, comte de Richemont cl de
Marguerite de Lancasire , meurt , selon Nicaise Ladani ,
en 1510 (\icux style). Son fils Henri lui succède.
i5io. » Lan quinze cens et dix Henry de Richemont
M Roy (les Angloix jadis craint a bas et a mont (3)
» Rendit sou corps a terre (4) par quoy son lllz Henry
)i Laisse roy dAngleterre en vertu bien floury.
(i) Accidcns facheus.. (-2) Maximilicn , roi des Romains. (3) Des grands
et des petits. (4} Mourut,
( 274 )
Voici une espèce de calembourg sur le siège cl la capi-
tulation de Tournay.
i5i3. » lAngloix pour tournerir devant Tournay tourna
» Qui pour retournerir dict que ne destourna
u Mais pour estre atournee dimperiaux atours
» Tournay fust retournée tournant portes et tours.
Cette capitulation fut suivie de tournois et de joutes.
» Larchiduc et les dames entrèrent en Tournay
» Le roy Henry en armes sy monstra fricque (i) ^l^ S^y
n Se feist dedans la ville joustes et beaux tournois
» Puis après vint a Lille mectre jus son (2) harnois
François I , roi de France, dit le père des lettres, fut
à peine sur le trône , qu'il s'occupa du recouvrement du
Milanais : il passe les Alpes au mois d'avril 1515 , et entre
dans ce duché qui était défendu par les Suisses :
i5i5. » Le roy Franchois en guerre partist vers la saint Ihan
» Pour aller reconquerre la duché de Melan
M Espérant jouyssance sans faire longz sermons
)> A tout grosse puissance passât outre les 'mons
Charles-Quint fait son entrée à Gand, lieu de sa nais-
sance : il y est reçu d'une manière digne de son haut rang.
i520. » En la ville excellente de Gand ou il fust ne
» Feist son entrée gente laigle (3) bien fortune
)» Créatures humainnes jamais ne ont apperchut
» Aux histoires romainncs ung césar mieux rechut
1520. Après ce vers : le bon roy catholique s'en vint à
Saint-Omer. Nous voyons que ce prince se renilit à Ypres
et à Bruges :
» Du quel lieu et contrée a Ippre scn alla (4)
» Et après son entrée bien tost pariest de la
» Car- pour toutes excuses il sen voUot alla
1) En sa ville de Bruges pour ses gens consoller
(1) Galant. (2) Bas, à bas. (3) L'empereur. (4) H y arriva le :io
juillet i52o.
(275 )
Nicaise Ladam nous apprend aussi qu'en 1521 , Charlc-
Quint se trouvait à Valenciennes.
» A Valeiiclijennes lors estoit l'empereur Charles
X Le roy (i) monstroit bon corps entre Lyeuco (2) et Maries
« Lempereur veist tout rade lentente de Tournay
» Se tire a Audenade (3) et meist Franche en esmay (4)
Voici ce qu'il ajoute , quelques strophes après celle qui
précède :
)> Franche allast a Bouchain eslongeant (5) Valenchiennes
» Costoyant vers Belain pour passer a Marchiennes
» Elle alloit a Tournay neubt este le regisme
)) Du bailly de Douay résistant luy trentiesme
En 1522, vers la pentecôte, l'empereur part pour l'An-
jflelerre, il est accueilli par le roi Henri VIll; Doulens
est incendiée. Le Souverain Pontife, Adrien VI, meurt à
Rome, le 24 septemljre 1523. Clément VII est élu pour
lui succéder, le 19 novembre de la même année, et cou-
ronné le 25.
» Pour lors pape Adrien Gna son temps (6) a Romme
» Ne scay par quel moyen car il estoit viel homme
« Comme Dieu le voUut en gloire et en renom
» Pape Clément eslut septicsme de ce nom
Après avoir parlé (1524) sous cette année, de la bataille
de Puvie, où les Français furent les victimes de la bra-
voure imprudente de leur souverain, l'auteur s'exprime ainsi :
» Lors fust prins Franchois (7) roy faisant armes cruelles
)) Par Cliarlcs de Lannoy selrigneur de Scnnezfllcs
j) Establi vice roy par lempereur en Naples , etc.
(i) François 1. (2) Leuze. (3) Audenarde, ville de la Flandre Orientale.
(4) Emoi, tristesse, {"i) S'éloigualit. (6) Mourut, (7) Francis 1, i^'^
de France.
( 276 )
Puis il transcrit la lettre que le roi, prisonnier, écrivit
à sa mère, Louise de Savoie, et qui contient ces mots :
" de toutes choses ne raest demeure que llionneur et la
vie. ,, Ladam donne ensuite les noms des morts et des
prisonniers qui furent faits à cette bataille mémorable ,
et raconte les événemens qui ont eu lieu en Europe de
1524 à 1528.
La relation des événemens de cette année , consiste
seulement en cinq strophes. Voici la première :
iSaS. » Mil diincq cens vingt et huit quoy que chacnn en dye
j> Arthois de joye est wid (i) aussi est Picardie
« Mais pour les soulaigiez en leurs anguoisses griefves
» Dieu y faict de legier pour huit moys unes trîefves.
Enfin nous finii'ons notre revue par la strophe suivante
qui est la dernière de ces chroniques.
» Dont puis que triefves sont en Arthois et sups Somme
)) Gens de guerre ny font choses qui rompe ung somme
» Pour bouter (2) en escript ailleurs je me retire
3) Priant a Jhesuscrist me faire un vray cscripre.
Nous savons qu'il existe à la bibliothèque d'Arras des
chroniques de Nicaise Ladam (3), mais nous ignorons si
(i) Vuide, privé. (2) Methr.
tt (3) Né dans le XV.""* siècle , à Béthune , il se retira vers la fin
» de ses jours à Arras , et c^est là que , suivant la Biographie uni-
» verselle, tom. XXIII, page 90, il composa sa chronique qui s'étend
» de 1488 à 1045. M."" Weiss , auteur de Tînticle où nous trouvons
» CCS détails, ajoute que le dernier éditeur de la Bibliothèque historique
» de France, fait mention de deux copies de cette chronique, qui
» étaient conservées , l'une à Tahbaye de Saint-Vaast d'Arras (c'est,
» sans doute, cdlo dont nous venons de parler), et l'autre dans la
») bibliothèque du chancelier d'Aguesseau : iio^lc manuscrit serait donc
;> une troisième copie abrégée de la chronique de INicaise Ladam. )>
{211 )
ces chroniques sont en prose , ou , comme les nôtres , tirées
de prose en rime ; selon le titre rapporté ci-dessus , il serait
possible qu'il les ait composées d'après un manuscrit ou
un ouvrage imprimé d'un autre auteur; et comme il se
pourrait aussi que celui qui nous appartient soit unique
en son genre , nous avons cru qu'il ne serait pas inutile
de le faire connaître.
LAMBIN ,
Jfrchiviste de la ville d'Jj)res.
( 278 )
(Guillaume it iMtdf
Guillaume de Meeff naquit à Liège vers la fin du quin-
zième siècle , de Michel de MeefT et d'Isabeau de Vivegnis;
d'après Lovens , on le surnomma Champion , parce qu'il
habitait une maison qui portait cette enseigne. De Meeff,
fut successivement revêtu de plusieurs charges importantes
et nommé deux fois bourgmestre de la cité, en 1544 et
en 1550. Durant ces deux années de magistrature, il fit
exécuter des travaux importants et d'une grande utilité
pour la ville dont l'administration lui était confiée. Pen-
dant le court séjour que fit Charles-Quint à Liège, en 1544,
il fut présenté à cet empereur, qui le reçut avec la plus
grande distinction.
Guillaume de Meeff ne nous a laissé qu'un seul ouvrage;
voici à quelle occasion il le composa : En 1531 , sous
Erard de la Marck, la disette et l'excessive cherté des
grains firent naître une violente émeute parmi les habi-
taus de Seraing, de Jemeppe, de Tilleur et d'autres vil-
lages voisins. Champion , alors greffier de la cité , fut
député par le conseil vers les révoltés , dans le dessein
de calmer l'extrême irritation qui se manifestait parmi
eux. C'est la narration complète et fidèle des événements
( 279 )
qui se passèrent alors , que de Meeff a intitulée : La
muliiierie des Rioageois ; il l'a composée , dit-il , afin
que ceux qui gouverneront la cité dans la suite , con-
naissant les événements antérieurs , puissent plus facile-
ment prévenir les maux futurs , car a-t-il soin d'ajouter :
Expérience est ^naitresse de toutes choses.
Avant d'entamer sa narration, Champion expose toutes
les mesures prises par le conseil de la cité , pour remé-
dier à l'affreuse disette qui se faisait sentir alors chez
nous. 11 entre ensuite dans tous les détails de cette
émeute qui faillit amener le pillage de la cité entière.
Cet ouvrage d'un contemporain , d'un homme qui a pris
une part active aux événements qu'il raconte , est indis-
pensable à tous ceux qui désireront connaître cet épisode
curieux de l'histoire du règne d'Erard de la Marck ; écrit
en français , il peut en outre offrir des renseignements
utiles sur l'état du langage à cette époque , dans la ville
de Liège. Quoiqu'il méritât bien les honneurs de la
publication , le travail de Champion est resté inédit jus-
qu'à ce jour; j'ai pensé qu'on en lirait ici avec plaisir
quelques fragments ; cette citation suffira , je pense , pour
<lonner quelqu'idée du degré d'intérêt qu'il présente.
Comment que , après que les dits Rivageois furent
retirés , aucuns de la ville dUAns les allèrent reso-
meir et rassemhleir ^ et de la conspiration que Hz
firent ensemble devant le vaulx de Saint Lambert.
« Le prédit dymenche mesme à soir , environ d'entre siex
» et sept heures , ung compagnon de la ville d'Ans , nommeit
» le sulty Laurent filz Simon De champs de Montgnée ,
» prinst ung tambour et le sonnât parmy ladittc ville d'Ans,
» assemblât vingt-cincq à vingt siex autres compagnons ;
» soy partirent tous ensemble et passant parmy la dit le
» ville de Montgnée, assemblèrent et convocarcnt le plus
( 280 )
» de gens que avoir poYoient , et de là s'en allèrent des—
» cendre à Jemeppe et à Tylleur ; sy y trouvèrent encour
» aucuns ensemble , et les autres qui estoient retirez en
» leurs maisons, les allèrent huchier et appelleir, disant
» que ils estoient meschants gens et povres canailles de
» soy avoir ainsy laissiez seduyr par belles paroUes , et
» pour trois à qviattre thoneaux de cervoise que l'on leur
» avait donné à boire A la ditte semonce et convoca—
» tion , les dits de Tylleur de rechieff se eslevèrent , se
» rassemblèrent et s'en allèrent tous ensemble , convoc-
» queir et appellier ceulx de Jemeppe et des autres vil-
» laiges alenthour , en sorte que ils furent plus gros
)) nombre qu'ils n'avoient estez paravant. Et pour ce que
» le soir approuchoit , ils cuidérent alleir logier à la
» vaulx St.-Lamber*^ ; louttes fois , pour la résistance qui
» leur fust faicte , ils n'y allèrent pas , mais demorèrent
» sur les prez devant la ditte vaulx St. Lambert ; et
» mandèrent à l'abbaye que l'on leur envoyast à boir et
» à mangier, ce que Mons.* l'abbé qui est bomme savant
» et prudent , affin de eviteir leur fureur et maulvaise
» volonté , ne leur volut refuseir , mais leur envoyât
» incontinent trois à quattie thonneaulx de bonne cer-
» voise, du pain, de la chair et du fromaige à l'advenant.
» Et comme ils estoient ainssy logiez sur les dits prez,
» aians buvz ceste bonne cervoise , comencbèrent à de—
» viseir de leur conspiration et entreprinse , et oussy de
» faire serment les ungs aux aultres de non separeir ny
» devideir, si tout ce qu'ils demanderoient ne fust faict
» et accomply , et de resisteir et de défendre contre tous
y> ceulx qui les voldroient invader et courir sus , jusques
» à morir tous ensemble. Et de fait eurent tels conseils
» que ils firent ledit serment , et leur faisoicnt faire comme
» chieffs et capitaines Michiel Callroux de Tylleur et Goffin
» son frère. Le dit serment faici , firent conspiration que
( 281 )
» de bon matin , iJs se partiroient d'illec par bandes ,
» affin d'alleir convoccpieir tous cenlx des aultres villaiges
» d'alenthour de là et pour soy trouveir tous ensemble
» vers la cité ; ce qu'ils firent comme icy après déclaré sera.
Comment le lendemain les Rivageoîs et complices soi/
trouvèrent en gros nombre devant la cité , et du
conduyct que ils tiendrerent pour y cuider entrer.
» Le lendemain 3.^ jour dudit mois de jullet , de bon
» matin comme dit est , les dits Rivageois soy partirent
» par bandes de devant la vaulx saint Lambert , et s'en
» allèrent convoquer tous ceulx des villaiges d'alenthour
» de là , assavoir de la grande et de la petite Flemale ,
» tous ceuls du ban de Seraing entièrement , ceulx de
» Chocquicr , de Ramey , de Chuxha , de Mons, de Hol-
» longne , de Grâce , de Berleur de Montgnée , d'Ans et
» de Mollin , et pareillement ceulx de Sclessin , de Cris-
» gnée et de Ougrée. Et fut un nommeit Johan Barbe
» sonneir la cloche et recoupier au dit Ougrée pour avoir
» plus de gens ; et à l'heure par eulx limitée , sov trou-
» vércnt tous ensemble emprès la croix de Hurbrese et
» mulliplioient et augmentoient tousjours ; car toutes
» gens de leur sorte et estoffe y venoient de deux à trois
» liewes d'alenthour la ditte cité , en sorte que avant que
» il fust huict heures du malin , ils estoient plus de trois
» mille hommes ensemble , sans les femmes , entre les-
» quelles , y avoit de bien maulvaises qui avoicnt appoinlié
» grandz couteaulx pour esgorgier et des sacques pour
)> remporteir ce qu'elles auroicnt pillié et desrobeit.
•0 Estant la dite bande comme dit est, assemblée cm-
» près la dite croix, et que il y en avoit plusieurs qui
» n'avoicnt esté le jour précédent par devant la ditte
» vaulx Saint Lambert et qu'ils ncsloiont de la conjura-
( 282 )
» tion et conspiialion des aultres , les susdits MicîiieJ
» Caltroux et Goffin son frère, a^ec certains aultres fai-
» sans du capitaine , leur remonstrèrent et déclarèrent le
» serment qu'ils avoient fait , disans que tous ceulx qui
» Yoloient estre de leur nombre et faire le pareil serment
» levassent la main droite en liault , disans qu'ils voloient
» vivre et mourir ensemble. Ce fait, devisèrent les de-
)> mandes qu'ils voloient faire à ceulx de la cité , et cru-
» rent de les mettre et redigier par escript, ce qu'ils firent;
» et les escripvoit ung nommeit Pirar Constant de Tyllcur
» qui estoit de leur nombre. Et ne faisoient icelles de—
» mandes seulement mention des grains , mais de plusieurs
» aultres choses qui étoient contre équité, justice et raison,
» et ne tendantes à aultres choses que à rébellion , sedi-
)> tion et mutinerie, comme cy après déclaré sera.
» Or, pendant qu'ils estoient ainsy à la ditte croix fai-
» sant et devisant les choeses dittes, messieurs de la cité
» estant de tout advertis , envoyèrent vers eulx monsieur le
» comte d'Arembergh , homme doulx et aymé d'ung chacun
» grands et petits de la ditte cité , et avec lui monsieur
» le comte de Horne prévost de Liège , messieurs Richard
» de Mérode chevalier seigneur de Waroux et le devant
» nommeit Edmond Z^vaertzenberg, seigneur de Hierges ,
)) bourguemestre , pour parlementeir avec eulx et les faire
» retireir sy possible estoit, Sv leur démonstrèrcnt gra-
» cieusement comme ils sçavoient bien faire , car alors
» ne les falloit prendre par menasses mais par doulceur;
» sy leur dirent : Messieurs qu'est-ce que demandez ? Ils
» respondirent furieusement qu'ils voloient avoir le grain
» à tel prix qu'ils avoient entre eulx ordonné, ensemble
» les aultres demandes qu'ils avoient mys et redigiet par
» escript , faites et accomplies , lesquelles demandes et
)) pétitions ils firent la raesme, en la présence des dits
» seigneurs , lire et publier. Alors les dits seigneurs leur
( 283 )
» rcspondircnt 1res gracieusement tlisans : Messieurs , nous
» avons bien o\u el entendu vos demandes et pétitions,
» nous vous prions que vous vous appaisicz, ung peu et que
» demoriez en paix; messieurs de l'égliese et de la cité
» sont assemble?, pour ordonneir sur le faict des grains
» et aultres affaires concernantes le bien de la choese
» commune , dont vous cnvoieront incontinent les doubles
» et aurez bien cause vous contenteir et retireir.
» Le peuple comme forcené et plain de maulvaise
» volonté, ne voloit oyr les dits seigneurs; mais par
» grande fureur et impétuosité , soy mirent à courir
» et devalleir vers la porte Sainte Margueritte pour la
» saisir et entreir en la cité , ce qu'ils eussent faict ,
» ne fust que ung serviteur de la cité nommeit Ogier
» de Marneff se mist à courir à briddes avallées à devant
» d'eulx pour faire fermeir la ditte porte , car elle estoit
>> ouverte depuis que les dits seigneurs estoient sortis ,
» et suivoient le dit Ogier de sy près que il fust en
» dangier de son corps , et fust son cheval blessé ; et
» crioient que l'on l'amassist et tuist. Ils ne demorè-
» rent quasi rien que ils ne furent à la ditte porte , après
)) lui ferans , stichans , lansans et donnans assaulx par
» violences et force qu'ih saizirent la première porte et
» blessèrent et ruèrent par terre le portier, et luy ostè-
» rent les cleffs ; et sans la bonne resistence que firent
» les bons bourgcoys, les repoussans et rebouttans de la
» mesmc sorte que ils y voloient entreir, la cité fust
» été prinse , perdue et dcstruictc , car ne fault doubtcir
» que le? tnaidcais garsons qui estoient dedans icelle ,
» ne se fussent mys et joins avec eulx pour piller et
» desrober les gens de bien ; et croy fermement que ce
» qu'ils n'y entrèrent , fust plus œuvre divine que hu-
» niaino , car alors n'y avoit gens à la ditte porte pour
» résister à la multitude furieuse de ce maulvais peuple;
C 284 )
» mais incontinent que le bruyt fust en la cité, mes-
» sieurs des églieses et bons bourgeoys soy mirent à la
)) deffense et furent en pou d'heures les portes et mu-
)) railles garnies de gens pour les tenir et gardeir.
» Or pour retourneir à mon propos , quant ces mauldits
» séditieux , conspirateurs et mutins yeirent que la porte
» estoit fermée , ils firent de rechieff leur debvoir et
)) jouissance pour la rompre de force , avec grosses pièces-
» de bois ; quoy yeyant , les bons bourgeovs commen—
)) chèrent à ruer des pierres d'en hault de la ditte
» porte et des murailles après eulx ce qui les fist cesseir,
» Et ne fust que les dits bons bourgeoys craingnoient
» que ces dits faulx mutins fesissent desplaisirs aux dits
» S/^ qui estoient dehors et entre eulx , ilz n'eussent
» cessez de les repousseir et renvoyer par beaux cops
» d'artillerie et de harquebutz , ce qu'ilz n'osèrent faire.
» Et pour ce , me semble que c'est grande folie aux
» seigneurs des cités ou villes , d'alleir ny envoyer dehors
» gens de bien , principalement quant il y at telle mul-
» litude de gens sans sens , sans raison ny entendement
)> comme estoient ces faulx conspirateurs et mutins , qui
» fust presque esté cause de la perdition de la ditte cité.
Comment les Seigneurs qui estoient envoyez vers les
Rivageoys soy retirèrent , et des lettres de deman—
dièses et défiances que les dits Rivageoys et com-
plices envoyèrent à messieurs de la cité.
« Quant les dits seigneurs apparchurcnt et veirent
» que ce mauldit peuple instabile ne se voloit consen-
» tier , et que de plus en plus il s'enflamoit , ils se
» retirèrent paisiblement arrier d'eulx et rentrèrent en
» partie en la cité par la porte Sainte Walbourghc ,
» assavoir le comte d'Arembcrgh et le comte de Horne ;
( 285 )
» cl le S/ de Hicrgcs se relirai en Ijibbayc de Sainci
» Laurenl; mais le dil Richard de Mérode cbeyalier ne
» s'en voulut partir et demorat entre eulx , droit à la
» porte , les entretenant par doulx et Leaux parloirs
» comme bien faire sçavoit ; et ce faisoit-il afin qu'ils ne
» montassent vers la ditte Sainte Walbourghe , là ils
» euissent facilement entré en la cilé par les bresscs dos
)) murailles qui cstoient abattues joour les refaire. El
» comme le dil chevalier , comme dit est, les entretenoit
)) à la ditte porte et veyans qu'ils n'y povoient entreir,
» ils lui baillèrent les lettres de leurs demandieses et
» défiances pour les envoyer à messieurs de la cité; et
» furent données par desoubz la ditte porte , icelles con-
» tenantes ce quy s'ensuyt de mots à aultres.
A vous. Monsieur le comte ^ Arenxhergh et à vou^, les
hourguemestres et les XXXII bons tnestiers , et à
tous bons hourgeoys de la cité de Liège.
» Nous vous prions et supplions que les franchises
)) et privilciges de la cité de Liège soient entretenus
» comme nos prédécesseurs nous les ont tenu et laissié
» à vous tous. Nous vous requérons que noslre bon
» bourgeoy Johan Albert , soit délivré de la prison insla-
» ment, puisque les eschevins de la ville de Trect l'ont
» jugiet hors de prison et n'ont point trouvé cause au-
» cune délie faire mourir, qui est loy d'empire et loy
» de Liège.
» Secundemcnt , que les grâces et privilciges que noslre
» chier empereur at donneit dernièrement soient passez
» aussy bien ai bourgcoys comme az gens de fieffi,
» Ticrcemcnt , quant à cry du péron qui al csteit pu-
» blicil touchiuit les grains , les queh on ne tient rien ,
» nous vous prions et supplions que les greniers soient
20
( 286 )
)) visitez, avant que nous nous départons et qui soit mis
» à prix, voir le stier de blan frumcnt à XXIV aidans,
» le wasscnd à XXII aidans et le speaulte à marmontant
» cl qui soit delFendu à tous les brasseurs , sur perdre
» corps et biens , quïlz ne brassent de plus liault pris
» que à VIII fl. et XII fl. le pot dorsenavant.
» Quartcmcnt , que les procureurs et les fiscales délie
» court Mons.'" l'Official n'aient quelque droit ne puis-
» sauce sur nous les bons bourgeoys , senon aux gens
» ecclésiastiques; et vous prions tous noz bourgeoys
)) estre traitiez par devant les esclievins délie liaulte
» justice de Liège et les autres loiz accouslumées.
» Quintement , que tous ceulx qui ont plus de grains
» que pour vire ung mois , qu'ilz soient des partys az
» pris susdits et que y soit commis des hommes de biens,
» oussy bien hors que dedans , pour les visiteir et que
» le Hesbaino; et les grands Cher\vis soient visitez et
» qu'ils vendent leurs grains auz pris qui sont escripts.
» Scxtement et finalement, que ce qui est chy escript,
» est par nous passé et accordé par la communaulté en
» général ; et avons tous jurez de jamais asépareir ne
» despartir sy nous n'avons les coppics par nous données ,
» signées et scellées de tout ce que nous demandons ,
)) ou sy non , nous en yrons quérir , là nous le trou-
» verons, pour nous à morir les ungs sur les autres.
» Sy nous n'avons vostrc response en brielT, estons de-
» libérez de faire nostre puissance ; car nous ne pouvons
» plus endurer ces choses dorsenavant.
» Or pendant que les dittes lettres et défiances furent
» envoyées à messieurs de la cité , et que les dits
» Rivageovs n'avoicnt rcsponses d'icelles, ils demorèrent
» par devant les portes et murailles de la cité par manière de
» siège et obsidion. En partie allèrent en l'abbaye de
» Saint Laurent et cns maisons des faubourgs, buvans,
( 287 )
» mangcans et gastans tout ce qu'ils trouvoient de vivres;
» et aucuns emportoient les pots de stain dudit St.-Laurenl
•» et firent plusieurs insolences et violences audit saint
» et aux dittes maisons des faubourgs qui seroient trop
» long à raconipter. Et pour ce que chy-devant j'ay
» parlé que leur intention n'estoit seulement d'avoir
» bleid ou grains , mais pour pillier et desrober la cite
» et y faire maulx innumérables , j'en fay présentement
» juges tous liseurs de cesle et principalement des let-
» très prescriptes , par eulx envoyées à messieurs de la
» cité , concernantes plusieurs articles ne faisans aucu-
» nement mention des dits grains mais tendans totale-
» ment à quelque mutinerie , sédition et rébellion , et
» enfin apporte défiance s'ils n'avoient les choses àjleur
» plaisir. »
Guillaume de MeelT mourut le 5 septembre de l'an 1557.
M. de Villenfagne a donné dans ses mélanges de 1810,
quelques détails sur la conspiration des Rivageois , puisés
dans l'ouvrage de Guillaume de Champion.
M. L. POLAIN,
De Liéye.
( 288 )
2lnali)0^0 Crîttjques 5'®utïragt0.
Chro^hique d'Arras et de Cambrai, par Balderic, chantre
de Térouane au XI. ° siècle, revue sur divers ma-
nuscrits et enrichie de deux supplémens , avec
commentaires , glossaire et plusieurs index, par le
Doctel-r Le Glat. Paris, 1834 (de l'imprimerie de
Lesne-Daloin , à Cambrai ) , 1 vol. iii-8.° de XXX et
637 pages , avec 3 fac-similé. Il a été tiré plusieurs
exemplaires sur papier fort.
Dans quelques universités d'Allemagne, on observe une
coutume dont la critique littéraire pourrait faire son profit :
quand on publie une dissertation académique , l'auteur
donne des détails sur sa vie.
Il me semble , en effet , que la biographie d'un écri-
vain est de nature à expliquer , jusqu'à un certain point ,
la marche , la tendance de ses idées , et à faire com-
prendre la pensée-mère de ses ouvrages : de pareilles
notices montrent si un homme a été conséquent avec
lui-même , s'il a suivi ses aptitudes naturelles , s'il y a eu
progrès dans son intelligence et dans sa manière d'écrire,
à quelles influences il a obéi , à quelles nécessités il a dû
céder. Et ne croyez pas qu'il faille des confidences
minutieuses , une curiosité inquisilorialc pour répondre
à ces questions , il suffit du fait le plus simple , d'une
date , d'un renseignement géographique , de l'indication
de la place qu'occupe un savant ou un littérateur dans
la hiérarchie sociale.
Applicpiant ce système à M. Le Glay, on comprendra
son existence studieuse , toute spéciale , toute patriotique :
( 289 )
on verra ses utiles travaux naître les uns des autres , et ,
iuf'eaiit de son avenir par son passé , on calculera d'avance
les iniportans services qu'il est capable de rendre encore
aux'scieuces historiques et à la philologie.
M. A.-J.-G. Le Glay , né à Arleux , dans le départe-
ment du Nord, le 29 octobre 1785, n'appartient entière-
ment ni au siècle passé ni à celui qui s'écoule, mais il
en réunit les principaux avantages : de l'un il tient le
goût des solides et profondes études , de l'autre cette
critique élevée et sagace qui demande aux événemens
leur véritable signification et ramène les hommes et les
choses à de larges et puissantes synthèses. Appartenant
exclusivement au XVIII.'' siècle, il ne saurait peut-être
pas convenablement lier, systématiser ses connaissances;
enfant du XIX.'' siècle , on le verrait quelquefois résumer
ce qu'il n'aurait pas appris , généraliser des résultats
imaginaires et construire l'humanité au lieu de l'observer.
Mais , placé dans un âge de transition , il semble avoir
été à la fois le disciple des Mabillou et des Bouquet ,
des Guiiot et des Thierry.
Cependant jusqu'ici il s'est moins attaché à la philoso-
phie de l'histoire , qu'à sa partie matérielle. Rassembler
des documens inconnus , éclaircir des difllcultés , guider
l'esprit d'investigation , tel a été son but dans les nom-
breux et curieux mémoires qu'il a lus depuis 1817 à la
Société d'Émulation de Cambrai , dans les articles qu'il a
écrits pour la Biographie Universelle et les Archives
du Nord. On retrouve les mêmes vues dans son Cata-
logne des Manuscrits de la bibliothè<ji(e qu'il dirigeait ,
dans ses Recherches sur Véglise métropolitaine de Cam-
brai, dans son Programme des jjriucipales recherches
à faire sur Vhistoirc et les antiquités du déparlement
du Aord.
( 290 )
M. Le Glay est persuadé avec raison tjiie l'iiistoire
n'est pas seulement une œuvre de style : qu'avant de
broyer de riches couleurs , de cadencer d'ingénieuses
paroles , il faut avoir le courage de s'enfoncer dans la
poussière des vieilles chroniques, de dévorer des chartes,
des diplômes. Lui aussi se livrerait sans doute avec joie
à l'attrayante occupation de coordonner ces matériaux et d'en
construire un imposant édifice ; lui aussi est en état de pein-
dre au lieu de compiler , et s'il s'use en d'arides dissertations ,
sur des vérifications minutieuses , c'est un sacrifice dont
on est obligé en conscience de le remercier , un désin-
téressement qui mérite récompense.
Aujourd'hui le principe de la division du travail ,
auquel l'industrie est redevable d'un développement pro^
digieux , s'applique ivec non moins d'avantage à la lit-
térature. Quel érudit ambitieux se flatterait de parcourir
seul dans son étendue le vaste champ de l'histoire ? Dans
une seule histoire même que de points spéciaux absor-
l)eraient le savant le plus infatigable ? Le Nord de la
France , le Cambrésis surtout , voilà où M. Le Glay s'est
circonscrit. En bornant ses efforts , il a doublé ses forces
et il sera l'homme indispensable , chaque fois qu'on
voudra connaître son pays.
Après avoir exploré le sol où il est né sans se prescrire
de route déterminée , mais selon qu'il était sollicité par
l'agrément des sites ou l'intérêt des lieux, il l'a envisage
dans son ensemble et , comme prélude à une histoire
générale de Cambrai , il a mis sous nos yeux le plus
ancien et le i)lus remarquable annaliste de celte cité ,
jadis si imporlanlc.
Cet annaliste est Balderic , chantre de Térouane au
XI.'= siècle. Un Belge ( car il fut un tems où l'on ren-r
contrait partout des Belges , dès qu'il était question de
savoir et de choses utiles ) , un Belge , George Coivener
( 291 )
<l'Alost , avait puldic Baltlcric poui la premièic fois ,
en 1615; mais son édition était devenue rare. M. Le Glay
ne s'est pas contenté de la reproduire ; en profilant du
travail de son devancier, il l'a rectitié , il y a ajouté ce
(pic lui conseillaient son expérience et son habileté. On
jieut dire que , sous plusieurs rapports , il a offert un
modèle à ceux qui se chargent de tirer de l'oubli les
monumens du moyen-âge.
D'abord il s'était proposé de publier le texte de
Balderic avec une traduction française. 11 a bien voulu
se rendre aux raisons que je lui ai soumises, pour l'en
détourner. Un homme d'esprit l'a blâmé de cette con-
descendance dans les Archives du Nord , prétendant qu'il
est urgent , indispensable de rendre po})ulaires les chro-
jiîques des X.*^, XI.^ et XII.'' siècles. Mais je persiste à
penser que la popularité n'est faite que pour les ouvrages
composés avec ces élémens , et non pour ces élémens eux-
mêmes. De pareils livres ne sont destinés qu'aux savans
qui n'en croiront pas sur parole le traducteur le plus dis-
cret , et qui réclameront toujours inexorablement le
barbarisme du texte , l'expression originale seule propre à
dissiper leurs doutes, à éclairer leur critique. On a été
jusqu'à me dire , à moi , en face , qu'il fallait traduire
les chartes , les diplômes : M. Canqjan , garçon fort
iigréable et très-amusant , avait eu ce })r()jet ; des per-
sonnes graves et capables l'avaient approuvé. Traduire les
diplômes des Carlovingiens et des Ottons, juste ciel !
on peut passer cette absurdité à un étourdi qui croyait
faire de l'histoire comme on fait un vaude^i^e ou un
bouquet à Iris, mais à des gens graves et entendus, cela
est dilïicile.
Grâce au ciel! M. Le Glay a écouté d'autres avis. Après
une })rél"ace ou quelques idées exprimées d'une manière
pi(juanle relèvent les détails bibliogra[tlii(pies , il présente
( 292 )
le texte pur de Balderic, collationné avec l'imprimé de
Colrener , vérifié sur plusieurs manuscrits , et auquel
il a ajouté un supplément de deux pages, déjà mis au
jour dans le Recueil des historiens de la France et un autre
de 40 pages , qui était inédit. C'est le troisième livre
d'une chronique découverte en 1787, dans les archives
de l'abbaye de 3Iaroilles , par Dom Bevenot , alors religieux
de St.-André du Gâteau , aujourd'hui doyen-curé de
Maubeuge.
Le commentaire , rédigé en français comme la préface ,
est précédé d'une notice sur Colvener. Rien d'essentiel n'y
est omis , rien de futile n'y est admis. Ce n'est pas un petit
mérite que celui de résister à l'envie d'attacher une note
au mot qui n'en a pas besoin , de glisser la découverte
dont on est encore palpitant , la citation qui a frappé ,
le passage qui enchante , à la première occasion venue ,
sans s'inquiéter si le lecteur n'aurait pas le droit de répéter la
sentence d'Horace : ISon erat hic locus. Il y a plus de
courage , qu'on ne croit , à renoncer ainsi au plaisir de
disserter , à ces délicieuses excursions d'un érudit qui
s'égare dans le labyrinthe de ses livres. M. Le Glay a
combattu ce penchant : ses notes sont abondantes et
concises.
C'est principalement dans tout ce qui est local que ses
illustrations sont précieuses. Il a accordé une attention
particulière à la géographie , aux noms propres , et a fait
preuve en cela , d'une exactitude que le savoir ne garantit
pas toujours et qui ne peut appartenir qu'à ceux qui sont
sur les lieux.
Sans ambitionner des grâces déplacées , sans vouloir ,
comme on disait jadis , jeter des fleurs sur un sujet qui
n'en comporte pas , il a ôté à ses annotations la séche-
resse et le pédanlismc ordinaires de lu scholie. En
France, on ne conqilc pas autant qu'en Allemagne sur
( 293 )
la patience de ceux qui lisent; on tâche d'emmieller le
vase qu'on les invite à vider , le grand point est de plaire
et l'on n'en est pas dispensé dans les tliscussions même
les plus rebutantes. C'est ainsi que M. Le Glay a inséré
dans son commentaire une lettre sur les ruines de l'abbaye
du Mont-St.-Eloi , lettre écrite par son ami de cœur ,
M. Fidèle Delcroix , auteur de poésies pleines de suavité
et d'élégance, et qui, pour appartenir au genre classique,
n'annoncent pas moins un talent très-distingué.
M. Le Glay observe quelque part, que de la réserve
avec laquelle Balderic parle de l'origine des Tilles de
Cambrai et d'Arras , on peut conclure qu'à l'époque où
il écrivit, les contes bizarres sur nos origines troyennes,
cimbriques , romaines , etc. , n'avaient pas encore été
imaginés , ou bien que Balderic , les ayant appréciés à
leur valeur, dédaignait de les mentionner dans son ou-
vrage. Et sur ce problème d'archéologie, il a la bonté
d'attendre notre avis. Il est certain que jusqu'ici nous
n'avons pas encore trouvé ces origines exposées explici-
tement dans des auteurs antérieurs au XIL^ siècle.
Cependant le docte historien des bardes, des jongleurs
et des trouvères Anglo-Normands , M. l'abbé de la Rue
n'hésite pas à affirmer qu'aux V.^ et VL'= siècles , les
Gallois , fuyant la domination des barbares du Nord , se
réfugièrent dans l'Armorique et y portèrent leurs fables,
surtout celle de leur origine troyenne. C'est pour arriver à
quelque chose de plus précis sur cette question , que
nous avons encraué l'Académie rovale des sciences et belles-
lettres de Bruxelles , à demander quelles ressources il est
l)ossible de tirer des écrivains du moyen-àge pour notre
histoire , avant et pendant la domination romaine.
Si l'on en avait grande envie, on trouverait peut-être
l'occasion de chicaner M. Le Glay sur quelques assertions
veklti^cs aux anciens droits et à quelques étymologies.
( 294 )
Mais comme en semblable matière , tout n'est pas décide ,
îl s'en faut , nous ne nous ayiserons pas de trancher ce
qui a paru problématique ou soutenablc à un homme tel
que lui.
Balderic, liv. lï , ch. 18, s'exprime à peu près en
ces termes : « Auprès de Marchicnnes , Reclude , par les
» conseils de St.-Amand, fonda un monastère de reli-
» gicuses, et en prit elle-même la direction. Tout alla
» bien pendant sa vie , mais les choses empirèrent à la
» suite des teras. Les religieuses avaient commencé de
» dégénérer et de se corrompre ; la dépravation avait tou-
» jours augmenté jusqu'à ce jour; l'abbé Ledwin chassa
■» des femmes qui menaient une vie dissolue et les rem-
» plaça par des moines capables de servir mieux Dieu
» et la Vierge. » Sur cet endroit , M. Le Glay dit dans
ses notes : « L'abbaye de Marchicnnes , fondée au
» septième siècle par le duc Acdebalde , et dotée ensuite
» par Sainte Reclude sa veuve , était d^iboi'd jwur les
» deux sexes : ce fut en 1024 , que l'évcque Gérard et
» Baudouin Belle Barbe, témoins des désordres qui ré-
)) sultaient d'un pareil voisinage , en exclurent les femmes,
» pour n'y laisser que des moines de Saint-Benoit. »
L'dlustre M. Raynouard observe , à ce sujet , dans le
Journal des Savans ^ qu'il ne cherchera pas à vérifier
comment celte abbaye était primilivcment pour les deux
sexes; mais on a des exemples de pareils rapprochemens,
tout dangereux qu'ils fussent. Des annales de l'ancienne
abbaye de Rolduc, écrites au mibeu du XIL<= siècle,
et imprimées jjour la première fois dans nos Noucelles
Archives historiques , contiennent ce curieux passage :
« His ergo dicbus cœpit sacerdos traclare cum fratribus
» de religione et slalu ecclesia? , quod inconveniens csset
» fratres jjarifer et sorores in eodeni loco cohahitare. »
Afin que le lecteur n'ait rien à désirer , au commentaire
( 295 )
succèdent un glossaire des mois Lurbares et inusités, puis
trois tables , la première des noms de lieux , la seconde
des noms de personnes , la troisième enfin des chapitres.
Des fac simile des écritures d'un diplôme de Louis-le-
Pieux, du 15 avril 816, et d'un bref du pape Grégoire VU,
ainsi qu'un dessin présumé du Ludus clericalis de
Wibold , 26,° évèque de Cambrai , sont des ornemens de
bon goût , et qui attestent que M. Le Glay n'a rien
négligé. Le diplôme de Louis-le-Pieux se termine par la
formule in Dei nomine féliciter. Amen. Formule cjui
cessa , dit-il , d'être en usage vers le tcms de Hugues—
Capet , et qui se retrouve sur un diplôme inédit de l'em-
pereur Henri IV, de l'an 1103, que j'ai produit dans le
bulletin de l'Académie.
Telle est cette publication remarquable qu'un motif
personnel m'a empêché de louer autant que je l'aurais
voulu. M. Le Glay m'a fait l'honneur de me dédier son
livre. Sans doute il n'a écouté en cela que sa bienveil-
lance : je désirerais être à même de lui faire en retour
quelque cadeau de cette espèce , mais ma fortune littéraire
est loin de valoir la sienne. Du moins qu'il agrée l'assu-
rance de ma profonde estime et de ma vive alleclion. Je
lui cède volontiers en tout, excepté en amitié (1).
De Reiffesberg.
(i) Miricus qui a iiussi conlbiitlu Bulderic , le chaulrc de Térouaiic
et l'auteur du Chronicon caineracense , avec révètiue de Noyoïi cl tle
Tournai , dorme page agS de sou Ckronlcuti Belgicuni dont , par
parenthèse , il existe à la bibliotlicijuc de l'université de Louvain , un
exemplaire chargé de corrections manuscrites , une suite des cvèques
de Cambrai, successeurs de Lietbert, jusqu'en iiyy. 11 l'avait tirée
(Tun manuscrit du monastère de Rouge-Yal (jRo(/c'//Jae/),prèsde l'rusclks.
Cest , sauf de trcs-lé^crcs variantes, le môme morrcau tjue M. Le Glay
a extrait du manuscrit de Baluze , p. 3o8 de son édition.
( 296 )
Flandrische Sta.ats und Rechtsceschichte bis zum jahr
1305, von L. A. War>koe>'ig. Erster Band. Tii-
Ihigen hey Ludw. Fuhs, 1835. C'est-à-dire, l'Histoire
sociale et législative de la Flandre jusqu'à l'an 1305,
par M. L. A. Warkkoexig. Vol. I ; Tïibingen , chez
Fuhs, éditeur, 1835 (1).
Il serait difficile de trouver un peuple dont l'histoire
législative présentât des résultats plus importans que celle
de la Flandre. Ce pavs fait voir partout des traces d'une
civilisation précoce ; il offre encore aujourd'hui des monu-
mens très-intéressans de l'art antique, des preuves incon-
testables d'une agriculture portée à un très-haut degré de
perfection , et d'une industrie développée , depuis des
époques très-reculées. Des talens remarquables , l'esprit
d'indépendance et l'amour de la liberté , distinguent les
populations flamandes.
L'histoire de ce pays nous montre une suite de princes
qui , sachant mettre à profit la prospérité des cités de la
Flandre , ont par des privilèges judicieusement accordés ,
augmenté la population du plat pays , en même temps
qu'ils y faisaient naître l'industrie.
Les constitutions libérales des villes de la Flandre em-
brassent jusqu'aux moinche détails. L'histoire du droit privé,
(i) Les rédacteurs du Messager s'étaient proposé de doiiiier une
notice sur l'ouvrage de leur collègue , lursq^u'ils ont reçu l'analyse
critique de son livre par M, ftlittermaier , professeur de droit à
l'Université d'fkidclburg. lis ont cru pouvoii- donner ici la traduction
de son article.
( 297 )
f!i nous fournissant chaque jour des preuves d'une civi-
lisation fort avancée , nous démontre que cette partie du
droit V avait atteint un haut degré de perfection , a une
époque où d'autres pays n'en avaient que des notions
très-imparfaites.
L'étude du droit de la Flandre nous fait connaître des
monuraens de jurisprudence tels que dans d'autres contrées,
on les trouve à peine ébauchés , quand ils n'y manquent pas
complètement. Ce sont les recueils de Coutumes et de Keures
des districts du plat pays. Les Keures du Pays de Waes ,
de 1241 , et celle des métiers d'Assenède , Hulstet Axel,
de 1242, renferment des renseignemens très-précieux,
qu'on chercherait en vain dans d'autres statuts des temps
anciens. Des principes de contrat social , les garanties
mutuelles et le maintien de la paix , forment la principale
base lie la législation flamande.
L'histoire des Flandres est une étude du plus haut intérêt
pour la nation allemande , à cause de l'origine de la popu-
lation flamande , de ses rapports avec l'empire , et de ses
relations commerciales. D'après des docuraens authentiques,
des liaisons de commerce existaient entre les villes de la
Basse-Allemagne et les opulentes cités de Gand et de Bruges
qui, à cette époque, avaient déjà une influence européenne.
L'Allemagne n'a pas seulement emprunté une foule de
coutumes à la Flandre , elle en a reçu des institutions
politiques et législatives , et les colonies flamandes ont
exercé une grande influence sur la civilisation de plusieurs
contrées germaniques. La Flandre possède , en outre , des
collections historiques d'un grand mérite , où de véritables
trésors sont amassés.
L'ouvrase de Saint-Génois et les richesses de ses archives,
ainsi que les travaux deDiericx, de Raepsact , de De BasI,
renferment d'excellentes notices et des documcns précieux.
Ces ouvrages, tirés à un petit nombre d'exemplaires, n'ont
( 298 )
presque pas été livrés au commerce ; on a de la peine à
se les procurer, même à un prix élevé.
Les connaissances historiques manquent , en général ,
aux auteurs qui , ne sachant pas tirer parti des matérialix ,
s'abandonnent aux hypothèses les plus hasardées. Les
consécpienccs qu'ils en tirent sont très-souvent erronnées,
d'autant plus qu'influencés par les écrivains français , ils
s'eflbrcent de modeler les développemens des événcmens
politiques de leur pays , sur les travaux de leurs voisins.
Pour en citer un exemple, ils attribuent l'affranchissement
des communes à des révolutions , parce qu'en France il en
était généralement ainsi. L'ouvrage que nous annonçons
est donc de la plus haute importance sous beaucoup
de rapports et particulièrement sous celui de la vérité
historique.
De profondes connaissances historiques mettaient
M. Warnkœnig à même de puiser , avec succès , aux
sources de l'histoire de la Flandre. Fort des travaux
historiques de l'Allemagne , il pouvait appliquer les ré-
sultats de la science dans ce dernier pays , aux documens
flamands , tandis que la connaissance de la littérature
française l'empêchait de devenir exclusif, en lui présen-
lîtnt une juste mesure pour l'appréciation des faits.
L'élude infatigable des sources imprimées , la prudence
qui a guidé ses recherches dans les archives du pays,
et la persévérance qui l'a soutenu, ont mis, entre ses
mains , une collection de matériaux dont la richesse surpasse,
peut-être, celle d'aucun de ses devanciers. Animé du.
zèle le plus rare , accompagné de cette pénétration et de
ce tact qui caractérisent le talent historique, M, Warn-
kœnig a composé un ouvrage indispensable à l'historien
et au jurisconsulte.
Déjà , antérieurement , M. Warnkœnig avait traité
quelques points saillants de l'histoire législative de la
( 299 )
Fiaiuli'C , dans le recueil si intéressant , lo Messager des
Sciences et des Arts (1).
Le premier \oIumc de l'ouvrage qui est l'objet de celle
analyse , renferme une introduction et deux livres du texte.
Dans le 1/"^ livre, divisé en quatre chapitres, l'auteur
résume l'histoire de la Flandre depuis Baudouin I jus-
(ju'à la mort de Guy de Dampierre (863-1305 ); dans le
second livre , en six chapitres , il expose l'état social et
législatif de la Flandre , au XIII. " siècle.
Dans l'introduction , l'auteur indique les sources de
l'ancienne histoire de Flandre et des ouvrages qui en traitent ;
il parle (p. G.) des archives du gouvernement , des couvcns
et des villes; et, après avoir montré combien de collections
précieuses ont été détruites par la révolution française, il nous
donne des renseignemens détaillés sur plusieurs archives ,
parmi lesquelles celles de la chambre des Comptes, à Lille ,
sont les plus importantes (voyez St. -Génois , ouvrage rare et
précieux qui n'est plus dans le commerce ; l'auteur de
cet article a fait usage d'un exemplaire de la Bibliothèque
Royale de Paris ).
Ce que l'auteur dit (p. 14-82) des collections de chartes
concernant l'histoire et le droit des Flandres , de la valeur
des chroniques et de la manière de s'en servir, surpasse
tout ce qui a été écrit jusqu'ici sur cette matière. Partout
on trouve des notices littéraires et des rectifications , sur
les renseignemens donnés par ses devanciers.
Le premier livre commence par la description du pavs.
— L'auteur admet la conjcctui'e , très-vraisemblable , que
le nom de Flandre dérive du mot flamand : Vlander qui
signifie pont , et convenait à un pays couvert de marais
(i) M. Mettcrmaier donne ici une analyse des articles du i vol. de
noire Messager.
( 300 )
et d'étangs , où les ponts devaient se trouver en grand
nombre. M. Warnkœnig regarde les Ménapiens (p. 88.),
les Morins et les Atrebates , comme les plus anciens ha-
bitans de cette contrée. Ce pays étant tombé de bonne
heure sous la domination romaine, reçut au IV."^^ et au
V.°^® siècles , des colons germains (p. 90 ) , notamment
des Saxons et des Francs , de manière qu'on remarqua
aussitôt une différence de mœurs et de lansage , entre la
Flandre germanique et la Flandre gauloise. Cette dernière
était habitée par les Ménapiens et les Morins. Après avoir
parlé de la division en districts appelés Pagl et en allemand
Gaiien, l'auteur énumère les endroits qu'on y rencontre
dans la première moitié du moyen-âge. A la page 100,
nous trouvons l'établissement du christianisme (depuis le
IV."^"^ siècle ) , et l'importance , et les richesses que les
églises y ont acquises, dans les temps reculés.
Après l'examen critique de la tradition des forestiers ,
suit l'histoire des Comtes de Flandres. L'espace ne nous
permet pas d'en citer , ici , quelques fragmens ; nous nous
bornerons à dire , que l'auteur discute consciencieusement
les différentes opinions ; il sait augmenter l'intérêt de son
ouvrage en faisant ressortir ce que les souverains ont fait
pour les progrès de la civilisation de leurs peuples. La vie
active de Philippe d'Alsace , à qui les villes flamandes sont
redevables de leurs principaux privilèges, nous a vivement
intéressé. L'auteur publie beaucoup de documens sur 3Iar-
guerite de Conslantinople (1244-1278), et sur la querelle
concernant la Flandre impériale , sous Guy de Dampierre.
Dans le second livre , « Etat social et légidolif de la
Flandre au XIII.^ siècle,)) l'aulcur expose la différence
entre le comté de Flandre , tenu de la couronne , et
entre la seigneurie tenue de l'empire; il en détermine
les conséquences avec plus de précision qu'aucun autre
écrivain. On remarque que l'esprit de liberté et dinde-
(301 )
pendancc était plus vif dans la Flandre germanique que dans
la partie française.
Dans l'exposition des rapports entre les différens membres
de la société , l'auteur parle des serfs , et des tributaires , classe
intermédiaire entre les bomraes libres et les serfs (p. 245).
M. Warnkœnig parle d'un usage territorial par rapport
au laeteyi dont il croit que la condition était égale à
celle des Hoerigen, sur ce point nous ne sommes pas
d'accord avec lui (1). Nous convenons que les laeten
sont souvent définis de cette manière , et que les lilancs
(entre autre dans une charte de 1377, Lutzel iiher die
buerlîchen Laslen in Hildesheim, p. .56), sont mémo
appelés laeten; cependant l'examen d'un grand nombre
de chartes flamandes , nous a démontré , que le mot laeten
ne signifie rien autre que ce qu'on exprime , dans les
livres de jurisprudence, par le nom de Landsassen , con-
dition égale à celle que les chartes néerlandaises assignent
aux hostes [hospites ou viansionarii)^ colons étrangers
qui n'avaient aucun caractère de servilité.
Le chapitre qui traite du lien féodal entre le comte et
le roi de France , et entre le premier et l'empire , est
d'autant plus intéressant , que nous n'avions que des don-
nées superficielles sur ce dernier point.
Nous avons vu avec plaisir l'exposé des dignitaires
[ministeriales) de la cour du comte (p. 2C1); cependant,
nous n'admettons pas avec l'auteur , que tout noble por-
tait le titre de chevalier {^tniles). Les diplômes nousprou-
(i) M. MIttermaler a mal compris l'auteur : ce dernier dit seulement ,
qu'au nombre des Laeten se trouvaient aussi bien des serfs et tribu-
taires ( fioerigen ) que des hommes libres.
( Note des rédacteurs. )
21
( 302 )
vent, que le litre de miles était réservé aux véritaLles
chevaliers (1).
L'auteur pose en fait , avec raison , qu'en Flandre comme
partout , les pouvoirs judiciaire et militaire formaient la
base de la puissance du Comte. Là comme ailleurs, les
rapports entre le seigneur et les sujets n'étaient pas
uniformes, mais ils variaient selon les arrangemens faits
entre les premiers et les différentes classes d'habitans. Cette
diversité de rapports produisit les différens officiers ou fonc-
tionnaires publics, qui , dans les mêmes localités , existaient
les uns à côté des autres , savoir : les châtelains , les villici
ou écoulèles , et les baillis. Dans tous les tribunaux il y
avait des éclievins ; et c'est avec raison que l'auteur fait
observer , que les écbevins n'avaient pas seulement à exa-
miner les questions de faits, mais encore ils avaient à
décider sur le droit même, à l'établir et à le développer,
et par conséquent , ils avaient le droit de faire des heures.
Cette observation de l'auteur , que vierschare signifie le
tribunal des échevins est fondée ; mais la dernière expres-
sion désigne surtout les séances publiques et solennelles.
L'auteur indique ( p. 283 ) ces assemblées générales qui
ont produit le grand-jury ( comme en Angleterre ) , où
le peuple dénonçait les crimes. Ces franches vérités
( doorgaende waerheden ) nous font voir , que le déve-
loppement de la procédure inquisitoriale est très-ancienne
dans le droit germanique (Voyez mon ouvrage : Slraf-
verfahren in den deutschen Gerichten ^ p. 130).
Nous attendons des renseignemens plus détaillés sur
cette matière, dans le second volume. Les Pays-Bas eu
(i) M. IMittcrmaîer a parfaitement raison; mais tout noble adulte,
petit ou grand , avait soin de se faire recevoir chevalier.
( N. des rédacteurs, )
( 303 )
possèdent les statuts les plus précieux. La keure du Pays
de Waes renferme des préceptes très-complets.
Ce que l'auteur nous dit des pouvoirs des Châtelains
( p. 284 ) , des Baillis ( p. 297 ) , et des Ecoutètcs ( p. 303 ),
mérite la plus grande attention.
Les recherches sur les assemblées nationales coïncident
parfaitement avec les résultats trouvés par l'auteur de cet
article : on ne peut pas prouver l'existence d'une repré-
sentation nationale en Flandre, avant le 14.« siècle.
Il ne faut pas faire dériver les assemblées des états
proprement dits , de ces réunions de grands dignitaires ,
ou des hommes fiefs , sous la présidence du comte , ni
les réunions ayant pour but le maintien de la paix publique.
Le chapitre IV (p. 311), contenant \ Histoire des
villes , est à notre avis le plus important de tout l'ou-
vrage. Il s'agissait , ici , d'attaquer l'erreur dans laquelle
tant d'écrivains sont tombés , en soutenant , que les com-
munes flamandes devaient leur origine à des mouvements
insurrectionnels , comme cela a eu lieu en France , où
les noms de conjuration et de communes sont emplovés
indifféremment , par les contemporains. Là , nous voyons
les rois seconder prudemment ces conjurations , contre
les hauts barons ,• ils se réjouissent des victoires remportées
par la bourgeoisie , et en garantissent le bienfait par des
chartes de privilèges. M. Warnkœnig soutient, avec raison
( p. 369 ), que les chartes de liberté, chez les Flamands,
n'ont pas été arrachées par des conspirateurs , mais
qu'elles ont été accordées par des princes éclairés , qui
appréciaient l'importance des villes, et savaient en augmenter
la splendeur par la sagesse des lois constitutives.
Le comte Thiéri d'Alsace se montrait reconnaissant
par intérêt. Les villes l'avaient puissamment secondé dans
ses guerres contre ses compétiteurs. C'est à lui et à son
fils Philippe que ces villes doivent leurs principaux pri-
( 304 )
viléges- Plusieurs causes ont contribue à la formation des
villes , dans des temps reculés. Déjà au Xïl.'^ siècle , les
cités flamandes étaient parvenues à un tel degré de pros-
périté , qu'elles exerçaient une influence marquée dans
les affaires politiques. Des alliés aussi riches étaient re-
cherchés et estimés par les hauts barons qui , dans ces
temps d'agitations , se faisaient fréquemment la guerre.
Nous trouvons (p. 327) que Bruges et Dam étaient
devenues le centre du commerce du monde. L'auteur
saisit cette occasion pour faire remarquer l'importance
des lois maritimes de Dam (p. 328). Cette législation,
quoique dérivée des lois d'Oléron , contenait cependant le
droit maritime reconnu en Flandre. La hanse des villes
flamandes ( originairement au nombre de dix-sept ) est un
point très-important dans l'histoire commerciale et politique
de ce pays.
L'auteur pose comme base de l'association communale,
outre la réunion d'un grand noiubre d'habitations dans
un espace peu étendu , le lien de la paroisse et celui de
l'échevinage.
L'auteur de cette analyse regrette que 3L Warnkœnig
n'ait pas compris parmi ces causes la formation des cor-
porations (1) ou métiers ( Gilden) : car ovi ne peut douter,
que ces associations politiques et religieuses des classes
industrielles , n'aient , ici , comme ailleurs , contribué à
modifier les constitutions des villes. Ces jurandes avaient
leurs statuts , leurs chefs ; et leur pouvoir devint tel ,
dans beaucoup de localités , qu'elles exerçaient une in-
fluence directe sur les élections des magistrats (2).
(i) On ne rencontre , en Flandre, les corporations , comme corps po-
litiques qu'au i/|.<= slecie. ( N. (1. R.)
(•.i) On peut consulter, sur ces jurandes, l'ouvrage de Wilda, l'ex-
cellent écrit de Fortuyn : de gildarum hisloria, Jorma et auctoritate
polilica. Amstel. i834.
( 305 )
L'auteur fait voir qu'il y eu de bonne heure, en Flandre,
des motifs de soustraire les haLitans des endroits fortifiés ,
à la jurisdicliou générale du pays , et de leur donner
un échevinage particulier.
La commune était d'abord composée de difTérenles clas-
ses d'halùtans , parmi lesquels beaucoup ne jouissaient pas
d'une liberté pleine et entière , mais délivrés peu-à-peu
des charges de la servitude , ils venaient grossir la classe
des hommes libres.
On trouve déjà au VIL^ et au VIII.^ siècles , sous le
nom i\! Oppidum , cUfférenls endroits qui , plus tard , sont
des villes très-florissantes (p. 345 ).
Les cités flamandes jouissaient de très-grand&s libertés,
et leurs recettes et dépenses ( Voyez p. 3C5 les documcns
importans) prouvent jusqu'à quel point de prospérité et
de puissance , elles s'étaient élevées.
A la page 3C7, l'auteur parle des magistrats nommés
consauljc , qui existaient à côté des échevins. Il ne s'ex-
plique pas clairement sur le rapport entre les choremani
et les échevins- Je crois que l'expression de choremani
avait différentes acceptions. Il est certain que ce mot dési-
gnait souvent tous les bourgeois , qui secundum eandem
copam vicunt. Tous les citoyens vivant sous la même loi ,
s'appellent par fois clwromani , kewf/enoten (1).
Les Raedmannen, que l'on trouve également dans les
villes allemandes , sont souvent les conseillers de Vad-
ministration , gérant toutes les affaires qui n'appartenaient
(i) M. Mittermaicr se trompe , ici , en ce qui concerne la Flandre : il
confond les heurhroedcrs et Jieurzusters avec les keurj manne ii. On ne
rencontre ceux-ci que dans les Cliàlcllcnics de Fumes , Bcrgli , Bour-
bourj^ et Cassel , et dans (jnelques villes inarilinies du JNord de la
France ; ils sont là à la lois éclicvins cl coiibeillcri. (N. d. II.)
( 306 )
pas à l'administration de la justice , laquelle incombait
aux écheyins. Ceux-ci étaient choisis parmi les familles,
tandis que les consaulx représentaient souvent les corpo-
rations (1).
Le passage relatif aux charges des échevins est fort bien
traité (p. 377 ).
L'exposition des sources historiques du droit flamand
( chap. V ) est du plus haut intérêt , à cause des Tues
neuves qu'elle renferme. Les droits personnels ( comme
le dit très-bien l'auteur , p. 384 ) , ont disparu de bonne
heure dans les Flandres , à cause du développement
précoce des droits territoriaux et féodaux. Il est indis-
pensable de ranger les heures des villes en catégories
( p. 387 ) ; car , dans les anciennes keures on trouve
tantôt des privilèges pour les bourgeois , tantôt pour la
partie de la population qui ne jouissait pas encore de la
liberté , tantôt on y trouve des dispositions concernant la
constitution ou l'organisation des èchevms. 11 n'y pas de
coutume générale en Flandre , tel que le Sachsenspiegel
en Allemagne , et l'auteur a raison d'appeler l'attention
sur Bouteiller , somme rurale.
L'explication du mot heure (p. 391 ) est suivie de l'énu-
mération des principaux documens de ce genre : la keure
de Furnes (2) , la plus ancienne en date , se trouve à la
tète ) ensuite viennent celle de Gand ( 1192 ) , remarquable
par son étendue et par l'originalité de ses articles ; celle
du Franc-de-Bruges , de 1190; celles du Pays-de-Waes
et des Quatre-JIéliers Assenède, Bouchoule, Hulst, Axel
( la plus étendue des keures flamandes ).
(i) Il n'en était pas ainsi en Flandre. (N. d. R.)
(a) Le texte de celte keure, de iiog, est perdu.
( 307 )
M. Warnkœnig a omis la keure du pays de l'Angle ,
de 1248 (1).
Le chapitre VI traite des affaires ecclésiastiques en
Flandre , et particulièrement de la division des évèchés en
archidiaconals et en décanats (p. 497); ils indique les
principaux couvens et des fondations pieuses ( p. 411 ). Nous
y trouvons les monastères riches et puissans (p. 423).
La justice synodale mérite une attention particulière.
En Flandre , comme en Allemagne, on a essayé de bonne
heure de s'affranchir de cette jurisdiction. Un article de
la charte gantoise de 1192, renferme un passage qui ne
permet les jugemens svnodaux, que de quatre en quatre
ans. L'auteur donne (p. 443) une notice très-intéres-
sante sur les ouvrages concernant l'origine et la nature
des dîmes en Flandre. Il est plus que prohahle que la
plus grande partie des dîmes n'est pas d'origine ecclésias-
tique , mais elles peuvent être considérées comme partie
intégrante des revenus seigneuriaux, de manière que la
plupart des dîmes ecclésiastiques sont dues à la libéralité
des comtes de Flandre. La charte de 901 (p. 448),
d'après laquelle il paraîtrait que le Pape aurait cédé les
dîmes aux seigneurs de la Flandre, pour les mettre en
étal de résister aux barbares , serait très-importante , si
elle ne portait pas tant de marques d'une origine apocryphe.
Le supplément renferme quarante-huit documeus, dont
la plupart étaient inédits , les autres avaient été publiés
inexactement , ou ne se trouvaient que dans des livres très-
rares. Parmi les diplômes intéressans , nous citerons les
anciennes chartes concernant des Praestaries faites en 830
(i) Le savant professeur de Heidelbcrg n'a pas considéré que le pays
do l'Angle ne fcsait pas partie de la Flandre, et que par conséquent
sa keure ne pouvait pas trouver place dans Tordre adopté par l'auteur.
/Y. du Tiad.
( 308 )
et en 840; la plus ancienne keure de St. -Orner, de 1127;
les keures des villes de Gand , Bruges , Ypres , Oudcaarde ,
de 1172, 1170, 1189, 1190; le traité entre les bour-
geois de Cologne et les Flamands , relatif aux poursuites
pour dettes , de 1197; le rapport d'une conférence entre
Marguerite, comtesse de Flandre, et le roi Guillaume
de Hollande, de l'année 1253; les extraits de la chro-
nique du moine Jean de Thilrode, de 1282-1300; les
privilèges des foires de Flandre, 1290; les statuts de la
hanse flamande dite de Londres; et le texte de l'ancien
droit maritime de Dam.
Nous attendons avec impatience le second volume de
cet ouvrage ; il traitera de l'histoire législative des diffé-
rentes localités , et dévoilera le trésor des statuts des Flan-
dres. Cet ouvrage de M. Warnkœnig mérite d'être placé
parmi les publications les plus remarquables de nos jours.
MiTTERMAIER,
Les Tournois de Chauvengi , donnés vers la fin dit XIIJ.'^
siècle, décrits par 5 xGQVES Bretex , 1285. Annotes
par feu Philibert Delmotte , bibliothécaire de la
ville de Mons , et puhliés par H. Delmotte , son fils,
hibliothécaire , conservateur des archives de Vétat,
à Mons. Falenciennes , 1835, A. Prîgnet, in-^°
de 165 et 28 po^jr. fig.
Longtemps , les Français montrèrent de l'insouciance pour
leur ancienne langue et ne semblèrent pas se douter qu'elle
eut une littérature riche , variée , originale ; il semblait
que le génie national ne se fût éveillé qu'avec la con-
naissance de l'auliquilé classique. Boileau date de Villon
l'histoire de la poésie française, et mentionne les roman-
( 309 }
cicrs seulement pour mémoire. Cependant Noslradamus ,
Fauchet , Pasquicr avaient donné le signal des recherches
sur ce sujet , et parmi les conlemporains il y avait des
hommes trés-versés dans cette partie de la philologie,
tels que Ménage et surtout Du Gange , érudit resté sans
pair , du moins à mon avis. Borel , André Duchesne ,
La Monnoye , Lenglet du Fresnoy , Le Duchat , Eusèbe
de Laurière , Formey , Prosper Marchand , Lacombe , Car-
j)cntier , Doux fils , l'abbé Sallier , Lantin de Dameray , etc. ,
rendirent des services à la langue : vers le même temps,
un imprimeur, Urbain Couslelier, voulut tenter ce que
M. Crapelct a si bien exécuté de nos jours. Malheureuse-
ment , quoiqu'elles soicxit encore recherchées , ses éditions
fourmillent de fautes et de négligences (1). La Curne de
8.^"= Palaye ne vécut pas assez, pour effectuer ses vastes et
utiles projets, mais ses ouvrages imprimés et ses manus-
crits n'en font pas moins le plus grand honneur à ses
connaissances et à son zèle. Barbaxan , Levesque de la
Ravallière , La Borde tirèrent de la poussière grand nombre
de poésies des trouvères ; si Le Grand d'Aussy l'emportait sur
(i) Lenglet Dufresnoy , dans l'avertissement de son édition des Arrests
d'Autour, Amst., 1731. p. XXV, appelle Urbain Coustelier un petit
étourdi qui suiuait toujours mauvais conseil , c'est-à-dire ses propres
lumières, dans les belles, mais très -mauvaises et très-fautives
éditions qu'il donnait de nos anciens poètes , dont il prétendait sans
doute augmenter plutôt les fautes que renouveler les impressions.
Plus loin il le qualifie de bon libraire et d'archi-cocu , ce qui n'est pas
incompatible et ne tient pas à l'histoire littéraire. C'est peut-être à cc
double passage que fait allusion l'auteur des querelles littéraires lorsqu'il
dit (I., ICI, note): « Quant à l'abbé Len.... il reçut un pareil salaire
» (des coups de bâton) eu plciu mlili , pour avoir tenu des propos
»> indécens sur la femme d'un riche libraire. » Cette petite anecdote
peut servir du supplément à rarlicle de Coustelier dans la Biographie
Universelle.
(310 )
eux par la science , aux originaux il substituait des traductions
qui en altéraient la physionomie et quelquefois le sens.
Vinrent ensuite M. Roquefort dont la yieillesse est si digne
de commisération, le patient et modeste Méon , MM. Auguis,
Chalvet , Benoiston de Château-Neuf , Sinner , etc. Mais la
vieille langue française était plutôt deyinée que connue par
quelques-uns de ces littérateurs, pour aucun sa grammaire
n'était encore reconstruite. L'honneur de la retromer appar-
tenait cà M. Raynouard, l'auteur d'un des drames modernes
les plus intéressans , et qui a joint , à la gloire du poète ,
l'honneur d'avoir seul résisté à la volonté de Napoléon,
quand la France était encore à genoux , muette et trem-
blante , soumise et flatteuse. M. Raynouard a montré que
cet idiome que l'on croyait confus , indiscipliné , barbare ,
avait ses règles et que ce qu'on regardait comme des erreurs
grossières était quelquefois la conséquence d'une théorie
nettement conçue.
M. Raynouard a formé une école de philologues français
du moyen-age. Sa grammaire des troubadours , ses fréquens
articles dans le Journal des Savans^ les conseils qu'il
ne refuse jamais , les éclaircissemens qu'il prodigue , son
accueil franc et aimable , la facilité avec laquelle il résout
les questions les plus épineuses , lui ont acquis de nom-
breux disciples qui sentent pour lui autant d'attachement
que de vénération. C'est dans la voie qu'il a ouverte avec
le respectable abbé de la Rue que marchent MM. Robert ,
Monmerqué, Paulin Paris, Achille Jubinal , Francisque
Michel , Edward Le Glay , Hérisson , Bourdillon , Monin ,
Prévost; c'était la même route que suivait M. Frédéric
Pliiquel. A ces noms , je joindrai ceux de MM. Esman-
gart ec Eloy Johanncau , de M. Bepping, du vénérable
Hécart et de M. Arthur Dinaux , tous deiix de Valenciennes,
et à l'étranger , ceux de MM. Jacques Grimm , E. Bekker ,
l'éditeur du roman de Fier-à-hra$, et Monc qui vient encore
(311 )
lout récemment de donner , dans ses Anzeîger fur Kunde
der teutschen Forzeit (1." trimestre de 1835) un long
fia fument du roman d'yénséis de Cartage. J'ai commis
sans doute quelques omissions involontaires , mais j'en ai
dit assez pour faire Toir avec quelle ardeur cette branche
de la littérature est cultivée.
Cependant, qu'on ne s'y trompe pas : le zèle ne tient
pas lieu de tout autre mérite. En général , on ne se fait
pas une idée assez juste des obligations d'un éditeur de
gothiques monumens. On s'imagine trop souvent qu'il
sufRt de parcourir les bibliothèques , les dépôts d'ar-
chives et d'avoir un copiste et un imprimeur. En effet ,
il n'en faut pas davantage si l'on examine sérieusement
certaines publications prétenduement érudites. L'humble
fonction d'éditeur, mieux comprise, exige cependant bien
davantage : connaissance des langues , de l'histoire , des
antiquités , mœurs , usages , critique déliée , goût sûr ,
rejetant tout ce qui est oiseux et ne prenant que la fleur
de l'érudition , voilà les principales qualités sans lesquelles
ce travail ingrat devient impossible , si l'on cherche à
atteindre le degré de perfection auquel doit viser tout
homme qui se respecte et qui respecte le public.
Ces qualités, feu M. Deluiotte les réunissait presque
toutes. Son fils , dans une notice écrite avec élégance et
une pieuse sollicitude , nous a révélé ce que cet estimable
littérateur cachait de talens et de vertus. On voit qu'il
a recueilli religieusement ce précieux héritage.
Feu M. Delmotte , pour nous servir de l'expression à la
mode , avait découvert dans la bibliothèque de Mons , les
Tournois de Chauvency. Cependant ils étaient connus,
le père 3Iéncstrier en cite des passages à propos d'héraldique
et je les ai indiqués moi-même avant leur publication.
Ces tournois ont été décrits en vers par Jacques Brétex ,
vers la fin du XIII.* siècle. Ils sont intéressans par la
( 312 )
peinture des mœurs et par les personnages qui y sont mis
en scène. Le prospectus annonçait un commentaire , qui ,
en effet , était nécessaire. Je ne le trouve pas dans le
livre , à moins qu'on n'appelle ainsi les sept pages de
notes qui précèdent le glossaire et qui , non-seulement ,
sont insuffisantes, mais contiennent des inexactitudes.
Par exemple Berfromont doit avoir été mis pour Beffromont
ou Beaufremont '^ Wallerant de Fauqitemont ne tirait
pas son nom d'un bourg de Lorraine , à 7 lieues Est de
Metz , mais d'une petite ville du Limbourg , dont les
seigneurs ont joué un grand rôle ; Hondeschort est vrai-
semblablement Hondêchot.
A la page 23 du glossaire, on allègue l'autorité du
reclus de 3Iolinet, il faut lire le reclus ou rendus de
Molietis.
Le texte est pur et correct. Cependant page 36 , vers 454
au lieu de
Et puis F'àne à ces biraus.
Il faut , comme l'exige le sens et la mesure :
• Et puis Viane à ces biraus.
Les vers suivans sont trop courts :
4G8 Que je cuida que fust cil.
488 Et lui faut et pnrprent terre,
2844 Quand chascuns aura eue.
4027 Kénll, mais signor visinent.
Mais cela peut se mettre sur le compte du manuscrit.
Le glossaire qui contient des expHcations curieuses , en
offre plusieurs de M. Hécart, l'auteur du Dictionnaire
du patois Bouchi , et de M. Lorrin, l'élève de Charles
Pougens. Il n'embrasse pas cependant tous les mots qui
auraient besoin d'être interprétés , tels que Jnnes ( an-
neuux)^Diva, dia .' interjection, i)/«mZ»o/-«îV, protéger,
(313)
eorgies , coups, campliaus qui est mis, je crois, })our
lempliaus , Umpes :
Et à vos belles mains polies ,
Qui sont blanclies et délaies (lisez délaies^,
Sentir les froiis et les campliaus.
Eufin, pour prouver qiie ma critique est impitoyable,
j'aurais voulu qu'une introduction eût été destinée à nous
faire mieux connaître l'auteur, à le comparer avec les
trouvères contemporains et à résumer les enseignemens
qu'on peut tirer de son livre.
Les Tournois de Chauvencij ont été magnifiquement
imprimés eu caractères gothiques , par M. Prignet de
Valenciennes. Ils sont ornés d'une gravure au trait re-
présentant un combat à la foule , copié d'une tapisserie
que M. Vitet , inspecteur des monumens , découvrit réel-
lement dans les greniers de l'hôlel-de-ville de Valenciennes.
On doit cette puLlication à M. H. Delmotte fils , biblio-
thécaire et conservateur des archives de l'état , à Mons.
Homme d'esprit et de savoir , il aime à présenter sa pensée
sous une forme légèrement satyrique. Mais les ouvrages
sérieux ne lui font pas peur et lui réussissent parfaitement.
On attend avec impatience la Biofjraphie du Hainaut
qu'il a promise et dont il a inséré de piquans échantillons
dans les Archives du Nord de la France, L'Académie
Royale des Sciences et Belles-Lettres vient , sur ma pro-
position , de l'inscrire parmi ses correspondans.
De Reiffeinberg.
(314)
AfiRiGÉ MÉTHODIQUE DE LÀ GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE , avCC
des notes sur la géographie ancienne , par C. Pirlot,
'professeur d'histoire et de géographie au collège d'Ath.
Brux., Hayez, 1832 , 384 pages in-12.
L'ouvrage que nous annonçons en est à la seconde
édition, qui, nous assure-t-on, a été tirée à un grand
nombre d'exemplaires. C'est d'un bon augure. Effective-
ment Y Abrégé de M. Pirlot nous a paru mériter la pré-
férence sur les livres du même genre que nous avions déjà.
Nous sentons combien il est difficile de renfermer , dans
des bornes étroites , un aperçu général de toutes les parties
du globe. On risque de dire trop ou trop peu. Le cadre
adopté par l'auteur nous paraît très-lieureux. M. Pirlot ,
après avoir donné quelques notions préliminaires sur les cinq
grandes divisions du globe , leur étendue , leurs bornes, etc.,
revient à l'Europe , dont il commence la description par
celle de la Belgique. Nous applaudissons à cette idée.
En effet , il est tout naturel que l'on apprenne aux enfans
à connaître la patrie , avant de leur parler des régions
presqu 'inconnues de l'Asie et de l'Afrique , dont , une
fois sortis du collège , ils n'entendront peut-être plus
prononcer les noms. L'Auteur en conséquence , en s'écar-
tant de la roule trop-généralement suivie , a consacré
au-delà du quart du volume à la Belgique. La description
qu'il en donne est un peu vague peut-être , mais en
général assez, exacte. Au reste, il est bien entendu que
les professeurs qui feront usage de cet abrégé donneront
oralement les développemens que l'auteur n'a pu insérer
dans son livre. M. Pirlot, pour ne pas trop grossir son
texte , a eu l'ingénieuse idée de faire suivre la description
de chacune des provinces qui composent notre royaume,
d'un tableau des hommes remarquables à qui elles ont
donné naissance. C'est là une innovation excellente ,
(315)
mais cette partie de l'ouYrage aura encore besoin d'être
soigneusement revue. Un bon nombre de noms propres
sont estropiés tels que Riga , Waddere , Van der Fincht,
fFallis, Van Barle, Lempsonius 3Ietkerke ^ Gollsîus, etc.,
Tout cela , nous en sommes persuadés , disparaîtra dans
une troisième édition. L'auteur devra revoir les ouvrages
de Foppcns , de Patpiot , de Delvenne , etc. Il devra éga-
lement consulter les excellens mémoires de MM. Kiese-
vetler et Fétis pour connaître nos musiciens célèbres,
les ouvrages de Van Mander , Descamps , Bazan et Bartsch,
pour nos peintres et graveurs , celui de M. Willems pour
les poètes flamands. Il trouvera également dans les Ar-
chîces et le Dimanche de M. De Reiffenberg, ainsi que
dans le Messacjer des Sciences et des A ris , différentes notices
très-intéressantes sur des hommes dont le mérite n'était pas
apprécié.
Pour ce qui regarde la description des autres pays du
globe, le livre de BI. Pirlot nous parait être à la hauteur
de la science. Il fera bien cependant de ne pas suivre
aveuglément les manuels de géographie que nous avons
déjà , mais de consulter autant que possible les descrip-
tions des différens pays qui ont paru dans les derniers
temps , ainsi que les relations des voyages les plus récens.
Tel est celui que le prince de Saxe-Weimar fit, en 1825,
aux Etats-Unis de l'Amérique , dont il a été rendu un
compte assez détaillé dans le Messager de 1827-1828,
page 243 , dans lequel on accuse les livres élémentaires
de ne faire aucune mention de villes telles que Richmond,
Savannah , Albany , de lacs et de baies telles que l'Erie,
l'Ontario , le Chésapcak , des rivières comme l'Ohio , le
Missouri , l'Arkansah. Comme cette omission se trouve
aussi en partie dans l'ouvrage que nous annonçons , nous
avons cru devoir la consigner ici.
C. P. S.
(316)
Religion et Amotir, par P. J. F. De Decker. Bruxelles,
Hauman, 1835, in-18, 126 pages, avec lithographie.
Pendant que la littérature helge s'intronisait enfin au
théâtre , en y retraçant aux masses réunies les scènes les
plus émouvantes de l'histoire nationale , elle n'était pas
moins favorahlernent accueillie sous la forme intime dans '
un bon nombre de productions poétiques. Dans ce mou-
vement de progression des lettres , la Flandre - orientale
n'est point restée en arrière ; la ville de Gand a eu aussi
son poète qui , dès son début , a donné les plus belles
espérances. Religion et Amour ^ tel est le titre de son
ouvrage. Il faut avouer qu'il ne pouvait choisir deux idées
qui soient plus propres à l'inspiration ; et la première nous
indiquant d'avance sous quel aspect devait se produire la
seconde , une telle alliance ne pouvait manquer d'éveiller
toute notre attention, d'exciter tout notre intérêt, en nous
faisant espérer les aperçus les plus nouveaux. L'auteur a
tenu dans la plupart de ses pièces ce qu'il semblait pro-
mettre. Religion et Amour sont bien partout les deux
idées mères de son recueil ; et il a su en tirer une suite
de tableaux des plus suaves et des plus gracieux.
La pièce intitulée Le Soir, par laquelle commence notre
poète, est comme l'exposé de son ouvrage. Après la lecture
de ce morceau qui est tout de sentiment , nous connaissons
déjà l'auteur : nous le savons , amant de la nuit , de la
solitude , y cherchant sans cesse des idées qui soient en
harmonie avec son canir, plein de la plus exquise sensi-
bilité. Ecoutons -le lui-même :
Oh ! j'aime tant le soir ! c'est l'Iiciirc où Ton oiililie ,
C'est l'heure si)lomi(llc où l;i niclancolic ,
(317)
Se balançant rêveuse , en mon cœur vient s'asseoir j
Où mon ame, qu'aigrit la folle multitude,
Se trouve face à face avec la solitude :
Oh ! j'aime tant le soir !
Ce début est gracieux. Il y a dans le retour de la pre-
mière partie du premier vers qui vient terminer la stance ,
tout l'abandon de plusieurs de nos rondeaux. Une teinte
toute religieuse vient ajouter un nouveau charme , lors-
qu'il dit :
Ah! le soir est l'amant des douleurs, des alarmes :
La chaleur du soleil trop tôt sèche nos larmes,
Le soir les fait couler librement de nos yeux.
Quand Tame loin du bruit s'exile solitaire ,
L'ange consolateur envoyé sur la terre
Vient lui parler des cieux
Alors l'ame s'écoute , interrogeant sa vie ,
Loin de ce monde au ciel elle semble ravie etc.
C'est encore au sentiment religieux qu'il doit le trait
touchant par lequel est terminée cette pièce exlrêmement
remarquable ; après avoir , dans tout son contenu , opposé
sa vie toute de tristesse , de pleurs et de prière à la vie
toute de joie et de dissipation des enfans du siècle , voici
sa consolation suprême :
Hélas ! le monde aussi fait souffrir ses heureux •
Et douleur pour douleur, souffrance pour souffrance.
Je préfère bien celle où sourit l'espérance ,
Du doigt monti-ant les cieux !
Je ne ferai qu'un reproche à l'auteur , c'est d'avoir
parfois confon(Ui , dans ce morceau de début , les émotions
de la nuit avec les émotions du soir :
22
( 318 )
« C'est l'heure solennelle où la mélancolie » etc.
« le soir vient , avec lui ses ténèbres moroses » etc.
L'auteur n'a pas été aussi heureux dans le début de l'ode
qu'il adresse à M. le chanoine Triest , à l'occasion de la
remise de la médaille à lui décernée parla Société Monthyon
et Franklin :
Couronner tes vertus !... enfants d'un siècle infâme.
Le sordide intérêt a desséché leur arae ;
Dans sa balance , hélas ! par eus. tout est pesé !
Ils ne conçoivent plus la charité sublime ,
Le noble dévouement , ou l'acte magnanime,
Ou Télan désintéressé !
Sans doute que la première , la plus Lcllc récompense
de la vertu est dans le témoignage secret de la conscience :
pulcherrima prlmùm
Di moresque dabunt;
Et comme le dit fort Lien M. De Decker, lui-même :
Noble fille du ciel , ici bas étrangère ,
La vertu vole au ciel demander son salaire.
Mais ne yoir que le froid calcul d'un cœur sec dans les
prix de vertu de Monthyon, ne serait-ce point pousser un
peu trop loin le rigorisme ? Au reste s'il pouvait y avoir
ici dissentiment , l'auteur peut compter sur l'unanimité
pour le portrait qu'il fait du Lienfaisant chanoine :
C'est à toi que le pauvre , accablé de détresse ,
Demande uu sûr repos où sa triste vieillesse
Puisse en paix s'écouler en attendant la mort !
C'est toi qui des mortels secoride providence ,
Semant l'Instruction à Tlndigente enfance,
En formant son esprit, lui prépares un sort!
Ces vers, sous le rapport poétique, sont loin d'être les
( 310)
meilleurs de l'ode ; mais ils sont tellement l'expression de
la reconnaissance générale, que chacun en les lisant croira
satisfaire au besoin de son cœur.
Une pièce qui m'a vivement louché , c'est le Toit paternel.
Le début n'est pourtant pas sans une certaine emphase ,
vu la jeunesse de l'auteur j mais ces taches légères sont
rachetées par des passages d'une si touchante simplicité.
C'est d'abord l'émotion qu'il éprouve en revoyant après
une longue absence les lieux qui l'ont vu naître :
Que je te saluais î clocher de mon village ,
Que par-delà les champs , à travers le feuillage ,
Erillaut au crépuscule, entrevoyaient mes 3-eux !
Et le récit de la veillée ! et les douces étreintes de cette
bonne mère pour son fetit Benjamin.' et le silence du
tombeau régnant en ces lieux naguères animés par une
si nombreuse famille!
]\ous voici arrivés à un tableau d'une originalité toute
piquante, V Amante idéale. Je m'arrête à cette pièce moins
pour le sujet en lui-même, que parce qu'elle m'offrira l'occa-
sion de faire remarquer que notre jeune poète possède déjà,
jusqu'à un certain point, ce sentiment du rhvthme qui
est en général si rare aujourd'hui. Ce changement presque
continuel de mètres demantle une oreille des plus exercées}
cette finesse de tact dont parle Horace :
Legitimumque sonum digitis calle;nus et aure.
Rien de plus facile que de croiser , d'entremêler des
rimes ; que de faire des vers sur différens modes ; mais
bien choisir ce mode ; ramener de préférence une rime
masculine ou une rime féminine , voilà le talent ! hoc
opus , Iiic lahor est. Je serais porté à croire que l'idée
première de ce morceau a été suggérée à 31. De Decker,
par ce beau chant du Calife de Bagdag : de tous les pays
pour vous plaire, etc. Le merveilleux cHot que le grand
( 320 )
compositeur a obtenu par l'étonnante variété de ses tons^,
notre poète s'est efforcé de l'obtenir par la variété de son
rhythme ; et souvent il a réussi.
Je pourrais citer encore bon nombre de pièces qui
portent l'empreinte du talent; entr' autres V Ossuaire du,
Villacje , où l'auteur pleurant sur son Emma, enlevée à
la fleur de ses ans, s'écrie si douloureusement, en gémis-
sant de ne pouvoir distinguer ses restes confondus avec
ceux de la foule :
Kicn ne me dit : voici ses os !...
Eassemblez-voiis pour moi!... forme- toi houche tendre...
Ouvrez-vous beaux yeux noirs!... Ah laisse moi t'entendre,
Voix douce , au milieu des tombeaux !
Ou bien encore , la Jeune Etique. Il est vrai qu'il s'y
trouve des longueurs ; que parfois le poète se laisse trop
apercevoir derrière cette infortunée ; mais les regrets
qu'elle exhale sont en général si naturels, si déchirants;
ils vont à l'ame.
Les productions du poète gantois ne sont donc pas des
productions ordinaires. Ce qui est le propre du talent, il n'a
pas craint dès son début de se livrer à ses propres inspi-
rations. Il a voulu penser par lui-même et a dédaigné le
rôle plus facile d'homme cV autrui , comme dit Montaigne.
Il appartient sans doute à l'école de La Martine , mais
pour le fond des idées , bien plus que pour la manière.
En effet, vous rencontrez à chaque instant chez lui une
tournure d'expression, une forme d'image qui, si elles
laissent quelque fois à désirer , n'en portent pas moins un
caractère d'originalité. On ne peut surtout lui refuser
beaucoup d'imagination. Je le répète, l'essai de M. De Decker
donne de grandes espérances.
Macte , ô generose Puer !
GoBERT-ArVIN.
(321 )
Qullttxn fiibltxrgrapl)tjq[tte»
HISTOIRE DE LA BELGIQUE.
Du royaume des Pays-Bas, sous le rapport de son origine,
de son développement et de la crise actuelle; suivi de pièces
justificatives : par le baron De Keverberg, préfet sous l'empire,
j cr^ 2.e et 3.* vol., chez Lejeune, La Haye et Bruxelles.
Histoire de Lc'opold , premier roi des Belges. Brux., au bureau
des Fastes Militaires, rue de l'Impératrice, n.° 16, 1833. 1 vol.
gr. in-B." pap. vél. de 292 pages , avec portrait.
Fastes Militaires des Belges, ou histoire des guerres, sièges,
conquêtes , expéditions et faits d'armes qui ont illustré la
Belgique, depuis l'invasion de César jusqu'à nos jours. Brux.,
1835. in-S.° VI à XIV.'= livrais, avec planches.
[ La XIV.* livraison se termine à la bataille de Bouvines et au sièga
de Damiette. ]
Les hommes politiques de la Belgique, par Alp. Royer.
Brux., Dumont , 183o. in-32. pap. vél.
Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale
de la musique, par J. J. Fétis, maître de chapelle du roi des
Belges et directeur du conservatoire de Bruxelles, tome I. Brux.,
Leroux, et Mayence , Schott , 1833. gr. in-8.° avec planches
lithographiées. CCLV et 131 pages.
[ Ouvrage capital et fruit de 28 ans de travail : l'état ancien de la
musique en Belgique y est surtout traité avec un soin spécial. Les autres
volumes sont sous presse. ]
Le cinquante-huitième volume de la Biographie Universelle,
( 322 )
troisième du supplément, contient plusieurs notices sur des Belges
et des hommes nés aux Pays-Bas, tels que The'ocJ. Van Berckel ,
Lefrancq van Berkhey, Jean Bernaerts , Pierre Beyts , Jean
Bernier , Bilderdjk, Van Boechout, Guillaume et Jean De
Blitterswyk, etc.
Le tome 1.^^ du journal de l'Institut historique est termine'.
Il renferme des extraits des proccs-verhaux de la commission
d'histoire de Belgique , des nouvelles litte'raires relatives à notre
pays , et des remarques de M. Roulez sur un article oîi
M. Villenave traitait de l'influence des Gaulois sur la civilisation
des Grecs et des Romains.
Le bulletin de la société de l'histoire de France forme jus-
qu'ici deux volumes in-8.° M. De ReifTenberg y a inséré des
notices sur deux historiens beiges , Lucien de ïongres et Jehan
Le Bel , de Liège. On annonce une suite de pareils articles
bio-bibliographiques.
Mémoires de la société des antiquaires de la Morinle. Tome 1."
année 1833. S.^ Orner, Chanvin lils, lo3-4. in-8.° de 1568 pages,
avec planches.
[ On remarque dans ce premier volume les articles suivants : rapport
du secrétaire perpétuel (M. De Givenchy) sur les travaux de l'année >
p. 33 à 36. — Mémoire couronné sur la Halle d'Ypres, par M. Lambin ,
p. ^6 à iS^. — Essai sur la mosaïque de S.*^ Berlin, par M. Alex.
Ilerraand , p. i5i à iG6. — Quelques notices historiques de IM. Pigault
de Beaupré. — Dissertation sur le Sinus Itius, par M. le docteur Deschamps,
p. 20 1 à 264. — Relation du pas d'armes, de la croix Pèlerine, près
de S.' Omer , par M, Ender, p. 3o2 à 3 11. — Dissertation sur levers
do Virgile, Extremique homi/ium Moriiii , par M. Fiers, p, 352 à 368. ]
Biographie de la ville de S.* Omer, par H. Picrs, bibliothé-
caire , etc. Saint-Omcr, J.-B. Lcmairc, 1833. in-8.° VIII et
280 pages.
[ Cet ouvrage contient plusieurs articles biographiques intéressants
pour l'histoire littéraire de la Belgique. 1
Atlas synchronislique , géographique et généalogique, pour
servir à l'étude de l'histoire moderne de l'Europe , depuis
l'avéncment de François I jusqu'à la restauration française ,
1(j1o-181o, par M. Charles Imbcrt des IMottclctles , de
( 323 )
Biugcs (Fl.-occiJ.) Paris, F. G. Leviault , 1833. gr. in-fol.
pap. vcl.
[ I>es quatre premières livraisons de cet ouvrages sont composées de
deux tableaux synchroiiisques et de deux cartes chacune. La cinquième
livraison contient la partie généalogique et la table des matières.
Sous le rapport do l'exécution , rien n'a été négligé pour faire de
cet allas un ouvrage de luxe. Le texte en entier a été imprimé par
M. Renouard , Tun des premiers typographes de Paris. Les cartes ont
été gravées par des artistes en réputation, et le texte, ainsi que les
cartes^ sont coloriées avec le plus grand soin. ]
PUBLICATIO?fS RELATIVES A. LA RÉVOLUTIO' DE 1830,
FAITES EN HOLLANDE.
Leerrede ovcr J. Job. III. Wij zijn scliuldig voor de Lroeders
het levcn te stelleu. Rotterdam, 1830.
De stcmmc der bcercn roept (Mach. VI. v. 9) Te Wapen ! enz. ,
door Z. H. Vander Feen, med. doctor. Anist., 1830.
AVapcndronk ter eere van oud-Nederland , uitgegeven ten
voordcele der achtergeLIcvcnc vroiiwen en lunderen der vrij-
willige verdedigers van het vaderland. Haag, 1830.
Hct beeld van dcn opstand. Leerrede door Zitumerinan.
Utrecbt.
HoUand aan Belgîe, door P. Kikkerst. Rotterd.
Amsterdam aan de muitende Brusselarcn , door C. Lirideman.
Amsterdam.
Ecn woord aan mîjne landgenooten. Lejden.
De aanspraken van Van den Foll , dichtmatig nagevold door
Lindeman. Amst.
Eenige woordcn tôt opbeldering , ])ij het lezen der Stcmnie
des llccren roept onz., door Z. H. Van der Fcen , mediciua:
Dr. Amst.
De hurgcrwapenîng voorgcsteld als pligt, door J. Teissèdre
l'Ange. Amst.
Uilboczeming aan aile de weldenkcnde Nedcrlandcrs , door
F. R. Ilaag, 1830.
Uilboezeming, door A. K. Poorlmann. Lcidcn, 1830.
( 324 )
Vaderlandscheuitboezeinmgen, doorChristemeiJer.Utr.,18B0.
De belgische nijverheid. Boertig dichtstuk. Rottcrd.
De hollandsche vrijvvilligers , door L. Van don Broek. Breda.
Vaderlandsche liedjes voor de jeugd. Amst.
Stem ult Noord-Nederland , dichtstuk , door de Burlett. Amst.
Kessels , of , het bombardement van Antwerpen ; dicht-
stukje. Amst., 1830.
De hollandsdie nijverheid, een tcgenhangcr van de belgische
nijverheid, boertig dichtstuk, door H. Kujper. Rott. , 1830.
Vaarwel der vaderlandsche studenten , door ToUens.
Leiden, 1830.
Schutterslied , door Stroband. Groningen.
Wapenblank, krijgsliederen voor het studenten-jager-korps,
door L. Van. den Bergh. Utrecht , 1830.
Bundel van vaderlandsche liederen. Amst., 1830.
Wapenkreet door F. J. Hallo. Amst.
Krijgslied voor Groningens uittrckkende studenten door
Lulofs , hoogleeraar. Groning. 2 slal-ken.
Krijgslied , door Tresling. Groningen.
Wapenzang , door H. Van Someren. Rott.
Wapenkreet aan Nederland , door D. G. Rott.
Aande uittrckkende rotterdamsche schutterij , doorH. W.Lau-
rentius.
Bij het vertrek van het 2 veld bataillon der rotterdamsche
schutterij. Rott.
Lied voor de vrijwillige jagcrs van Van Dam door M.
Nieuw volkslied. Rotterdam.
Nieuwc vaderlansche liederen. Amst.
Aan Nederlands krijgslicden , door H. V. Scudcn. Groning.
Op het uiltrekken der schutterij. Nov. 1830.
Jagcrslicd voor mijne leydsche mede-studenten, door Vedel.
Leiden, 1830.
Philotreri ad juvcncs academicos pro patriœ salutc arma
capientes. Lugd-Bat., 1830.
0ns legerj dichtstukjc, door E. W. Van Dam van Isscit.
's Gravcnhage, 1830.
( 325 )
Noord en Zuid; dichtstukjc , door A. De Jong. Haag, 1830.
Afscheidslied aan ncdcriands vrijwilligers. Utrecht , 1830.
La trajcctine, chanson dédiée aux étudians , chasseurs vo-
lontaires d'Utrecht. Uticcht, 1830.
Afscheidsgroet , etc. Amst. , 1830.
Wapenkrcet , door D. Bax. Zutphcn , 1830.
Schuttcrslicdercn. Dordrccht, 1830.
Jagerslied voor de studcnten der leydschohoogeschool, door
Poortman. Lej'den , 1830.
Wapenkieet aan Ncderland, door D. G. Rott. , 1830.
Wapenkrcet, door J. P. Heye, stud. med. Lejden , 1830.
Wapenkreet, door M. J. Bcerman. Zierikzec, 1830,
LITTÉRATURE.
Les Tournois de Chauvenci , donnés vers la fin du treizième
siècle, décrits par Jacques Brétex , 1283. Annotés par feu
PhiHbcrt Delmotte , bibliothécaire de la ville de Mons , et
publiés par H. Delrnotte , son fils , bibliothécaire , etc. , à Mons.
A Valcncieimcs- chez A. Prignet, 183o. gr. in-8.° de 16o et
28p. Le texte en lettres gothiques, titre orné. Avec une planche.
[ Voir clans les aniialyses critiques. ]
La congiura de Tcssitori, tragedia di Diego Piacentini.
Guanto. D. J. Vanderhaeghen , 183o. in-12. 70 pages.
[ Jacques Van Arteveltle est le principal acteur de cette pièce. ]
11 Lulo materno. Ode prima, alla regiua de' Belgi. 11 Parto
fclice. Ode seconda. Aire de'Bclgi. Guanto, D.J. Vanderhaeghen,
I83o. in-4.0 12 pages.
[ Par l'auteur de l'ouvrage précédent. ]
Nederduitscli lettcrkundig jaarboekje , voor 183o. Twccdc
jaargang. Gent , P. Van Renterghem. 132 pages in-12.
La complainte et le jeu de Pierre de la Broce, chambollaa
de Philippe-le-IIardi , qui fut pendule 30 juin 1278 -publiés
pour la première fois par Ach. Jubinal. Paris, Téchencr, 183o.
76 pages in-8.°
[ On sait que ce Pierre de la Broce fut mis à mort pour avoir
faussement accusé la reine Marie , sœur de Jean I , duc de Brabant. ]
( 32G )
Mes loisirs, poésies et drame (la mort du comte d'Egmont )
par M. Motte. Brux., Voglet , 1833. un fort volume in-1 2.
[ M. Alfred Motte , qui est de Gand , est à peine âgé de 20 ans. ]
Almanach des homiêtes gens pour 1833. Sans nom de lieu
ni d'imprimeur, in-32 de 2 feuilles 1/2.
Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut,
2. «^ anniversaire de la fondation de la société. Mons, Hojois-
Derelj. in-8.° de 36 et 3 pages.
Satyres de Juvénal, trad. en vers français à l'usage des
collèges, par J. V. Raoul, 5.^ édit. Brux. , chez l'auteur.
Boulevard de Waterloo, n.° 8. gr, in-18.
Le Lundi , nouveaux récits de marsilius Brunck , docteur
en philosophie de l'université de Heidelbcrg , recueillis par
le baron De PieifTenherg. Brux. , Hauman , 1833. in-18 de
S31 pages.
[ Ce volume contient une préface. — Une légende de la Herbaye ,
Fiasse à la barbe. — Bruxelles en 1720. — Une mort autrefois. —
li'abbé Raclot. — Frère Jacques le Mineur ou le duel et le rendez-vous. —
Mon ami Balthasar. — Séjour de Louis XI aux Pays-Bas. — Olivier le
Diable. — Histoire des fous en titre d'office. — Notes.
Revue belge, publiée par l'association nationale pour l'en-
couragement et le développement de la littérature en Belgique,
livraisons II, III et IV. Liège, 1833.
Philip Van Artevelde : a dramalic romance , in tv\'o parts.
Bj Henry Taylor , esq. second édition. London^ Edward
Moxon, Dover street, 1834. l.^Mol.XXXVl et 287 p. 2.«= vol.
306 p. petit in-8.0 pap. vél.
[ Drame intéressant , dans lequel le caractère du célèbre Ruwaert
do Flandre est retracé avec noblesse. Voy. en l'analyse dans la Reloue
Britannique , novembre i834. ]
Marie de Bourgogne , ou la révolte de Gand , par James ,
traduit de l'anglais par A. De Braceviel. Paris , librairie de
Dumont, n.° 88, Palais-Royal, 1834. 2 vol. in-8.»
[L'auteur de ce roman historique , qui a traité avec une sage impartialité
cet épisode de nos anciennes révolutions, va faire paraître très-incessamment
à Londres, une histoire d'Edouard III, dans laquelle la politique de
Jacques Van Artevelde sera traitée avec plus de justice qu'elle ne l'a
été jusqu'à ce jour, par tous les écrivains étrangers à notre pays. Ou
(327)
tloit déjà , à M. G. P. R. James, une histoire fort estimée <lc Chailcma^^nc
sous le litre de: The history of Chailemaf,'nc , with a sketch ol' ihu
State ar.d history of France frora tlie fall of thc roman empire , to thc
rise of the carloviiigiaii dynasty. Loiulon, Loiigman , liées ^ etc., i832.
iii-S." fig. XVIII et 5io pp. ]
Voyages et aventures de M. Alfred Nicolas au royaume de
Belgique, par Justin *** Brux. , Le Roux 1833. 2 vol. in-8.°
La Princesse , par Lady Morgan , traduit par M.^^" A. Fobry.
Bruxelles, Méline, 183o. 3 vol. in-18.
[ L'action de ce roman histori(]ue se passe dans la Belgique actuelle. 1
JURISPRUDE>GE , LEGISLATION , ETC.
Bulletin officiel annoté par M. Isidore Plaisant, procureur-
général près la cour de cassation.
[Ce nouveau recueil commence en i83o , époque de la révolution
belge. Il est au complet jusqu'à ce jour, et forme 4 vol. de i83o à i834.
Les premiers cahiers de i835 ont paru ].
Annuaire judiciaire du royaume de Belgique. Bruxelles ,
J. De Mat, 183o. un gros volume in-12.
Annales de la jurisprudence belge, par Sanfourclie-Laporte,
avocat à la cour de cassation. Bruxelles , au Lureau des An-
nales, rue de Ruysbrock.
Le duel est-il punissable par les lois actuellement en vi-
gueur en Belgique j par M. Ch. de Lusemans, avocat. Tirle-
mont , Merx-Mertens , et Bruxelles , Montagne de la Cour- ,
n.° 2. brochure in-8.°
Bibliothècjue du garde civique, tom. IL nouvelle école du
soldat et de peloton , avec planches. Brux. , rue Pépinière, n.° 2.
Annuaire de l'état mihtairc de la Belgique. Bruxelles, au
bureau de la revue militaire, rue de la Violette. 183o. iu-18.
SGIE>'GES ET ARTS , ETC.
Règlement pour la conservation du cadastre de Belgi({ue.
Bruxelles, V.« Ad. Stapleaux, 183J5. in-4." de GO pp. et 4. ff.
de liminaires. Suivi d'un recueil de modèles in-fol.
[ Ce règlement , qui, au dire des hommes à mùme d'en juger, est le
meilleur qui ait été publié jusqu'ici sur la matière , n'a pas été mis
en vente. ]
( 328 }
De l'état actuel des prisons en Belgique ; suivi d'une notice
historique sur la maison de correction de S.* Bernard , et sur
la prison militaire d'Alost, par P.-F.-J Brognicz. Bruxelles,
Dcprcz-Parent , 1 vol. in- 8."
Mémoire sur la canalisation de la SamLrc , par le colonel
du génie De Puydt. Mons et Bruxelles, Le Roux, 1833. Un
hcau volume in-4.° , avec planches.
Me'moire sur la canalisation de la Meuse et de la Moselle ,
par le même. Même maison. 1 heau vol. in— 4.°
Description de la route en fer d'Anvers à Cologne, avec 8 car-
tes. Th. Le Jeune, Bruxelles et La Haye. 1833.
Sur l'homme et le développement de ses facultés , ou Essai
de physique sociale , par Quetelet. Paris, Bachelier, 1833,
2 vol. in-8.° figures.
Les roses peintes par P. J. Redouté, décrites et classées
d'après leur ordre naturel, par C. A. Thory. 3.« édition, pu-
bliée sous la direction de M. Pirolle. Paris, 1833.
[Cette 3.'' édition des roses de P. J. Redouté , notre concitoyen,
ré à S.*^ Hubert, dans lesArdennes, en lySg, aura 3 volumes format
grand in-8.° , ornés de 184 planches imprimées en couleur et soigneu-
sement terminées au pinceau, ]
( 329 )
(^hvanxqnc bcs? ^cxcnctô ci ^vi0 ,
ci 'îBavxéié0.
CoîiGRÈs Scientifique de Douai. — II y a <^ix ans environ
que l'Allemagne conçut le projet d'appeler à un congrès scien-
tifique tous les savans naturalistes de l'Europe, afin d'y venir
échanger les trésors de la science, pour ensuite les répandre
dans le monde savant. C'est dans ces réunions que s'établirent,
par une foule de communications et de découvertes intéres-
antes , ces relations d'intimité si favorables au progrès de l'esprit
humain. L'utilité de ces assemblées est appréciée chaque jour
davantage, une nouvelle réunion des sommités de la science
aura lieu à Bonn au mois de septembre prochain. On se rap-
pelle quel retentissement elles eurent dans toute l'Europe; les
souverains allemands les secondèrent libéralement et ajoutèrent
ainsi un beau fleuron à leurs couronnes.
Ce qui se fait en Allemagne pour les sciences naturelles
est applicable à toutes les autres sciences et à tous les pays. Déjà
en 1830 un de nos collaborateurs, M. De Rei/Fenbcrg , avait
publié dans les nouvelles archives historiques (t. 1. p. 173)
un Projet de réunions périodiques , pour les antiquaires et les
historiens.
C'est en Normandie que quelques gens de lettres, jouissant
d'une haute célébrité (1) ont réalisé le plan d'un congrès
[i] On doit le premier congrès surtout au zèle éclaire de M. De Caumont.
( 330 )
scientifique général de France. La première session fut tenue
à Caen en juillet 183â, sous la pre'sidcnce de M. l'abbé De
la Rue , et le rapport (1) sur ce congrès est là , pour attester
si le résultat à répondu au but que s'étaient pioposé, ceux qui
faisaient un si généreux appel à leurs compatriotes, ainsi qu'aux
savants étrangers.
Le deuxième congrès s'ouvrit à Poitiers l'année dernière ,
sous la direction de M. Fontenette : le troisième doit avoir
lieu à Douai, le 6 septembre prochain.
Des invitations ont été adressées aux savants français et
étrangers, notamment à ceux de la Belgique. La proximité de
Douai, les rapports de bon voisinage, et les liaisons qui existent
entre les hommes de lettres de la Belgique et leurs collègues
du département du Nord , et surtout l'intérêt scientifique lui-
même , engageront , sans doute beaucoup de nos concitoyens
à se rendre à cette réunion savante. Pour donner aux travaux
de cette assemblée plus de régularité , M. De Givenchj ,
secrétaire-général du congrès , a publié une circulaire qui con-
tient un extrait du règlement arrêté pour celte session , et le
programme des questions qui y seront traitées.
Nous donnons ici un extrait de cette circidairc :
Article premier. — La troisième session , etc. , s'ouvrira u
Douai, le dimanche 6 septembre, à midi précis, dans un
local qui sera ultérieurement indiqué; sa durée ne pourra
excéder dix jours.
Art. 3. — Sont convoqués , de droit, à cette session; 1.° les
membres titulaires de toutes les sociétés scientifiques, littéraires
et agricoles, légalement instituées en France; ÎL.° les prclets
et sous-préfets, ainsi que les présidens. Conseillers et membres
du parquet des cours royales; 3.° les membres de l'université,
régulièrement nommés par l'autorité compétente.
Le secrétaire générai pourra convoquer indisiduellcmcnt
les savants français ou étrangers, distingués par quclqu'ouvragc
(t) Ce riipjxirt est imprimé à Rouen en iS3']. i vol. in-S." de 3oo pages.
(331 )
sur les sciences, les arts, la litteralure, l'agriculture et l'industrie,
ou notoirement connus pour s'ocupcr de ces matières.
Les savants qui n'auraient pas reçu de convocation avant
le 30 avril, pourront adresser leurs réclamations à M. Louis
De Givenchy, secrétaire ge'neralde la troisième session, à S. '-Orner.
^r(, -i. — Nul ne sera admis à se faire inscrire parmi les
membres du congrès , s'il ne présente au trésorier sa lettre
de convocation, ou ne justifie d'une des qualités ci-dessus
énoncées. Il devra en même temps payer sa cotisation qui
demeure fixée, comme à Cacn et à Poitiers, à 10 francs,
et signer le registre, comme preuve d'adhésion au règlement.
Une carte sera délivrée au membre admis , portant son nom
et sa qualité; il ne pourra entrer dans les salles du congrès,
sans la présenter à la porte.
^ri. J5. — Les travaux du congrès seront répartis, comme
à Cacn et à Poitiers, en 6 sections, savoirs :
1.° Sciences physiques , mathématiques eu naturelles.
2.° Agriculture , commerce et industrie.
3.° Sciences médicales.
■4.° Histoire et archéologie,
ït.° Littérature , Beaux- Arts et Philologie.
6.° Sciences morales , économiques et législatives.
Chaque section a un bureau particulier composé d'un pré-
sident, un vice-président et au moins deux, secrétaires.
Tout membre du congrès a la faculté de se faire inscrire
dans tel nombre de sections qu'il le jugera convenable. Une
carte spéciale lui sera remise à cet elï'ct, pour chacune des
sections dont il fera partie.
Art. 6.° Une commission permanente, composée des mem-
bres du bureau central, du président et d'un des secrétaires
de chaque section, sera investie du droit de statuer, en dernier
ressort, sur toutes les propositions et discussions qui pourraient
survenir pendant la durée de la session. Elle entre en fonctions
aussitôt que les bureaux sont constitués.
Le bureau central se compose du président du congrès, des
doux vice-présidcns et du secrétaire général. Il sera adjoint
( 332 )
à ce bureau, sans toutefois en faire partie, un trésorier chargé
de la comptabilité de la troisième session, et un Archiviste
chargé de la conservation des ouvrages, dont il sera fait
hommage au congrès.
Art. 7. — Il y a deux sortes de séances : 1.° les séances
particulières de chaque section; 2.° les séances générales, toutes
les sections réunies.
Art. 8. — Les séances particulières des sections se tiennent
dans des salles désignées à cet eftet; nul ne peut y assister,
s'il n'est inscrit au nombre des membres de la section, et y
prendre la parole, s'il n'en a obtenu la permission du pré-
sident, à qui appartient, de droit, la police de la séance.
Art. 12. • — Outre les questions et propositions indiquées
au programme du congrès, tous les membres ont le droit de
lui en présenter de nouvelles, mais elles devront être formulées
par écrit et déposées sur le bureau, en séance générale. Ces
questions ou propositions sont renvoyées immédiatement à
la commission permanente; elles les examine et décide, dans
la journée, si elles peuvent être admises; dans le cas de
l'affirmative, elles sont renvoyées immédiatement aux sections
compétentes, qui les inscrivent au rôle. Quelle que soit sa
décision, la commission en fait son rapport à la séance
générale du lendemain.
EXTRAIT DU PROGRAMME. PREMIERE SECTION.
Sciences physiques , mathématiques et naturelles.
1.° Déterminer, aussi rigoureusement que possible, la valeur
des caractères zoologiques , comme moyen de reconnaître le
niveau géologique des formations ?
2.° Les géologues admettent que les silex pyromaques des
craies sont dus aux zoophytes, les faits observés dans la
nature sont en harmonie avec cette opinion ; il paraît donc
démontré que la transformation de ces êtres, du règne orga-
ni([uc, en cette matière, est exacte; en est-il do même des
silex pyromaques du calcaire compacte, employés comme
pierres a bâtir?
( 333 )
3.° Quelle est la cause de la formation des couches de
charbon minerai, de deux espèces très -distinctes, dans une
même mine ?
-4," Rechercher des signes plus positifs et plus certains que
ceux qui sont connus jusqu'ici, du gisement des eaux sou-
terraines, pour obtenir des chances plus probables de succès,
dans le percement des puits artésiens ?
8." Peut-on espérer fixer les limites de l'hjbridation des
plantes , soit par l'observation des faits naturels , soit par des
expériences pratiques , et parvenir ainsi à démontrer quelles
sont leurs affinités et leurs sympathies ?
9.° Quelles sont les mœurs des animaux invertébrés?
10." Quel est le meilleur moyen de détruire le puceron
lanigère? Ceux qui ont été proposés par la Société d'Agri-
culture de Caen et par plusieurs autres sociétés, ne paraissent
pas avoir eu un résultat complet ?
DEUXIEME SECTION.
Agriculture , Induatrle et Commerce.
1.° Quelles sont les meilleures mesures à prendre pour amé-
liorer les races d'animaux domestiques , et pour empêcher
qu'elles ne dégénèrent ?
2.° Quelles sont les nouvelles espèces de cultures à intro-
duire dans les terrains sablonneux , exposés aux filtrations
intérieures des eaux de la mer ?
3." Quels seraient les moyens à employer pour parvenir
à détruire l'abus, concernant les baux à ferme, connu en
différentes parties du Nord de la France, sous les noms de
bon et mauuais gré , droit de marché , etc. ?
S.° Rechercher les moyens les plus prompts et les plus
economi([ucs pour transformer les terrains marécageux en
terres arables ?
6." Indiquer quelles sont les espèces de sols , dans lesquels
le sel marin pourrait cire avantageusement employé , comme
engrais j indiquer un moyen de rendre ce sel impropre aux
usages domestiques , de manière à ce qu'on puisse l'exempter
d'impôt, sans nuire au Trésor, pour s'en servir comme engrais.
23
( 334 )
9.° Déterminer les avantages et les inconvénients de la char-
rue simple et sans avant-train et ceux de la charrue avec avant-
train; indiquer les circonstances oîi l'un de ces instruments
doit être préféré à l'autre?
13.° Quelle influence peut avoir sur l'agriculture et le com-
merce , l'établissement des grandes lignes de communication ,
par le moyen des chemins de fer ?
14.° Rechercher les moyens d'appliquer avec économie, la
navigation par la vapeur, aux barques ou bateaux du port
de SO à 80 tonneaux , dans le but d'activer le tx-ansport des
marchandises , par les canaux ou rivières canalisées , en im-
primant à ces barques, une vitesse d'au moins une lieue à
l'heure, sans toutefois endommager les berges?
TROISIEME SECTION.
Sciences médicales,
1 .° Quels sont les avantages que la médecine-pratique a pu retirer
des révolutions de systèmes, qui se sont succédé dans la science
médicale, depuis la doctrine de Erown jusqu'à celle d'Hahneraann?
2.° Quelle est l'influence de la médecine sur l'homme, con-
sidéré sous le rapport physique et moral ?
â.° Quelles sont les modifications apportées , par les saisons
et les constitutions athmosphériques , dans l'action des agens
thérapeutiques et notamment dans le traitement des maladies
épidémiques ?
4.° Quels sont les meilleurs moyens d'apprécier les pro-
priétés d'un agent thérapeutique ?
QUATRIEME SECTION.
Histoire et Arcliéologie.
2.° Quels étaient les avantages et les inconvénients du sj's-
tème féodal , et son influence sur la civilisation et sur le bonheur
des peuples ?
8." En vertu de quelle loi , la société paraît-elle , suivant
les divers degrés de la civilisation , tendre d'abord à la for-
mation de grands empires , puis au morcellement en petits
étals , puis de nouveau , à la fusion des petites souverainetés
eu grands royaumes?
( 335 )
-4.° Pourrait-on demclcr dans la civilisation européenne , ce
qu'elle doit à TOricnt et ce qu'elle tient do TOccident; serait-il
possible de distinguer , dans notre civilisation française , dans
nos lois , nos mœurs , nos institutions , étudiées en général et
par provinces , ce qui est d'origine gauloise, romaine oufraiique?
5.» Rechercher l'état des lettres dans le Nord de la France,
depuis la conquête de l'Angleterre, en 1066, jusqu'à la fin
du XII." siècle ?
6.° Quelle était la destination successive des Cryptes; des
nombreux souterrains, que l'on trouve particulièrement dans
les départements du Pas-de-Calais et de la Somme ; quelle date
assigner à leur construction ?
9." L'Ogive et les Colonnettcs groupées sont-elles contem-
poraines d'origine; ces dernières n'ont-elles pas précédé l'ogive?
10." Emettre le vœu que dans chaque province, et même
dans chaque ville, il soit publié ime histoire monétaire?
12.0 Existe-t-il des monnaies romaines frappées aux pays
des Nerviens , des Atrébates , Morins ou Ménapicns , avec une
indication certaine de ce fait?
i3'° A-t-il réellement existé des monnaies de cuir?
lo.° A quelle époque les Comtes de Flandre ont-ils com-
mencé à faire battre monnaie ? On croit savoir que leur pre-
mière monnaie d'or date de Louis de Crécy.
CINQUIEME SECTION.
Littérature , Beaux-Arts , Philologie.
1.° Quelle est l'influence respective du caractère des peu-
ples sur les langues , et des langues sur le caractère des peuples;
et par suite , en quoi la connaissance des langues peut-elle
nous révéler le degré de civilisation et d'intelligence des peu-
ples qui les parlent?
2.° Pourquoi, dans le développement de la civilisation fran-
çaise , le progrès de la littératuie a-t-il précédé la réforme po-
litique ?
•4." Inviter les sociétés savantes et les littérateurs , à donner
une histoh-e des Trouvères du nord de la France , faisant suite
( 330 )
à celle qu'a puLlic'e M. L'Ablîé de la Rue , sur les Trouvères
normands ?
b.° Quel est l'ctat de la langue flamande dans la Flandre
française et l'Artois ; ii quel point y a-t-clle fleuri autrefois ;
comment s'y est-elle insensiblement perdue ; quelle influence
a-t-elle exercée sm- le développement intellectuel des provinces
où on la parlait ?
7.° Quelles sont les causes qui, depuis le XVII.^ siècle , ont
arrêté le développement du génie de l'architecture , malgré les
progrès immenses des autres arts et de l'industrie? Quels seraient
les moyens à employer pour lui rendre tout l'essor désirable?
SIXIEME SECTION.
Sciences morales, économiques et législatives.
1.° Appeler l'attention des membres du congres, sur les
nouvelles améliorations qu'il serait utile d'apporter à l'instruc-
tion publique, en général , et surtout à celle des jeunes filles,
beaucoup trop négligée jusqu'ici , dans les classes inférieures ?
2.° Les Hôtels-Dieu ne pourraient-ils pas être dirigés dans
un but d'amélioration morale des malades qui y sont traités ?
3.° Indiquer un plan d'éducation spéciale pour les orphelins
et or|")helines ?
o." Quel serait le meilleur plan d'organisation à adopter
pour les colonies intérieures , créées dans le but de supprimer
la mendicité ?
6.° Un impôt sur le sucre indigène peut-il être d'accord
avec les intérêts du pays et ceux de son agriculture ?
7."* Indiquer le meilleur régime à adopter, pour procurer
aux détenus , à leur sortie de prison , les moyens de vivre
honnêtement, et pour les garantir de la misère qui les ramène
presqu'inévitablement au mal j chercher si les moyens d'obte-
nir ce résultat ne seraient pas : 1.° Modification dans le
système. actuel de pénalité; 2." Amélioration du régime pé-
nitentiaire ; 3.«» Patronage collectif sur les individus ?
8." Quels sont les moyens à prendre, relativement aux forçats
libérés, pour leur procurer des moyens d'existence, et garan-
tir la société des nouveaux crimes quils commettent souvent?
( 337 )
9." Quelles seraient les améliorations à înlrociuire , dans le
système actuel de l'administratiou des hos[)ices, des bureaux
de bienfaisance, ainsi que dans l'établissement des salles d'asile,
de manière à en diminuer les inconvénients ; quel serait le meil-
leur mode à suivre pour l'établissement et la dotation des
Ouvroirs pour les enfants de 6 à 15 ans, qui y recevraient
une instruction primaire et y apprendraient un métier ?
10.° Quels seraient les meilleurs moyens à employer pour
l'entretien et l'amélioration des routes vicinales ?
12.° Indiquer les moyens de remplacer avantageusement le
mode actuel de perception de l'impôt sur les boissoins , en
supprimant les exercices, en accordant la libre circulation^
sans diminuer le produit net de cet impôt?
1-4.° Dans quels délais et par quelles mesures transitoires ,
pourrait-on arriver à faire disparaître les prohibitions et les
droits de douanes , qui entravent le commerce dans certains
départements?
V6.° Les remplaçants jettent dans les rangs de l'armée, nom-
bre de sujets pervertis par les excès mêmes qu'ils viennent de
faire à la veille d'être reçus, gaspillant, en quelques jours
de débauches , le prix de leur remplacement escompté j)ar
des usuriers; ne conviendrait-il pas que nul remplacement
militaire ne fût permis, si le l'emplaçant ne consentait à ce
que le prix fût versé à la caisse des consignations , et rendu
incessible et insaisissable jusqu'à sa libération ^ l'intérêt seul
lui en étant remis chaque année ?
Les savans qui ne pourraient pas se rendre au congrès ,
sont invités à y envoyer des mémoires sur les diverses questions
contenues au programme, et à les adresser assez tôt à M. Gi-
venchy , scciétaire-général du congrès, pour qu'il puisse les
recevoir à St.-Omcr, avant le 2'6 août, attendu que la session
s'ouvre, à Douai, le G septembre.
Ancien sceau de la ville d'Anvers. — Lorsque la régence
de la ville d'Anvers fit publier, en 1028, le travail d'une com-
mission qu'elle avait nommée pour faire des recherches sur la
véritable étyniologic des noms des rues de celle ville, et sur
( 338 )
diffc'rcnts points d'anti(|uités locales , elle eut soin de faire orner
le frontispice du beau volume qui parut alors , d\ine litho-
graphie représentant le plus ancien sceau municipal connu et
qui remontait à la fin du XIII.^ siècle. On voit sur ce sceau
un bourg flanqué de petites tourelles, et, outre les armes de
l'empire et du Brahant, on y remarque cinq bannières portant
chacune une main coupée. Depuis ce tems , les armes de cette
ville ont été composées, quoiqu'avec des modifications, des
différents emblèmes figurés sur celui dont nous venons de parler.
Gramaye avait déjà fait la remarque que les mains n'avaient
été ajoutées aux armes d'Anvers que dans le XIII.^ siècle , et
il assurait en même temps avoir vu, dans les archives de
l'abbaye de S. Michel et ailleurs, des sceaux des villes de
Louvain , Bruxelles et Anvers, représentant tous une porte
surmontée de deux tourelles et ne différant que par l'inscription.
La découverte de cet ancien sceau dont l'existence pouvait
être révoquée en doute et qui , en effet , est loin d'être tel que
le décrit Gramaye , nous a paru très-intéressante pour l'his-
toire d'Anvers. Celui dont nous offrons la gravure ci-jointe,
se trouve à une charte de Tannée 1231 , provenant de
l'ancienne abbaye de S. Bavon, à Gand. Cette pièce qui est
en même temps munie des sceaux de l'abbaye de S. Michel
et du chapitre de Notre-Dame , est un acte de vente d'un
alleu situé à Bouchout , en Brahant. Elle se termine ainsi...
in cujus rpi testimonium presens scriptum sigillis ahhatis
sancti MicJiaelis , Capituli heate Marie et Oppidi Antverpensis
confirmari annuiinjis. Actum anno domini Ikf.^CC'^JCXX,"
primo , mense julio.
Ce sceau porte, comme celui publié par la commission, l'ins-
cription SlGfLLUM MONARCHIE ANTVERPEXSIS , CC qui SC traduit
sceau du marquisat d'Anvers (1). Cependant la charte dit
sigillum oppidi , ( sceau ds la ville ) , donc il servait en même
temps et pour le marquisat et poiu: la ville.
(i) Nous n'entrerons pas ici dans des discussions relativement au mot
monarcltia , qui ne parait être f|ue le synonime de marclua.
( 339 ) ^
L'usage du contrc-scel n'étant pas encore général à cette
époque , on ne doit pas être étonné de n'en pas trouver ici.
On n'a pas songé jusqu'ici à examiner si les bourgs , châ-
teaux , portes, etc., qui forment les armoiries de la plupart
de nos villes, nous présentent, en effet, de pareils monuments
existant à cette époque , ou s'ils ne sont dus qu'à l'invention
de l'un ou de Tautre artiste. Tout le monde sait que nous pou-
vons reconnaître les armes, les montures, les habillements, etc. ,
de nos anciens comtes et ducs, en examinant les sceaux et
les monnaies; on pourrait en conclure qu'il serait également
utile pour l'histoire de l'art, de faire une étude approfondie
des monuments représentés de la même manière.
En admettant cette supposition, qu'aurait-on voulu figurer
sur le sceau qui nous occupe? Est-ce une partie de l'ancien
bourg, dont quelques restes existent encore aujourd'hui? ou
l'ancienne tour de Croonenborch bâtie , à ce qu'il paraît , par
im empereur Otton, sans que l'on sache trop lequel? (1) Les
vues que nous avons conservées de cette dernière et l'ab-
sence de la couronne de fer doré dont elle était surmontée ,
nous feraient pencher pour la première idée.
La double banderolle que l'on voit flotter est apparem-
ment là, pour marquer le double lien qui attachait Anvers
à l'empire et au Brabant. Reste à expliquer ce que l'on
a voulu indiquer par les étoiles. Voici à cet égard Topinion
de M. Mertcns , bibliothécaire de la ville d'Anvers. Il serait
assez tenté de croire que l'on aurait voulu exprimer par là
une constellation et notamment La petite ourse • l'étoile
polaire , servant à retrouver le nord, orienterait en même
temps pour connaître la véritable position du bourg. Cette
conjecture nous a paru fort ingénieuse et donne ici une expli-
cation assez naturelle , puisque de cette manière l'étendard
qui porte les bandcroUes se trouverait placé au bord de l'Escaut,
qui, en effet, était la limite du marquisat. M. IMertens a un
autre exemple à citer à l'appui. C'est un sceau de la ville de
(i) Aiitwcrpsch chionjljc p. i.'tg et i5l.
C 340 )
Groningiie, de l'année 1S17 , qui porte une église au-dessus
de laquelle se voient cinq étoiles ^ qui, en indiquant la grande
ourse , servent également à faire trouver le nord.
Nous avons déjà dit que les mains coupées (1) n'ont été
introduites, dans les armes d'Anvers, que vers la fin du XIII^ siècle,
et nous savons maintenant que ce n'est qu'après 1231 , que cela
a eu lieu. Tout le monde connaît la prétendue étjmologie
du nom d'Anvers. A une époque inconnue, résidait dans un
château sur le bord de l'Escaut , un géant formidable , qui
forçait tous les navires qui montaient ou descendaient la ri-
vière , à lui payer un tribut. Quand quelqu'un s'y opposait ,
le géant lui coupait impitoyablement la main et la jetait dans
l'Escaut. Telle est la fable d'où serait venu le mot Antwirpen ,
que l'on ferait dériver de hant, main , et tferpen , jeter. Cela
se présentait en effet très-naturellement. Cette histoire, quel-
que ridicule qu'elle liitj ne laissa pas que d'être assez géné-
ralement répandue, surtout pendant le XVI." siècle. Aussi la
plupart des livres sortis alors des pi'esses anversoises portent-ils
la souscription HaTitwei-pen au lieu de Antwerpen. Des auteurs
mêmes assez graves y ajoutaient foi et citaient à l'appui de
cette étymologie , d'abord des ossements que l'on avait dé-
couverts et qui , à en juger par leurs proportions , avaient
appartenu à un être humain qui n'avait pas moins de dix-
huit pieds de hauteur (2). Venait ensuite l'assertion que les
(i) M. Moue y voit des gants au lieu de mains. Ce qui , selon lui, serait
l'emblème de la IVancliise do: t jouissaieut les marcbands d'Anvers daus
l'empire. Le gant indiquerait ici qu'ils se trouvaient placés sous une protec-
tion spéciale. Il allègue à ce sujet un antre exemple, qui donne quoique
poids à cette opinion. Voyez Anzeiger fur Kunde des deutschen Mittelalteis
1834. p, i5'>.
(2) Ce n'est pas seulement cliez nous que de pareilles méprises ont eu lieu.
Voici les paroles d'un clir()ui([ueur anglais du XIII.* siècle , que Camden
nous rapporte : Teniporihus régis Ricliardi in liltnre maris in villa crue vo-
catur Edul/înesse inveiili sunt diin dénies cujusdum giganlis tantie magnitudinis ,
ut duce.nti dentés, quns niinc hubent homines, ex his sccari passent. Camden
n'ose pas tout-à-fait rejeter rc fait parce que S Augustin afiirme qu'il y eut
en effet de pareils géants, mais il ajoute cepcudaut : suspicavi lumen liceat
(341 )
mains coupées avaient c'tc de tout temps repre'scnte'es dans les
armes d'Anvers. IMais bientôt les études anatomiqucs , gruce
à notre immortel Vcsalc , avaient fait de si grands progrès ,
qu'on ne pouvait plus attribuer, à un être humain, des os-
sements que les géologues de nos jours auraient facilement
reconnus pour des restes fossiles d'un mamoulh ou de tel
autre animal. Ainsi s'était écroulé le premier argument en
faveur du géant. Quant au second , les armoiries primitives
de la ville d'Anvers, publiées aujourd'hui dans ce recueil, nous
apprennent que celles qui ont été adoptées postérieurement
reposent sur une fiction confondue avec l'histoire seulement
dans le XIII.^ siècle.
Ajoutons encore que l'histoire du géant d'Anvers , Druon
Antigon , se trouve en rapport avec un poème composé, à
ce qu'il paraît, vers la moitié du siècle précédent. Quoique
le texte flamand soit inconnu aujourd'hui , il n'en est pas
moins probable qu'il ait existé. En allemand il est connu sous
le nom de Lohengrien , en français , sous celui de Garin le
Loherin. M. P. Paris nous a donné dernièrement une édition
de celui-ci. Nous sommes persuadés que le récit de <;es poètes
a seul fait accréditer la fable du géant.
Archives de la ville de Lierre. — Les archives de la plupart
des villes du Brabant ne remontent qu'à la dernière moitié du
XIII.'' siècle , et encore les documents originaux , antérieurs à
l'année 1 300 , s'y trouvent-ils en assez petit nombre. En
Flandre, au contraire, plus d'un dépôt municipal renferme
des chartes du XII.'' siècle, et presque partout l'on rencontr
en abondance des documents du XIII.'' siècle. Chose étonnannte !
la petite ville de Lierre, dont l'existence vers 764 paraît être
reconnue ( quoique nous ne puissions croire que cet endroit,
qui depuis le XII." siècle, a porté constamment le nom de
ijiind Sucloniiis .tnipsit , pra-grandia iinmaii'iiim l>elluaniin meiiilira et alibi,
et lioc etiaiii rt'giio iuvcuta , ;^igaiituiu ossa vulgo dicta <t bal)ita fuisse.
V<iy''7. Citindcni JiiUannia , in Esscx , p. jaÔ.
(342 )
Lira , ait été désigné antérieurement sous celui de Ledon ou
Ledo , comme l'avancent les auteurs ) , n'a conservé dans ses
archives qu'une seule charte originale. Comme cette pièce est
inédite nous avons cru pouvoir l'insérer ici :
Nos Johannes Dei gratia dux Lotharingie , Brahantie et
Limburgeiisis notum facimus universis présentes litteras ins-
•pecturis , quod Nos opidum nostrum Lirense cum omnibus
nppendiciis , que vulgariter Bivanc appellantur , ac homines
nostros iiniversos in dictis opido et appendiciis manentes , sue
pristine reddentes lihertati , volumus et lioc eis specialiter
indidgemus , ut ipsi , cum ah aliis nostris bonis et Ubens
villis taUias aut exactiones petere seu exigera nos contingat ,
prout alie hone ville nostre , tallias et exactiones , secundum
statuai suum , et non awplius , nohis solvant ; nec ipsos ad
alia quam , prout alias honas et libéras vdlas nostras , co-
gère seu comjjellei-e poterimus in futurum. Et ut premissa
peipetue rohur obtineant firmitatis sigillum nostrum duximus
presentibus litteris apponendum. Datum Bruxelle anno Domini,
M.°CC.° nonagesimo , die dominica in octavis pasche.
Le sceau, qui appendait à cette charte, est perdu.
Déjà, depuis des siècles , on ne conservait plus dans les ar-
chives de la ville de Lierre de documents plus anciens, car
dans les différents recueils de privilèges se trouvent en tête la
charte que nous venons de publier , ainsi que celle de l'insti-
tution de la commune, qui est de la même année.
On se demande ce que sont devenus les autres titres origi-
naux ? se sont-ils égarés par l'incurie des pei-sonnes préposées
à leur conservation , ou ont-ils péri pour la plupart pendant
les troubles du XVI.^ siècle ? Ceci nous paraît le plus pro-
bable, car Lierre a eu de temps en temps des personnes,
même parmi la magistrature, qui se sont livrées à des études
historiques, et qui par conséquent savaient apprécier la valeur
de ces titres originaux. On connaît entr'autrcs les recherches
du Bourgmestre Richard Van Gracsen, qui, quoiqu'inédites,
se trouvent en copie dans plusieurs bibliothèques particulières.
Cet auteur composa, sui" les antiquités de sa ville natale,
(343 )
un ouvrage plein de détails curieux et peu connus. C'est
en puisant dans ce manuscrit que Chr. Van Lom , qui publia
en 1740 sa Beschryving van Lier , a su rendre son livre si
intéressant.
Éi'iTAPHES ET Inscriptiq-ns DANS LES Églises. — MM. Van
Ilulthcm , Cornelissen , Hye-Schoutlieer et quelques autres
membres de la commission pour la conservation des monuments
de la ville de Gand, eurent le projet, il y a quelques années,
de publier un recueil des cpitapbes et autres inscriptions in-
téressantes qui se trouvent encore aujourd'hui dans les diffé-
rentes églises de la Belgique. Ce plan dont l'exécution aurait
été de la plus grande utilité fut malheureusement abandonné.
Il serait à désirer que , en attendant que l'on puisse publier
un recueil de ces monumens historiques , on s'occupât dans
chaque localité , avant que les anciens pavements des églises
disparaissent entièrement, de copier ou de faire dessiner tout
ce qui est digne d'attention.
M. Jules De S'. Génois nous a communiqué les deux inscrip-
tions suivantes , dont la première surtout mérite d'être connue.
Elles se trouvent dans l'Eglise d'Anderlecht près de Bruxelles ,
ou était un des plus anciens et des plus importants chapi-
tres de chanoines de la Belgique. La première est celle
d'Albert Dithmar , médecin célèbre des ducs deBrabant,
mort en 1439; elle est gravée en lettres gothiques sur une
petite pierre grise , maçonnée dans le mur latéral de la nef
ù gauche en entrant. Les caractères badigeonnés et blanchis
plusieurs fois en sont endommagés. Voici l'inscription :
Hic iacet egregius singularis...»
vir Alhertus cognomine dil/unari de civitate
hrenien oriuiidus arcium et médecine nigr exiinius
illustrissimorû quoiidâ principû oc dncû hrahancie
antlionii iohannis et pliilippi pJiinicHS eltctus nec non
venerabiliïc ecclesiarum monten senogietï
anderlccliL'h canonicus dignissimiis. qui decessit
ah liumanis arino domini niilLsimo ifdiagctesimo
(344 )
tricesinio nono die prima mensis septemhris
cuius memoria ut henedictioni permaneat
animaque cum saiictis in gloria perenniter
lequiescat,
« Ici repose le recommamlable et ce'Ièbre Albert Ditbraar,
» originaire de la ville de Braine , maître-cs-arts et médecin
» renommé des trois illustres ducs de Brabant , Antoine ,
» Jcban et Philippe, et leur physicien d'élection; digne cha-
» noiue des églises de Mons , Soignies et Anderlecht; qui sortit
» de ce bas monde, Fan de notre seigneur 1439 , le premier
» jour de septembre ; afin que sa mémoire et son ame soient
» bénies , qu'il repose dans la gloire avec les saints! »
Au-dessus de cette pierre tumulaire se trouve une espèce
de niche, oîi sont placées six figures sculptées en pierre et
représentant l'adoration des mages , style de l'époque.
L'autre épitaphe est gravée sur un tombeau élevé dans le
grand chœur à droite; la voici :
ïcy repose
Le cmte Arnoul mort 1303
Et M.^ mgte de Montmorency
Sa femme.
Il était jils aine de haut psnt et très iltre cmte
Pliitip de Homes et de Houtkercque clir,
Baron de Gaesheck Honscote Rasigny Hese
Leende' Braine-le-C/î'au Loire Hehuterne
Kicomte de Berg-S.^-fVinox mort 1488
Chamhelan du duc de Bourgogne
Et de M.^ Jeane de lanoy dame de brimée.
Plus bas est ti-acé en lettres modernes :
Ilunc tumulurn Principes Hornani Phil. Eman,
pater, et Max. Ema. fdius restaurahant
1702.
Le pavement de cette église est en grande partie composé
des pierres tumulaires des chanoines , dont les épitaphes sont
quelquefois très-curicuscs ; car elles rapportent presque toutes
(345 )
Je genre d'ctude de prédilection auquel ceux qui reposent
dans ce lieu se sont livres pendant leur vie. La plupart de
ces pierres sont de 1-400 ù 1300.
NoTici; NÉCROLOGIQUE. — L'université de Lie'ge a fait une
perte sensible dans la personne de M. R. Courtois, son profes-
seur de botanique : mort à l'âge de 29 ans, le 16 avril 1833.
Nous empruntons au discours prononcé sur sa tombe ; îa
notice nécrologique suivante :
Richard Courtois naquit à Verviers en février 1806; issu de
parents peu fortunés et l'aîné d'une nombreuse famille , il
chercha de bonne heure les moyens de ne pas leur être long-
temps à charge. Entré à huit ans au collège de Verviers, il
y fit ses humanités de la manière la plus brillante. Ce fut
vers cette époque que M. le docteur Lejcunc, botaniste célè-
bre , de la même ville , ayant remarqué les dispositions de
Courtois pour l'étude des sciences naturelles , l'accueillit pa-
ternellement, et lui fit faire ses premiers pas dans la carrière
qu'il devait depuis parcourir d'une manière si distinguée. II
quitta le collège après y avoir remporté les premiers prix dans
toutes les classes, et, secouru par quelques amis généreux,
il se rendit a Liège pour y étudier la médecine et les sciences
naturelles.
M. le professeur Denzingcr , ayant promptcmcnt reconnu
tout le mérite de Courtois, l'accueillit chez lui comme son
fils, et le mettant ainsi à l'abri du besoin, lui donna les
moyens de continuer ses études. Honneur à ceux dont les
bienfaits vont chercher des hommes de talent, et les mettent
à même de se rendre utiles.
Courtois était à peine reçu candidat en médecine , qu'il
fut choisi par ses professeurs pour remplir les fonctions de
chef de clinique interne. Ce fut à cette époque que l'univer-
sité de Gand , couronna son mémoire sur la botanique.
En 1823, Courtois fut reçu avec la plus grande distinction
docteur en médecine , après avoir soutenu une thèse sur la
topographie physicpie et médicale de la province de Liège,
thèse qui n'était qu'une introduction ù l'ouvrage qu'il publia.
(346)
l'année suivante , en deux volumes , sous le modeste titre
d'Essai, et qui est ce que nous possédons de mieux , sur une
matière qui exige la réunion de tant de connaissances. Nommé,
vers la mcme époque, directeur du jardin botanique de l'uni-
versité de Liège, il renouvela pour ainsi dire ce jardin, et,
si l'exiguité du local n'y eut mis obstacle, il en eût fait un
des plus beaux de la Belgique.
Courtois, toujours laborieux publia en société avec son bien-
faiteur , M. le docteur Lcjeune , de Verviers, sous ce titre :
Choix des Plantes de la Belgique, un herbier des végétaux qui
croissent spontanément dans notre royaume ; cet ouvrage a
eut vingt fascicules et est resté inachevé par suite de la maladie
de notre ami, a qui on dût , vers la môme époque, la première
idée de la création d'une société d'horticulture à Liège. Il en
fut jusqu'à sa mort le membre le plus actif, et commença ,
dès lors , un journal d'horticulture destiné à faire connaître à
l'extérieur, les travaux de cette société; œuvre qu'il a continuée
jusqu'à sa mort. Il mit au jour, peu après , concurremment avec
M. Lejeune , une Flora Belgica en 3 volumes ; dont le 3." , achevé
depuis longtemps sera publié sous peu.
Les sociétés savantes de Belgique, de France et d'Allemagne
s'empressèrent d'accueillir notre ami, dont la réputation s'était
déjà répandue au loin , à un âge où d'autres commencent
seulement à travailler pour en acquérir. A la mort de M. Gaede,
il fut chargé de donner les leçons de botanique à l'université,
leçons que le mauvais état de sa santé ne lui permit pas de con-
tinuer longtemps. Il s'occupait depuis une dixaine d'années
d'une bibliographie botanique complète, depuis les temps les
plus reculés jusqu'à nos jours. Cet ouvrage, qui a exigé des
recherches immenses est presqu'entièrement achevé et pourrait
être livré à l'impression. Il a aussi traduit de l'allemand plusieurs
opuscules sur la médecine et la botanique.
Souscription. — Annales de l'École flamande moderne ;
recueil de morceaux choisis parmi les ouvrages de peinture ,
sculpture, architecture et gravure, exposés aux salons d'Anvers,
de Bruxelles , Gand et Liège ) gravés au trait par M. Charles
C 347 )
OngJiena, ou lithographies par MM. MaJou , Lautcrs et
Founnois; avec des notices descriptives, critiques et Biogra-
phiques. Par Aiig' Voisin , secrétaire perpétuel de la Société
royale des Beaux- Arts et de Littérature de Gand, membre
de plusieurs sociétés savantes, co-rédacteur- propriétaire du
Messager des Sciences et des Arts de Gand, auteur de la des-
cription des Monuments gothiques de la Belgique, etc., etc.
Les Leaux-arts, qui jettent un si vif éclat sur la gloire de
notre patrie , se donnent pour ainsi dire , tous la main : c'est
pourquoi nous publierons dans les Annales de l'Ecole Flamande
moderne tout ce que les artistes de la Belgique ont produit
de plus remarquable en peinture, sculpture , architecture, etc.
et les notices que nous y ajouterons , offriront en même temps
une biographie exacte et concise de nos peintres, sculpteurs, etc.
Nous insérerons également dans ce recueil, des productions
d'artistes belges fixés à l'étranger.
Chaque livraison se composera, en nombre à-peu-prcs égal,
de gravures au trait et de lithographies^ ces dernières sur papier
de chine.
Les Annales de V Ecole Flamande moderne , paraîtront par
livraisons de S planches avec texte : 20 livraisons formeront
un fort volume in-8° de 100 planches et d'environ 2o0 pages
de texte. L'ouvrage sera imprime avec des caractères neufs ,
les notices descriptives et critiques en philosophie f les notices
biograpliiques en petit texte.
Le prix de souscription pour chaque livraison est de 3 francs :
à la mise en vente de la seconde, le prix, qui ne sera baissé
sous aucun prétexte, sera de 3 francs SO centimes.
Il sera tiré douze exemplaires sur. fort papier vélin in-4.°,
qui porteront le numéro et le nom des douze souscripteurs.
Le prix, en sera de G francs la livraison.
On souscrit à Gand chez M.""^ V." De Busscher-Braechman ,
imprimeur de la ville , marché aux Grains ; et à Bruxelles
chez MJ" De FVasme-Plelinchx , imprimeur-lilhogiaphe , près
de S.io Gudulc.
( 348)
— Nous avons déjà annonce dans le Messager la bibliogra-
phie douaisienne, par M. II. R. Duthillœul , bibliothe'caire de
la ville de Douai. Cet ouvrage sera prochainement livre' aux
souscripteurs. Voici le prospectus d'un autre ouvrage que le
même auteur publie en ce moment :
Petites histoires des pays de Flandre et d'Artois.
Un assez grand nombre de personnes nous a^^ant exprimé
le désir de voir réunies, en corps d'ouvrage, les notices que
M. Dutliillœul a publiées séparément et à diverses époques,
tant sur les villes, bourgs et villages de la Flandre et de
l'Artois , que sur quelques points de l'histoire de ces deux
provinces , nous avons obtenu de l'auteur la permission de les
rassembler et de les livrer à l'impression. Afin de rendre cette
publication plus complète, M. Duthillœul a bien voulu nous
promettre un bon nombre de notices encore inédites.
Pour la facilité des souscripteurs, et pour satisfaire autant
que possible à l'empressement des lecteurs , nous ferons celte
publication par livraisons.
L'ouvrage formera un fort volume grand in-8.° j il pourra
être terminé dans le cours d'une année.
Avec la dernière livraison, les personnes qui auront sous-
crit, recevront gratuitement quelques lithographies représentant
d'anciens monuments des contrées dont il aura été parlé dans
l'ouvrage, ainsi que la liste des souscripteurs, elle sera suivie
d'une table de matières.
Le prix de chaque livraison, composée de seize pages, est
de cinq sous pom' Douai , et de six sous pour l'extérieur de
la ville. On ne peut souscrire que pour la totalité des livraisons.
Chaque livraison prise séparément se payera un franc.
On souscrit à Douai, chez Foucart, lilirairc-éditcur , rue
des Ecoles, et chez tous les autres libraires des départements
du Nord et du Pas-de-Calais.
Les deux premières livraisons sont sous presse , elles com-
prendront les notices sur : Abscons , Actwville , Ancliin ,
AnneulUn , Antreiilles , Anzin, Arleiix , AtLich.es, Auben-
dwul , Aubercliicourt , Auchy , Avelin , Avion.
(349)
(babieaxi, ^ un tJlLaitï
& utcoiuiu.
Le tableau , qui fait l'objet de la présente notice , fut
trouvé , il y a quelques années , au château de Rumbeke
par M. le Comte De Thiennes. Quoique, par les costumes,
il appartienne à la première moitié du XVI.^ siècle, nous
ne pouvons indiquer avec certitude à quelle main cette
production est due. Parmi les peintres , qui vivaient alors
dans ce pays , il devait se trouver des artistes recomman-
dables et certes les Van Orley , les Porbus , les Van Hcl-
mont et les Coxie doivent avoir eu des émules , dont les
ouvrages nous restent , quoique leurs noms nous soient
inconnus.
La famille De Thiennes ( et le mérite du tableau en
fait preuve ) aura fait choix d'un des artistes les plus
distingués de l'époque et du pays , pour retracer un événe-
ment qui intéressait éminemment cette famille j cet événe-
ment est , à notre avis , la présentation à ses vassaux du
jeune Jacques De Thiennes , par sa mère 3Iarie de Lan-
gemeerschc, dame héritière de Rumbeke et de Claerhoudt,
et la prestation de foi et hommage de la part de ces vas-
saux à leur jeune seigneur et maître.
11 ne peut exister le moindre doute quant à l'identité
des lieux ; à la droite , dans le fond (hi tableau , s'élève
le clocher de Roulcrs et lu tour d'un ancien château des
24
( 350 )
Templiers , dont les vestiges et la motte existent encore
de nos jours ; au milieu du tableau , figure le château de
Rumbcke, dont les bâtiments n'ont subi d'autre altération
que l'adjonction de deux tourelles et un léger changement
à l'aiguille de la tour principale ; à la gauche , se Toit le
moulin de Rumbeke sur son emplacement actuel ; et le
village du même nom n'a pu être représente , attendu
qu'il auiait , par sa position, occupé lavant-plan du ta-
bleau. Sur cet avant-plan se voit, comme sujet principal,
le jeune Jacques De Thiennes que sa mère présente au
peuple , en le soumettant à une cérémonie autrefois très
importante , Vimpoillion des mains. L'on sait que cette
cérémonie d'origine judaïque se pratiquait chez les juifs à
chaque fois qu'ils priaient Dieu pour quelqu'un ; que Jésus-
Christ s'y conformait lorsqu'il daignait bénir des enfans
ou guérir des malades, et que ses apôtres imposaient les
mains à ceux à qui ils conféraient le St. Esprit , tandis
qu'à leur tour ils se soumettaient eux-mêmes à l'imposition
des mains à chaque fois qu'ils s'engagaient à quelque nou -
velle entreprise.
A la gauche du jeune enfant et de sa mère agenouillée,
figure un seigneur , qui sera ou son père ou un membre
de sa famille ; plus trois dames dont le costume distiugué
annonce de proches parentes ; à leur gauche , deux femmes
agenouillées paraissent des domestiques, auxquelles le chas-
seur de la maison remet un lièvre, tandis qu'à l'extrémité
gauche de ce groupe le chapelain semble réciter sa prière;
à la droite de l'enfant se trouve sa gouvernante agenouil-
lée, et derrière lui un page, l'intendant, un chambellan
et l'échanson vêtus de la livrée que la famille De Thiennes
a conservée jusqu'à ce jour.
A droite et dans le coin du tableau , le peintre a re-
présenté le bailly de Rumbeke, porteur de la verge ca-
ractéristique cl accompagné de sonéj)ouse; dans le loin-
(351 )
tain cl derrière la pièce d'eau conservée encore de nos jours ,
s'avancent en habit de fête et tant en voiture qu'à cheval,
des membres de la famille , appelés à cette importante
cérémonie. Au-devant du groupe principal et à proximité
du jeune héros de la fête , l'on aperçoit , portant à la
jambe droite un anneau d'or , la Cigogne , dont le nid
apparaît sur la toiture du château de Runibeke. Cet ani-
mal , auquel nos ancêtres reconnaissaient le privilège d'ap-
porter bonheur aux habitations sur lesquelles il établissait
son gite , était en outre à leurs yeux le symbole de la
piété filiale, de la reconnaissance pour les bienfaits reçus,
de la vigilance et de l'attachement au sol hospitalier ; on
le proposait aux rois et aux régents , pour qu'a son exem-
ple ils purgeassent leurs états des méchans , comme la
Cigogne les purgeait des serpens et autres reptiles mal-
faisans. Nos ancêtres, conformes en ce point aux Athéniens,
qui en avaient fait le compagnon de Minerve, tenaient
aussi en vénération le Hibou , qu'ils considéraient comme
le symbole de la prudence et de la réflexion , tandis que
la Pie représentait sui\ant eux la légèreté et le bavardage ;
c'est à ce titre et comme oiseaux respectivement de bon
et de mauvais augure , que le Hibou a été placé à la droite
et la Pie à la gauche déjeune seigneur, dont la carrière
administrative va commencer pour ses vassaux.
Le bonheur de ces derniers pouvant dépendre d'une
administration douce, paternelle et juste, il n'est pas éton-
nant que le peintre du tableau , dont nous parlons , ait
imprimé à la cérémonie de prestation de foi et hommage
une sorte de caractère religieux , en représentant quelques-
uns des assistans dans l'attitude du recueillement et de la
prière. De ce que cette cérémonie se passe en plein air
et de ce que 1 échansoii y exerce très-activement son mi-
nistère, résulte suffisamment, à notre avis , la preuve que
celle fêle est tout autre chose qu'uu acte religieux. Si le
( 352 )
peintre n'a point placé clans son tableau la foule des vas-
saux se pressant autour de son jeune seigneur, c'est qu'il
lui importait de faire occuper tout le premier plan par
ses figures principales, qui seules doivent fixer l'attention
du spectateur et qui toutes sont des portraits.
Une autre question et la plus importante de toutes, c'est
de savoir pourquoi la mère plutôt que le père de Jacques
De Thiennes opère sa présentation aux vassaux ; nous ne
pouvons résoudre cette question saus avoir recours aux
documens généalogiques , qui concernent cette ancienne
et respectable famille ; ces pièces nous apprennent que
vers la fin du XV. ^ siècle , la terre et seigneurie de Rum-
beke fut avec celle de Claerlioudt portée en mariage par
Marie de Langemeersch, à Robert De Thiennes chevalier,
seigneur de Lombize , baion de Broeck , vicomte et châ-
telain de Bailleul , seigneur de Castre et de le Delft , et
que ces époux eurent pour fils unique Jacques De Thiennes ,
chevalier , seigneur de Lombize , de Castre , de Rumbeke ,
Bertene, Claerhoudt , etc., écuyer et chambellan des em-
pereurs Maximilien I et Charles V , grand bailly de Gand
et souverain bailly de Flandre, commissaire-général des
gens de guerre , lieutenant-gouverneur et capitaine-gé-
néral par intérim des provinces hollandaises et de la Zélande,
par nomination du 3 septembre 1527, envoyé extraor-
dinaire en Danemarck et en Angleterre , par commission
du 8 avril 1520, etc., etc.
Ce Jacques ayant été le premier seigneur de Rumbeke
du nom de De Thiennes, il n'y a rien d'étonnant à ce
que sa mère Marie De Langemeersch ait voulu , à une
époque déterminée , faire reconnaître publiquement ce fils
comme héritier féodal , et que celte reconnaissance fasse
le sujet du tableau qui nous occupe.
Le costume blanc de l'enfant annonce probablement que
dès avant sa naissance , il a été voué à la Vierge ; il est
( 353 )
encore d'usage dans ce pays que les personnes qui désirent
vivement un héritier, fassent le vœu de l'habiller jusqu'à
l'àge de sept ans , en bleu ou en blanc en l'honneur de
la S.*" Vierge ; ici la naissance de Jacques De Thiennes
était d'autant plus importante pour ses parens , que son
père Robert De Thiennes , lorsqu'il était encore célibataire ,
étant intervenu dans le contrat de mariage de l'un de
ses frères Charles De Thiennes , y avait , moyennant un
douaire, renoncé à la succession paternelle, sauf le cas
où, un jour, il lui serait né des enfans j la naissance de
Jacques avait annullé celte renonciation. La preuve de
ces faits existe dans des papiers que 31. le comte De Thiennes,
à Gand, m'a fait la faveur de me communiquer.
C. Vervier.
(354)
0ttr un £IHanmcxxt t^t ffi iîîut0i0,
cHjbbj Se d. DTL'ixxlu-) , c>e tZciVUtai.
Dans une collection de manuscrits , récemment acquise
par les soins de M. le ministre de l'intérieur, pour notre
riche bibliothèque de Bourgogne, on a retrouvé une suite,
inédite , des Chroniques de Li Muiôis{i). Momentanément
dépositaire de cette collection (2), Li Muisis est tombé
dans mes mains, et j'en ai traduit quelques fragments
dont la publication intéressera tos lecteurs. Ce manuscrit
ne me parait pas particulièrement remarquable par le
nombre et l'importance des faits historiques ; mais il
exprime avec beaucoup de vérité les mœurs et les idées
de l'époque, on y rencontre quelques-uns de ces détails
trop négligés par nos historiens, et dont les écrivains de
nos jours aiment tant à colorer leurs récits 5 les événements
qu'il retrace, se sont passés si près de nous, que sous
(1) On trouve un premier compte-rendu sur ce manuscrit de Li
Muisis , par M. "Warnkœnig , dans le procès-verbal de la séance de
la commission royale d'histoire , tenue le 6 décembre 18.34. Messager,
tome III, p. 5i8-52i. Noie du. Rédacleur,
(2) M. de Thcux avait chargé l'auteur de cette notice de la négo-
ciation relative à Tachât de ces manuscrits.
( 355 )
CCS divers rapports, il m*a paru digne d'attirer un instant
vos regards (1).
Les rivalités d'Edouard d'Angleterre, et de Philippe de
Valois , qui se disputaient la même couronne , furent ,
comme l'on sait, le signal de guerres longues, acharnées,
et cruelles , et d'une suite de désastres pour la France.
La faiblesse et la déconsidération du pouvoir royal, après
de sanglantes défaites, amenèrent l'anarchie, et un désordre
général dans l'Etat; l'énormilé et l'arLilraire des impôts;
les vexations et les voleries de s agents du fisc; l'altération
et les variations des monnaies; l'anéantissement du com-
merce et de l'industrie; le pillage des gens de guerre;
et enfin l'oppression, l'épuisement et la misère du peuple.
Il régnait au milieu de tout ce débordement de maux,
une ignorance, une grossièreté, une licence de mœurs,
un luxe dans la table et dans les vêtements, une fureur
de dépenser et de jouir, incroyables. Comme il y avait,
pour ainsi dire, absence de gouvernement, le peuple, que
personne ne défendait , que tout le monde opprimait ,
outrageait, pressurait, torturait, était tombé dans une telle
dégraiîalion , il était tellement abruti par l'excès de ses
malheurs, qu'il avait perdu tout sentiment de liberté, de
dignité et d'humanité. La religion, si profondément em-
preinte dans les amcs à celle époque, était prcsquentiè-
rement ol)scurcie par l'ignorance et le fanatisme. Dans
les Pays-Bas, et surtout en Flandre, où les villes étaient
nombreuses et peuplées, où les grands intérêts d'un
(i) Je ne dirai rien des autres manuscrits de Li Muisis , déjà ana-
lysés dans dilFérents recueils. M. Delejiierre de Bruges a traduit et
publié, notamment, divers extraits de la Chronique dite des Flandres
qui se termine à l'année i348. Celle-ci, qui en est en quelque sorte
la suite, embrasse les années iS^g à i352.
( 356 )
commerce immense avaient introduit , entre les communes ,
le droit d'association; où les communes avaient appris à
se gouverner et à se défendre elles-mêmes, tantôt contre
le despotisme de leurs princes, tantôt contre les ennemis
du dehors, au milieu même des dissentions intestines et
des réactions continuelles, les choses n'allaient pas à
beaucoup prés aussi mal. Mais en rappelant ici, en peu
de mots, la situation déplorable dans laquelle se trouvait
la France, à la fin du règne de Philippe de Valois, nous
croyons faire mieux comprendre certains faits indiqués
plutôt que racontés par notre vieux chroniqueur, tournaisien
et français, et les plaintes que lui arrache le douloureux
spectacle dont il va dérouler quelques pages à nos yeux.
C'est dans ces tristes circonstances, c'est à la suite des
guerres étrangères et civiles, et de toutes les calamités
qu'elles entraînent, que les nations se trouvèrent subi—
lement frappées d'un fléau si épouvantable , qu'elles
oublièrent leurs maux présents à la vue de ce danger
nouveau qui semblait menacer le genre humain tout entier.
Ce fléau, c'était la peste. Il faut lire dans les écrivains
du temps ce que fut la peste du 14^ siècle, pour se faire
une idée de ses ravages (1). Elle éclata, chsent-ils, en
(i) Yillani et d'autres historiens prétendent qu'elle enleva les quatre
cinquièmes des habitants de l'Europe. A Paris, il mourut 4o>ooo per-
sonnes en deux mois, Papon , De la Peste , ou Epoques mémorables
de ce fléau.
Le Continualeur de Nangîs est celui des auteurs contemporains qui
donne le plus de détails sur la peste de i349 , et qui en décrit le mieux
les s^'mptômes. « L'épidémie, dit-il, emportait tant de monde, qu'à
peine ceux qui survivaient pouvaient-ils ensevelir les morts. Elle faisait
plus de ravages parmi les jeunes gens que parmi les vieillards, La
maladie durait rarement plus de deux ou trois jours ; et le plus sou-
vent , ceux qu'on croyait encore sains , mouraient subitement. Un gon-
(357)
Asie, puis elle se jeta sur l'Europe, en commençant par
l'Italie : de là elle gagna le midi de la France; puis le
nord et le couchant, d'où elle envahit nos provinces. Dans
les lieux qu'elle atteignit, elle emporta tantôt le tiers,
tantôt le cinquième des habitants; dans d'autres elle em-
porta presque tout. On compte qu'en général la moitié
de la population y péril. Cette calamité produisit l'effet
le plus extraordinaire sur ces hommes ignorants, barbares,
endurcis par le malheur et par l'habitude de voir verser
le sang, mais pourtant animés d'une foi vive et profonde.
Ils firent un retour sur eux-mêmes, et ne songèrent plus
qu'à désarmer la colère divine. Il s'opéra dans leurs mœurs
une révolution soudaine. Les femmes abandonnèrent ces
vêlements et ces parures qui scandalisaient si fort les gens
austères ; les hommes renoncèrent à l'ivrognerie , à la
débauche, aux blasphèmes, et aux jeux de hasard, qui
étaient encore une des plaies de cette époque : ceux qui
avaient contracté des liens illégitimes se hâtaient de faire
bénir leur union par l'Église : plus de guerres privées;
plus de procès : on pardonnait à ses ennemis ; ou se
réconciliait avec eux. On vit cesser, comme par miracle,
une grande partie de ces violences atroces qui désolaient
la société (1). C'est au milieu de la stupeur générale ,
flemcnt paraissait tout-à-coup aux aisselles ou à l'aine , et dès qu'il se
formait , c'était un signe infaillible cle mort. Le mal semblait provenir
et de l'imagiriation et <le la contagion ; car si un bien-portant visitait
un malade, il était rare qu'il échappât, etc. »
(i) 11 est vrai de dire toutefois, pour conipléler ce tableau, que des
hommes sans foi et sans frein , qui voulaient jouir encore un instant
de cette vie qui allait leur échapper , se livraient avec fureur à toute
sorte d'excès. Une foule d'autres, subitement er.richis par des succes-
sitms sur lestinclles ils ne comptaient point, se hâtaient de les dévorer
dans de continuelles orgies.
( ^58 )
qu'apparurent des bandes de pèlerins a demi nus, portant
des croix rouges sur leurs chapeaux et des fouets à la
main. On les appelait \es Flagellants. Ces hommes, exaltés,
comme les anciens croisés, par l'excès de leur zèle , par
le souvenir de leurs crimes et par la crainte de leur fin
prochaine, versaient leur sang pour racheter leurs péchés,
appelaient la miséricorde du Ciel sur eux et sur les chré-
tiens, et sa colère sur les ennemis du Christ.
Les malheureux juifs, éternels objets de la haine du
peuple , se trouvèrent ainsi désignés à ses vengeances.
Voilà dans quel ordre de temps se succédèrent les événe-
ments retracés par Li Muisis. Mais cet auteur qui les rap-
porte simplement tels qu'ils se sont passés sous ses yeux,
ou dans son voisinage, parle d'abord de la Destruction
des Juifs; puis, des Flagellants ; puis, de l'Epidémie qui
ravagea nos provinces et une partie du monde.
Li Muisis n'est pas, comme Froissard (qui écrivit quel-
ques années après lui), un homme à la vie active , vagabonde ,
errant de cour en cour, cherchant et recueillant les aventures
chevaleresques, au loin, et un peu au hasard, pour avoir
le plaisir de les raconter (6). C'est un digne religieux, un
vieillard, qui emploie les loisirs d'une profession méditative
et austère, partagée entre l'étude des lettres et la prière î
en recueillant quelques faits et quelques souvenirs, pour
l'édification et l'instruction de ses lecteurs. Dans la chro-
nique que j'ai sous les yeux, et à laquelle s'appliquent
(6) Ce ii'cst pas non plus comme notre vieux Liégoois , Jacques de
Heinricourt , ( dont il me souvient d'avoir jadis translaté du gaulois
en fiançais les guerres d'Awans et de Waroux), un de ces auteurs
j.lciiis de virvc, tle rudesse, de varlclé et d'originalilé, qui t.e plaisent
à lacoiikT de ces merveilleuses prouesses, (\ni excitent tantôt le rire
et tanlùl l'aduiiratiou.
( 359 )
parliculièrcmcnt ces considérations, Li Muisis se borne à
compiler cl à enregistrer, comme il le dit lui-même, les
événements particuliers dont il avait été témoin dans sa
ville, en quelque sorte à la porte de son couvent, et ceux
qui lui avaient été racontés par des hommes dignes de
foi. Ce livre écrit en latin du moyen-àge, entremêlé de
narrations, de digressions, de réflexions, d'oraisons, de
prose et de vers, et de prose rimée, porte tout à la fois
l'empreinte du siècle et du caractère de l'auteur. On
n'y trouve aucun art d'historien; point de vues politiques;
point de faits généraux; point de liaison : ce n'est guère
qu'un recueil d'anecdotes, dictées à peu prés jour par jour,
et dans l'ordre où elles avaient frappé son oreille. Quant
au style, il n'est remarquable que par un certain ton de
naïveté et de simplesse, que j'ai calqué le plus littéralement
possible : si ce n'est dans quelques endroits, et pour éviter
les nombreuses redites du vieux chroniqueur. Mais l'écrivain
est d'une bonne foi qui pousse le scrupule si loin, que
quand il rapporte des choses qui se sont passées à Bruxcliles
ou à Gand, il n'oublie jamais de remarquer qu'il n'en
répond pas, attendu qu'il n'en a point été témoin. Que
pouvait-on faire de plus à cette malheureuse époque?
lorsqu'il n'y avait point de relations régulières entre les
villes les plus proches? avant que l'imprimerie ne fut
inventée? et lorsqu'on était moine? Mais ne poussons pas
ces réflexions trop loin. Que nous resterait-il de l'antiquité
et du moyen-àge, sans ces hommes qui se livraient alors,
à peu près seuls, à la culture des lettres? Point de doute
que Li Muisis ne fut \\\\ homme très-savant pour son
siècle , quoiqu'il en tût en partie les préjugés. Et c'est
pour cela même qu'il le peint d'autant mieux. Il parle
de l'astrologie comme d'une haute science. Et comment
n'y eut-d pas cru? Son ami, Jean de Ilarlobcck, lui avait
prédit, lorsqu'il était jeune moine, bien des événements
( 360 )
qu'il avait vu arriver depuis. Tout le monde alors recou-
rait aux astrologues : les rois et les princes en avaient
toujours à leur suite : ils remplaçaient les anciens augures
parmi les chrétiens de ce temps là. Il était défendu de
naître ou de mourir , de faire la paix ou la guerre sans
les consulter. Les malheurs du présent, l'inquiétude de
l'avenir , l'ignorance du peuple et des gouvernements, cette
espèce de fatalité aveugle qui semblait présider à la des-
tinée des nations, amenèrent à leur suite les vieilles su-
perstitions de l'astrologie , avec lesquelles de faux savants
trompaient , de très-bonne foi , une multitude grossière et
crédule qui ne demandait qu'à être trompée. Cette étrange
science avait ses régies. On distinguait , nous dit Li Muisis,
les véritables, des faux astrologues. Les vrais ne consi-
déraient comme iniaillibles les événements qu'ils lisaient
écrits sur le front des étodes , qu'autant qu'il plairait à
Dieu de n'en point changer le cours. Les juifs aussi étaient
livrés à l'astrologie ; mais la leur était diabolique. Ils ne
croyaient point au Christ ; ils étaient riches et usuriers ;
et ils pratiquaient la médecine : le peuple concluait de
tout cela qu'ils étaient empoisonneurs publics , et amis de
la peste. Il les accusait de corrompre les eaux des puits
et des fontaines : sans s'inquiéter si cela était physique-
ment possible , ni quel rapport nécessaire il y avait entre
cet empoisonnement prétendu et l'épidémie qui l'épou-
vantait. Ils avaient avoué dans les tortures : que fallait-il
de plus ? Pas une plainte ne s'échappe de la bouche du
bon Li Muisis pour compatir à leur destinée. Puis vient
l'accusation, différentes fois reproduite, contre ceux qui
feignaient de se faire chrétiens, pour avoir occasion de
se procurer des hosties consacrées, sur lesquelles ils se
livraient à d'horribles profanations. C'était aussi le temps
où l'on envoûtait son ennemi avec de petites figures de
cire , que l'on poignardait en secret , en prononçant des
(3G1 )
paroles magiques ; où les juges, non moins fanatiques que
les accusateurs et les accusés , punissaient les envoûteiirs
par d'liorril)les supplices. En songeant à ces vengeances
contre les juifs , pendant l'épidémie du XIV.'' siècle , il
est impossible de ne pas se rappeler quelques-unes des
atroces fureurs populaires qui ont accompagné chez nous
le choléra. Le peuple est toujours peuple , excessif et
aveugle dans son amour ou dans sa colère , surtout quand
il souflVe.
Mais voici de nouveaux traits qui peignent les mœurs
de l'époque. Quand on s'aperçut , dit Li Muisis , que le
clergé séculier ne se mettait point en peine de conjurer
les ravages de l'épidémie ( notons en passant que Li Muisis
était moine), parce quil y faisait hien ses affaires, le
magistrat de Tournay publia un règlement dans lequel il
s'en prenait aux blasphémateurs , aux joueurs , aux con-
cubinaires. Il ne laissa pas toutefois d'ordonner quelques
précautions sanitaires assez sages. Mais ces précautions
mêmes prouvent à quel point la police et l'administration
<Ténérale et locale étaient encore dans l'enfance. Nous ne
voyons pas qu'on ait cherché à séparer, comme de nos
jours , les malades des bien portants ; qu'on ait soumis
ceux-là à un traitement médical et régulier; qu'on ait
tenté d'assainir les rues et les habitations infectées ; qu'on
ait combattu enfin par des moyens préventifs une terrible
épidémie qui déconcertait alors , comme aujourd'hui , tout
l'art des médecins.
Li Muisis avait du reste dans l'esprit une certaine in-
dépendance. Dans une espèce de rapsodie en vers latins
rimes , retrouvée , dit-il , dans un vieux livre et qu'il a
intercalée dans son ouvrage , on passe en revue les difi'é-
rents états de la société : personne n'y est épargné : le
campagnard, l'usurier, le marchand , le moine , le soldat,
tous y comparaissent tour à tour. Je ne citerai que ce
( 362 )
passage sur l'homme de guerre , dont l'unique métier sem-
blait alors de tuer et de yoler , que le poète appelle éner-
giquement le cheval du Diable (1).
Ailleurs, en déplorant les yices et les scandales du siècle,
il observe que malheureusement le clergé lui-même en
était infecté, et que l'on pouvait bien dire, tel prélre,
tel peujjle. Cependant la religion était le seul lien de la
société. Il n'y avait plus de Tie morale que là. Si le clergé
soutenait le pouvoir royal , le peuple y trouvait aussi parfois
ses représentants. La liberté politique et religieuse se ré-
fugièrent dans le clergé : c'était la tribune , la presse ,
l'opposition de ce temps-là. Quand les Flagellants vinrent
à Tournai étaler leurs corps ensanglantés , au couvent de
St. -Martin , un prédicateur , le frère Gérard de muro ,
monta en chaire ; il censura violemment les vices du peuple
qui l'écouta patiemment. 31ais en terminant son sermon,
il omit de prier pour ceux qui faisaient des pénitences pu-
bliques , parce que cette innovation déplaisait au clergé ;
et le peuple , qui les approuvait , se mit à murmurer.
Alors il se trouva un prêtre qui se rendit l'organe de ses
opinions à l'égard des Flagellants. Une bande de pénitents
liégeois étant venus à Tournai , conduite par un frère de
l'ordre des prédicateurs , celui-ci obtint aussi la permission
de prêcher au couvent de St. -Martin. Et il fit une apologie
véhémente des Flagellants , en face du clergé tournaisien.
J'ai déjà dit que l'on ne rencontrerait dans cette
chronique, ni jugement sur l'ensemble des événements,
(i) Superbi milites, equî diaboli ,
Hue illuc cursitaiit, féroces, validi ,
Yirosqiie, beatias ubi re|)eriuiit,
WiluiUur rapeie , vcl iiitcriiciuiit.
( 363 )
ni sur la marche tics affaires publiques. Cependant elle
ne laisse j)as de loucher en passant bon nombre de faits
particuliers, curieux à recueillir. Ainsi Li Bluisis se plaint
de l'altéralion des monnaies, qui détruisait le commerce;
de la cherté des subsistances qui désolaient le pauvre peuple
et laissait les ouvriers sans travail et sans pain. Tournai
appartenait alors à la France : or , la France n'était pas
un pays de liberté. Certes, ou n'en pouvait pas dire autant
des Flandres. Li Muisis parle des Flamands comme d'un
peuple enlêlé et muahle dans ses volontés (i^). Cela pouvait
être vrai comme trait de caractère national. Mais il ne nous
apprend rien sur le gouvernement de ces puissantes com-
munes , dont l'alliance était tout à la fois briguée par les
rois de France et d'Angleterre ; qui mettaient sur pied des
armées si formidables ; qui gagnaient parfois de grandes
batailles sur leurs puissants adversaires , et qui se relevaient
plus nombreuses et plus terribles après leurs défaites.
Pourquoi les Flandres presque toujours agitées , presque
toujours en guerre avec leurs princes , ou avec leurs voisins,
déchirées par les factions, et j)ar les rivalités des com-
munes et des métiers , étaient-elles si AÏvantes, si riches,
si florissantes , tandis que les provinces de France étaient
si pauvres, si misérables, si asservies? N'est-ce pas qu'à
défaut de gouvernement régulier et de bonnes lois qui
les protégeassent , elles savaient elles-mêmes , au besoiji
se faire respecter , et s'armer du glaive de la justice pour
réprimer les excès de la force brutale, qui presque partout
ailleurs tenait le faible sous ses jiieds? En voici un exem-
ple, que j'enq)runte à notre auteur, et qui me paraît con-
firmer cette assertion.
(8) Gcntes Handrls sunt ponnlus cat>itosus et mutabilis.
(3G4)
« Quelques communes de Flandres, dit Li Moisis (1),
ayant appris que sur leurs frontières , il y avait des gens
de guerre , des nobles et des seigneurs qui opprimaient
durement leurs vassaux et leurs voisins , il fut convenu
entre le comte, les trois villes, et le pays de Flandres,
qu'il serait fait une enquête pour connaître la vérité. Les
commissaires chargés de l'enquête vinrent en la ville de
Courtrai, où ils se mirent en devoir de procéder. Deux
frères , le sire de Halewin , et le sire d'Eespienne , quoique
prévenus que la voix publique les accusait , inspirés par je
ne sais quels conseils , eurent la témérité de se montrer
à Courtrai. Ils y furent arrêtés et mis en prison , malgré
les vives sollicitations du roi de France , du comte et de
la comtesse de Flandres , et de beaucoup d'autres qui
voulaient les sauver. Mais la clameur du peuple l'emporta,
et dans la nuit d'avant Noël , ils furent décapités en pu-
nition de leurs crimes. Cette sévérité plut aux uns , et
déplut à beaucoup d'autres dont elle excita les murmures.
Les commissaires demeurèrent encore quelque temps à
Courtrai , pour y continuer leurs poursuites. Un grand
nombre de chevaliers , de nobles , de vilains , furent par
eux déclarés bannis. Mais après avoir terminé leurs opé-
rations, deux de ces fonctionnaires qui étaient gantois,
accompagnés de deux échevins de Courtrai , s'étant mis
en route pour retourner à G and, furent assaillis et tués,
avec un de leurs domestiques , par un chevalier nommé
sire Gérard de Stiennes , qu'ils avaient déclaré banni avec
les siens. Le cas parut énorme, attendu que l'enquête avait
eu lieu par autorité de justice. Plusieurs députés de Gand ,
de Bruges et d'Yprcs vinrent alors à Courtrai pour aviser
(i) Page <j3 ilu ruainiscrit.
( 3G5 )
à ce qu'il y avait à faire. On attendit le retour du comte,
qui se trouvait à Paris , pour se concerter avec lui. Et après
en avoir délibéré en sa présence, on résolut qu'on mettrait
le feu à la maison dudit Gérard de Stiennes. Ce qui fut
fait. »
J'arrive enfin au texte de Li Muisis , dont je demande
pardon d'avoir détourné si longtemps l'attention des lecteurs.
J'aurais dû, je l'avoue, m'apercevoir plutôt que l'on en
jugerait mieux en l'écoutant lui-même.
Fragments traduits de la suite des chroniques de Li Muisis.
Raisons pourquoi le présent livre fut compile' (i).
« Moi , Gilles , humble abbé du monastère de St-Martin
de Tournay, de l'ordre de St.-Benoît, et le 17.® de ses
abbés , depuis que notre couvent fut restauré , après sa
destruction par les Vandales et les Normands (2), consi-
dérant qu'en l'année 1349 , au commencement de novembre,
après la fête de la Toussaint , il y aura 78 ans que je suis
né, GO ans que je suis moine audit couvent de S.t-3Iartin,
(i) Narratio pro quà causa fuit liber iste compllafus. PP. i et 2 du
manuscrit.
(2) L'abbaye de St.-Martin fut fondée vers l'an 65o par St.-EIoi,
évèque de Noyon et de Tournay. Ce monastère , par les donations et
les pririléges qu'il obtint des rois francs, était riche et florissant, lors-
qu'il fut détruit par les Normands en 882. Il n'en resta d'autres sou-
venirs, pendant près de deux siècles, qu'une petite chapelle élevée sur
l'emplacement qu'il avait jadis occupé. L'ancienne maison de St.-Martin
fut rétablie en J092 par les soins d'Odon, chanoine de Tournay, et
depuis évèque de Cambrai.
La 5. e. peinture de Li Muisis (p. 109), représente cette scène de
destruction en un seul tableau et en trois actes : savoir, i.» l'assaut et
la prise du couvent par les Normands j 2.0 sa démolition; 3.° la fuite
et le déménagement des moines. On les voit sortir, l'un avec ses livres ,
l'autre avec ses chausses , etc.
25
( 366 )
et 18 ans que j'en suis abbé; consklérant que j'ai rédigé
jadis un livre en trois traités (1), qui embrasse un grand
nombre d eyénements ; qu'au commencement de cette année
1349, le monde se trouvant placé sous une maligne in-
fluence , fut affligé de divers fléaux qui envahirent d'abord
les pays lointains : fléaux dont on parla d'abord beaucoup,
mais dont le peuple ne s'émut guères jusqu'à qu'il ne se
sentit lui-même frappé , parce qu'il était trop enfoncé dans
ses vices ; me ressouvenant encore que ces calamités m'avaient
été prédites autrefois par maitre Jean de Harlebeck , je
résolus de mettre par écrit ces faits mémorables , à savoir :
la prise et la destruction des juifs ^ l'histoire de ceux qui
faisaient des pénitences publiques ^ et enfin celle de la
grande mortalité qui frappa les hommes , les femmes et
les enfants. Ce Jean de Harlebeck était clerc et bon ca-
tholique, et très-versé dans l'astronomie (2). Religieux,
prêtres et séculiers, et tous ceux qui avaient foi en la
science des astres , venaient à lui pour le consulter , parce
qu'il ne pouvait se déplacer , étant boiteux et impotant.
Et, bien qu'il fut un fameux astrologue, il estimait la
foi catholique au-dessus de tout ; il affirmait qu'elle était
Traie ; et jusqu'à sa mort , il mena une sainte vie , portant
(i) Cette chronique sera publiée par l'un de nos collègues de la
commission d'histoire , avec les autres manuscrits de Li Muisis. « Un
» des articles les plus considérables de cet ouvrage est celui qui a pour
11 objet la guerre qui se fit , pour ainsi dire , sous les yeux de l'auteur ,
)) de,-uis l'année i 34o , jusqu'à l'année i345 inclusivement. On ne peut
.) guères désirer des mémoires plus exacts. On y suit jour par jour
» les marches et les campements des armées. On y lit les noms des
» villes, des villages, des châteaux, des monastères pillés, brûlés ou
» détruits. » Notice sur la chronique latine de Li Muisis , impro-
prement appelée Chronique des Flandres , par de Bréquigny.
(2) Fuit lîomo cathollcus , et semper stndens in divcrsis scientiis , et
maxime in astronomià.
( 367 )
Tin cilice et macérant sa chair à force de jeûnes. Mais il
n'aimait pas à parler de la science des astres , si ce n'était
avec ses amis particuliers , et cela dans l'intimité et le
secret. Il ne faisait point de prédiction qui ne fût vraie.
Etant jeune moine , j'étais très-lié avec lui : souvent il
me prenait à part et me prédisait des choses que je voyais
arriver ensuite. »
Ici (1) Li Muisis raconte qu'un jour ( c'était en l'année
1298 , lorsque Gui de Dampierre ayant renoncé à son
allégeance envers le roi Philippe-le-gros , on vit commen-
cer les hostilités entre les Flamands et les Français) , vovant
Jean de Harlebeck plus gai qu'à l'ordinaire , il lui demanda
quelques pronostics sur ce qu'il adviendrait de ces guerres.
Jean de Harlebeck fit les prédictions désirées jusqu'aux
années 1345, 1346, 1347, 1348 et 1349; mais il ne
voulut pas aller plus loin. Il existait encore d'autres di-
vinations d'un célèbre astrologue , nommé Jean de Mûris (2),
qui annonçaient des guerres , des massacres , des inonda-
tions, des épidémies; et il était évident, selon Li Muisis,
que cela se rapportait aux événements dont il va entretenir
ses lecteurs. Il explique ensuite comme quoi un grand
nombre d'astrologues, inhabiles ou ignorants, font des pro-
nostics qui ne s'accomplissent point. Mais ce n'est pas une
raison , dit-il , pour mépriser cette science , ni pour la
réputer fausse. Toutefois il signale de grandes différences
entre les anciens et les modernes astrologues. Ceux-là pré-
tendent , dit-il , que tout ce qu'ils ont prédit , d'après le
cours des astres , doit arriver nécessairement ; tandis que
ceux qui sont véritablement catlioliques, croient que la
volonté de Dieu doit toujours prédominer (3). Vous allez
(i) Page 2.
(2) Pages 18-20.
(3) Page 19.
( 368 )
Toir, parle récit de la destruction des juifs, par l'histoire
des Fustigeants , et par celle de l'épidémie , l'à-propos de
cette digression de Li Muisis.
« (1) En 1349, et pendant les années suivantes, dit-il,
advinrent plusieurs des choses qui avaient été prédites par
les astrologues. D'ahord le bruit se répandit généralement
que les Juifs, en jetant du poison dans les puits et les
fontaines , cherchaient à détruire le peuple chrétien. On
apprit qu'une grande mortalité avait commencé en Orient :
qu'elle s'était étendue dans les Indes , puis sur toutes les
régions habitées par les peuples chrétiens ou payens : de
l'Orient au Nord , et du Nord au Midi , ainsi que le rap-
portaient les voyageurs et les marchands qui fréquentaient
les pavs lointains. Dans beaucoup d'endroits une tierce partie
de la population ; dans d'autres le quart ; dans d'autres la
moitié avait péri : dans d'autres , sur dix personnes , une
ou deux seulement échappèrent. Beaucoup de terres et
de vignes demeurèrent incultes faute de bras. Les astrologues
disaient que cette calamité venait de la conjonction de
certaines planètes et de certains astres ; que cette conjonc-
tion avait produit la corruption de l'air, et que celte
corruption avait engendré la maladie qu'ils nommaient épi-
démie.
» L'on apprit aussi qu'en Allemagne , en Hongrie , dans
le duché de Brabant , dans les cités , dans les villes , dans
les châteaux , dans les bourgs et dans les villages , les
habitants s'excitaient , les uns les autres , à se rassembler
par bandes de 200, de 300, de 500, et plus , quand ils
pouvaient. Ils couraient le pays pendant 33 jours consé-
cutifs (2). Et deux fois, chaque jour, à pieds nus , dépouillés
jusqu'aux reins , la tète couverte d'un capuchon , armés
(i) Pages 20 et 21.
(2) En mémoire des 33 ans que Jésus-Christ avait passés sur la terre.
( 360 )
•le fouets , ils se flagellaient jusqu'au sang. A la fin ils
parcoururent aussi la Flandre. A quelle occasion, pourquoi,
et de quelle manière ? c'est ce que personne n'a pu m'ap-
prendre. N'ayant point de renseignements positifs à cet égard,
je n'en dirai rien. Je me contenterai de parler de ce que
j'ai vu et entendu moi-même.
» En cette année 1349, on s'empara de tous les juifs
dans les différents pays qu'ils habitaient, et on les mit en
prison. La raison pourquoi on les mettait en prison, c'est
qu'ils étaient véhémentement soupçonnés de vouloir faire
périr méchanmient les chrétiens , en jetant en secret du
poison dans les puits , dans les fontaines et dans les eaux
en général ; et ils le firent réellement dans bien des lieux ,
d'après la commune renommée (1). Il y avait parmi ceux
de cette religion certains astrologues , subtils et savants ,
qui avaient pronostiqué , en regardant le cours des astres ,
qu'il adviendrait une grande mortalité ; et les juifs es-
péraient profiler de ce fléau pour exécuter en sûreté leur
horrible complot. Ces mêmes astrologues avaient aussi de-
viné , d'après les astres , qu'une certaine secte devait être
anéantie ; et ils pensaient qu'il s'agissait des chrétiens.
Mais lorsqu'ils virent des pénitents qui portaient des croix
rouges sur leurs habits , ils craignirent qu'ils ne fussent
eux-même menacés. On rapportait encore beaucoup d'au-
tres choses qu'il serait trop long de redire ici. En France ,
depuis le roi St-Louis , il ne restait que peu ou point de
(i) Anno M.CCC.XLIX» capti fucrunt judci, et in carceribus et prî-
sîonibus unlversaliter positi , in omnibus locis ubicumqne morabantur.
Ratio autem captionis fuit , quouiam vehemcns suspicio erat super nos,
qui Ijisi populum crisliuiiuin malitiose per vciienuni destruere niteban-
tur , et quod venenunij lu puteis , in fontibus, et In aquis secrète
projiclebant ; et hoc feceruut in pluribus loris , sicut lama et rumor
communis luborabat, etc.
( 370 )
juifs. Mais partout où il s'en trouvait , on les prit , et on
leur fit ce qu'ils avaient voulu faire à d'autres. Beaucoup
nièrent leurs mauvais desseins : quelques-uns les confes-
sèrent. Je ne saurais dire exactement ce qui leur arriva
dans les régions lointaines ; mais la renommée portait qu'en
Allemagne et dans divers autres pays , on les décapita , on
les brûla, on s'en défit d'une ou d'autre manière (1). Il
est certain que dans les comtés de Lorraine et de Bar,
on brûla tous ceux que l'on put saisir.
» Dans la ville que l'on nomme Bruxelles (2) , au du-
ché de Brabant , où le duc et son fils aîné faisaient leur
résidence , il y avait un juif fort riche ; et ce juif depuis
longtemps voyait irès-familièrement le seigneur duc ; et
le duc l'aimait beaucoup et avait confiance en lui. Ce juif
avait feint de se fane baptiser. Mais quand il vit arriver
des pénitents qui portaient des croix rouges , il alla trouver
le duc et lui dit : Seigneui*, l'apparition de ces hommes,
est un signe que moi , et tous ceux de la religion juive ,
nous sommes menacés d'une mort certaine. Le duc lui
répondit ; Ne craignei rien; car je ne connais homme
qui vive qui oserait mettre la main sur vous. — Le juif
répliqua : O bon duc ! vous ne pouvez l'empêcher, car
cela est ordonné là haut (3). Or , il y avait à Bruxelles
un grand nombre de juifs ; et le duc , tant à cause de
l'amitié qu'il avait pour celui-ci , que pour le profit qu'il
tirait de celte nation , avait résolu de les défendre et
d'cmpccher qu'ils ne fussent détruits. Néanmoins les ha-
bitants de Bruxelles ayant ouï parler de ces bruits de poison.
(i) Le massacre des juifs fut en efTct presque général, excepté à
Avignon, où le pape les protégea, dit Mcycr.
(2) In villa quye dicilur liruxclla.
(3) 0 bouc dujc ! lu non pôles contra iic , quia dciupcr est ordinatura.
( 371 )
■vinrent Irouver le fils aîné du duc, et lui demandèrent
que tous les juifs fussent mis à mort. Ils s'adressaient à
lui , parce qu'ils savaient que son père était résolu de les
protéger. Le jeune prince, dans l'intérêt de la foi catho-
lique, les encouragea dans leur projet, et leur enjoignit,
nonobstant les ordres du duc, de tuer tous les juifs , disant
qu'il se chargeait d'obtenir leur grâce auprès de son père.
Alors la commune, et les habitants de Bruxelles, se mirent
à la recherche des juifs , et tuèrent tous ceux qui tom-
bèrent entre leurs mains. L'on dit qu'il en périt plus de 500.
Le riche juif dont nous avons parlé fut pris vivant : il
reconnut qu'il s'était fait baptiser méchamment et par
fraude ; qu'il a^ ait trempé , comme les autres , dans le
complot de l'empoisonnement des eaux , parce que sur la
foi de son étoile il comptait que la nation juive l'empor-
terait. 11 reconnut aussi qu'il avait fait semblant , par trois
fois , de recevoir le corps de N.-S. Jésus-Christ a l'autel ;
qu'il avait envoyé les trois hosties consacrées à des juifs
qui demeuraient à Cologne ; et que ces juifs ayant percé
ces hosties, il en était sorti du sang. Enfin il s'avoua
coupable de beaucoup d'autres choses horribles , que des
militaires et diflereutes personnes qui assistaient à son in-
terrogatoire , rapportèrent. Pour moi , je raconte ceci par
ouï-dire, car je n'y fus pas présent. Ce juif fut jugé et
brûlé (1). Dans le même moment on fit justice de tous
les juifs, dans plusieurs villes du duché de Brabant, et
dans d'autres comtés et duchés.
» Je ne dois point omettre ici ce qui se passa dans la
cité de Cologne. Dans cette cité, il y avait une grande
quantité de juifs auxquels on avait assigné un quartier
distinct, où ils demeuraient ensemble séparés des chrétiens.
(i) Fuit judicatus et coiubustus.
( 372 )
Il arriva qiic beaucoup de juifs, qui se sauvaient des lieux
où on les mettait à mort , vinrent se réfugier à Cologne
et y résidèrent avec les autres : et ainsi il se trouva en
cette ville une grande multitude de juifs. Voyant cela ,
les citoyens et les habitants de Cologne tinrent conseil
entre eux , et résolurent de les détruire comme on avait fait
ailleurs. De leur côté , les juifs se fortifièrent et s'armèrent,
avec des armes que leurs débiteurs chrétiens leur avaient
ci-devant remises en gage. Us résistèrent d'abord vail-
lamment dans leur quartier : de sorte qu'on ne savait
comment les y forcer. Les chrétiens n'osaient mettre le feu
aux maisons des juifs, de crainte que la ville entière ne
bruldt.
» Alors , les bouchers, et plusieurs citoyens de Cologne,
s'avisèrent de faire passer du côté des juifs des gens qui'
feignirent d'abandonner le parti des assaillants pour se join-
dre aux assiégés. Et la première fois que les juifs firent
irruption dans la ville , les chrétiens , qui en étaient pré-
venus , tinrent ferme. Il y eut là un grand combat ; mais
enfin par la grâce de Dieu les juifs furent domptés (1).
On disait communément qu'on en avait massacré plus de
25,000. Beaucoup de chrétiens y périrent aussi. Le quar-
tier qu'habitaient ces Israélites fut dévasté , et leurs maisons
brûlées de fond en comble. En voilà bien assez sur la des-
truction des juifs et sur la manière dont elle s'opéra. Depuis
la fête de la Toussaint de 1349, il ne fut plus question
d'eux. Si ceux dont je tiens ce que je viens de rapporter
ont été véridiques, mon récit n'est point menteur. Si la
postérité y trouve des inexactitudes , elle ne doit point me
l'imputer; car, je répète ce que l'on m'a dit, et non ce
cjue j'ai vu de mes propres yeux. »
(i) Et fuit ibi iiigeiis utlliiin ; scd per Uci voluntateiu Judei liurmit
sujiciali.
( 373 )
En tête de ce récit , l'on voit une peinture représentant
au naturel le supplice des juifs. La scène a lieu sur l'une
des places de la ville de Bruxelles. Vers la gauclie , on
aperçoit un bâtiment gothique flanqué de tourelles, comme
une forteresse. Le luiclier est creusé dans une fosse pro-
fonde. L'on y a précipité une quantité de juifs , dont les
physionomies expriment , à travers les flammes , les an-
goisses de la douleur. A droite et à gauche du bûcher,
on remarque des groupes de peuple qui applaudissent à
ce spectacle et semblent insulter à ces malheureux. D'un
côté , le bourreau , on l'un de ses agents , lance dans le
feu, avec colère, le fagot dont il est chargé : d'un autre
côté , un personnage , qui paraît être un magistrat , y en-
fonce un morceau de bois , pour l'attiser de sa propre main.
Les artistes consulteront sans doute avec intérêt les fi-
gures de Li Muisis , comme monument de la peinture et
des costumes à cette époque. 11 paraît que le manuscrit
contenait originairement sept miniatures, car le feuillet
de garde, porte ces mots écrits d'une main moderne : ciim 7
pulcherrimis piciuris. Quelque téméraire en aurait donc
retranché deux?
« Ceux qui vivaient en l'année 1349 ( poursuit Li 3Iuisis ),
virent et ouïrent des choses tellement surprenantes, qu'il
m'a paru nécessaire d'en donner une idée à ceux qui vien-
dront après nous... Tout le peuple, c'est-à-dire, les hom-
mes et les femmes , les ecclésiastiques et les laïcs , étaient
tombés dans un dérèglement de mœurs si grand , que
c'était horrible à voir , surtout pour ceux qui avaient connu
les temps passés... Que dirai-je d'abord des habits et des
parures ? Les hommes portaient des vêlements si étroits ,
qu'ils accusaient les formes de leurs cuisses : ce qui était
chose très-déshounêle (1). Cependant les fenmies semblaient
(i) Dans les pointurus du livre de I.i Miiisis, tous les liomnies p.i
( 374 )
prendre plaisir à les regardcF ainsi. Que dirai-je des fem-
mes elles-mêmes ? Elles imitaient l'exemple des hommes
dans leurs modes et leurs vêtements. Elles portaient des
justaucorps si serrés qu'elles ne semblaient presque point
habillées. Elles ornaient leurs têtes de cheveux empruntés
dont elles se faisaient de grandes cornes comme des bêtes (1).
Elles se promenaient par les rues et les places publiques,
et se présentaient aux églises , parées comme pour des noces.
Aux sermons , aux funérailles , aux offices des morts , elles
ne songeaient qu'à provoquer les hommes par leurs gestes,
leurs rires et leurs œillades. Quant aux chansons amou-
reuses , aux danses nouvelles au son des instruments , et
à toutes les autres inventions du vice , il y aurait trop à
dire. Et ce qu'il y a de plus afiligeant , c'est que les ecclé-
siastiques eux-mêmes n'étaient pas totalement à l'abri de
la contagion : pour le malheur de l'église, il semblait que
le temps fût venu où l'on pouvait leur appliquer ce com-
mum proverbe : Tel peuple , tel prêtre (2) ! »
raissent revêtus d'une espèce de jaquette qui descend jusqu'aux genoux,
et quelquefois jusqu'aux talons : vous n'y rencontrez rien qui ressemble
à ces hauts-de-chausses colants qui excitaient si fort la colère de Li
Muisis , et qui cependant nous sont demeurés. Au reste , Li Muisis
n'était pas le seul qui se plaignit de l'instabilité et de l'indécence des
modes. Yoici ce qu'on lit dans un autre écrivain contemporain : « lu
M temporibus istis inceperunt homines , et specialiter nobiles, ut puta
» nobiles scutiferi, et eorum sequaccs, sicut alii burgenses , et quas
» omnes servientes , se ipsos , in robis et habitu deformare ; nam ges-
)> tare cœperunt robas curtas, et ita brèves quod quasi eorum nates
)) et pudenda confusiblliter apparebant ;... barbas longas omnes viri ut
)i in pluribus nutrire cœperunt :... qui quidcm modus dcrislonem in
» coramuni plèbe non modicum generavit. » Continuateur de Kangis >
spicilége de D'Acliery, i. 3.
(i) Ornabant capita sua capillis alienis , cornibus magnis, sicut bestiss.
(•i) L't populus, sic sacerdos.
r 37
V
o
Suit l'histoire des fustigeants.
» Le jour de l'ascension de la S.*^ Vierge Marie , il ar-
riva de la \ille de Bruges , environ 200 pèlerins , vers
l'heure de midi. lisse rassemblèrent sur la place du marché;
et une grande rumeur se répandit aussitôt par toute la
ville, dont les habitants accouraient pour voir cet étrange
spectacle. Ces pèlerins se mirent d'abord en devoir d'ac-
complir leur pénitence , et à se flageller rudement. Ceux
de Tournay , tant hommes que femmes , qui n'avaient ja-
mais vu chose semblable , eurent grande pitié de ces pauvres
gens qui s'infligeaient à eux-mêmes un châtiment si cruel,
et ils appelaient la miséricorde de Dieu sur eux. Ces pé-
nitents brugeois demeurèrent dans la ville pendant toute
la journée et la nuit suivante. Le lendemain , c'était un
dimanche, ils vinrent au couvent de St.-3Iartin; là, ils
commencèrent leurs flagellations : après le dîner, ils la
réitérèrent sur la place du marché. Et la commune s'in-
téressait de plus en plus à eux. Toutefois les opinions
étaient loin d'être unanimes à leur égard , car il y avait
des gens de bon jugement qui ne les approuvaient pas;
mais le plus grand nombre prenait parti pour eux.
» Le mardi suivant une procession , où se trouvaient
réunis le doven , le cliapitre , une grande aflluence de re-
ligieux, et tout le peuple, se rendit à notre couvent de
St. Martin. Là, le frère Gérard de Muro^ de l'ordre des
mineurs , prêcha la parole de Dieu , au sujet de la grande
mortalité qui menaçait tout le monde. Il reprit énergi-
quement les vices , et les habits immodestes des hommes
et des femmes. Mais à la fin de son sermon, il omit de
prier pour les flagellants. Le peuple en fut indigné, et
pendant toute la semaine il murmura violemment contre
ce prédicateur.
« Après ceux-ci vinrent à Tournay environ 400 pénitents
( 37(5 )
gantois, puis environ 300 de la ville de Cluse (1) sur mer,
et 400 du pays de Durderecbt (2) qui accomplirent leur
pénitence , tantôt sur la place du marché , tantôt au mo-
nastère de St. Martin. Le samedi suivant, il arriva de Liège
une troupe d'environ 180 pénitents, ayant avec eux un
membre de l'ordre des frères prêcheurs , qui obtint aussi la
permission de se faire entendre à St. -Martin de Tournay.
Celui-ci vanta beaucoup les pénitences publiques ; il appela
les flagellants des soldats rouges (3), à cause qu'ils faisaient
couler leur sang en abondance. Il compara le mérite de ce
sang à celui de J. -C. , et avança bien d'autres propositions
qui parurent téméraires et causèrent un grand scandale
parmi le clergé.
» On ne saurait croire à quel point pendant tout ce
temps-là les gens du monde redevinrent pieux. Par un effet
de la grâce divine, les hommes abandonnèrent leurs vête-
ments immoelestes ; les femmes changèrent leurs coiffures,
déposèrent leurs cornes et leurs haucettes (4). On n'enten-
dait plus blasphémer. Les hommes cessèrent de jurer par les
saints noms de J.-C, de sa passion, de la Vierge Marie
et de tous les saints. On n'entendait plus parler de jeux de
dés , eî d'autres semblables , dans les lieux mêmes où jadis
on ne voyait que cela. Plus de danses, plus de chansons
déshonnêtes : tout le train ordinaire de la vie était changé.
On ne remarquait plus de ces désordres publics si communs
(i) DelTcIuse.
(2) Dordrecht.
(3) Rubcos milites.
(4) Et plurlme muliercs habitum capitls mutaveruiit, cornua sua et
haucettas déponcndo.
Je n'ai pu découvrir ce que iij^iiiCie le mot haucelta. Peut-ûlre faut- il
Wrc housellas , qui pourrait se traduire eu vieux Iraii^Mis par housettes
ou hoUïcaux.
I
( 377 )
entre les deux sexes. Que le Dieu d'Israël les maintienne
dans ces saintes dispositions , et leur fasse la grâce d'y per-
sévérer ! Ce qui est très remarquable encore , c'est que tous
ces gens qui faisaient des pénitences publiques , et beau-
coup d'autres, à leur exemple, se désistaient de leurs que-
relles , et des guerres dans lesquelles ils étaient engagés
et se réconciliaient avec leurs ennemis. Cela s'est tu à
Tournay et en divers autres lieux (1).
» Voici le costume de ces Fustigeants (2). Par dessus
leurs habits ordinaires, ils portaient une espèce de mantelet,
vulgairement nommé cloche. Sur le devant de cette cloche,
était une croix rouge , et une autre par derrière. Leurs
cloches étaient ouvertes d'un côté ; et là étaient attachés
des fouets semblables à ceux que nous appelons vulgaire-
ment scorgie (3). Ces fouets étaient garnis de trois nœuds,
et chaque nœud armé de petite pointes de fer acérées. Sur
leur tête ils avaient un capuchon par dessus une manière
de chapeau , avec une croix rouge par devant , et une par
derrière. Ils tenaient en mains des bâtons de pénitents.
Quand ils entraient dans une ville ils se faisaient précéder
de la crois et de la bannière , et portaient des cierges de
cire torse; tantôt beaucoup de cierges, tantôt peu, selon
leurs moyens. Ils marchaient d'un pas cadencé , et chan-
taient des cantiques, chacun selon leur idiome , les Flamands
en flamand , les Brabançons en teutonique, et les Français
en français (4). Leurs pieds étaient nus , et une grande
(i) Multum cnim est commendandiim quod peiiitentiam faclentes, et
ad exemplum corum quamplurimi condoiiabaiit. Et iiidulgebaiit guerras
motns iiiter partes. Et hoc fuit in Toruaco et iu diversis locis.
(2) P. 4o.
(3) Habitua eorum erat quod super vestimenta sua consueta liabebaiit
colobium , q\iod vulgnritcr clocha uuiicupanuis , etc.
(4) Et caiilando secuudum suum idioma, Flamiugi, inflamingo; illi
de Brabautia iu theutonico , et Galli , iu gallico.
( 378 )
partie de leur corps également nue ; ils étaient garnis d'un
léger Tetemcnt de toile, ou tablier, semblable à ceux que
portent les boulangers quand ils sont à l'ouvrage , rond en
haut et en Las et touchant prescpi'à terre, qu'ils nouaient
Ters le milieu du ventre et qui couvraient leurs cuisses (1).
» Vers la première semaine de la quadragésime , on
publia un ordre du gouverneur de la cité , portant que
l'on eût à s'abstenir désormais de toute pénitence publique
non ordonnée par l'autorité compétente , sous peine de
bannissement. La même défense fut faite de la part du
Roi , avec menace de confiscation de corps et de biens (2).
De l'épidémie qui étendit ses ravages sur toute la France et
jusqu'à Tournay.
» Après la fête de St. -Jean, la mortalité commença
dans la rue de Merdenchon , paroisse de St.-Piat; et en-
suite elle gagna les autres paroisses. On présentait chaque
jour aux églises cinq^ dix, ou quinze corps. A St.-Brice,
on en présentait vingt ou trente. Et dans toutes les églises,
les curés , les clercs et les fossoyeurs , pour augmenter leurs
bénéfices, faisaient sonneries cloches nuit et jour, matin
et soir. Au milieu de ces alarmes^ tout le monde trem-
blait pour soi, et personne ne songeait à remédier au mal.
)> Les gouverneurs de la cité voyant que ni le doyen ,
(i) Les figures coloriées qui se U-ouvent en tête du 3o.« feuillet,
représentent exactement les fustigeants tels qu'ils sont décrits dans le texte.
(2) En France , l'autorité prit ombrage de ces rassemblements , et les
dissipa par la force. « Parisiis autem non venerunt , neque ad partes
»gallicanas, prohibiti per dominum regem Francis », dit le Continuateur
de Nangis. On trouve dans d'Oudegherst, chap. CLXXV, et dans Meyer
(Ann. flaîid. lib. XIII) , quelques détails curieux sur les Flagellants.
On voit que le pouvoir spirituel s'entendit avec les gouvernements pour
annéantir une secte qui ne tarda point à devenir aussi dangereuse pour
les mœurs , et pour la religion , que pour la paix publique.
(379 )
ni le chapitre , ni le clergé n'avisaient aux moyens d'arrêter
I épidémie , parce que cette grande mortalité leur rap-
portait beaucoup , après avoir tenu conseil entre eux , firent
publier l'ordonnance suivante (1).
Il est enjoint à tous ceux qui entretiennent des concu-
bines de les épouser, ou de les renvoyer immédiatement;
aux connétables , chacun dans leurs ressorts, d'en prévenir
ceux que cela concerne , de les forcer à s'unir en légitime
mariage , ou à se séparer , sous peine d'être bannis par
décret du conseil et des jurés. Que si quelqu'un meurt,
soit de jour , soit de nuit , il soit enterré à l'instant , sans
aucun appareil ; qu'il y ait des fosses toujours ouvertes ,
profondes de six pieds , et sans élévation au-dessus du sol.
Défense de se rassembler dans les maisons mortuaires au
sortir des églises, et d'établir des sièges ou des bans dans
les rues , pour y stationner. Défense de se vêtir de deuil ,
à moins que ce ne soit pour la mort d'un père, d'un frère,
d'un enfant ou d'un époux. Défense de dépenser, en un
seul repas, plus de dix écus. Défense de travailler le samedi
après neuf heures du soir, et de vendre ou d'acheter le
dimanche autre chose que des victuailles. Défense de fa-
briquer et de vendre des dés ; de jouer à aucun jeu où l'on
fait rouler des dés ; de prendre en vain le nom de Dieu
et de ses saints. »
« La maladie ayant redoublé, vers la St.->Iathieu, il fut
totalement défendu de se vêtir de noir , ni de sonner les
cloches, ni de se réunir pour assister aux obsèques, selon
l'usage admis dans les temps ordinaires.
» J'ai ouï dire à plusieurs personnes dignes de foi , que
cette ordonnance fut cause que beaucoup d'hommes et de
(i) Gubernatores civitatis vidciitcs quod dccanus et c;ipitulus etclerus
totus de remedio apponeudo non curabant, quia siià intcrerat, et in facto
lucrabaiitur, hablto consilio, feccrunt ordinatioiics , etc.
( 380 )
femmes , qui vivaient en concu])inage, s'unirent en mariage
légitime, et qu'on n'entendait plus comme autre fois parler
de blasphèmes, de jurements , ni d'autres choses mauvaises;
que ceux qui s'occupaient jadis à faire des dés , changeant
tout-à-coup de mal en bien , avec la même matière dont ils
fabriquaient ci-devant de petits objets carrés , en faisaient
de ronds qui servaient à dire pater noster (1),
» La mortalité fut si grande à Tournay que des gens
bien informées prétendirent que plus de 25 raille personnes
y périrent. Les plus riches et les plus notables habitants ,
surtout ceux qui buvaient du vin , se préservaient du mau-
vais air, et s'abstenaient de fréquenter les malades, échap-
paient pour la plupart. Mais si l'on approchait des personnes
infectées, l'on mourait ou l'on devenait bientôt malade.
La contagion atteignit les petites ruelles étroites, avant
d'envahir les quartiers vastes et bien aérés. Quand une
personne succombait dans une maison , les autres la sui-
vaient de près. Dans une seule famille , l'épidémie empor-
tait jusqu'à dix individus, et quelquefois davantage. On
remarqua que les chiens, les rats, et les souris périssaient
aussi. Au demeurant, personne, ni parmi les riches ni
parmi les pauvres, n'était en sûreté. Il mourut surtout un
grand nombre de curés et d'ecclésiastiques qui entendaient
les confessions des mourants et leur administraient les sa-
crements (2).
» Au monastère de St.-Pierre, en Hainaut , il y avait
une châsse contenant des reliques de St.-Sébastien. Le bruit
s'en étant répandu lorsque l'épidémie commençait à étendre
ses ravages , une grande multitude de peuple s'y porta, et
(i) De materia de qua taxlUos quadrates faclebant , facere inceperunt
rcs rotundas, de quihus pater noster facicbant.
(2) On voit qu'ici Li Muisis rend plus de justice à ces mûmes hommes
contre lesquels il avait lancé tout à l'heure un trait peut-être peu mérité.
(381)
aussi beaucoup de nobles , de chevaliers et de hautes dames
d'ecclésiastiques, de chanoines, et de religieux de toute
espèce. Leur dévotion était grande et admirable à voir j
mais à mesure que le mal se calmait , les pèlerinages et les
dévotions se ralentirent également (1). »
Li Muisis raconte vers la fin de son livre (2), qu'ayant
perdu presque entièrement la vue, il ne pouvait plus dire la
messe ; que pour se procurer quelques distractions, il passait
son temps à dicter , de sou\enir , soit en latin, soit en fran-
çais. C'était ainsi qu'il évitait l'oisiveté, et prenait ses maux
en patience ; et on s'étonnait de le voir si résigné et si
gai (3). Dieu toutefois lui réservait dans ce monde une
dernière consolation. Certain oculiste , venant d'Allemasne,
lui fit une opération avec un instrument délicat, semblable
à une aiguille , qui ne lui causa qu'une légère douleur , et
lui rendit la vue , non pas complètement, non pas de ma-
nière à pouvoir lire et écrire , parce qu'il était octogénaire,
mais assez claire pour pouvoir jouir encore de la lumière
du soleil (4). On voit à la 100.^ page du manuscrit , une
peinture où le docteur et le patient sont représentés au
mdment de l'opération. Le recueil se termine à l'année 1352,
(i) Quod viverefuit devotissimum etrairablle. Sed cessante allquanfu-
lum mortalitate ( post festum omnium sanctorum) , cessavit peregriiiatio
et devotlo.
(3) Page 100.
(3) Ad vitandam otiositatem, et ne essem impatiens, multa in la-
tino et gallico fcci registrare, ...unde multi super patientià meà mira-
bantnr ; et toto terapore illo hilaris eram et semper gaudcns.
(4) Le passage suiuant peut intéresser les oculistes et les chi-
rurgiens. Quidam magister de Alamania venit in Tornacum , qui cum
parvo dolore , et citotransacto , cum quodam instrumcuto, ad modum
acùs, discoperiens lumen oculorum , visum rccuperavi , et yidi : non
sicut in xtate juvenili , sed sicut xtas mca recjuirebat , quia jam eram
octogenarius. Et videbam celum , lunam , stellas : non perfecle agnoscens
gentes, etc.
20
( 382 )
dont Li Muisis ne dit presque rien. Vient enfin une espèce
de chronique biographique , en vers , alternativement latins
et français , des dix-sept abbés de St.-jlartin de Touruay.
Voici quelques-uns des vers français sur Li Muisis lui-même,
qui est le dernier de la liste.
Gilles Li Muisis fut nommés;
Grand paour ot quand fut sommés,
S'il voirait le faix entreprendre :
Consei'.tir convenait ou rendre...
Or fut maistre disseptimes...
Pape Jehans vin te deusimes
Cassa pour voir l'élection...
.... Puis le pronuncha
Abbet (i)
Trèstoutes ses prospérités ,
Et toutes ses adversités
En son livre seront trouvées ,
Car il les a bien registrées...
Pour terminer , il faut conclure de ce qui vient d'être dit,
et mieux encore des fragments que nous venons de faire
connaître , qu'un ouvrage écrit avec tant d'exactitude et de
probité, par un contemporain, et par un témoin irrécusable ,
mérite l'attention des hommes de lettres et des érudits ; et
qu'on ne peut qu'applaudir à l'entreprise du savant profes-
seur (2) qui se propose de nous faire bientôt connaître ,
en entier, les différentes chroniques de Li Muisis.
E.-C. De Gerlache.
(i) Thlerri du Parc, i6."= abhé de St-Martin, étant mort le 18 avril
i33i , Gilles Li MuLsis fut élu unanimement pour lui succéder. Le
pape déclara d'abord son élection nulle , mais il la confirma proprio
ntolu , en i332... Li Muisis réussit à rétablir son monastère, fort dé-
chu, tant pour le spirituel que pour le temporel; et après l'avoir gou-
verné , d'une manière fort louable , pendant l'espace de 22 ans , il y mou-
rut en i352. Paquot , Mémoires litlér. des P.-B.
(u) M. \Yarnkœnig.
( 383 )
Parmi les monuments anciens de la Belgique, remarquables
soit par les beautés de l'art , soit parles souvenirs historiques
qu'ils rappellent , l'ancienne abbaye de Lobbes , dans la
])rovince du Hainaut , occupe sans contredit un rang très-
distingué. Ce célèbre monastère, réputé au XII. "^^ siècle,
le plus riche et le plus considérable de tous les monastères
des diocèses de Liège et de Cambrai (1), doit nous intéresser
sous plusieurs rapports , par les éminenls services qu'il
rendit aux lettres et à l'instruction, dans les siècles de bar-
barie , par les hommes célèbres qui sortirent de ses écoles
ou y enseignèrent avec éclat ; enfin par la magnificence
de ses édifices qui rendait cette abbaye un des monuments
les plus magnifiques de la Belgique.
Au village de Vaux, à une lieue de la ville actuelle de
Bapaume, vivait au commencement du VII.™° siècle un
Seigneur Franc, d'une famille illustre , nommé Landelin.
(i) Lohiense monasterium à heato Ursmaro jundatum insignius
habehatur omnium monasteriontm leodiensis et cameracensis diocœ-
sium sicque pontificalibus insignitum inslgniis , ut lobiensis ahbas
in leodiensi ecclesia vices episcopi agere sûlilus esset. ( Iperii Chron.
S. Berlini. c. î^2.]
( 384 )
Il lui naquit, en 623 , un fils qui, à lage de dix ans , reçut
le baptême des mains de S.* Aubert , évoque de Cambrai ;
car alors on n'avait pas encore renoncé à la coutume des
premiers chrétiens , d'administrer le baptême aux enfants
adultes. A cette époque il y avait ordinairement , prés de
chaque église cathédrale , une école épiscopale où l'eu
enseignait la théologie et les arts libéraux , qui consistaient
dans la grammaire , la dialectique , la rhétorique , la géomé-
trie , l'astrologie , l'arithmétique , le chant et la poétique.
Ces écoles étaient dirigées par les évêques eux-mêmes ou
par un de leurs délégués , ordinairement un chanoine ,
portant le titre d'écolàtre. L'école épiscopale de Cambrai
l'était par S.* Aubert, Ce digne prélat chargé de l'éducation
du jeune Landelin , son filleul , en prit un soin tout par-
ticuHer. Les progrès qu'il faisait dans les études et sa conduite
exemplaire , firent juger au saint évêque que l'église ac-
querrait dans son élève un digne ministre des autels ; mais
les amis et les parents de Landelin le détournèrent de la
résolution que son précepteur voulait lui inspirer. " Issu
d'une famille illustre , et doué par la nature de tous les
avantages du corps et de l'esprit , comment pourriez-vous ,
disaient-ils au jeune homme , renoncer au siècle et aux
plaisirs du monde, pour aller végéter au fond d'un cloître. ,,
Séduit par les discours et les remontrances de ses proches ,
Landelin abandonne secrètement la demeure de l'évêque ,
et cédant aux séductions et à la fougue des passions ,
il se livra à tous les désordres d'une vie licentieuse , et
devint bientôt criminel jusqu'à commettre des meurtres et
s'associer à une troupe de brigands , qui exercèrent d'af-
freux ravages dans la contrée nommée alors la Forêt Char-
bonnière ÇSilca Carhouaria), et aujourd'lmi la province
du Hainaut ; il devint ainsi le fléau et la terreur d'un pays
où il devait être dans la suite vénéré comme un saint et
un bienfaiteur.
( 385 )
Cependant le ciel ne permit point que Landeliii , qui,
pour ne pas être reconnu , avait changé son nom en celui
de Maurosus, persévérât dans une conduite aussi infâme.
Le bon naturel du jeune homme, le sentiment de la religion
qui restait toujours au fond de son cœur , et la profonde
impression qu'avaient laissée, dans son esprit, les instructions
de S.' Aubert , finirent par triompher des conseils et de
la séduction des pervers, et à dessiller les yeux deLandelin.
La mort subite d'un de ses complices le toucha vivement
et décida sa conversion. Il alla se jeter aux pieds de
S.* Aubert , implora son pardon et se retira dans un mo-
nastère où, sous l'habit séculier, il se soumit à une rude
pénitence. Lorsque S.* Aubert fut convaincu que le repentir
de Landelin était sincère , il lui donna la tonsnre. Landelin
alla ensuite visiter le tombeau des apôtres à Rome , et à
son retour il fut ordonné diacre; preuve que déjà alors
l'église avait renoncé à cette discipline sévère, qui défendait
d'admettre dans les ordres , tout homme qui avait commis
des crimes énormes depuis son baptême. Après un second
voyage à Rome , LandeUn reçut la prêtrise , à l'âge de trente
ans. 11 travailla alors avec un zèle ardent à répandre et à
raffermir la foi dans le Hainaut , où la plupart des habitants
étaient encore imbus des superstitions du paganisme. Après
plusieurs années de travaux apostoliques et un troisième
pèlerinage au tombeau des apôtres , Landelin désira finir ses
jours dans la solitude et la prière, ne croyant pas pouvoir assez
expier les erreurs de sa jeunesse. Il obtint d'un seigneur puis-
sant, nommé Ilidulfc, un vallon désert et couvert de bois sur
les bords de la Sambre (1) où il jeta, l'an 652, les fon-
(i) Erat auteni locus , dit Folcuin , parandis insidiis et lalroci-
nantibus apttis; nain slctit diclum est , anectus est sylvis et exasperalus
scopuUs; unde et perpétrai» scelere non inueniebatur hostis (Folcuiiu
gesta abbalium lobleiis. A^jud Udchcry , fpic/Ve'g^/uffi , tom. II.) Dans
( 386 )
déments de la célèbre abbaye de Lobbes (1). Le roi ClovisII
se déclara le protecteur du monastère et lui concéda
quantité de terres , de fermes et de serfs ; de sorte que
du vivant de S.* Landelin c'était déjà une des abbayes les
plus considérables de la Belgique. S.* Landelin n'y finit
point cependant ses jours. Après avoir gouverné pendant
trente ans l'abbaye de Lobbes, il fit élire, pour second
abbé, Ursmer qu'il avait élevé à la prêtrise (2), et se relira
avec deux de ses disciples, Adelendus et Domitien dans un
endroit désert, aune lieue de la petite ville actuelle deCondé.
II y fonda, en 681 , l'abbaye de Crepin où il mourut en
686 , en 691 ou en 703 , car la date certaine de sa mort
est inconnue. Outre l'abbaye de Lobbes et celle de Crepin,
S.* Landelin fonda encore celle d'Aine, à cinq quarts de
lieue de Lobbes, et celle de Walers , dans la Thiérarche,
supprimée long-temps avant la révolution française.
Nous laissons ici les légendes et la chronique de l'abbaye
de Lobbes , pour ne plus nous occuper que de son histoire
monumentale , unique but de cet article. D'ailleurs les
annales de ce monastère , comme toutes les histoires de
ce genre , n'offrent , à l'exception de la relation du siège
de l'abbaye par les Hongrois, en 954, et de la visite dont le
pape Linoncent II honora l'abbaye de Lobbes, en 1131 ,
lorsqu'il fut obligé de quitter l'Italie , à cause du schisme
de Pierre Léon , ilit Anaclet II ; n'offrent , disons-nous ,
aucun fait remarquable ; car la relation fort détaillée de
un autre passage de la chronique de Lobbes, Folcuin fait un tableau
plus flatteur de l'emplacement de Tabbaye de Lobbes , ti-acé sans doute ,
d'après l'état de ce lieu , au temps où vivait cet auteur , vers la Gn du
X.""* siècle , et tel qu'il se présente encore de nos jours.
(i) La petite chronique de Lobbes publiée par Martene et Durand,
fixe à l'an 637 ^"^ fondation de cette abbaye; c'est là une grave erreur.
(2) Ce furent Pépin dTIerstid et Hidulle qui engagèrent S.' Ursmer
à accepter la dignité d'abbé de Lobbes.
(387 )
toutes les (lissen lions et querelles monacales qui en occu-
pent la majeure partie, ne nous importent guère aujourd'hui.
S.*Ursmer, successeur de S.* Landelin, acheva et fit, le
16 août de l'an 697, la dédicace de la première église
abbatiale , commencée par S.* Landelin , en l'honneur des
SS. Pierre et Paul et de tous les apôtres (1). L'abbaye de
Lobbes ayant acquis , dans les deux siècles suivants , d'im-
menses richesses (2), l'église élevée par S.^ Landelin et
S.' Ursmer , parut peu digne d'un monastère qui, dès lors,
était compté au nombre des plus considérables de l'Europe.
Elle fut démolie et rebâtie avec plus de magnificence sous
l'abbé Francon, en 837 , et achevée au commencement du
X.™^ siècle, sous l'abbé Etienne, dixième évèque de Liège (3).
Folcuin vante la beauté de cet édifice et la régularité de
son architecture. C'était selon lui, la plus belle de toutes
les églises de la contrée (4). Les Hongrois que Conrad, diic
(i) Folcuinus, de gestis dbhatum lobiensium c. 4- apud Dacliery,
spicilegium , tom. II.
(2) Elle possédait en 888 jusqu'à id3 villages qui donnèrent naissance
à la puissance temporelle de rabba3'e de Lobbes , unie depuis l'an
890 à révêchc de Liège.
(3) L'abbaj^e de Lobbes fut du petit nombre des établissements religieux
de la Belgique qui échappèrent aux ravages des Normands. Les moines
avaient mis leurs reliques en sûreté dans le château de Thuin.
(4) Ecclesiam priorem , si meminît lector prudens , sub Pippino
principe à sanclo Ursmaro factam jam suprà diximus diemqiie dedi-
cationis ejus V kalendis septembris (plus haut il dit le XVII des
calendes de septembre) annotavimus : quœ crescente copia rerum
per munificentiam regum seu cœlerorum Jidelium, quia loci nobilitati
parva et minus apta videbatur , destructa et funditus eversa est et isla
quœ nunc est elegantioris formœ et speciei œdijicata , quœ ad id opus
columnis undecumque currasis , cum-ùasibus et epistyliis , seu cœteris
latomorutn vel cœinentarioruni disciplinis pro inoduli sut quanlilate
omnibus circuni se positis est iiicomparahilis , quod quia oculata ,
ut aiunt , fuie probatur , hœc salis sit letigisse {Folcuinus de gestis
abbal lublens. c. 18. )
( 388 )
de Franconie et de Lorraine avait appelés contre Régnier,
comte de Hainaut , pillèrent en 954 l'abbaye de Lobbes.
Ils brûlèrent l'église de S.* Paul , mais ne purent se rendre
maître du trésor et des autres effets les plus précieux , que
l'abbé Erluin avait eu soin de mettre en sûreté, avant
l'arrivée de ces barbares (1). Le savant Folcuin , successeur
d'Erluin , qui était décédé en 965 , et auteur d'une histoire
de l'abbaye de Lobbes , mit tous ses soins à réparer les
dommages causés par les Hongrois et à rendre , à cette
abbaye, son ancien lustre et son ancienne splendeur. Il
construisit un nouveau réfectoire , précédé d'un vestibule
où un acqueduc souterain alimentait une fontaine, dont
l'eau jaillissait par quatre conduits ; il répara l'église de
S. ^ Paul, brûlée par les Hongrois , et y joignit une infirmerie;
il agrandit et embellit les cloîtres , et enrichit l'église d'orne-
ments d'un grand prix , parmi lesquels on comptait une table
d'argent pour le grand autel , une seconde table d'argent
pour l'autel de la S.''' Croix , avec une image du Sauveur, que
Folcuin lui-même tenait pour un ouvrage incomparahle ;
enfin un pupitre en bronxe , pour la lecture de l'évangile ,
ayant la forme d'un aigle , et d'un travail précieux pour
cette époque (2). Le célèbre historien des évéques de Liège,
(i) Folcuinus, G. 26.
(2) Ecclesia quia satis per se elegans erat, ut in ornamentis ele-
gantior redderelur operam dédit ^ qiiam de pulchrâfecitpulcherrimam;
cujus altaris tahulam,quia nulla erit,fecit argenteam, domum îpsam
altaris et laquear ipsiiis optime pinxit; pulpitiim quoqiie evangelli
iali modo fecit , ut essent quatuor emicedia altrinsecus è regione in
modum crucis posita , quœ ex œre duclilia , et ad libitum artificis
per loca scalprala et deaurata, postibus undiquè secùs deargentatis :
in septemtrionali parte fusilem habent aquilam optimè deauratam ,
quœ interdum ahis siringit, interduui alis extensis capacem evan-
geltorum codici locum pandit , colloque quasi prolibilu artijiciose ad
audienduin retorlo et iteruin reduclo , immissis prunis fragranliam
( 389 )
Hariger, qui succéda à Folcuin dans la dignité d'abbé de
Lobbes , prit aussi un soin particulier de tout ce qui
concernait l'embellissement de son monastère. Il commença
ou continua l'entière restauration de l'église , l'agrandit à
l'ouest d'une nouvelle chapelle dédiée à S.* Benoit , et
l'enrichit de nouveaux ornements (1), Deux autres abbés de
Lobbes, au XI. '"'^ siècle , montrèrent le même goût pour
les arts et le même zèle pour accroître la splendeur de
l'abbaye; ce furent Ingobrand qui avança beaucoup la
restauration de l'église abbatiale , et Adelard qui l'acheva
entièrement et qui bâtit le portique des cloîtres (2). Cepen-
dant s'il faut en croire la petite chronique de Lobbes ,
publiée par Martene et Durand , cette église était construite
de matières assez viles , et ne fut rebâtie en pierres et cou-
verte en tuiles qu'en 1 162 (3). Les continuateurs de Folcuin
ne font pas mention de cette particularité. Ils rapportent
seulement, que, dans ce siècle, l'abbé Fulcard fit construire
en pierres la voûte du sanctuaire qui , antérieurement, n'était
que de bois , et qu'il l'orna de peintures (4). On pourrait
croire cpie c'est ce travail que la petite chronique de Lobbes
superîmpositi thuris emitlit. In occidentali autem parle ejitsdem
amhunîs versus popuîum fecit altare in honorem sanctœ crucis , et
omnium sanctorum , cui et tahulam argenlcam anteposuit, et de super
vivificam illam. dornini imaginent , quam nostris adhuc terris incom-
parabilem ipse quemdam ut faceret magno pretio locaverat , erexit.
(Folcuinus , c. 29).
(i) Continuatio Folcuini de gestis ahhatum Lohiensium.
(2) Ihid/
(3) 1 162. Hoc anno ecclesia lobiensis quœ prius ligneis ac vilibus
tegulis operta fuerat lapideis et tegulis ornari cœpit. (Brève chroiiicon
lobiense, apud Martene et Durand, thcs. nov. anecdot. toni. III. p. i4o90
(4) Quo etiam tempore , idest suh Fulcardo ahhate , altaris dtmius
antiquitus laquearibus ligneis compacta , nouissimd verù templi
renovatione lapidea , crepidine cumulalû, Barnardi studio diligentcr
et decenler depicla est ( Coiiliii. Folcuiin. )
( 390 )
a voulu désigner, si Fulcard n'était pas mort en 1 107. Il y a
peut-être erreur de date dans cette chronique.
Sous l'abbé Leonius , au commencement du XII. "^^ siècle ,
l'abbaye de Lobbes cpii possédait naguère tant de richesses ,
qu'elle pouvait passer pour le monastère le plus opulent
de la Belgique , fut réduite , par la négligence et une
mauvaise administration , dans un état tellement déplorable ,
que les moines avaient à peine de quoi subsister. Mais
Lambert , successeur de Leonius , parvint par une sage
administration, à rendre à ce célèbre monastère toute sa
splendeur (1). II répara les bâtiments claustraux qui tom-
baient en ruines , et reconstruisit l'infirmerie et l'oratoire
de S.* Paul (2). L'abbé Francon continua l'ouvrage com-
mencé par son prédécesseur, il fit refaire toutes les construc-
tions, en bois, des cloîtres et du réfectoire , et fit embelHr
la salle de lecture des moines. Le silence des annalistes de
Lobbes semble prouver que pendant les XIII. "^"^ , XIV.™^et
XV. ""'^ siècles , il fut peu travaillé à l'embellissement des
bâtiments du monastère. Les continuateurs de Folcuin
rapportent seulement que l'abbé Robert, mort en 1217,
ajouta de nouvelles constructions à l'abbaye, sans spécifier
lesquelles. On lit encore dans la petite chronique de Lobbes,
que le pont en pierres qui existe sur la Sambre , près du
monastère, fut construit par ordre de l'abbé Jean, en 1239.
Ce pont existait dès le X.^^*^ siècle, mais en bois, il s'affaissa
alors sous la multitude de peuple qui se rendait à l'église un
jour de fête (3). Il tomba une seconde fois, et fut recons-
truit en 11 40 (4). Ce ne fut qu'après une troisième catastrophe
sembla! )lc , arrivée en 1236, qu'il fut rebâti en pierres tel
(i) Ipcril cliroi). S. Bcrllni , c. /|3.
(2) Conlin. Fulcuiiii.
(3) Folcu'nus , c. .'j'î.
(4) Contin. Folcuini in abbat. Joaimcm I.
(391 )
qu'il existe peut-être encore de nos jours. Ses arches sont
ogives, d'une construction ancienne et très solide (1).
L'an 1541 un terrible incendie détruisit de fond en
comble leglise et tous les bâtiments claustraux de l'abbaye
de Lobbes. La perte des objets d'art, d'un prix inestimable
}>ar leur ancienneté et la beauté du travail , dont cette opu-
lente abbaye avait été enrichie pendant une longue suite
de siècles , est sans doute à déplorer ; mais la perte que
firent les lettres dans cette catastrophe fut plus grande
encore ; car alors périt toute entière la bibliothèque de
Lobbes , une des plus anciennes et des plus riches en
manuscrits de l'Europe (2). Elle avait été commencée
vers l'an 9G6 par le célèbre Folcuin (3) et n'avait pas
cessé de s'accroître par les soins de ses successeurs (4),
(i) Le moulin de l'abbaye de Lobbes, bâti sur la Sambre pies de
ce pont, existait déjà probablement au IX.""* siècle (Folcuiiius, c. 12).
(2) Anno i54i. Miserahilis ecclesiœ et monasterii lohiensis con-
Jlagratio in quaperiit insignis illa hibliotheca numquam salis laudata
et multa insignia ipsius ecclesiœ (brève chron. lob.)
(3) Folcuinus , c. ag.
(4) Particulièrement l'abbé Lambert et Francon , son successeur.
Les continuateurs de Folcuin disent de Francon : Multiplicandis
in armario libris , maxime iis qui glossati sunt et modernorum ma-
gistrorum, opère conditi , iam ipse quam prœdecessor ejus , operam
dédit. Les bénédictins Martene et Durand , ne font pas un pareil éloge
de l'abbé de Lobbes qui gouvernait ce monastère au commencement du
siècle dernier , lorsque ces religieux visitèrent l'abbaj-e . ■" Pour la
bibliothèque, écrivent-ils , il nous fut impossible d'y entrer. L'abbé occupé
à recevoir la princesse de Nassau, nous renvoya à son prieur, qui nous
mena dans son jardin , où il nous fit voir beaucoup de puérilités.
Nous les vîmes par complaisance ; mais nous gémissions dans le fond
du cœur de voir de telles occupations à un homme qui tient aujuurd'Jmi la
place que tant de saints et de savants religieux ont autrefois si dignement
remplie, „ ( Voyage litter. de deux religieux bénédictins de la congrég.
de S.' Maur , tom. II. p. -211.)
( 392 )
la plupart hommes de mérite , et par ceux des savants reli-
gieux qui enseignèrent les belles lettres et les sciences ,
dans les écoles de Lobbes , comptées pendant le IX."^^ ,
IeX.°^°, le Xl.^" et le XII."^^ siècle, au nombre des plus
célèbres institutions scientifiques de l'Europe , et qui, alors,
n'étaient pas moins fréquentées que celles de la cathédrale
de Liège à lafpjclle , comme on l'a dit , se trouvait unie
l'abbaye de Lobbes depuis le IX.™® siècle (1).
(i) Parmi les hommes les plus savants qui fleurirent à Lobbes ,
pendant le X.™^, le XL"^^ et le XII. ""^ siècle, comme simples moines,
ahbés ou professeurs , on compte : l'abbé Anson , Francon abbé (le
Lubbes et évêque de Liège, philosophe , rhéteur , poète et habile dans
la musique ; Etienne , son successeur , comme abbé et évêque , versé
(1;>DS la musique et la litm-gie , et qui fit fleurir les écoles de Liège et
de Lobbes où il forma un grand nombre de disciples dignes de leur maître,
entre autres Ratliier , homme d'une profonde érudition , possédant les
langues anciennes, et auteur d'un grand nombre d'ouvrages. Il fut tour-
à-tour moine de Lobbes, évoque de Vérone et de Liège, professeur dans
les écoles de Lobbes, abbé de S.^ Amand, d'Aine et d'Hautemont. La
rudesse de ses mœurs , la violence de son caractère et ses sanglantes diatri-
bes contre les mœurs déréglées du clergé , le rendirent odieux et le firent
chasser de Liège et de Vérone. L'abbé Aletran joignait à l'éloquence un
grand fond d'érudition sacrée et profane. Son successeur Folcuin , auteur
lia la clironique de Lobbes , écrivait le latin avec plus de pureté que
Li plupart de ses contemporains. Ilariger, écolàtre et abbé de Lobbes, est
aateur d'une histoire estimée des évèques de Liège et de plusieurs autres
ouvrages en prose et en vers. Ingobrand, successeur d'Hariger , composa
plusieurs légendes et cantiques. Vers le même temps fleurit Adelbolde ,
chanoiiic de S.' Ursmer et depuis chancelier de l'empereur Henri et évêque
d'Utrecht. Son érudition était si universelle , qu'on le mettait de pair
avec les savants les plus célèbres de son temps. A la même époque vivaient
aussi Thierri , écolàtre des petites écoles de Lobbes, depuis écolàtre à
l'abbaye de Stavelo et à S.' Vanue où il enseigna avec éclat, enfin abbé
de S.' Iluljert en Ardenne, où il rétablit les études , et S.' Burchard ,
évêque de Worms, qui fut élevé et instruit dans les écoles de Lobbes.
L'abbé Hugues II , successeur d'Ingobrand ne le céda pas en science et
en ainour des lettres à ses prédécesseurs. Il fut un de ceux qui mirent le
( 393 )
A l'époque où l'abbaye de Lobbes fut brûlée , imc foule
(le monuments religieux étaient lombes cl tombaient encore,
tous les jours , sous la hache des fanatiques sectateurs de
Cahin , et , ce qui est remarquable , c'est qu'à cette époque
si fatale aux beaux arts et aux ordres monastiques , les
religieux de Lobbes osèrent concevoir et exécuter le projet
de relever leurs cloîtres et leur église, avec une magni-
ficence qui devait en faire un des monuments les plus
extraordinaires de la Belgique. Chez eux l'amour des arts
devait l'emporter sur la crainte des iconoclastes , qui déjà
commençaient à lever la tête et à parler haut en Belgique.
L'église , la partie la plus remarquable des nouveaux bâti-
ments , fut même commencée et achevée dans un temps
ou le calvinisme avait déjà triomphé dans cette contrée, dont
la plupart des abbayes n'offraient plus qu'un triste amas
plus de zèle à accroître la bibliothèque tlu monaslëre. L'abbé Léon fit
beaucoup pour maintenir la discipline monastique , mais il eut le tort de
vouloir supprimer les écoles destinées à l'instruction des séculiers , sous le
faux préteste que cette institution était nuisible à la religion : Tandem,
disent les continuateurs de Folcuin , eadem quoque non dicendâ religione
sed superstitione , etiam scholarum studium célèbre semper apud nos
habitum de cœtero interdixit , dum scilicet tantas ac taies sperat
convertere , ut erudiensis pueris ( quasi hoc religioni debeat esse
contrarium) non sit ulterius opus intendere. Lambert , successeur de
Léon , montra plus de goût pour les belles lettres. Il possédait le latin ,
le roman et le tudesque , et passait pour un des hommes les plus
éloquents. Pour n'être pas trop prolixe et parce que cet article n'a
proprement pour but que l'histoire monumentale de l'abbaye de Lobbes ,
nous nous contenterons de citer encore, parmi les savants qui fleurirent
dans ce monastère avant le XIIL™' siècle , l'abbé Francon , successeur
de Lambert , l'abbé Fulcard , Gérard , depuis cardinal et légat du pape ,
Vazon , chapellain de l'évéque Notger et de l'empereur Conrad, écolàtre ,
archidiacre et prévôt de Liège, et évoque de cette ville en io4i, enfin
Olbert , écolàtre à Worms et abbé de Gembloux en tioi. On a de lui
un recueil de canons et de cantiques et plusieurs légendes de saints.
(394 )
de cendres et de décombres. La construction d'un édifice
aussi dispendieux que le fut le nouveau monastère de
Lobbes , ne put être terminée qu'après un espace de temps
assez considérable. L'église ne fut commencée qu'en 1568.
Elle fut achevée huit ans après et consacrée parle suffragant
de l'archevêque de Malines , le 27 mai 1576 (1). L'abbé
Chappron eut l'honneur d'entreprendre et de terminer ce
grand ouvrage. Un poète français du XVI.™^ siècle s'exprime
de la manière suivante sur l'incendie et la reconstruction
de l'abbaye de Lobbes :
Mil quarante sis dessus cinq cent (2)
En juin avint feu fortuit ,
De telle furie tant véhément ,
Que tout le cloistre bru.-Ia subit.
Les cloches , les orgues , les sièges , les libres
Beaux et de grande antiquité ,
En dortoir, réfectoir, cuisines
Ce qui estoit fut animé ,
Chappron sur l'espace de vingt ans
Dressa ce beau vaisseau d'église (3)
Lequel François bien décorant,
Employé esprit et les mises (4).
Les nouveaux bâtiments de Lobbes étaient une des con-
structions les plus belles et les plus hardies du style gothi-
que, dit Tertiaire ou Flanihoyant , mélange singulier du
gothique secondaire et (hi style grec de la renaissance,
architecture fantasque , bizarre , moins noble et moins
grandiose peut-être que le gothique pur , mais plus gra-
(i) Brève chron. lob.
(2) La petite chronique de Lobbes indique Tan i34''
(3) C'est le temps que gouverna l'abbé Chappron _, mais la construc-
tion de réalise ne dura que liait ans.
(4) Mises sans doute pour muses. Le poète s'est cru permis cette
licence poétique, un ptu lorte, pour avoir la rime.
( 395 )
cieuse , plus svcUc , plus délicate et surtout plus hardie.
L'église abbatiale de Lobbes était l'idéal de cette arcliitec-
lure qui ne fut en Togue qu'un petit nombre d'années ,
et disparut bientôt devant l'architecture plus sévère et plus
iinposanle des Grecs et des Romains. L'église de Lobbes
était moins remarquable à l'extérieur qu'à l'intérieur pour
lequel on semblait avoir réservé tous les ornements. Ce
n'était pas non plus la vaste étendue du bâtiment qui frap-
pait le spectateur. Cette église formait un vaisseau d'environ
150 pieds de longueur, divisé en trois nefs , de largeur et
de hauteur égales; elles étaient soutenues et formées par
deux rangs de colonnes en faisceaux , d'une extrême ténuité
et qui s'élançant en forme de palmier , se ramifiaient à leur
sommet pour former les nervures de la voûte de l'édifice ,
divisée en nombreux compartiments , fort surbaissée et
construite en anse-de-panier. Les colonnes , les corniches ,
les riches découpures des grandes et belles fenêtres, et les
nervures des voûtes étaient bâties en pierre bleue; les
compartiments des voûtes et les grosses constructions l'étaient
en briques. Comme l'église de St. Waudru à Mons , celle
de Lobbes avait conservé la couleur naturelle des pierres et
n'avait point été défigurée par un ignoble badigeonage ,
ornement tout à fait bourgeois et industriel , mais qui ne
convient guère à un temple ou à un palais. Quant aux or-
nements d'architecture de l'église de Lobbes , d'après les
faibles débris qui en existent encore , nous avons jugé que
les détails, comme l'ensemble de ce monument, présentaient
des proportions également régulières , pures et gracieuses.
La coupe et l'appareil des pierres ne laissaient rien à désirer.
L'impression qu'on éprouvait en entrant pour la première
fois dans ce temple auguste, était l'admiration et la crainte.
On était émerveillé de la hardiesse de cette construction; on
s'arrêtait involontairement à l'entrée du portail ; on ne con-
cevait point que des colonnes si grêles, si élancées pussent
( 396 )
soutenir le poids de triples voûtes, dont la pesanteur était
encore accrue par les nervures saillantes de ces comparti-
ments multipliés, qu'on retrouve dans tous les édifices du
gothique tertiaire ; on était porté à croire à la prédiction
de l'archiduc Albert qui, pendant son séjour au château
de Marimont , visitant pour la première fois l'abbaye de
Lobbes, s'écria en pénétrant dans l'église : A oc ^ewt^^/M/n.
eril sepidcrmn monachorum. Mais bientôt la crainte fai-
sait place à l'étonnement , et après avoir admiré cet œuvre
merveilleux du génie , on désirait connaître le nom de l'ar-
tiste qui éleva cet édifice pompeux. Hélas ! le nom de l'ar-
chitecte de l'église de Lobbes nous est aussi peu connu
que celui des architectes de l'hôtel-de-ville et de l'église
de S.* Pierre à Louvain , de l'église de S.*<^ Gudule et de la
chapelle démolie de l'ancienne cour brûlée de Bruxelles,
de l'hôtel-de-ville d'Ypres , de la cathédrale de Malines et
de tant d'autres monuments qui excitent encore notre ad-
miration et notre étonnement. Cependant le nom de l'archi-
tecte de l'église abbatiale de Lobbes aurait dignement
terminé la longue liste des artistes du moyen-âge , qui éle-
vèrent cette foule de monuments qui ornent le sol de la
Belgique ; mais la plupart nous sont restés inconnus ,
tandis que nous ne manquons pas de détails prolixes sur tel
et tel moine, auteur d'un livre ascétique ou de quelque
rapsodie scolustique snr les rémiûc et les nominaux.
Les cloîtres de l'abbaye de Lobbes , élevés par le même
artiste qui donna les plans de l'église, n'étaient pas con-
struits avec moins de magnificence que cette dernière ; ils
formaient les côtés d'un carré décoré de portiques à arcades
ogives d'une charmante proportion , et ressemblaient , par
leur élévation et leur largeur, aux nefs d'une église (1).
(i) IliiiôiMu-c de Tabbé de Fcllcr , lom. II. p. ^98.
( 397 )
L'abbaye de Lobbcs fut le dernier monument important
d'architecture gothique construit en Belgique. Elle atteste
que ce bel art ne dégénéra pas dans notre patrie, et que les
artistes du XVI-^ siècle qui élevèrent cet édifice, l'église
de S.*^ Waudru, la Chapelle de la vieille cour à Bmxelles
et l'hôtel-de-ville d'Audenarde , étaient dignes de ceux
qui, dans les siècles précédents, construisirent les églises
de S.*'= Gudule à Bruxelles , de S.* Pierre à Louvain , de
S.* Rombaut à Malines , de S.* Gommaire à Liere , de Notre-
Dame à Hal , de S.* Martin à Alost , de S.* Paul à Liège , de
l'abbaye de Villers , le chœur et le portail de la cathédrale
de Tournai, les hôtels-de-ville d'Ypres , de Louvain et de
Bruxelles.
L'abbaye de Lobbes qui avait échappé au génie de-
structeur des iconoclastes du XVL« siècle , devint la proie
de celui des régénérateurs politiques du XVIIL^ Dans la
retraite de l'armée française en 1793, la horde dévasta-
trice commandée par l'infâme Charbonnier, général ja-
cobin de l'accabit des Rossignol , des Ronsin , des Santerre ,
des Henriot et de tant d'autres brigands ineptes , réduisit
en cendres ce célèbre monastère , le jour même qu'elle
mit le feu , en plus de vingt endroits , à l'abbaye d'Aine
située à une lieue et demie de celle de Lobbes, et un
des plus beaux monastères de l'Europe. Ainsi périt, sous
la hache et la torche révolutionnaires , cette institution
monastique qtii avait rendu de si émincnts services à l'agri-
culture , aux lettres et aux arts. Le dernier monument de
l'architecture du moyen-âge élevé en Belgique, fut le
premier par lequel les modernes Vandales commencèrent
leurs exploits dévastateurs dans cette contrée.
Lorsque nous visitâmes, au mois d'août de l'année 1834,
les ruines de l'abbave de Lobbes , nous ne reconnûmes
l'emplacement de l'église qu'à un amas confus de colonnes
et de corniches brisées et calcinées par le feu. Il ne restait
27
( 398 )
plus de vestiges de sa tour cariée, en pierres de taille,
ni du palais abbatial. Les cloîtres avaient totalement dis-
paru, à l'exception d'un pan de mur qui lui-même devait
être abattu dans l'aulome suivant ; de sorte que , dans
quelques années , l'emplacement de tous ces édifices n'offrira
plus qu'une campagne rase et nue. Les seuls bâtiments
restés intacts sont les beaux et vastes communs , bâtis au
siècle dernier et aujourd'hui convertis en deux corps de
ferme. La canalisation de la Sambre , en facilitant les
transports, n'a pas peu contribué à la prompte disparition
des ruines de l'abbaye de Lobbes. Depuis l'exécution de
cet ouvrage hydraulique , les ruines de l'abbaye d'Aine qui
avaient résisté , pendant quarante ans , aux intempéries
de l'air et aux ravages du temps , commencent aussi à dis-
paraître peu-à-peu. Dans quelques années , elles cesseront de
faire l'admiration de tous les voyageurs.
Au sommet d'une colline très-escarpée , au pied de la-
quelle gisent les ruines de l'abbaye de Lobbes, s'élève
un humble oratoire , peu connu, peu visité par le voyageur,
mais qui n'en est pas moins un de nos monuments les plus
rares et les plus intéressants, et peut-être l'édifice reli-
gieux le plus ancien existant de nos jours en Belgique.
Cet antique oratoire, c'est l'église paroissiale du village
de Lobbes , qui, par son site romantique , est un des lieux les
plus pittoresques du royaume. Cette église dépendait autre-
fois de l'abbaye. Elle fut construite par S.* Ursmer , pour
servir de sépulture aux religieux et d'oratoire aux habitants
du voisinage , surtout aux femmes à qui il était défendu d'en-
trer dans l'égUse abbatiale, si ce n'est à certains jours
de l'année (1). Lorsqu'on 954 , les moines de LobJjcs reçurent
(i) Quant fccZesJa/ra ( abbatialem ) nequaquain passas pollui cnda-
veribus mortuorum , fecit allam in honore Sanctœ Rlariœ in niunlis
vertice , cui suhjacet prœdiclum monasterium ; uln cœineterium con-
( 399 )
l'avis que les Hongrois paraîtraient bientôt devant leur
monastère, ne se croyant })as en sûreté dans ce dei-nier,
ils se retirèrent sur la colline. Ils entourèrent 1 église de
S.''' Marie de palissades, en barricadèrent la porte et s'y
retranchèrent comme dans un fort. Les Hongrois , après
avoir pillé et dévasté l'abbaye, vinrent les y attaquer. Après
avoir soutenu courageusement plusieurs assauts, les moines
allaient être accablés par les forces supérieures de l'ennemi.
Déjà , celui-ci allait forcer les derniers retranchements ,
lorsque , ô prodige ! on vit s'élancer de la porte de l'église
deux colombes blanches qui volèrent trois fois autour de
l'armée des assiégeants. Ce miracle , auquel peut-être les
moines n'étaient pas étrangers , frappa l'esprit superstitieux
des barbares. Des torrens de pluie qui tombèrent au
même instant, et détendirent les cordes de leurs arcs et
de leurs arbalètes , augmentèrent leur consternation. Hs
crurent que le ciel se déclarait pour les moines de Lobbes.
Saisis d'une terreur panique , ils cessèrent l'attaque et s'en-
fuirent avec tant de précipitation , que les chefs eux-mêmes
forcèrent, à coups de fouet, les traînards à précipiter leur
marche. Les moines , rendant des actions de grâce au ciel
pour celte délivrance inespérée , instituèrent une fête an-
nuelle qui fut célébrée jusqu'à la destruction de l'abbaye (1).
L'église de S.^'' Marie et de S.' Ursmer fut érigée en
collégiale en 1040 (2), mais les malheurs du temps obli-
gèrent d'en transférer le chapitre à Binche en 1409. Alors,
les chanoines emportèrent avec eux les reliques de S.* Ursmer
et de ses successeurs S.* Ermin, S.* Théodulfe, S.* Ulgisc,
Slituit esse fidelium , et ad quam conjlucret populus ; nam illilus , ut
nunc quoque , nisi certo teinpore ,>.ipud aliam erat feminarum accessus.
( Folcuîiius de gestis abbat. lobiens. C. 4* )
(i) Folculnus C. 25.
(a) Balderici chron. camerac. te atlrebat. L. II C. 27.
( 400 )
S.* Amohin et S.* Abel, qui tous avaient été ensevelis
dans la crypte de S.* Ursmer. L'église de S.* Ursmer ne
fut plus depuis que l'église paroissiale du village de LoLbes
qui s'était formé peu-à-peu autour de l'abbaye , à mesure
que le nombre des serfs du monastère s'était accru , et que
les défrichements y avaient pris de l'extension.
Les continuateurs de Folcuin rapportent que la tour de
l'église de S.* Ursmer fut bâtie et l'église agrandie par
Oibald, avoué de l'abbaye de Lobbes, sous l'abbé Arnould,
successeur d'Adelard, mort en 1076 ou 1077. La chronique
ajoute qu'Oibald se servit d'un ours apprivoisé pour le
transport des matériaux (1). Suivant la même chronique ,
l'église fut de nouveau consacrée, le 13 des kalendes de
février 1095, par Otbert, évêque de Liège, qui dédia
aussi dans la crypte , un autel à S.* Lambert (2). Le por-
tail de l'église d'un gothique simple et ancien paraît en
effet dater de cette époque ; il est bâti en briques comme
toute l'église, et on y aborde par un perron de plus de
cinquante degrés qui commence au bas de la colline. Les
autres parties de l'église , à l'exception de la tour construite
au-dessus du portail , indiquent évidemment une époque
antérieure au IL'^ siècle. Elles sont dans le style byzantin
ou roman le plus pur et le plus ancien , et il y a raison
de croire que la majeure partie de l'église , surtout la crypte,
date du temps de S.* Ursmer même, c'est-à-dire de la fin
du VU.'' siècle. L'église est divisée en trois nefs séparées
(i) In ecclesid tamen heati Ursmari meliorandâ.... se adrnodian
propensum atque devotum exhibait; ita ut ejusdem ccclesiœ men-
siiram ad partent orientaient non parvâ quantilate porrexit , et tur-
rim in eâ ad partem occidentaîem erexerit in cujtis etiam. structura
lapidihus comportandis ursâ domeslicâpro jumenlo usus est ( contin.
Fclcuini iii abb. Arnulfo. )
(2) Conlin, Foie, et brève c'iron. lob. ad aiin. 1090.
(401 )
par lies pillicrs carrés , alternant avec des colonnes cilin-
tlriques et supportant tics arceaux à plein cintre. Les voûtes
des nefs sont également cintrées, croisées et sans nervures,
indice certain d'une antiquité très-reculée. La crypte qui
se trouve au-dessous du chœur élevé de plusieurs degrés
au-dessus du niveau des nefs , est construite dans le même
style. La voûte cintrée repose sur des pilliers qui n'ont
qu'environ deux diamètres et demi de hauteur. On remar-
que dans cette crypte les cénotaphes de S.* Ursmer et de
S.' Irmin , avec leurs statues de grandeur naturelle , mais
d'un travail moderne. Dans l'église supérieure, on observe
les épitaphes de plusieurs autres abbés de Lobbes, mais
dont les plus anciennes ne remontent qu'au XV.® siècle.
L'église et sa crypte sont éclairées par des fenêtres étroites,
peu élevées et cintrées en dos d'âne. Nous le répétons,
si l'église entière de Lobbes , telle qu'elle existe , ne date
point du VII.'' siècle, quoique nous croyons le contraire,
sa crvpte n'est certainement point postérieure à cette épo-
que (1). Ainsi, on trouvait réuni à Lobbes des modèles
parfaits de l'architecture la plus ancienne et la plus ré-
cente du moyen-âge , du style byzantin et du style gothique
tertiaire.
La France et l'Angleterre possèdent d'excellents ouvrages
sur l'histoire de l'architecture au moyen-âge. Espérons que
(i) En parlant de Tahbaye de Lobbos , Martène et Durand disent :
" Le lendemain nous fûmes dire la messe dans l'église de la paroisse,
qui est sur la montagne joignant le monastère. La vénération que nous
avions pour ce lieu saint nous y attira, car c'était là le premier ci-
metière de tous ces saints religieux qui se sont distingués par leur
pieté et leur science. L'on y enterre même encore aujourd'hui tous les
religieux. Nous vîmes avec beaucoup de consolation les tombeaux de
six ou sept abbez reconnus pour saints, et un autel de carreaux ci-
mentez qui n'a point de table de pierre, ce qui fait voir son anti-
quité. „ ( Voyage liltéraire , etc. tom. 11 p. aïo.
( 402 )
la Belgique , si riche en monuments de celle époque ,
aura aussi son histoire monumentale. Un tel ouvrage serait
digne de la commission pour la conservation des monuments
de la Belgique. On a droit de l'attendre d'une association
composée des premiers artistes du pays (1).
A. G. B. SCHAYES.
(i) Pour l'exécution de ce beau projet , il serait nécessaire que ceux
qui oseraient entreprendre un ouvrage aussi remarquable que l'histoire
de l'architecture en Belgique, visitassent les différentes provinces du
royaume. Les hommes de talent qui composent la commission , n'aj'ant
point la plupart le loisir d'employer un temps considérable à faire ces
Courses, il faudrait que la commission s'adjoignit un secrétaire qui
devrait être une personne très-versée dans Tarchéulogie et j assionnée
pour les Beaux-Arts , et qui , par conséquent, ne s'épargnerait ni peines
ni travail pour connaître tout ce qui concerne l'architecture ancienne
et du moyen-âge en Belgique; sa tâche serait donc d'explorer le pays
en tout sens. Il ne se contenterait point de visiter les villes et les lieux
connus, mais il scruterait avec soin, tt au moins de frais possibles,
jusqu'aux plus petit villages ou hameaux , qui souvent recollent des
édifices fort anciens et du plus haut intérêt pour l'histoire des arts ,
témoin l'essai de M. de Caumont, sur l'histoire de l'architecture reli-
gieuse en Normandie. Le secrétaire de la commission visiterait donc
successivement chaque province, en commençant, par exemple, par le
Brabant d'où il ne sortirait qu'après l'avoir parcouru et exploré dans
tous les sens. Il adresserait, tous les quizize jours , à la commission, un
rapport de ses investigations auquel il pourrait joindre les dessins des
édifices ou des détails d'architecture les plus remarquables. Au reste ,
l'auteur de cet article est persuadé que les observations émises dans
cette note n'auront pas échappé à la commission elle-même, et que le
gouvernement ne les négligera pas lors de l'organisation définitive de
cette dernière.
(403)
|Jaî)0iTge par ^jcrarljim |)atîmr»
Palinir est un des premiers artistes, qiii, depuis l'emploi
de l'huile dans la peinture , ait traité le paysage d'une ma-
nière spéciale : d accessoire qu'il était , Palinir en a fait
l'objet principal de ses productions. C'était une innovation,
que son grand talent, le choix remarquable des sites et des
éloffagen, firent bientôt agréer avec enthousiasme. 11 trouvait
ses inspirations dans le beau pays qui lui avait donné le jour :
il se plaisait surtout à représenter ces sites grandioses des
bords de la Meuse et du pays des Ardennes , qui , à cette
époque, devaient avoir un caractère autrement sauvage que
celui qu'ils offrent maintenant. Ces rochers grisâtres, couron-
nés d antiques châteaux et festonnés de bois , qui jamais
n'avaient été élagués , les souvenirs historiques , que rappe-
laient les forteresses de Crève-Cœur, de Poilvache , de Mont-
Aigle (1) , de Valz,yn , durent fournir une ample moisson à
l'ame artistique de Patinir, et ses productions inspirèrent
(i) Mons aqu'tlœ , situé à une lieue de Dînant, au confluent des
ruisseaux de la Sossoie et de Flavion. Ce château , anciennement nommé
Falng,Fania, fut acquis, en 1298, par Gui, comte de Namur ; les
Liégeois le saccageront en i43i; il est abandonné depuis ce temps.
( 404 )
d'autant plus de surprise qu'elles étaient neuves et sans
antécédents : aussi ses tableaux eurent la plus grande
vogue et se répandirent bientôt à l'étranger.
Patinir fut le créateur d'un genre de paysage , auquel
les salvator Rosa et les Poussin ont donné depuis tant de
célébrité , nous voulons dire le paysage héroïque. Il ne se
bornait pas à reproduire les belles scènes de la nature ,
qui avaient entouré son berceau , et que sa vive imagina-
tion savait encore embellir ; mais il les relevait , il les agran-
dissait par des sujets ascétiques, par des scènes dun
caractère grave , par des batailles ou par des chocs de
cavalerie. C'est d'un de ces paysages dont il est ici question;
il se trouve dans la riche collection de M. Florent Van
Ertborn , à Anvers , et l'original n'est pas plus grand que
la lithographie qui accompagne cet article.
La scène est des plus pittoresques : la vue s'étend sur
un vaste horizon , entrecoupé de rochers et de montagnes.
Prise à vol d'oiseau , elle se termine par la mer , si—
lonnée par quelques voiles. On y voit les plans bien dis-
tincts que la critique moderne exige pour le paysage :
quelques fabriques rustiques viennent diversifier cette
composition agreste. On a cru reconnaître dans le rocher
qui , sur la gauche du tableau , s'élance dans les airs ,
la roche Bavard , située près de Binant , et nommée ,
dans le pays , Roche à JBaijaii : nous ne pouvons pas
admettre cette opinion , car cette roche n'a été séparée
de la masse, que depuis une époque qui n'est pas éloignée
de nous ; selon la tracUtion , que nous avons receuillie
nous-même sur les lieux , ce ne lut que quelque temps
avant la première révolution française , en voulant élargir
une trouée percée dans le granit , et par où la grande
route passait, que la piu'tie supérieure du rocher s'écroula ,
et qu'ainsi la partie avoisiaaut la Meuse , forma une aiguille
lout-à-fait isolée.
( 405 )
Le paysage est animé par quelques figurines, repré-
sentant le massacre des innocents : sur l'avaut-plan , l'on
Toit S. Joseph , la Vierge et l'Enfant Jésus , qui fu\ ent
cette horrible persécution, et à leur approche, la statue
d'un faux Dieu tombe de son piédestal. Idée toute em-
blématique , par laquelle l'artiste aura voulu rappeler que
la vérité allait enfin apparaître , et que la venue du Messie
anéantirait le culte des idoles.
L'histoire ne nous a conservé que des notions très-
superficielles sur Joachim Pateuier ou Patinir , comme on
le trouve écrit sur le tableau qui nous occupe. Il naquit
à Dinant , en 1490 (1) : on ne sait point qui fut son maître,
il paraît que la nature fut son seul guide. En 1515,
il fut agrégé (2) à la corporation des peintres de la ville
d'Anvers. Durant son séjour en cette ville ( 1520-1521 ),
Albert Durer traça , sur son album , le portrait de Patinir :
on pense même qu'il le grava. Cependant , quoique com-
munément le portrait de Patinir fasse partie de l'œuvre
de Durer , on n'est pas d'accord sur ce point. Van Mander
n'en parle pas : il ne fait mention que d'un portrait de
Patinir, gravé par Conieille Cort , d'après Albert Eurer (3).
(i) Voyez Reîlquien von Albrecht Durer, p. 82, note 49-
(2) Yoy. K. Van Mander, p. 219 , r.° et v."
(3) Le fjouvernement prussien vient d'acquérir Wdihum , fait par
Durer, durant son excursion en Belgique : il appartenait à ^I. De Nagler ,
à Francfort. La manière, dont ce dernier Ta acquis, mérite d'être rap-
portée : les héritiers de l'ancien possesseur de cet Album , ne purent
s'entendre à son sujet ; ils résolurent de !e partager entre eux. On
le sépara en deux parties , dont l'une échut à ÎNL De Nagler , qui
])arvint dans la suite à acquérir l'autre moitié, qui était tombée dans
la part du baron Soltan. Cette particularité nous a été rapportée
pur M. Botlimer , conservateur des arcliives et de la bibliothèque à
Frai.cfort.
( 406 )
Au lémoignago de Van Mander, Patinir avait une vocation
toute particulière pour le paysage : et le tableau de Monsieur
Van Ertborn ne laisse rien à désirer sous le rapport de la
netteté de l'exécution. Le beau talent de Patinir était terni
par ses vices crapuleux : il ne quittait les tavernes que
quand le besoin d'argent le forçait à recourir à ses pin-
ceaux , pour lui procurer de nouveaux aliments à ses dé-
bauches. L'ivrognerie de Patinir était devenue proverbiale :
on en a conservé cette épigramme (1) :
Le soleil ne l'a Jamais vu ,
Tant fut-il matin , qu'il n'eût bu ,
Et jamais , jamais la nuict noire ,
Tant fut tard , ne l'a vu sans boire 'j
Car épris d'un bachique amour ,
Ce galand buvait nuict et jour.
Il avait en outre une assez singulière manie , qui lui fit
donner un sobriquet : c'est Van Mander , qui nous a con-
servé cette singularité (2). On ignore le lieu et l'époque
de sa mort : Guicciardin dans sa Description de toiUs les
Pays-Bas^ fait mention de Patinir, comme natif de Bouvines ,
près de Dinant, mais il ne donne aucun détail à son égard.
Patinir ne tarda point à avoir des imitateurs : Henri
de Blés , de Bouvines , sans qu'il suivit ses leçons , étudia
la nature comme lui; et quoiqu'il lui resta inférieur en
talent, ses tableaux ont néanmoins beaucoup de mérite.
(i) Voyez Mélanges de littérature et d'histoire par H. Baron de
Villenjangne , p. i^g.
(2) Voyez p. 219. Voici ce qu'il en dit : " Hy hadde voor ghewoonte
in al zyn landtschappen erghen te mahen een mannehen zyn ghe-
voegh doende , u-aerom hy den kacker wiert gheheeten: dit hackerhen
loas t' sonilyt te soecken , ghelych het ulken van llendrick met de
lilei. ff Voyez aussi Tauleur précité, p. ij4-
(407)
Van Mander (1) cite un peintre, qui apprit les princi-
pes de son art chez Patinir , ce fut François Moslert
ou ]\loslarl, natif de Hulst , en Flandres : remportement
et l'ivrognerie de son maître le forcèrent plus d'une fois
à devoir fuir son attelier ; las enfin de brutalités, qui
ne faisaient qu'accroître avec l'âge , François Mostert
le quitta pour suivre, les leçons de Henri de Blés.
A. V. L.
*%^]1^'^
(i) Voyez page agi cl iGi.
( 408 )
Znah}BtB €xxtxqntB 5'©ut)raôf0*
Recherches sur les Causes, l'Histoire et le traite-
ment DE L^OpHTALMIE militaire , par H. Va>"DER3IEER ,
docteur en médecine , médecin-adjoint attaché à U hôpi-
tal militaire à Liège ; suivies de considérations ana-
tomico— physiologiques sur Vœil, par M. F ohm an ,
professeur à V Université de Liège. Liège Dessaiu ,
mai 1835 , in-S." de VI et 92 pages.
L'opuscule dont je yiens de transcrire l'intitulé, est dédié
à l'armée et mérite à plus d'un titre de fixer l'attention du
public éclairé et surtout des hommes de l'art et des chefs
militaires. Le but dans lequel il a été publié est louable ,
et c'est pour m'associer autant qu'il est en mon pouvoir
à l'œuvre honorable de l'auteur, que je Tais essayer de
donner un aperçu des travaux de M. Vandermeer, en y joi-
gnant les réflexions que m'a suggéré la lecture de son livre.
L'auteur entre en matière par des considérations sur le
mode probable de transmission de l'ophtalmie , qu'il regarde
comme inhérant et propre à l'organisation anatomique de
l'œil , sur laquelle il entre dans des développements phy-
siologiques fort remarquables , riche qu'il est des doctrines
et des progrès de la médecine allemande.
C'est spécialement sur les nouvelles données , fournies
par l'anatomie des parties les plus fines , dont la science
est redevable à l'illustre Ticdemann de Heidelberg , et au
savant professeur de l'Université de Liège, M. Fohmann,
que l'auteur se fonde en appliquant leurs découvertes à la
pathologie de l'œil. L'on ne peut donc que lui savoir gré
d'avoir ainsi acclimaté le fruit des travaux de ces célébrités
( 409 )
<?trangcres, et, surtout, de les avoir dirigées sur un objet
aussi grave que la maladie qui régne dans l'armée et qui ,
par cela seul , touche de si près chaque famille belge.
L'intervention nerveuse dans les phlegmasies des yeux
est sans doute une idée fort heureuse , mais elle est neuve
et aura quelque peine à s'accréditer, quoiqu'elle soit dé-
montrée d'une manière fort plausible par les éclaircisse-
ments dans lesquels l'auteur est entré à cet effet. Aucun
pathologiste n'a indiqué, jusqu'à ce jour, la compression
comme capable de léser le système nerveux de la vie orga-
nique ou de prédisposer à l'ophtalmie ; cette manière de
voir, est un argument qui peut renforcer de beaucoup
l'opinion des médecins compressionnistes, qui devaient
souvent en venir à invoquer , à l'appui de la compression ,
les loix mortes de l'hydraulique dans les corps vivants ,
l'éternelle stase du sang , et toutes les traditions gothiques
de la physiologie mécanique de Boerhave. Il défend la com-
pression sur l'économie vivante , avec des raisonnements
qui se rapportent aux loix de la vitalité des organes et des
tissus, et non pas avec des raisons qui ne peuAcnt s'appliquer,
pour ainsi dire, qu'à la matière inerte. Il dit, dans ce premier
chapitre , un mot sur les causes morales, qu'il regarde comme
puissances prédisposantes, en-s'appuyanl sur des faits tirés
de l'histoire et de la condition du soldat , qu'il pense qu'on
envoie trop jeune sous les drapeaux; je partage sincère-
ment son opinion sur ce dernier point.
M. Vandcrmeer aborde, dans son second chapitre, les
questions de contarjiositéci de non contagiosité de l'ophtal-
mie; il embrasse cette dernière en exposant ses raisons;
l'explication qu'il donne relativement aux armées françaises
et anglaises atteintes de l'ophtalmie en Egvpte est une
grande donnée éliologique. De là , il remonte aux temps les
])lus reculés , pour y représenter les armées deCyrus, des
rois d'Egypte et l'armée grecque que Xénophon ramena
( 410 )
d'Asie en Grèce frappée de ce fléau; il prouve par ces
faits , que la date de l'apparition de l'ophtalmie ne peut
être assignée , qu'elle est immémoriale ; il démontre encore,
que sous l'influence de certaines conditions inhérentes aux
armées , cette maladie doit sévir ; l'auteur expose ensuite
la méthode dont se servaient les anciens pour combattre
cette terrible maladie , ce qui le conduit à examiner difi"é-
rents aphorismes d'Hippocrate , relatifs à l'ophtalmie ; il y a
rencontré des contradictions qui lui font supposer, que ces
aphorismes ont pu être altérés et ne sont pas, selon son
opinion, conformes à la manière avec laquelle cet ancien
et illustre Médecin considérait les afiections des organes en
particulier. Les efîbrts de ce jeune médecin pour retrouver
les traces de l'ophtalmie aux époques les plus reculées , et
les faits précieux, pour le sujet qu'il traite, qu'il a su semer
dans son ouvrage, méritent surtout d'être remarqués.
Dans le troisième chapitre, les diverses classifications et
la manière de voir des principaux pathologistes sur l'oph-
talmie , sont passées en revue ; il fait observer qu'on n'a pas
toujours tenu compte des caractères essentiels , pour la classer
ou la décrire, mais bien d'une foule de signes propres aux
maladies en général , qu'on appliquait comme à une altéra-
tion locale ; il croit qu'on pourrait classer toutes les ophtal-
mies en externes et internes. Il y a déjà longtemps que des
médecins allemands et anglais avaient suivi cette classifi-
cation ; mais ici je ne suis pas de son avis ; peut-être cette
classification pourrait-elle être admise pour l'ophtalmie
militaire et pour ce qui concerne la rigueur du traitement?
Mais les maladies des yeux ont trop de nuances distinctes
qui se rapportent aux tissus qu'elles ont envahi, il est donc
nécessaire de conserver ces nuances , afin d'avoir une idée
précise de leur siège et de leur nature. Quelques considé-
rations relatives aux localités que l'auteur habite et dans
lesquelles il a observé l'ophtalmie , terminent ce chapitre ;
(411 )
il expose pour quelles raisons il pense que celle maladie
sévit avec plus de force dans l'une des deux citadelles de
Liège que dans l'autre , et attribue cette différence à ce que
dans l'une les troupes doivent y faire un service plus pé-
nible ; ce qui le porte à regarder les fatigues, comme la raison
directe de la compression qui prédispose , et comme les
causes prochaines qui font contracter l'ophtalmie.
Il aborde, dans le 4.^ chapitre, le traitement de l'oph-
talmie. C'est après avoir compulsé les ouvrages des prin-
cipaux ophtalmologistes , qu'il formule celui qu'il regarde
comme le plus rationel et le plus sûr; il ne prescrit rien
en effet , qu'il n'ait une grave autorité à citer à l'appui de
ce qu'il avance, et dont il n'ait discuté les raisons pour ou
contre; cette thérapheuticjue révèle, il faut bien l'avouer,
science et sagesse. Quant aux charlatans et à la médicomanie
dont on a toléré toutes les jongleries et encouragé les
funestes pratiques en Belgique , il fait voir qu'une semblable
tolérance sera suivie des plus fâcheux résultats , dans les
pays où l'on humiliera les médecins devant des intrus , la
médecine devant des remèdes familiers.
Les conclusions du travail de M. Vandermeer , sont : que
l'ophtalmie est une maladie qui n'est ni inexplicable ni in-
surmontable ; que les hommes éclairés et de bonne foi
pourront assez tôt s'en convaincre, et il donne ce consolant
espoir , qu'on pourra non seulement reprimer celte maladie,
mais la détruire dans ses causes; il signale à cet effet les
améliorations déjà obtenues , depuis que les enseignements,
donnés par les chefs de service, ont été mis à exécution.
Cependant un grand nombre de causes concourrcnt à main-
tenir l'ophtalmie dans l'armée, tels sont, pour ne citer
qu'un exemple, les hommes dont les yeux sont si gravement
altérés que les plus petites causes pourraient la faire repa-
raître, les nouvelles levées où ces causes n'auront pu déve-
lopper leur action seront , faut-il espérer , à l'abri de cette
( 412 )
terrible maladie; il serait à désirer, comme ie fait remar-
quer M. Vandermeer, que la législature s'occupât de
remanier la loi sur la milice et de reculer l'époque de
l'arrivée des miliciens sous les drapeaux ; il fait entrevoir
d'ailleurs que la partie administrative de l'oplitalmie est
effrayante , vu le grand nombre d'hommes déjà renvoyés
dans leurs foyers avec la pension , et ceux qu'il serait néces-
saire d'y renvoyer encore , si ce fléau continuait ses ravages
dans l'armée.
Je ne terminerai pas sans ajouter quelques mots sur les
Considérations anatomico-jjhysiologiqnes sur l'œil par
M. Fohman , que M. Vandermeer a publié à la fin de son
livre. Ces fragments où l'on trouve toute la lucidité qui
caractérise le professeur de l'université de Liège, peuvent
être regardés comme le dernier mot de la science sur cette
branche de l'organisation et sont en même temps une preuve
éclatante d'intérêt , donnée à l'auteur du livre dont je
me suis occupé dans cet article.
Ed. L.
Lettres sur la révolutiotv brabangonive,!)»/* Ad.Borguet,
Juge (Vinslruction à Namur. Bruxelles , chez, Berthot,
1834. 2 vol. in-12.
L'époque de l'histoire Belgique , connue sous le nom
de Révolution Brahançonne , a trouvé dans le courant
de l'année dernière deux historiens. D'abord M. Gachard
a publié, au mois d'avril 1834, c?e* documents politiques
et diplomaUques ^wxldiXdyoXniion belge de 1790. (Bruxelles,
chez Rémy , 1 vol. in-8."). Ensuite un jeune auteur en
a tracé un tableau agréable dans les lettres qui forment
l'objet de la présente analyse.
(413)
Un style simple mais coulant , un exposé lucide et élégant ,
rendent la lecture de cet ouvrage agréable et même
entraînant ; nous présageons à la Belgique un auteur histo-
rique , qui , mûri par l'étude des sources et par des recherches
plus étendues, saura nous rendre d'une manière intéressante
les épisodes de l'histoire du pays qu'il voudra traiter.
M. Borguet nous fait connaître , dès le début , les
causes du mouvement qui eut lieu alors dans le pays. La
principale consistait dans l'incompatibilité des plans poli-
tiques de Joseph II , avec les institutions nationales , bonnes
ou mauvaises , adoptées par les mœurs et consacrées par les
siècles.
« J'ai parlé , dit l'auteur , des rouages administratifs , et
de la manière dont était organisée la machine gouver-
nementale, avant notre réunion à la France. On a vu combien
les anciennes constitutions du pays présentaient de garantie
contre les empiétements du pouvoir, et on a pu s'assurer,
par le simple exposé que j'en ai fait, du peu de chances de
succès que pouvait avoir che/. nous l'ambition d'un despote,
» Ce serait se faire une idée bien erronée des anciennes
institutions de la Belgique , que de croire que ce pays
ne possédait pas la partie essentielle de ce système repré-
sentatif dont nous sommes si fiers aujourd'hui. Gardons-
nous de croire que , sur le sol de la patrie , la liberté soit née
d'hier. La représentation nationale , toute imparfaite qu'elle
était , n'offrait pas moins de garanties , et pour paralyser
des mesures impopulaires , on avait toujours la grande
ressource du refus des subsides , ressource dont nos pères ,
pour le dire en passant , n'étaient pas le moins du monde
avares , et dont plus d'une fois ils tirent usage pour rappeler
le souverain à la stricte observation des lois. On peut ,
par le fait suivant , se faire une idée de la raideur et de
la fermeté qu'ils mettaicnl dans l'exercice de ce droit.
» Les vingt-quatre corps de Naniur furent un jour
•28
-^ 414 )
convoqués en leur qualilé de membres du tiers-élat , pour
délibérer sur une proposition tendant à frapper la bierre
d'un impôt minime. La discussion eut pour résultat le
rejet de la proposition. Assez grand était l'embarras du
greffier pour adoucir un peu ce que ce refus pouvait avoir
de désagréable. Dites quil ne nous ploÂt pas , lui cria-t-on,
et ces expressions d'une crudité plus énergique encore dans
le patois du pays ( Inn nos plaît nin ) furent , parait-il ,
consignées dans le procès-verbal. »
Après ces réflexions , M. Borguet trace , dans les trois
premières lettres , un tableau trés-restreint de l'organisa-
tion administrative et judiciaire de la Belgique à cette
époque , d'après les innovations de Joseph II. Nous aurions
désiré que l'auteur fût entré dans plus de détails, et surtout
qu'il eut dessiné plus nettement le caractère des chan-
gements qu'avait subis la macliine gouvernementale, avant
de porter un jugement sur le but que se proposait Joseph II.
Voici l'opinion de l'auteur , sur la conduite de Joseph II
envers les Belges :
« Deux partis se présentaient à l'empereur : dominer
par un système de terreur et de despotisme , ou revenir
franchement sur ce qu'il avait fait, en accordant à l'opi-
nion publique les appaisements qu'elle était en droit d'exiger.
Le premier n'était pas moral , mais il est convenu qu'eu
politique on n'y regarde pas de très-prés ; le second était
plus juste et aussi plus sûr. C'est aux mesures de rigueur
qu'il recourut; pour les mener à bonne fin, il lui fallait
des moyens autres que ceux qu'il avait à sa disposition,
et l'absence de ces moyens le perdit.
>) Si , au lieu de prendre ce dangereux parti , il eut
renoncé, de bonne grâce et sans arrière-pensée, à cette
manie d'imposer des innovations que le pays repoussait de
toutes ses forces, nul doute que la révolution brabançonne
eut été arrêtée dès le principe. Il n'en fut pas ainsi.
( 415 )
Joseph II usa même , àrégartl des Belges, du plus détesta-
ble de tous les systèmes politiques, celui cpii consiste à céder
jus([u a ce qu'il se présente une occasion de ressaisir par la
force ce qu'il avait été contraint d'accorder. Moyen infaillible
pour anéantir toute confiance entre le pouvoir et la nation. »
Après avoir passé en revue les divers événements qui
préludèrent à la catastrophe générale , l'auteur arrive à
plusieurs résultats dont la cause n'est pas indiquée.
Les faits matériels sont racontés avec beaucoup d'exac-
titude; mais la chronologie est quelquefois embrouillée. Nous
nous permettons encore quelque remarques : M. Borguet
cite , dans son avant-propos , les sources où il a puisé ;
mais il aurait ajouté beaucoup plus de prix à son ouvrage ,
s'il avait donné des indications plus complètes , notamment
pour les points les plus importants : le lecteur aurait pu
remonteraux passages sur lesquels l'auteur base ses assertions.
Il aurait été également intéressant dans un ouvrage de
la nature de celui qu'il livre au public, et dans lequel
beaucoup d'événements contraire , beaucoup d'actions et
de réactions se succèdent presque continuellement , que
l'auteur pût faire connaître la politique secrète des partis ;
c'est le seul moyen de suivre et d'apprécier la marche de
la révolution, et sa tendance -vers un but déterminé.
Kous ajoutons encore une réflexion : dans toute révo-
lution il y a deux points extrêmes, le départ et l'arrivée;
la pensée mère et l'accomplissement de cette pensée ,
regardée comme but de l'entreprise. Entre ces deux extrêmes
-viennent se placer les acteurs , qui, en s'emparant des
idées générales , les mettent en jeu , pour remplir le vœu
commun. L'auteur aurait jeté beaucoup de lumière sur le
drame de la révolution s'il avait pu dessiner clairement le
caractère de ses auteurs et de ses principaux acteurs.
A la vérité nous trouvons quelques données sur les ca-
ractères de Vonck , de Van<ler IS'oot, de VanErpen , ainsi que
( ^Ifî )
sur les généraux Van der Mcersch , mais on n'est pas en
état de les juger en pleine connaissance de causes.
Peut-être sommes nous encore trop prés de cette période
pour la bien juger : d'ailleurs on n'a pas encore osé publier
des mémoires de quelque contemporain , propres à nous
dévoiler le tableau secret de cette époque.
Nous finissons nos observations par des encouragements
que nous adressons à M. Borguet, et nous l'invitons à faire
suivre ce picmicr essai par d'autres ouvrages : il ne man-
queront pas d'être bien reçus.
(417)
Sulkttn fiibli0flrapl)tjq[Uf»
HISTOIRE BELGIQUE.
Merkwacrdige gcbcurtenissen , vooral in VlaenJeren en Bra-
bant, en ook in de aengrcnzcndc landstreken, van 1377 tôt 1443;
Ictlcilyk gcvolgd naer het oorspronkelyk onuitgegeven en
titclloos handschrift van Olivier van Dixmude , vcrrykt met
eene voorrcde , met geschicdkimdige acntcekeningen , ccne
Ijst van de verouderdc woorden en eene alphabetische tafel,
door J. J. Lambin. Ypre, Lambin en zoon 183S. XIII et 206
pages in^."
[ Il sera rendu coni])fe 4e cette importante publication. ]
Chronique de S.*^ Bavon à Gand , par Jean de Thieirode.
(129U) d'après le Ms. original, appartenant à M. Lammens,
bibliothécaire de l'université' de cette ville, avec un extrait
de la chronique de S.* Bavon, du XV.^ siècle, d'une chro-
nique d'Olivier de Lange et d'un martyrologe. Gand, chez
Vassas, août 1835. XI et 208 pages in-8.°
[ Un très-petit nombre d'exemplaires tirés in-4.'* ne sont pas dans le
commerce. ]
Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et poli-
tiques, jusqu'à l'année 1305, par L. A. Warnkœnig , traduite
de l'allemand , avec corrections et additions de l'auteur, par
A. E. Ghcldolf. Tom. I. Bruxelles, Hayez, 1835. in-8.°
XV et 413 pages, carte et fac-similc.
Mémoire sur les Forestiers de Flandre, envoyé à la Société
des Auti(juaires de la Morinic, à S.*^ Orner, pour le concours
de 1834, par D. Loys, major de la gendarmerie nationale
belge. S.* Orner, Chauvin. 28 pages in-8°.
[ Extrait des mémoires des autt(|uaires de la Morinie. J
(418 )
Précis historique de la vie de S. A. R. le scrénissirne duc
Charles-Alexandre de Lorraine et De Bar, gouverneur-général
des Pays-Bas autrichiens , etc. 2.^ édit. continuée depuis l'érec-
tion de la statue sur la place royale, le 17 janvier 177S>
jusqu'à ce jour, et enrichie de notes historiques, par P. J. Br.
Bruxelles, chez N. J. Slingeneyer, 1838. in-12. de 104 pages,
avec grav.
Recueil de costumes du moyen-âge , pour servir à l'histoire
de la Belgique, par Félix De Vigne, peintre d'histoire, etc.
Brux. , chez l'auteur. 183o. in-4.°
[ i3 livraisons, chacune de 4 planches, ont para, avec i6 pages de texte. ]
HISTOIRE GENERALE.
Histoire des Francs , par H. G. Moke. Paris , Pauhn ,
août 183S. tora. I. in-8.° de XYIII et 484 pages.
BEAUX -ARTS.
Annales de l'école flamande moderne; recueil de morceaux
choisis parmi les ouvrages de peinture^ sculpture, architecture
et gravure, exposés aux salons d'Anvers, de Bruxelles, de
Gand et Liège; gravés au trait par M. Charles Onghena, ou
lithographies par MM. Madou , Lauters et Fourmois , avec
des notices descriptives, critiques et biographiques, par Aug.
Voisin, secrétaire perpétuel de la Société des Beaux-Arts de
Gand, etc., etc. Gand, V.« L. De Busscher-Braeckman, 183b.
in-8.^ et in-4.° 1.^ et 2.^ livraisons. 24 pages de texte et 10 gra-
vures.
[ Ce recueil , tout en pouvant servir de complément aux yinnales du
Salon de Gand publiées par feu M. L. De Bast , form& en même temps une
publication tout-à-f'alt indépendante de la première.
20 livraisons formeront un fortvolume ia-8.° de loo planches et d'environ
aSo pages de texte. ]
NUMISMATIQUE.
Numismatique du moyen-âge , considérée sous le rapport
du Type , accompagnée d'un atlas , composé de tables chro-
nologiques, de curies géographiques et de ligures de moiinuics ,
(419 )
gravées sur cuivre; par Joacliim Lelcwcl. Ouvrage publié
par Joseph Straszéwicz. Brux. , Berthod , 18315. 3 parties 2 vol.
in-8.0 de texte. ( 1 .« p. XXII et 229 , 2.«= p. 126, 3.« p. 333 pages),
l'atlas in-i.° obi. a XXVIII tables et XXV planches.
LITTÉRATURE.
Nederduitsch letterkundig jaarboekje , vocr 1833. Tweede
jaargang. Gcnt, P. Van Rcnterghem. in-18. 131 pages.
Jacques Artevelde, drame en trois actes et en sept tableaux,
par Victor Jolj, précédé d'une chronique sur Jacques Artevelde
et les troubles des Flandres, au XIV.'' siècle. Brux., Ad. Wablen ,
183o. inl8. VIII et 212 pages.
BOTANIQUE.
Flore Crj'ptogamique des environs de Louvain, ou descrip-
tion des plantes crj^ptogames et agames qui croissent dans
le Brabant et dans une partie de la province d'Anvers, par
J. Kickx, docteur en sciences, etc., etc. Brux., Van Dooren ,
frères, 183o. in-8.° de XV, 263 et table de 2-i pages.
MEDECINE.
L'ubcille et l'observateur médical réunis; ou annales de
médecine belge et étrangère , publiées par les docteurs
Ad. Lcqiiime , Em. Loquime , P. J. Van Esschen et Ed. De
Losen. Brux., A. Mcrtcns , 1833. in-8.°
[ Ce journal paraît tous les mois par cahiers qui forment 3 vol. pai- an. ]
Quelques réflexions de M. le professeur Kluyskens sur la
nature et le traitement du choléra - morbus épidémique de
riude. Gand, J. Bcgyn (1832). ia-8." de 36 pages.
JOURNAUX.
Le Polygraphe Belge, journal de la littérature , des sciences
et des arts. Anvers, J. E. Iljsheuvels, in-8.o 1833. N.° 1
13 juillet. N.° 2, 1 août.
[ Il paraît une feuille d'impression tous les quinze jours.
Ce journal est exclusivement consacré à la Belgique. Les deux premiers
iiiniu'ros renferment des articles de MM. F. Bugacrts, F. De Reiflenberg et
A. G. B. Scbayes. ]
( 420 )
OUVRAGES DIVERS,
Études sur la révolution belge , par Charles Froment. Gand,
D. Duvivier, 1834. in-8° 66 pages.
A la mémoire de Jacques Joseph Delin. Anvers, J. B. Heir-
straeten, 1835. in-8.° 20 pages.
Die Frage iiber die Niederlande und die Rheialande von
E. M. Arendt. Leipzig, 1834. in-12.
MÉGANIQUE.
Instructions populaires sur les machines , à l'usage de élèves
de l'école industrielle de Gand, par Ed. Le François. Gand,
chez de Busscher, 1833. 1 vol. in-12. de 174 pages.
( 421 )
fit ^aviéiésf.
Commission royale d'histoire. — Extrait des procès-
verbaux DE LA séance du 3 AVRIL 1835. — Le président
donne lecture d'une lettre de M. le ministre de l'intérieur,
notifiant qu'un arrêté royal du 26 février dernier, appelle
M. l'abbé Joseph Desmet, ancien membre du congrès national,
à faire partie de la commission, en remplacement de feu
M. Dewez.
M. Desmet est installé et prend séance.
Le secrétaire continue de lire la correspondance. Entre
autres lettres, il en coramvmique une de M. le ministre de
l'intérieur qui informe la commission qu'il a fait acheter à la
vente de la bibliothèque de M. l'avocat Van den Bossche , à
Malincs , et déposer à la bibliothèque de Bourgogne , les ma-
nuscrits suivans :
1.° F'ojage que flst V Archiduc Philippe d'Autriche, depuis
roi des Espagnes , aussi de son retour en ces Pays-Bas
Van ISOl. In-fol.
C'est la relation d'Antoine de Lalaing, laquelle se trouve
déjà à la bibliothèque de Bourgogne, et dont M. de Rciffenbcrg
a remis à M. Gachard un manuscrit tiré de son cabinet.
2.° Recueil et mémoires des voyages de l'Empereur Char-
les V. In-fol.
Ce volume contient V Itinéraire de Vamlenesse , dont la
bibliothèque de Bourgogne possède déjà une copie que M. de
( 422 )
EcifFenberg a analysée dans le 8.»^ yoI. des me'raoires de l'aca-
tlc'mie.
e}.° Mémoires ds Laurent Vital, sur quelques faits et ac-
tions de C/iarles d'Autriche , après son départ de Gand, In-fol,
Ces trois manuscrits seront confies à I\I. Gachard.
4.° Cronicacastrl etcœnohii S.Bavonis Gandavensis, In-fol.
Ce dernier manuscrit est réservé à M. AVarnkoenig.
M. le ministre de l'instruction publique de France , par une
lettre du 6 janvier dernier, remercie la commission de l'envoi
de ses procès -verbaux, et déclare que c'est avec une vive
satisfaction qu'il l'a vue se livrer avec activité à des recherches
qui touchent de si près l'histoire nationale de la France.
M. de Gcrlache demande,' à l'ouverture de la séance,
à entretenir un instant ses collègues d'une nouvelle et im-
portante acquisition de manuscrits, que M. le ministre de
l'intérieur vient de faille pour le compte de l'état et qui doit
intéresser vivement la commission d'histoire. Vous savez , dit-il,
que îe ministre, qui montre un zèle très-empressé à favoriser
nos travaux, avait prié l'un d'entre nous d'examiner atten-
tivement la collection des manuscrits de M.™'= la baronne de
Ghvseghcm, dont on proposait la cession au gouvernement.
Celui sur qui M. le ministre avait jeté les jeux, désira s'ad-
joindre deux de ses collègues , spécialement versés dans cette
matière, pour s'éclairer de leurs conseils. Sur son rapport,
ces ouvrages ont été achetés par le ministre et réunis à la
bibliothèque de Bourgogne. Cette collection se compose de
plus de 660 manuscrits, dont quelques-uns sont précieux
pour la littérature et pour l'histoire nationale. On y distingue
un aoccz grand nombre de classiques , des Tite Live, des
Valèrc Ilaxirae, des Cicéron, des Salluste, ornés de vignettes,
et d'une belle consci'vation , ainsi qu'une quantité d'ouvrages
relatifs à notre histoire , entr'autres un P. Wiltheim , sur les
antiquités du duché de Luxembourg; un Gilles li ]\]usiis,
inédit, renfermant des détails circonstanciés et curieux sur
la destruction des juifs, sur la secte des Flagcilans, et sur la
peste dite de Florcucc. Ce dernier ouvrage est orné de dessins
(423 )
colories et contemporains, où les diverses scènes, retrace'es
par l'auteur , se trouvent naïvement reprcscntc'es.
M. de Gerlache , qui a traduit quelques-uns des principaux
épisodes de li Muisis , dit qu'il se propose de les communi-
quer à l'académie, M. Warnkœnig s'étant chargé de faire
imprimer en entier, avec une introduction et des éclaircis-
semens, les difFérens ouvrages de li Muisis dans la collection
de nos chroniques.
M. de ReifTenljcrg lit un rapport sur deux manuscrits au
sujet desquels le gouvernement avait consulté la commission.
L'un est une généalogie historique des seigneurs d'Egmont,
depuis Radbout, mort en 792, jusqu'à celui qui l'ut con-
damné à mort par le conseil des troubles. C'est un in-foho
sur parchemin. Il contient d'abord vingt-sept figures en pied,
fort bien peintes , représentant un roi d'armes et la série
des seigneurs d'Egmout , dont les portraits et les costumes
paraissent être souvent de fantaisie; celui de Lamoral, exécuté
})ar une autre main que les autres et avec moins de talent,
est probablement fidèle. Au bas des figures sont des légendes.
Viennent ensuite trente pages de texte sur l'une desquelles
sont tracées les armoiries d'Egmont. L'auteur est Dirick
Woutersoen, pasteur à Wassenaer , qui commença d'aborJ
cet ouvrage en latin pour Georges d'Egmond , évéque d'L trecht,
mais qui l'écrivit ensuite en hollandais et en fit hommage
au comte Lamoral. Il déclare avoir consulté Renier Snoy,
médecin de Gouda, publié plus tard par Swcertius, les chro-
niques de Hollande de Guillaume Heiman de la même ville,
ainsi que divers écrivains qui avaient traité des sires d'Egmont-,
tels que Petrus Stiyrinwidius , Andréas llosdenus , Antonius
et 3Iartimis Zyhrandus Jfnei>ius, et les manuscrits conser-
vés à l'abbaye d'Egmont, ou le faux Klas-Koljii dit avoir
"VU les chants des anciens Lardes. Il ajoute qu'il a également
profité d'un ouvrage de ^Marcelin , disciple de S.*^ Swibert,
cvêque, et de S.*^ AVillebrord , archevêque dXtrecht, lequel
Marcelin écrivit, suivant lui, en G9o , la vie et les miracles
de S.*^ Swibert j mais cette vie est reconnue apocryphe par
les auteurs des Acla Sanciururn B.lg'd , \\, 101.
( 424 ) 1
Ce manuscrit est daté de VVassenaer le 16 juin 1362. Uii
des propriétaires du volume y a joint une copie à la main
de l'abrégé historique (imprimé) de la généalogie de la maison
d'Egmont, par Lecoq Madeleine.
Le deuxième manuscrit est un in-folio sur parchemin, à deux
colonnes, miniatures et encadremens , écriture du XIV.'' siècle.
U contient d'abord un chapitre intitulé : Comment li grand
roy Alexandre envoia une epistle à Aristote son maistre des
merveilles que il trouva en Ynde. On n'y trouve qu'un amas
de merveilles absurdes. Cette épître est suivie d'une autre
intitulée : Epistle le roy Pimenès à l'empereur. Elle est dans
le même goût.
Apres cela commencent les grandes chroniques de France
dites de Saint-Denys , sur lesquelles La Curne de Sainte Palaye
a inséré un excellent mémoire dans la collection de l'académie
des inscriptions, XV^ 580, et dont une nouvelle édition a
été annoncée récemment par l'écrivain ingénieux qui a adopté
le pseudonyme du Bibliophile Jacob.
Le texte est fort bon et l'ancien langage y est plus scru-
puleusement conservé que dans les imprimés. Ces chroniques
s'arrêtent en 1297, tandis que les imprimés vont jusqu'en 1461.
La fin est un morceau à part sur les croisades; cette pièce
commence ainsi : V^eschi comment il est avenu puis le tems
Godeffroy de Buillon , etc.
Un des chapitres concerne Bouchard d'Avesnes. On n'y dit
point qu'il était ecclésiastique , mais gentiux hom et vaellaas
hom. Il semblerait d'après ce court chapitre que le mariage
de Bouchard et de la comtesse de Flandre n'eut lieu qu'après
la naissance de Jean et de Baudouin d'Avesnes.
Plusieurs événemcns de l'histoire du Hainaut et de la Flandre
tiennent place dans cette partie qui finit à l'an 1304. On y
trouve mi état des ducs, princes et vicomtes qui furent en V ost
avec le roy de France en 1297.
Le libraire Verbyst de Bruxelles , qui possède ce manuscrit
et le précédent, prétend qu'ils proviennent de la maison
d'Egmont.
( 425)
Ces rapports terminés , M. de Roîftenbcrg met sous les yeux
de l'assemble'c un long catalogue des manuscrits relatifs à
la Belgique qui étaient autrefois dans la bibliothèque de
M. George-Joseph Gérard , membre de l'académie de Bruxelles,
et qui reposent maintenant à La Haye. De ce catalogue dont
il a déjà inséré un extrait dans le Bulletin de la société de
l'histoire de France j il signale les articles qui suivent :
— Cronyche van het gedenchwaerdighste dat in de Neder-
landen en hesonderlyk binnen Antwerpen geschiet is sedert
1067 tôt I060, door de FVerit {V) , pensionaris der stadt
Antwerpen. MS. in-fol. de 207 pages.
Cette chronique, inconnue à tous les historiens belges et
rédigée par un homme instruit , contient quantité d'anecdotes
curieuses. Elle a été copiée sur la minute originale qui était
dans la bibliothèque de M. vaii Aerdciibodeghem , échcviii
d'Anvers.
— Mémoires histoi iqiœs pour servir à l'histoire des Pays-Bas,
depuis Vannée lS3o jusqu'en 1643, contenant des réflexions
politiques sur le gouvernement et le commerce dudit pays,
MS. de 336 pages in-fol.
On ignore quel est l'auteur de ces mémoires ; mais c'était
assurément un homme instruit, qui paraît avoir été employé
par le gouvernement et avoir eu accès aux archives. Ce manuscrit
a été copié sur un autre du XVII.^ siècle, qui appartenait
à M. de Stassart , en son vivant conseiller du conseil privé à
Bruxelles, et ensuite président du conseil à Namur.
— Litterœ Richardi , régis Angliœ et Iliberniœ , quihus
transfert , remittit et donat Philippo , archiduci Austriœ ,
régna Angliœ et Hiherniœ , 1\ januarii 149-4.
— Histoire des Pays-Bas , depuis 1477 jusqu'en 1492,
MS. in-fol. de 190 pages.
Ce manuscrit a été copié sur un autre qui se trouvait dans
la chambre des comptes à Bruxelles , dont l'écriture était de
(i) Lisez, l)i' [f'cerdt.
( Note des lied, du Mt-fsttgei: )
( 426 )
la fin du XV.^ siècle et que, d'après ses ratures et corrections ^
on pouvait considérer comme original.
L'auteur, contemporain des événemens qu'il raconte, paraît
avoir e'té bien informé , et sa relation contient des détails
ignorés, surtout sur l'emprisonnement du roi des Romains par
les Brugcois» Cette histoire était destinée à faire partie de la
collection des historiens belges que l'académie de Bruxelles
se proposait de faii'c imprimer.
— Mémoires de Jehan , sire de Haynin et de Louvignies ,
contenant ce qu'il a sçeu et vu de son tems ( depuis 1463
jusquen 1-476). Manuscrit copié sur l'original de l'auteur 3
2 vol. in-fol. de 1043 pages.
Ouvrage d'un contemporain allié aux plus illustres familles
des Pajs-Bas, qui fréquentait la cour de Philippe-lc-Bon et
qui accompagna le comte de Charolois dans ses expéditions
militaires en France et au pays de Liège. Il décrit avec la plus
grande naïveté ce qu'il a vu et ce qui lui a été rapporté par
des téraouis oculaires qu'il cite le plus souvent , et donne entre
autres des détails neufs sur la bataille de Mont-le-Héry et sur
la prise de Dînant. Il sert souvent de correctif à Comiues.
Le manuscrit original appartenait à M. Gabriel Dclmarmol.
L'écriture et l'orthographe en étaient si mauvaises, que M. Gérard
fut obligé de le copier de sa main.
Ces mémoires se trouvent à la bibliothèque de Bourgogne
sous le n.°* 96o6 et 947. Ils étaient destines à faire partie
de la collection de l'académie de Bruxelles, ainsi que de celle
de la commission de 1828.
— Précis des lettres originales de V empereur CJiarles- Quint
et de celles de Marie , gouvernante des Pays-Bas , écrites en
ll5o2 et relatives à la délivrance du lantgrave de Hesse j
retenu à Malines. MS. in-4.° de 96 pages.
Copie du précis fait par le comte de Wjnants, garde des
Chartres de Brabant.
— Lettres de Marguerite , duchesse de Parme , gouvernante
des Pays-Bas , écrites en lo64 et li56o à dijférens évoques et
aux conseils de Flandre , de Hainaut et d' Artois , au sujet
( 427 )
de la piihlication du Concile de Trente dans les Pays-Bas , avec
les avis rendus par lesdits conssils sur les décrets dudit concile ,
gui étaient contraires aux hauteurs et prééminsnces de sa majesté
et aux privilèges de ses sujets ; le tout tiré des registres des
états de Flandre et d'Artois. MS. in-fol. d'une écriture du
commencement du XVII." siècle , et composé de 129 pages.
On ne connaît pas d'autres copies de ces lettres , qui sont
curieuses et intéressantes et qui n'ont jamais été imprimées.
A propos du concile de Trente, M. de Reiffenbcrg fait ob-
server qu'à la LiLliotlicque de l'université de Louvain , on
conserve un manuscrit qui a appartenu autrefois à F. Verdusscn
et qui est intitulé : v
Liber itineris et successuum ejusdem facti, per Rev
Petrum T orsiium, épis. Aquensem ac comitem ...cjtm esset
in legafione sua ad Gerinaniatn ad intiniandiLm générale con-
ciliumincivitate Mantuœ , loo7. MS. in--i.° de 148 pages.
11 poursuit ensuite sa revue des manuscrits de feu M. Gérard.
— Verhael van îiet magistract van Antwrrpcn aen den
HertogJi van Alha , îioe sy Jiun g:<lra?gen liehhen in de Iruu-
helen. Ms. in-fol. écrit vers le milieu du XVI.*= siècle j 102 pages.
C'est la justification que le magistrat d'Anvers , traduit devant
le tribunal des troubles pour ne pas avoir empcclié les désor-
dres de cette ville dès le principe , présenta au duc d'Albe et
aux membres de ce terrible conseil , le magistrat y rapporte
ce qui s'est passé ù Anvers, depuis le mois de septembre 1363
jusqu'au 2B avril 1387, et les moyens qu'il a mis en usage
pour rétablir l'ordre.
On croit que ce factum est l'une des copies originales dé-
livrées aux membres du conseil des troubles, 11 n'a jamais
été publié; seulement Pierre Bor en a tiré parti dans son
excellente histoire des troubles des Pays-Bas, et il le cite , 1. 1,
p. 211, de l'édition de 1679.
— Traduction originale de Vespagnol en français , faitj
par le secrétaire du conseil des troubles , Prats ; d.^s inter-
rogatoires et réponses du comte d'Eginont , faits le 12 et 11
( 428 )
novembre 1 S67 par h licencié Vdrgas et le docteur Dsl Rio ,
commissaires dénommés par le duc d^ Alhe. Ms. in-folio.
Cette pièce authentique, du plus haut intérêt, est signée
par le secrétaire du conseil des troubles , Prats. On ne la trouve
point parmi les documens du procès des comtes d'Egmont et
de Horncs recueillis à la fin de la traduction de Strada, et
imprimés à Bruxelles en 1719, ni dans aucun autre ouvrage.
Feu M. Lcclcrcq , de Mons , qui mourut à Bruxelles , était
parvenu à s'en procurer une copie dans laquelle M. de Reif-
fenLcrg avait trouvé que le comte d'Egmont était né au châ-
teau de la Hamaide dans le Hainaut, circonstance inconnue à
tous les historiens et biographes , et qu'il a consignée, en 18212,
dans son édition de Van der Vjnckt.
— Diarium Francisci Sonnii , legati Philippi II , ad
summum pontiflcem.
Journal du voyage fait à Rome en lo38 sur l'ordre du roi
Philippe II, par François Sonnius, pour solliciter, près du
pape Paul IV, la division des anciens évêchés et l'érection
de nouveaux dans les Pays-Bas. Il contient les instructions
données à Sonnius , les harangues qu'il fit au pape , ce qui
se passa dans les congrégations des caixlinaux, les différens
mémoires présentés par Sonnius. Les ratures et corrections de
la main de Sonnius démontrent que ce sont les minutes ori-
ginales. On voit par une note d'une écriture du commen-
cement du XVII.'' siècle , et qui se trouve en tête du vo-
lume, qu'il a été acheté en 1600 dans une maison mortuaire
à Anvers. Il forme un iu-fol. de 127 pages.
— Mémoires remarquables concernant les troubles des Pays-
Bas au X.KI.'^ siècle. In-fol. de 8â4 pages.
On y trouve les commissions des inquisiteurs, plusieurs
lettres de PliiHppc II au duc d'Albc , différentes sentences
rendues contre les confédérés , quelques libelles semés dans
les villes des Pays-Bas ; des dépêches du duc d'Albe aux gou-
verneurs des villes et provinces, etc. j écriture de la fin du
XVI.« siècle, à l'exception des dernières pages et de la table
qui sont d'une écriture moderne. Le volume est orné d'un
( 429 )
dessin reprcsentant des Gueux ou confédérés. Il contient des
pièces concernant les provinces wallonnes, lesquelles ont été
inconnues à P. Por et aux autres historiens des troubles des
Pajs-Bas.
— Histoire de la guerre civile des Pays-Bas , par Pontus
Payen , in-folio de -i23 pages, copié sur un manuscrit du
XVI.®, siècle de la bibliothèque du duc Charles de Lorraine,
gouveraeur-général des Pays-Bas autrichiens.
— Diplomata BrahanticSy ou recueil de diplômes, traités
et autres actes concernant le pays et duché de Brabant
depuis 978 jusqu'en 1S33. In-fol. de 282 pages.
Les pièces contenues dans ce Yolume ont été copiées sur
les originaux qui se trouvaient dans la chambre des comptes
à Bruxelles, et dans les archives des différentes villes et ab-
bayes du Brabant.
— Tahle chronologique des diplômes, c/ia?'tres , titres et
actes , tant imprimés que non imprimés , concernant C histoire
du pays et duché de Brabant, 3 gros vol. in-folio,
— Notices historiques et anecdotes concernant le comté de
Flandre j depuis 137o jusqu'en 1-478. In-folio de 243 pages,
écriture moderne.
Ces notices sont tirées de différens registres de la chambre
des comptes de Lille et de quelques anciens mss. Elles con-
cernent principalement l'histoire des mœurs et usages.
— Diplomatarium Flandriœ, ou recueil des diplômes des
comtes et comtesses de Flandres, depuis 10o6 jusqu'en 14156.
4 vol. in-fol. d'une écriture moderne.
Tiré de la chambre des comptes de Lille , de celle de Bruxelles ,
des archives de quelques abbayes et d'anciens mss. Il ne serait
plus possible de rassembler aujourd'hui une collection aussi
complète.
— Recueil de diplômes, traités, lois , etc» , pour servir à
Vhistcire du comté de Flandre sous le comte Baudouin , depuis
1190 jusqu'en 1214. In-fol. de 130 pages.
— Diplomata Namurcensia ah anno 1185 ad 1308. Tu-fol.
2!J
(430)
— Diplomatarium Luxeniburgsnse ab anno 1201 ad 1-488.
In-fol. de §84 pages.
Il n'existe aucune copie de ce recueil. Les actes qu'il ren-
ferme ont e'té copie's sur ceux qui reposaient à la chambre
des comptes de Bruxelles. .
— Table chronologique des diplômes , cJiartres , traités et
autres titres concernant V histoire des dix-sept provinces des
Pays-Bas , qui se trouvaient dans la chambre des comptes à
Bruxelles et ailleurs, et cjui n'ont pas été impj-imés ; rangés
par ordre chronologique depuis 1159 jusqiten 1300. 2 vol.
in-fol.
— Catalogue de tous les manusciits qui étaient dans la
bibliothèque publique dite de Bourgogne j à Bruxelles, avant
Vannée 1794, lorsque la plupart en furent enlevés savoir:
les manuscrits de V ancienne bibliothèque de Bourgogne , ceux
de la bibliothèque de Marguerite d^ Autriche , duchesse-douai^
rière de Savoie , ceux provenant des bibliothèques des jésuites ,
ceux provenant de la bibliothèque du duc Chaiies de Lorraine-,
enfin ceux qui furent achetés par Vacadémie des sciences et
belles-lettres de Bruxelles, 3 vol. in-fol.
M. Willems s'exprime ensuite en ces termes :
« Dans la séance de l'académie de Bruxelles , du 5 fé-
vrier 1777, M. Des Roches a lu une dissertation sur Thistoire
diplomatique d'A Thyino et sur la chronique du continuateur
de Clericus, deux ouvrages dont la publication est confiée à
M. de ReifFenbcig et àmoi. Cette dissertation n'a pas enlièic-
ment vu le jour ; on en trouve des extraits et une analyse
dans le journal des séances de P Académie , imprimé en tctc
du second volume des mémoires de ce corps savant, pa-
ges XL -XLIV. Si je ne me trompe, elle fait partie des ma-
nuscrits délaissés par M. Van Hulthem.
» Dans l'intcrct de nos travaux , je croîs utile de relever
les erreurs où est tombé l'auteur de cet opuscule.
» Avant M. dos Roches , presque tous nos bibliographes
avaient répété que la chronique manuscrite du continuateur
des Brabandsche gesten était une traduction de l'ouvrage
(431 )
(l'A Thymo (1) et c'est ce que le savant académicien ne voulut
pas admettre. Pierre A Thymo , dit-il , mourut en 1473, âgd
de 80 ans ; cette date est avouée de tout le monde. Le poète
flamand, continuateur de Clericus , acheva la première partie
de son ouvrage en 1402 , lorSvqu'A Thjmo avait tout au plus
neuf ans accomplis. Voici la suscription du 6.*' livres des Gestes :
Dit was volscreuen ende voldiclit ,
Int wout van Sonyen, doe ic n cont,
Op sente Barbelen auont ,
Als men screef iioch min nocli mee
Dusent vier bondert ende twee.
» Cette preuve paraît sans réplique , et M. des Roches y
ajoute encore d'autres argumens, puises dans le texte flamand
qu'il compare à l'auteur latin; puis, appelant l'attention du
lecteur sur le prologue de la chronique , dont il rapporte en
partie le texte original , il demande s'il est possihle de conserver
encore le moindre doute à l'e'gard de cette prétendue tra-
duction. En effet , dans ce prologue le poète dit avoir lu les
cinq livres des Gestes des ducs de Brabant qui finissent en
1350. Un homme éclaire l'engageait à les continuer. Il s'en
excuse d'abord sur son peu de talent j mais il s'y résout enfin ,
persuadé que son ami le redressera s'il tombe dans l'erreur.
Il l'invite à corriger un ouvrage , entamé à sa prière, le
priant d'y ajouter ce qui serait utile et d'en élaguer les dé-
fectuosités :
le bidde bem die tny des bad
Voert te diclUeu dese Listorie ,
Dat Ll aensie die clein niemorie
Mijns arinen stompers grof ende ruut,
Die corrigere , set in , doe wt
Alsoe bem dat sal ghenoegbeu.
» D'après cela M. des Roches , ne soupçonnant pas que
cet ami pût être le trésorier de l'éghse de S.'" Gudule, assmc,
(t) Voir le prologue de Y Excellente cronike van Brahant , Foppens ,
Pacjuot , etc.
(432 )
sans crainte d'être démenti par ceux qui confronteront les
deux ouvrages, qu'on ne vit jamais des dessins moins calques
l'un sur l'autre , des routes plus contraires , des matériaux
moins ressemblans , en un mot deux livres qui annoncent des
différences plus marquées.
» Qu'il me soit permis d'exposer en peu de mots les motifs
que j'ai à faire valoir contre l'opinion , d'ailleurs si respectable ,
de M. des Roches. Comme celui-ci possédait le manuscrit
original de la chronique, corrigé en beaucoup d'endroits de
la main de cet ami dont parle le prologue , on peut d'autant
moins lui pardonner une méprise. J'ai examiné, et, j'ose dire,
avec un peu plus de soin que lui , ce manuscrit original, dans
lequel il y a des ratures et des corrections fort curieuses que
je reproduirai dans le texte à publier. Il fut vendu 32 florins
10 sols de change à la vente des livres de M. des Roches
( n.° 1063 du catalogue), qui l'avait acquis de l'échevin
Verdussen. Antérieurement ce livre avait appartenu au poète
anversois Gevartius , dont il porte la signature. Il est sur
papier, format petit in-folio, à deux colonnes, écriture de la
première moitié du XV.** siècle. Le 6.^ livre des Gestes , ou
la première partie de la continuation de Clcricus , n'a pas
été achevé en 1402, comme l'affirme M. des Roches , mais bien
en 1432 , lorsque Pierre A Thymo avait atteint l'âge de 39 ans.
Voici ce qu'on lit à la fin de ce livre :
Dit was gheschreuen eude voldicht
Als men screef noch miu nocli mee
M. iiijc. XXX eude twee.
» M. des Roches a copié la fausse date qu'il a trouvée dans
une autre copie des Gestes dont il était possesseur, provenant
également de Gevartius (n.° 1788 dudit catalogue), et oîi on
lit effectivement :
Dosent vier liondert ende tvree
» Cependant il eût dû reconnaître l'erreur du copiste, en
comparant son travail avec la composition originale, ou même
( 433 )
par cela seul que le livre 6.* contient le récit de plusieurs
événemcns d'une date postérieure a 1402. La mort de la
duchesse Jeanne, arrivée en décembre 1-406, y est rapportée
tout au long, et l'auteur fait à ce sujet la remarque suivante :
Je sacli by Trou Johannen tiden
Den selcken op Iioege peerdea riden
Die na liare doot, sere cort na dat,
Metten clederen inder modren sat.
» C'est-à-dire : « J'en ai vu qui montaient des chevaux
superbes au temps de la duchesse Jeanne , mais qui , peu après
sa mort, laissaient traîner leurs habits dans la boue. »
, » En tête du manuscrit original, M. Verdussen a écrit de
sa main : hoc chronicon Pétri Thimensis, eodem auctore curante ,
in rhytmos vernaculos translatum est , indication en tout con-
forme au témoignage de nos bibliographes anciens , mais qui
n'a pas la portée que M. des Roches voulait lui donner. Il
ne s'agit pas ici d'une traduction du Recueil diplomatique
d'A Thjmo, ouvrage qui ne comporte pas le titre de chro-
nique , mais de quelqu'autre histoire manuscrite du même
auteur. Néanmoins on peut lui donner le nom de chronique
traduite en partie sur le grand recueil d'à Thymo , car il est
très vrai que le poète flamand a rendu fidèlement , dans ses
rimes , les diplômes de ce recueil , autant que ceux-ci se
rapportent à la période historique dont il avait à dépeindra
les événemcns. J'ajouterai que la suscription cfui se trouve eii
tête de la table des matières , dans le manuscrit original , ett
de nature à détruire tous les doutes. On y lit :
Ta fêle vanden KI,'^" boeckevanden Croniken van Brahant ,
tvelke Croniken in latyne gecompileert zyn van meester Peter
de Thinio , trésorier van sinte Goedelen te Bruesftel , iiten
welken dese yerst in dietsce gemaect zyn ende van hem gevisiteert.
» C'est-à-dire : (( Table du sixième livre des chroniques du
Brabant , lesquelles chroni(jues sont compilées eu ' latin par
maître Pierre A Thjino, trésorier de Saintc-Gudulc , à Bruxelles,
et sur lesquelles les préscutes ont été composées pour la pre-
mière fois , et par lui revues. »
(434)
)) Je conclus de tout ceci , que Pierre A Thyrao , après avoir
composé son grand recueil , s'est aperçu que celui-ci présentait
une lacune , en ne retraçant pas ou en retraçant trop impar-
faitement les faits historiques qui se liaient à son travail. Il
a donc engagé notre auteur flamand à compléter l'ouvrage
de Clericus d'après des matériaux qu'il lui fournissait lui-même ,
en langue latine, et c'est à quoi nous devons les 6.*^ et 7.*= livres
des Gestes des ducs de Brabant , qui sont de la plus haute
importance pour IhisLoire de cette province. »
M. Wamkœnig demande alors la parole pour un rapport
sxir la chronique de S.* Bavon.
« C'est avec une vive satisfaction que j'ai reçu , dit-il , de
M. de Ram la nouvelle que le ms. original de la chronique
de S.*-Bavon , perdu depuis quarante ans, avait été retrouvé
et acheté pour le gouvernement. Chargé de la publication
de cette chronique , j'en demandai aussitôt communication à
M. le ministre de l'intérieur. Ce n'est que le 2 mars que le
manuscrit me fut envoyé par M. Marchai , conservateur de
la bibhothcque de Bourgogne, qui l'avait fait relier à neuf,
» On sait que ce manuscrit doit sa haute réputation d'an-
tiquité et d'importance au Prodromus de Nélis, et après lui,
au chanoino de Bast, qui tous deux placent ce manuscrit
au XII.*' siècle, parce que la chronique cesse à l'an 113â ^
et que, partant, son auteur était mort à celte époque.
}) Plusieurs passages de ce manuscrit avaient été publiés
par André Duchesne, Graraaye, Liudanus, Sanderus, Butkens
et le savant Kluit, qui même l'avait vu à Gand.
» Une chronique originale inédite du XII.^ siècle était une
source d'histoire de la plus haute iuiportance, et l'on conce-
vra que j'attendais ce trésor avec impatience.
» Cepcndaiit (en lo33) mes études sur la Flandre m'avaient
fait douter de l'existence de cette chronique tant vantée, et
qu'on ne trouvait nulle part. Un chroniqueur de S.* Bavon
qui écrivait vers l'an 1290, Jean de Thielrode (1), dont le
(i) J'ai donné une description détaillée de sa chronique dans moa ouvrage
historique sur la Flandre, t. i, pag. 4; - 49.
(435 )
manuscrit original appartient à M. Lammens, bibliothécaire
de l'université de Gand, dit, au commencement de son ou-
vrage , que le monastère de S.*-Bavon n'avait presque pas de
chroniques avant lui, ce qui l'avait engagé à en écrire une.
» L'ouvrage de Thielrode, semblable à l'histoire universelle
de jMartlnus Polonus , contient, vers la fin , les passages sur
l'origine du château de Gand et du monastère de S.* Bavon,
passages qu'on attribue à notre chronique.
» Mais le poids d'une autorité telle que celle de M. Nélis
fît que je n'osais nier l'existence d'une chronique de S.* Eavou
du XIl."^ siècle.
M Grande fut donc ma surprise lorsqu'à la réception du
manuscrit original de cette chronique, j'ai reconnu que son
écriture datait du XV." siècle et peut-être même du com-
mencement du XVI.''. Et cependant on ne peut élever aucun
doute sur l'identité du manuscrit avec celui dont parle
M. Nélis; car il provient de sa succession, et porte le n.° 83
du catalogue des manuscrits de S.* Bavon.
» Non seulement le manuscrit, mais la chronique elle-
même, apparlient au XV° ou au commencement du XVI.® siècle.
Il est impossible que le savant Nélis ait cxaniiné cet ouvrage.
Il se contente de dire que son auteur a souvent transcrit
Sigebcrt de Gembloux.
» Mais, outre cola, l'auteur de la chronique de S.* Bavon
a puisé chez des auteurs postérieurs à Sigebcrt de trois siècles
et plus. Sans avoir vérifié le ms. en entier, j'ai trouvé plu-
sieurs passages dans lesquels l'auteur donne des extraits de
chroniques écrites au XV.® siècle, et dont il cite les noms
d'auteurs ex professa,
» C'est ainsi qu'en parlant de la naissance de Charlemagne,
à l'année 742 (fol. 10 r.), il rapporte le passage suivant de
Tritheim :
)) Carolus magnus îifttus est in împeriaîl Castro IngeHieim,
ut scribit ahhas Spaii/iemensis in lihro de illustrihus Ger-
maniœ.
» Et en 826, en parlant d'Eginhard ( foL 21 ) , il domic
(436)
un extrait d'un autre ouvrage de ce Tritheim, savoir de son
livre de scriptoriôus ecclesiasticis. J'ai vcrifîé le passage de
Trit/ieim , il est presque littéralement transcrit dans le ms.
» On sait que Tritbeim mourut l'an lolG, aLbé de Span-
heim ou de Sponheim, en Allemagne; il passait pour un
des chroniqueurs les plus célèbres du temps : la plupart de
ses ouvrages appartiennent cependant au XV."^ siècle.
» Outre les passages que nous venons de citer, la chro-
nique de S.* Bavon contient encore des extraits de celle
de l'abbaye des Dunes, et notamment de l'abrégé de l'ou-
vrage de Brando , fait par Adrien de Budt, et pubbé par
Sweertius. Aussi l'auteur de la chronique n'en fait-il pas un
mjstèr-e : il cite Adrianum Budt , monachutn DuJiensem , à
l'année 837 (fol. 12, en reproduisant l'étjmologie du mot
Flamingus , donnée par ce dernier.
)) Adrien de Budt écrivit vers l'an l-i66 et mourut l'an 1-488.
» Nous espérons, en préparant l'édition de cette chronique,
trouver encore d'autres preuves qr.i détruiront l'opinion des
auteurs du pays sur l'ancienneté de ce monument historique.
» Il mérite néanmoins les honneurs de la publication, car
il contient un grand nombre de faits qu'on chercherait peut-être
Tainement ailleurs.
» Nous observerons seulement qu'au lieu d'être placé avant
la chronique de S.* Bavon, publiée par M. Pertz, d'après
un ms. du XIV.^ siècle, et avant la partie de la chronique
de Jean de Thielrode, il ne doit trouver place qu'après ces
ouvrages. »
M. Warnkccnig lit ensuite des
Notices sur des manuscrits relatifs à l'histoire de la Bel"
gjque , qui se trouvent dans quelques hibliotJièques publiques
d'Allemagne , d'Italie et d'Angleterre.
« Les gouvcrncracns , dit-il, qui conçurent le projet de
publier des documens sur l'histoire de leurs pays, firent faire
de tout temps des recherches dans les bibliothèques des pays
étrangers, pour connaître les trésors littéraires qui pouvaient
y être cachés et dont rimportancc se rattachait au but de
leur entreprise.
(437)
» C'est ainsi que le savant Bie'quigny fut envoyé en An-
gleterre eu 176-4 (1). La commission des Records de Londres
fait voyager sur le continent, et la société pour la publica-
tion des monumens historiques de l'Allemagne a constaté non
seulement dans toute l'Allemagne, mais en Italie, en France,
en Belgique et ailleurs, les manuscrits relatifs à l'objet de sa
mission.
» Peu a été fait Jusqu'ici pour la Belgique; mais l'esprit
cosmopolite des savans allemands n'a point été sans utilité.
L'histoire de la Belgique se rattache à celle de l'Allemagne;
les savans de ce pays ont aussi exploré les manuscrits qui nous
intéressent. Ils ont inséré , dans les six volumes des archives de
Ici société pour les monumens historiques sur P Allemagne (2),
des notices dont le haut intérêt est trop national pour que
nous n'en donnions pas ici communication. Nous ignorons
cependant si cette notice sur les manuscrits relatifs à l'histoire
beigique , qui se trouvent dans les bibliothèques publiques de
l'Allemagne , est complète. — Nous présenterons un extrait
de chaque volume.
» T. I, p. -4-47, M. Dumgé fixe l'attention sur un chro-
nicon Flandriœ , que le savant UfFenbach avait vu dans la
bibliothèque de M. Van Alkemade, à Rotterdam. C'est la
chronique du moine de Gand, de 1296 à 1310. Elle est pu-
bliée sur l'original qui existait à la bibliothèque de Hambourg
en 1823, et sera insérée dans notre collection des chroniques
flamandes.
» Notre correspondant de Hambourg nous apprend que
l'original de la chronique a disparu depuis la mort de
M. Hartmann. Mais les archives de la Flandre orientale ont
fait l'acquisition, en 1833, à la vente de la bibliothèque de
M. de Koning, à Amsterdam, d'une copie faite au -XV III. ^ siècle.
Cette copie ne pourrait-elle pas être celle qu'UfTenbach avait
(i) Voyez sa correspondance publiée ])ar M. CliampoUiou-Figeac en l€3i.
(?) Ardiiv. dcr GoM-lUclidlt lur dout>clir Gficliichlkuudc.
( 438)
vue à Rotterdam (1) ? A moins cependant que le manuscrit
de Hamljourg ne fût celui d'ALkemade, puisqu'il provient de
la Bihliolh'ca UJjfenbacJilana.
)) D'après le catalogue de la bibliothèque impe'rlale de Vienne,
înscré dans le %° Yoliime des archives, on y trouve, pour la
Belgique , les manuscrits suivans :
I Armoire I n,°^ 20. j. Antverpîensis ciuitatis statuta.
Belgica historia.
jid helgicam historîam perlinentia.
Belgici œrarii leges reformatoriœ,
Belgici œrarii recte administrandi statuta.
De Burgundinis rébus tractalus.
Ducis Yohannis defensio de cœde Au-
reliani.
Philippi boni res gestœ àb anonymo
coœvo , fartasse Ludou. Cescares (?).
(4 10) Burgundiœ ducis Philippi Epîta-
phiuin.
Notata quœdam de Carolo audac. Bur-
gundiœ duce ; cod. Chartaci Sœc. XV, fol.
Carmen rythmicum de gestis et morte
Caroli audacis.
44- Chronique de Valenciennes , în-4.°
Flandriœ coinitum Balduini , Ferdinandî ,
Johannœ , Roberti diplomata quœdam.
(i) Il n'est pas probable que la copie du Chronicon Flandriœ monachi gan-
densis 1296- i3 10 , achetée par M. Serrure, pour les archives de la Flandre-
orientale, à la Tente des manuscrits de J. Koning , faite à Amsterdam, le
29 avril i833, et désignée dans le catalogue de cette vente sous le N-" 5,
Boit celle que le savant UffenJjach vit daus le siècle dernier , chez Alkemade.
L'indicatiou de Chronicon Flandriœ est trop vague pour devoir se rapporter
précisément à celle-ci, et il est plutôt à croire que la copie de Koning ect
l'une des deux que possédait Verdussen d'Anvers , en 1776 , et qui se trouvent
décrites dans son catalogue, t. i. p. 2^5, sous le N." 52 : Flandriœ chroni-
con ah anno 1296 usque ad annum i3lo, auclore AnonjTiio, monacho con-
ventus J'ratrum minoritrn gandavensiuin, mss. in-fol. nitidiss,, et sous le Tf.
suivaut. Idem chronicon in-fol. nitidiss.
Noie des Rtd. du Messager.
2
E
102.
3
J
10^.
4
146.
5
184.
6
Hoh.
94.
7
37.
8
H. P.
8i5.
9
576.
10
S. J.
611.
II
J
244
12
E
44.
i3
J
23q.
i5 J
239,
i6 H. P.
239,
17 J. C.
62
18 /. C.
67
»9
45
20 H. C. P.
21 S. 11.
201.
( 439)
ï4 -H. -P- i4'' Flandrice comitum , Balduîni harbatl ,
calvi ,j unions , Gotfredi ducis, Otgiuae
uxoris atque Giselœ sororis Balduini
barhatl , et Elslrudis Balduini calvi
uxoris , Epitaphia.
Bruges urbis aniiquœ jura et privilégia.
LuceburgensiumetMettensiunirerumhreve
cronicon ad annum 1294.
Leodiensis capîtuli epistolœ ad Papam.
67. Episcopi dispensatio quœdam durante
schismate.
Leod. Episc. epistolœ.
Ducum Lucehurgensium genealogia.
Sanctce Ludgardis monialis in Acqueria,
monaslerio Brahantiœ , vita a quodam
anonyme ordinis predicator. scripta.
(Chart. S, 16. in-4.°)
22 H. P. Lutgardis fdice Arnuphi magni Epita-
phium.
» Il est à regretter que les indications de ces 22 manuscrits
soient si brèves , si incomplètes : nous desirons qu'on puisse
faire examiner ces manuscrits par quelqu'un qui soit fami-
liarisé avec l'bisLoire ancienne de ce paj's.
» Dans le tome III des archives, page lo7, se trouve une
lettre de M. le ministre Falck au baron de Wagenbeira , par
laquelle il lui fait connaître qu'il existe aux environs de
Munster, en Westpbalie, des documens rassemljlcs parles
Bollandistes , pour la continuation des ylcla Sanctorum. Dans
le même volume , on trouve le catalogue des manuscrits
d'Oxford et de Cambridge ^.-438); il mentionne de plus une
genealogia comitum Flandriœ , n.° 2264 de la Uibliutheca
Vossiana,
)) Le catalogue publié de la bibliothèque du Vatican contient
JFrederici I i}rii>ilegium pro Leodienslbus (n.°3o81).
» A Vienne, un catalogue hist. prof, indique, n.° 141,
Arnulphl J unions comilis Flandriœ cpilaphiuni (p. 1587).
» M. Fœrbcr a trouve à la suite d'un manuscrit d Eginard ,
en 1821, à Londres, un chronicon ab a/nio 646 ad 1189,
conscriptiim , ut vidctur , a Bclga aliquo vd Balavo, Ib. p. lilO).
( 440 )
» Le voi. IV contient (p. -412) des renseignemens donne's
par M. Ritz d'Aix-la-Chapelle sur les archives de Stavelot et
de Malme'dj.
» La bibliothèque Barherini à Rome possède (2.* catalogue,
n.° 911) un ms. intitulé: Flandriœ comitum cJironica.
» Le 5.^ volume donne les notices suivantes ( p. 20-4 ) : Un
nis. n.° 3887 de la bibliothèque du Vatican contient entre autres :
J^ita Jacohœ ducissœ Hollandïœ ( sans doute une biographie
de la célèbre Jacqueline de Bavière) , et sous le n.° 3881 un
cartulaire de l'évêché de Liège (1), commençant à 980 jusqu'en
1427. On cite les chartres inédites de Henri III, de l'an 1054;
de Charles IV, de 13-46 ; de Clément VI, de 1347 ; de Rodolphe
de Habsburg , de 1290; de Guillaume de Hollande , de
1234, etc. (p. 336).
» La bibliothèque de Berne possède, n.° 65, dans un ms.
du XV.^ siècle : yinoujini chronicon episcoporum Tungroruin
slve Leodiensium usque ad annum 1483 (en flamand).
» Le 6.^ volume énumère , dans le catalogue , des mss. de
WolfFenbuttcl (p. S) :
» Lamherti canonici Sancti Audomari lioer Floridus. Ms. du
XL* siècle , in-folio : c'est le même ouvrage qui se trouve
aussi à la bibliothèque de l'université de Gand; mais il est
du XII.^ siècle (page 19).
)) Chfonica Flandriœ nœpigrapJium et anonymum. Ms. du
XV." siècle. C'est le ms. dont nous avons lendu compte dans
la séance du 26 octobre 1834 et que M. Schoeuemann fait
collationner en ce moment à WolfTenbuttel.
)) Ce n'est donc pas une copie jjioderne comme nous l'avions
pensé d'après la lettre de M. Schocncmarm ( Voir la séance
du 28 octobre, n.° 17, p. 74).
» Ou possède à celle de Banibcrg :
)> Chronicon ah exordio mundi ad annum 982 , scriptum
àb aliquo monacho S, Vedasti in Gallia Belgica ( pag. 80 ).
(i) Ce cartulaire doit nous intéresser , vu que les Chartres origiuales de
l'évèclu'- de Liège sont perdues.
I
( 441 )
)) La bibliothèque de Gotha possède le manuscrit autographe
de Sigisbcrt de Gembloux , conserve autrefois à Metz, où Sigebert
e'crivit cette chronirpie (ms. n.° 61).
» Deux niss. de la célèbre abbaye d'Epternach , fondée
par Saint Willebrord , savoir :
)) G. 70. p^iia scli JVilltibrordl et aliorum. Le ms. a été
écrit l'an 1078.
» G. 74. Le cartulaire d'Epternach, écrit au XIIL" siècle
(page 102) (1).
» Aux archives impériales à Vienne on conserve un ms.
intitulé :
» Tractatus parentelœ Burgiindianœ , ou négociations re-
latives au mariage de Marguerite de Bourgogne avec le duc
Léopold IV d'Autriche.
» De plus un cartulaire des ducs de Bourgogne intitulé :
PJiilippus 1-4-18. Il contient :
» a ). Infeudationes provlnciarum Lotliaring'iœ , Brabantiœ ,
Limburgiœ , Hanoniœ , Flaiidriœ , per Fredericiim Impera-
torern.
» b). Literœ recognitionis Alherti , diich Austriœ , super
homogiis factis per Philippum Burgundiœ diicem.
» c). Minuta confederationU inter Philippum Burgundiœ
ducem et Austriœ ducem Alhertum, nomine Frederici III ,
imperatoris , et ratiflcationes eoruni , etc.
» On trouve encore ( page 128 ) , consigné dans les mêmes
archives , un manuscrit de Dintcrus , Chronicon ducum Bra-
hantiœ , Vllih, diuinct. liici donatuni ex libliotheca Joannis
Gervtaii. ( Lisez Gevartii. )
» Item , n.° 7 , les traités d^Arras de 1435 , de Péronne 1 468 ,
de Soleure 1473 , d'Arras 1482 , de Smlis 1493 , de Paris 1498,
» Item, n.° 17 , un cartulaire de Flandre et du Hainaut.
contenant , outre un grand nombre de diplômes sur ce pays ,
un traité sur les usages des ficfs de la Flandre et du Hainaut.
(f) Ce rnrtulaire est iinportaut pour les premuies époques de l'Iiistoire
<le la Canipiue.
( 442 )
» Item, n.° 29, Infeudatio LotJiariiig'iœ, Bràbaiitiœ , per
Fredericum Imperatorem.
« La Llbliotbcque de Goettingue a , d'après la page 202 ,
XXII "Vol. , fol. , des ms. de Viglius contenant des copies de
documens du 12.^ jusqu'au 16.« siècle. La Libliothèque de
Leipsig possède (p. 208 ) un des plus anciens mss. de Siglsbert
de Gembloux, du 11.^ et 12.^ siècle, le même que Mirœus
a employé dans son c'dition de 1609, p. 236. A Hambourg,
le ms. n.° 14 est intitulé :
» Tahulœ o'onicœ principum Flandriœ ah aevo Liderici
ad an. Christl 1-437. ms. sur papier du 16.^ siècle, n.° 186.
5) jinonymi historia helgica seu historia et insignia regum
'Austmsiœ , du 17.« siècle, n." 31 , p. 2-41.
» Joannis de Stabulaus , monaclii scti. Laurentîi Leodiensis ,
chronicon Tungrensium et IVajectensktjn episcoporum , jus-
qu'à l'an 1-434.
» Cette cbronîquc a été publiée par extraits dans le magnum
Chronicon Belglcum de Pisùorius. Ensuite le mcine ms. contient:
De origine et gente donùnorwn de Arhel, d^ Egmond , de Ber-
gen ^ etc. , p. 299.
» On a préparé, pour publier dans les volumes de la col-
lection, les auteurs suivans qui intéressent la Belgique :
)) ITita scti F~edasti episcopi alrehatensis , d'après des mss.
de Vienne.
)) Vita Dagoherti , d'après le ms. de Dresde.
1) La clironique de Sigisbert, d'après 7 mss. de Paris, de
Berne et autres, avec une suite inédite jusqu'en 1150.
9 Caroli ducis Burgundiœ prœlia et finis auclore Alberto
de Bonstetten , d'après le ms. de Paris.
» Missale Stahulense du 11.*' siècle , d'après un ms. de
la bdjliotbèque de Bourgogne, à Bruxelles, p. 71-4.
« Reinharti poemala inedita , à la même bibliothèque.
» Lettres runiques conservées à la même bibliothèque.
» Nous terminons ces extraits par une observation que nous
voudrions inculquer à tous ceux qui se proposent de publier
d'anciennes chroniques. Les savans allemands Pertz, Lappcn-
( ^43 )
bcrg , Stcnzcl et autres , donnent des rcnseigncmons sur les
sources où ont puisé les chroniqueurs, et sur la Méthode à
suivre pour mettre au joui* des éditions qui ne laissent rien
à de'sirer.
3) Nous désirons vivement que cette méthode soit suivie
chez nous. »
M. Warnkœnig dépose aussi sur le bureau un catalogue
dressé autrefois pour les Bollandistes, et contenant l'indica-
tion des mss. de l'ancienne aljbaye de St.-Picrre, à Gand.
M. Gachard dépose également le catalogue des manuscrits
de l'ancienne abbaye de Tongerloo, rédigé par lui et M.
Dugniolle , il y a quelques années. Ce catalogue est confié
à M. de Ram.
M. Gachard présente à la commission un recueil , en partie
manuscrit , en partie imprimé, qui a appartenu autrefois à
l'abbaye des Dunes , près de Bruges , et qui est aujourd'hui
conservé aux archives du royaume. Ce recueil a 282 feuillets
grand in-fol. Il contient :
Aux feuillets 3-25 , une chronique manuscrite des comtes
de Flandre , conuncnçant à Lidciic, et finissant à l'avéneraent
de Phdippe-lc-Bon. On lit en tête : Chronwa D. Adriani
De Budt , religlosi monastcril de Diinisy
Aux feuillets 26-69, une espèce de tableau chronologique,
aussi manuscrit, des principaux événemens de l'histoire du
monde j avant la naissance de J. C, suivi de listes des papes,
des rois des Romains, des rois de France, d'Angleterre et
de quelques autres. Il porte pour titre : De cursii temporum
ah exordio creaiionis ;
Aux feuillets 71-140, une chronique impwmée en 1479,
qui s'étend depuis la création du monde jusqu'au temps de
l'impression de l'ouvrage. Elle est chargée d'une quantité
d'annotations manuscrites , qui paraissent être do la main du
religieux de Budt, ci-dessus nommé j
Aux feuillets 141 -146, des listes chronologiques des rois de
Jérusalem et de Sicile, des rois et ducs de Bourgogne, des
ducs de Lothicr , de Brabant , des comtes de Flandre , des
( 444 )
comtes de Hollande et Zélande , des comtes de Hainaut , des
comtes d'Artois , des comtes de Namur , des abbés des Dunes
(de 1107 à 13G9), des comtes de GueldrC; des comtes de
la Marckj
Enfin, aux feuillets 1-47 à 202, une chronique manuscrite
iiititule'e : Annalium hrevis à Christi nativitate continuatio.
Ces annales s'étendent jusqu'à l'année 1-488. Pour les temps
antérieurs au 13.^ siècle, elles ne consistent qu'en de simples
notes j souvent une seule ligne est consacrée à une année.
A partir du règne de Philippe-le-Bon, les détails augmentent;
ils sont très-étendus pour ceux de Charles-le-Téméraire et de
Maximilien, surtout pour le dernier. Une indication placée
en tête du feuillet 179 fait connaître que le religieux de Budt
a l'édigé et écrit de sa propre main la partie de cette chro-
nique qui embrasse les années 1-484- 1-488 , et qui comprend 23
feuillets d'écriture très- serrée.
On lit, sur un feuillet blanc, à la fin du volume :
Hic liber fiierat ablatus à nehulonihus , perjidis et divinœ
atque regiœ majestatis rehellihus , anno xv.^ Lxxviij , sed di~
ligentia Joamiift TrocJiœi Brugensis , religiosi Diinensis , co-
mitisque aquarum territorii Furnensis , ah eisdem rehellihus
suhtractus , a,° 1383. Sic attester.
( Sign. ) J. Teoch.
M. Gachard pense que la première et la dernière partie de ce
recueil seraient consultées avec fruit pour l'édition des chro-
niques latines de Flandre, et qu'elles mériteraient peut-être
njcme d'entrer (Jans la série de ces chroniques.
Sur sa proposition, le volume est remis à M. Warnkœnig,
auquel la publication des chroniques de Flandre a été confiée.
M. Gachard , ayant repris la parole , s'exprime ainsi :
» Dans la séance du 27 octobre dernier , M. de Reiffcnberg
a donné lecture de l'analj'sc , faite par lui , d'un manuscrit
appartenant à notre honorable collègue M. l'abbé de Ram, et
contenant quelques documcus relatifs aux travaux des hagiogra-
( 445 )
phcs qui furent chargés , sous In règne de Marie-Thérèse , de
la continuation du célèbre ouvrage des Acta Sanctoritm.
)) J'eus l'honneur de faire observer à la commission que les
archives du royaume renfermaient une collection volumineuse
de pièces propres à éclaircir , d'une manière complète, ce point
intéressant de l'histoire littéraire de la Belgique; et, comme
elle m'en témoigna le désir, je m'engageai à lui présenter un
travail qui serait le résultat de la mise en œuvre de ces matériaux.
» Je viens acquitter ma promesse.
» La résolution que la commission a prise, de faire conti-
nuer \&s Acta Scinctorum Belgii selecta, les avis qu'elle pourrait
être appelée à émettre sur les moyens de conduire à sa fin
le grand ouvrage des Bollandistes, me dispensent de prouver
que le mémoire dont je vais donner lecture rentre dans le
cadre des travaux pour lesquels la commission a été instituée.
D'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'une des plus vastes publications
historiques qui aient jamais été exécutées, d'une publication
qui a fait tant d'honneur à la Belgique , pouirait-il être permis
de douter que, dans le royaume, aussi bien qu'à l'étranger,
on ne sache gré à la commission d'avoir recueilli tous les faits
qui s'y rapportent ? L'intérêt avec lequel ont été généralement
accueillis les extraits insérés au procès-veibal de la séance
du 27 octobre , nous est un garant à cet égard.
» On connaît fort peu de chose de l'histoire des Bollandistes,
depuis la suppression des jésuites dans la Belgique, en 1773,
jusqu'à leur translation à l'abbaye de Tongerloo, en 1789 :
je crois même que rien n'avait été publié sur ce sujet, avant
le procès-verbal de notre séance ci-dessus mentionnée.
)) Nous devons donc nous féliciter de ce que nos archives
renferment tous les documens désirables pour combler cette
lacune; ils ne sauraient être plus complets, puisqu'ils compren-
nent les décrets et autres actes du gouvernement, iclalifs aux
hagiographcs et aux historiographes ; les rapports du commis-
saire impérial chargé de la surveillance de ces établissemcns ;
la correspondance du gouvernement général de Bruxelles avec
la cour de Vienne ; les rapports laits par le prince de Kamiitz ,
30
( 446 )
chancelier de cour et d'c'tat de Marie-Thcièse et de Joseph II,
à ces deux souverains.
» Il n'est aucune de ces pièces que je n'aie parcourue et
analysée.
» Le travail que je soumets à la commission est basé, dans
son entier, sur ces documens authentiques.
)) Pour j mettre de l'ordre, je l'ai divisé en trois parties :
)) La première contient un historique succinct de l'entreprise
des ^cia sanctorum et de celle des Analecta helgka , jusqu'au
moment de la suppression des Jésuites; il m'a paru être un
préliminaire indispensable pour l'intelligence des faits qui
suivent.
)) Je fais connaître, dans la deuxième, les délibérations du
gouvernement et les dispositions qu'il prit à l'égard des ha-
giographes et des historiographes, à partir de l'année 1773,
jusqu'à leur établissement dans l'abbaje de Caudenberg.
)) La troisième enfin est consacrée à leurs travaux pendant
la période qui commence à cette dernière époque , et finit
à la cession des deux établissemens à l'abbaye de Tongerloo. »
BI. Gachard donne successivement lecture des trois parties
de son mémoire (l'étendue de ce travail ne permettant guère
qu'il puisse être inséré dans les procès-verbaux de la com-
mission, il a été convenu que l'auteur l'enverrait au Blessager
des Sciences et des Arts de la Belgique, recueil qui jouit
d'une juste réputation dans le royaume et à l'étranger). Il finit
en ces termes :
» Ici se termine l'analyse des documens que renferment
nos archives, et, avec elle, la tache que je me suis imposée.
J'ajouterai pourtant quelques mots, afin de compléter, autant
que possible, l'histoire d'une société qui a répandu un si grand
lustre sur la Belgique.
» Les Bollandistcs étaient a peine installés à l'abbaye de
Tongerloo, lorsqu'éclata la révolution brabançonne. Cet évé-
nement dut nécessairement ralentir leurs travaux.
» En 1794, ils publièrent le tome VI d'octobre des Acta
Sanctorum, le 53.o de la collection. Ce volume, qui renfer-
1
(447 )
mait les vies des saints honore's sous les dates des 12, 13 et
1-4 octorbre, fut dédie au pape Pie VI. Trois religieux de
Tongeiloo sont dcsigne's dans le titre comme ayant coopéré,
avec les Eollandistes, à sa rédaction.
)) A l'entrée des Français dans la Belgique, qui eut lieu
lu même année, les moines de Tongerloo se dispersèrent, et
les Bollandistes suivirent leur exemple. Les pères de Bye et
Ghesquière, selon M. Camus (1), se retirèrent en Allemagne,
oîi ils moururent peu après. Les pères de Bue' et Fonson, et
le père Heylen , religieux de Tongerloo , qui leur avait été
récemment associés, restèrent dans le pays. En 1801, M.
d'Herhouville , préfet du département des Dcux-Nèthes, fit
des tentatives auprès de ces derniers , pour les engager à re-
prendre leurs travaux ; elles n'eurent pas de succès. L'institut
de France , qui appréciait toute l'importance de la collection
des y4cia Sanctoruni , écrivit, en 1803, au ministre de l'in-
térieur , pour le prier d'engager le même préfet et celui de la
Dvle à tenter de nouveau d'obtenir des Bollandistes , ou qu'ils
continuassent leur recueil , ou qu'ils cédassent, au moyen
des conventions qu'on ferait avec eux , leurs manuscrits et
les autres matériaux qu'ils avaient préparés : cette démarche
demeura aussi sans résultat (2).
» Les religieux de Tongerloo avaient eu soin, en 1794,
de mettre en lieu de sûreté leurs archives et leur bibliothèque.
En 1827, des ouvertures furent faites, de la part du gou-
vernement des Pays-Bas, à ceux d'entre eux qui vivaient
encore, pour qu'ils cédassent , à l'état, les livres et les manus-
crits dont on les savait détenteurs : ils y consentirent. Les
livres furent envoyés à La Haye, oii on les déposa à la bi-
ClJ Voyage fait dans les départemens nouvellement réunis et dans les dé-
paitemens du Bas-Rhin , du IS'ord , du Pas-de-Calais et de la Somme , à la
Jin de l'an X, par A. Camus; Paris, Baudouin , ventûse an XI (i8o3) , a v.
in-i8.
(zj Foy. le voyage de Camus, déjà cit<; , et le rapport fait , le 4 germinal
au XI , à la classe d'histoire et de littérature ancienne de l'institut , par le
njtme , au nom d'une commission spéciale.
( 448 )
Lliothèquc royale : on obtint, non sans peine, que les ma-
nuscrits fussent rcserve's pour la bibliothèque de Bourgogne,
M. Dugniolle, aujourd'hui secrétaire-général du ministère do
l'intérieur, et moi, nous filmes chargés, par un arrêté de
W. Van Gobbelschroy, du 12 février 1828, de cataloguer ces
derniers. Nous présentâmes notre travail au ministre le 4 août
de la même année : il contenait 392 numéros ; tous les ou-
vrages nous parurent provenir de la bibliothèque des Bollan-
distes et du Musœum Bellarmini, On s'était flatté de ren-
contrer, parmi ces manuscrits, la continuation du travail des
Bollandistes : cette espérance fut déçue j mais nous trouvâmes
du moins les matériaux qui devaient y servir, rangés dans un
très-bon ordre , jour par jour, du 16 octobre au 31 décembre :
ils formèrent les n.°^ 368 à 386 du catalogue. Ces matériaux,
dans la supposition même qu'il faille renoncer à voir jamais
s'achever la grande collection des Acta Sanctorum , seront
toujours très-utiles : ils seront spécialement d'un grand secours
à M. l'abbé de Ram , qui , d'après le plan arrêté par la com-
mission dans sa première séance , est chargé de compléter les
jicta Sanctorum Belgli, commencés par Ghesquière. »
Il est fait hommage de la part de M. Voisin, professeur
à l'athénée de Gand et secrétaire perpétuel de la société des
beaux-aits de cette ville, de la relation de la bataille de
Courtray , composée en flamand par M. Goethals-Vcrcruysse
et traduite en français par lui , avec des notes. La comnus-
sion remercie RI. Voisin et applaudit à son zèle pour les con-
naissances historiques.
M. De Smet est prié de se charger de la publication de Din-
terus, réservée jusqu'ici à M. l'abbé de Ram, qui se trouve
surchargé de travail , attendu qu'il a en partage la rédaction
des Acta Sanctorum Belrnï.
11 est décidé que V Itinéraire de van de Nesse sera publié
par M. Gachard , malgré les extraits qu'en ont donnés M.
J.-B. Lesl)i-oussart et M. de Rciffcnberg.
Le secrétaire est invité à rédiger un prospectus.
L'impression des chrojii(j[ucs va être imuiédiatcmcut corn'
I
( 449 )
mencéc , de sorte que trois volumes seront imprimes à la fois
dans l'ordre suivant :
Première série.
Chronique me'trîque de Philippe Mouskes , c'vcque de Tour-
nai, en français, XIII.'^ siècle : éditeur, M. de RciiTcnberg.
Chronique de Jean Van Hcelu sur la bataille de Woeringen,
en flamand, XIII."^ siècle : éditeur, M. Willems.
Chroniques latines de Flandre : éditeur, M. Warnkœnig.
Deuxième série
Collection de voyages entrepris par des souverains de la
Belgique : cditei;r, M. Gachai-J.
Chronique flamande de De Klerk : éditeur , M. Willems.
Le premier volume d'A Thymo : éditeur, M. de RcilTenherg.
Troisième série.
Le premier volume des Acta Sanctorum Belgii : éditeur,
M. de Ram.
Chronique de Jean d'Outremcuse : édite ur , M. de Gerlachc.
Le pi'emier volume de Dintcrus : éditeur , M. De Smet.
Les séries suivantes seront réglées idtérieurement.
Pour extrait conforme :
Le secrétaire de la commission ,
Baro:n de Reiffenberg.
Époque d'Artevelde. — Au moment où l'on recherche
avec avidité tout ce qui peut répandre quelque jour sur
cette époque si orageuse de l'histoire de Flandre ; au moment
oïl des drames français, italiens et anglais portent sur la
scène Jacques d'Arteveldc, le principal acteur de cette lutte
du peuple contre le Comte et la France, nos lecteurs verront,
sans doute, avec plaisir, la publication, d'une lettre du roi
Edouard, déjà embarqué pour retourner en Angleterre, dans
( 450 )
laquelle il Aiit connaître les motifs de son de'part si bruscpic
et si inattendu. Ce curieux document fait partie des chartes
de la ville de Gand , et se trouve parmi celles qui furent con-
fisque'es, en lo39, par Charles-Quint. Nous devons la copie
de cette pièce à l'obligeance de M. l'archiviste Parmentier :
Edward, par la grâce de Dieu, Roi de France et d^En-
gleterre et Seigneur d'Irlande : A nos chers et bien amez
hurghmaistres , eskevins , cap i tains , et counseilz de Gaunt ,
Brugges et Jpre et autres boues villes de Flandres , et à toute
la comunaulté du pais de Flandres , saluz et conoissance de
veritet. Du bon port et naturel que vous avez eu envers nous
puis que l'alliance se Jlst jjar entre nous et vous, vous mer-
cions tant corne nous savons et poons , et vous supplions que
de celle volenté voiliez demorer devers nous en temps avenir
et si Dieu plest en droit de nous , nous tendrons les alliart-
ces et ferrons quantque en monde purrons por Voimeur etpronfit
de vous touz et du pais j mes au fin que nostre aler vers
Engleterre vous soit conuz et par si hastive manère nous vous
signifions la cause : que aucuns noz faux counseillers et
irdnistres en Engleterre se ont portez par tielle manere devers
nous 3 que si nous ne mettons briefment remède , nous
ne troverons eide nul de faire gré à vous des covenances par
entre nous et vous , ne as autres as queux nous sûmes tenus
m de maintenir nostre guerre seison , et si doutons que si nous
ne mettons eide por nous meismes , que noz mauveis minis^
très susditz mettraient hastivement nostre poeple ou mescliief,
ou en désobéissance de nous. Queux périls nous avons con-
sidérez , et en espérance que vous prendrez nostre aler si bien
por l'eide de vous corne pour nous , si sûmes alez en tielle
manère , et vous prions chèrement que vous n'el voiliez prendre,
en autre manère, car nous espérons que tost après nostre
arivaillement ^ vous aurez tielles novelles de nostre exploit que
nostre aler vous serra gréable et si nul y feust qi vorrait faire
voler autre parole que nostre aler n'est por le bien du pais
de Flandres , n\'l tiegnez mie pour amy du pais , car , od l'eide
nostre seigneur Dieux, le fait se monstrera hastivament , et
(451 )
Dieu vous vaille touz jours garder. Donné en la Meer l'an
de grâce mil CCC et quarante , le XX.VIII jour de no-
vembre.
— Sur la rive droite de la Coupure , à Gand , s' élève en. ce
moment un vaste et somptuex édifice, sous le nom un peu
hasardé de Casino , mot qui ne fait aucune allusion au but
prinoipal de cet établissement , destiné sans doute à réunir
dans ses salons tout ce qui peut contribuer aux amusements
de la partie éclairée du public , et aux agréments de la vie
sociale, dans une grande ville; mais qu'une pensée plus élevée,
plus patriotique, a voulu plus particulièrement consacrer aux
progrès des sciences et des arts.
En effet , ce sera là que se réuniront la Société de Flore
et celle de Sainte- Cécile ; l'une y fera ses expositions de
fleurs, l'autre y donnera ses concerts. Le projet primitif ap-
partient à la première de ces sociétés , et c'est au moyen d'une
souscription particulière, offerte sans distinction à tous les
citoj'cns, que l'acquisition du terrain , la construction de
l'édifice et les tracés du parc-jardin, ont eu ou auront lieu.
La régence qui avait compris combien ce nouvel établis-
sement serait utile, et contribuerait ù l'embellissement de la
ville , et aux progrès des arts utiles , s'est empressée d'encou-
rager le projet en concédant gratuitement aux souscripteurs,
une certaine partie du terrain j le comité des Etats-Provinciaux
et le gouvernement ayant successivement approuvé cette con-
cession, S. M. le roi, lui-même, ayant bien voulu souscrire
pour un grand nombre d'actions, on procéda immédiatement,
sous la direction de M. L. Roelandt, architecte de la ville,
à l'ouvrage , d'après le plan soumis à une commission et
approuvé par elle.
M. le Gouverneur civil de la province, et M. le Bourgmestre,
président de la Société d'Horticulture, avaient été invités à
poser les pierres fondamentales de l'édifice. Mais le premier
ayant été incidemment surpris par une grave indisposition ,
a exprimé ses regrets de ce qu'il ne pouvait assister à cette
solennité, qui eut lieu le 2 juin dernier, en présence d'un
( ^52)
grand nombre de magistrats, des dcpiite's de toutes les con-
fréries civiles et des sociétés consacrées aux progrès des sciences
et des arts , et d'une grande afïluence de spectateurs.
M. le Bourgmestre et l'un des anciens secrétaires de la
Société de Botanique, expliquèrent dans des discours concis,
quel était le but principal du nouvel établissement , et quels
étaient ses moyens et ses espérances de succès.
Après ces discours, le procès-verbal signé de tous les ma-
gistrats et députés présents à cette solennité, ainsi qu'une
inscription contenant tous les détails auxquels on vient de
faire allusion, et frappée sur une table de bronze, avec plu-
sieurs médailles et le plan même de l'édifice, furent placés et
scellés dans l'intérieur de la pierre.
Comme cette inscription qui n'a pas été imprimée , paraît
n'être destinée à revoir le jour qu'après un intervalle de temps
dont il n'est pas donné aux prévisions de l'bomme de calculer
la durée , nous avons cru devoir la recueillir comme un do-
cument historique; la voici :
j^dem sumtuosam
Sacris jlorallbus bis in anno celehrnndis ,
Complures 6'ocietatis Botanlcse Gœulaxens'is sodales
yi fundamentis ex œre priva to extiiiendam
Sociosque sibi musices D. Cœciliœ choros
Adjungendos esse
Censuerunt,
Qiiod quidem proposîium,
TJt ornamento urbis sic vivium obh'ctamento
jidconimodatissimum ,
Consul et viuniclpes adprobarunt ,
Et parte altéra sumtit sociorwn coemtd ,
Partem îiancce soli ad hos fines
Ex décréta adsi s^nai'unt et concesserimt.
Et îioc decretum,
Adsensu comilioriim prowlncix Jlatulnx orientsMs firmatiim ,
( 453 )
Princîpîs adprohationi ex lege submissum,
Remam. sanctionem ohtinuit.
Hoc autem festo die H menu?, , jun\, anni Jif.D.CCC.XXXF ;
Ad principes œdis lapides poTiendos,
Alterum nohiliss. vir Karolus vice cornes Vilain XIIII ,
Provinciœ guhernandœ ah rege prœfectus ;
Atterum vero consulliss. vir Joseph, Van Cromhrugghe I.V.D'
Urhis rector , et conlegii botanices prœses ,
'Désignait et invitati ;
At prier incidenti morbo inpeditus (1).
Quo scilicet tempore urbis administratio
Mandata erat clariss. VV. ( viris )
N. N. N. N.
Ex Soc. Botan. deh-gati solennihus adstabant
N. N. N. N.
Ex Soc. miisices D. Cœciliœ ,
N. N. N, N.
Aliique quant plures ex omni civium ordine ,
Ut meritis sic beneficiis clarissimi.
^jdis ôfêayfuÇiuv et tvfu^fiitty invenit.
Et opéra direxit Ludov. Roelandt, Neoport,
ILebus municipii œdilihus prœposito ,
Pa/atI acadcvaicx architectus.
At ne diei festi hnjus ,
Nec benefactorum memoria periret,
Hœc omnia œri inscribu?ida,
Et in ipso lapidis utero includunda esse ,
Conlesium XII virorum
(i) L'artislp a pu le matin mi^mc ajouter cette lif^iie , sans nuire ni à la
constructioa de la phrase, ni à rclcgance de l'asuvre grayée.
( 454 )
Quos instituti curatores prœfecit
«Sbcietas So^anica ,
Ex voto decrevit,
(Seqq. nomina XII virorum)
His omnibus , ceterisque ,
Qui de fLorum et musices cultu ,
Bonisqiie artibus et liberaliori studiorum ratione
In hac civitate bene meruere y
faveat D. O. M.,
Et posteritas grata grates rependat.
jEri inscripsit ,
Kar. Ohghena, Gand.
Bibliographie. — M. J, Fiess, bibliothécaire de l'univer-
sité de Liège, nous communique l'intéressante note suivante
relative à l'histoire de l'imprimerie dans notre pays :
« Jusqu'à ce jour , tous les bibliographes , qui se sont
occupés de l'histoire de l'imprimerie en Belgique, pendant le
XV.*" siècle , ont cru , que la ville de Hasselt , dans le pays
de Liège, avait joui de cette précieuse invention dès l'année
1481. Cette conjecture était fondée, sur ce que le Reeo Hector ium
ex gestis Romanorwn , portait la souscription suivante : in
Hacsslt finitiim. Anno domini M.CCGCLXXXI^ et au-dessous
les lettres P. B. »
« Cependant Lambinet , dans le propectus annonçant la
publication de la première édition des Recherclies historiques ,
littéraires et critiques sur l'origine de ^imprimerie , avait
énoncé la conjecture que cet ouvrage , dont il avait vu uu
exemplaire dans la bibliothèque de la ville de Mons , devait
avoir été imprimé, non pas à Hasselt dans le pays de Liège,
mais bien à Hasselt dans l'Ovcryssel, à deux lieues de Zwol ,
et que les lettres P. B. sont les initiales du prénom et de la
ville de l'imprimeur, Peter van Os, de Breda , qui avait %ç&
presses à Zwol, en 1-479 et 1480. Lambinct en était proba-
blement resté à cette conjecture, sans pouvoir la confirmer
( ^'>5 )
par aucun fait positif, puisque l'on ne trouve rien à ccto'gard,
dans son ouvrage , public [tostcricurcmcnt.
» Je viens de de'couvrir dans la Liljliolhèque du séminaire
de Licge, un livi'e sorti des mêmes presses que le Recollec-
torium , et qui confirme enfin comple'teraent la conjecture de
Lambinet. Voici le commencement et la souscription de ce
livre :
Hier hegliint een hoeck dat men noemt sitmme le Roy of
des Conincs-Summe eii leert lioe dat men de sunden hiichten
en heteren sal :
et à la fin;
Hier geet wt dat boech dat men noemt Somme le Roy of
des Coninx somme : ende tvoert vollenhrocht te Tlasselt iiule
sticlite van TJtrccht , ter eren gods , ende sijnre gheheiwdider
moeder Marien in den jare doe me screef na gods ghehoerte
dusent veerlwndert ende cenentachtentich. Des achtenlwin-
tichsten dagJies van Octoher op sunte Simon ende Jude avot
der hiUiglier jipostelen.
et au-dessous les deux lettres P. B. »
Le volume contient V feuilles de pre'face et 222 f. de texte.
« Les mots te Hasselt in de stichte van XJtrecht que porte
la souscription ci-dessus et les deux lettres P. B. qui se trouvent
au-dessous, de même que la souscription de Recollectorîiim ,
démontrent que ce dernier livre est sorti des mêmes presses
que la Summe le Roy , et que définitivement la ville de Hasselt
et le pays de Liège , doivent renoncer à l'honneur d'avoir
possédé une imprimerie pendant le XV." siècle. »
Question proposée pour le concours de 1836 , par la
Société de Médecine de Gand. — Qu(;l a été l'état des sciences
médicales en Bclgicpe , depuis Vésalc jusqu'à la suppression
de l'université de Louvain en 1796 j et quels sont les médecins
belges qui, pendant ce laps de temps, ont contribué parleurs
écrits , aux progrès de l'art de guérir ?
Un prix de 300 francs sera accordé au meilleur travail sur
cette question.
Les mémoires écrits lisiljlcment en français , devront être
( 456 )
adressés avant le 1." juin 1836 à M. De Nobclcj secrétaire
de la société, rue des Charretiers, n.° 19 (1).
Les auteurs sont tenus d'inscrire leurs noms, qualités et
demeure , sur un billet cacheté , qui portera à l'extérieur une
devise semblable à celle qu'ils auront en tcte de leur mémoire.
Antiquitcs Romains. — Un mémoire relatif à la découverte
d'un tombeau romain , faite à Cuesmes, dans les derniers jours
de septembre 1833, a été lu à la société des sciences, des
arts et des lettres du Hainaut , dans la séance du 1 octobre
dernier. M. R. Ghalon , en a fait l'objet d'une notice, dans
laquelle il signale comme ayant été trouvés à trois pieds du
sol : 1.° Une urne en belle poterie rouge à bords perpendi-
culaires et à fond légèrement bombé ; 2.° Un vase en forme
de jatte ou de bol hémisphérique de S à 6 pouces de diamètre ,
aussi en poterie rouge fine , orné à l'extérieur de bandes ou
zones de hachures inclinées alternativement de droite à gauche;
3.° Une bague en argent avec un chaton empreint d'une tête
de profit en creux; U.° Trois pièces de monnaie en cuivre,
dont l'une porte d'mi côté une tête diadémée et les lettres
D. N. FL. N. , et sur le revers un porlique fruste.
L'auteur de cette notice pense que l'on peut rapporter ces
pièces à l'époque du règne de Flavius Valens ou de Flavius
Victor, c'est-à-dire vers la fin du IV.® siècle.
On a trouvé dans les environs quelques morceaux de fer et
de cuivre , mais il n'y avait aucunes traces d'ossemens hu-
mains ; bien qu'à l'époque à laquelle on doit attribuer ce
dépôt, on ait abandonné l'usage de brûleries morts, on peut
supposer que les restes du corps inhumé auront été totale-
ment détruits et consommés.
fi) Il est à regretter que la société de médecine de la capitale de la
Flandre , ait ôté à un grand nombre des personnes la faculté de concourir
pour cette belle question, ea stipulant que les mémoires doivent être écrits
en français exclusivement. MM. les membres de cette société savent cepen-
dant mieux que tout autre que les sept-huitièmes des ouvrages publiés j)ar
des médecins belges , «ont écrits soit en latin , soit en flamand ; on a donc
tout lieu d'être étonné de les voir dédaigner les langues dont se sont servi
les Vésale , les VanHelmont, les Marquis, les Fienus, les Palfyu, etc., etc.
( TÇole de la Rédaction J
(457)
0ur la vilit 5e IDamme au m0î)cn-age.
Il n'existe peut-cire pas d'endroit en Europe qui pré-
sente un plus triste exemple des vicissitudes des choses
humaines que le village actuel de Damrae prés de Bruges ,
jadis l'une des cités les plus floiissantes de la Flandre.
L'étranger qui visite aujourd'hui les restes de cette ville ,
ne se doute guère qu'elle ait pii être le centre du
commerce au moyen-age.
Nos recherches sur l'histoire de la Flandre , à cette
époque , nous ont procuré une foule de documens qui
attestent la prospérité croissante de Dammc , pendant le
XIII.^ siècle. Il nous mettent à même de donner ici une
histoire abrégée de son origine et des premiers temps de
sa gloire.
Damme dut sa naissance à sa position naturelle. Une
grande baie, connue sous le nom de Zwijn , s'étendait
autrefois depuis l'Ecluse jusqu'aux environs de Bruges ;
on ignore comment elle se forma. A en juger d'après les
recherches de M. Belpairc, sa formation devait être d'une
date assci récente , et son existence fut de courte durée.
A peine formée , la baie se combla insensiblement ; au
XV.*= siècle , les eaux se retirèrent , et les villes opulentes
auxquelles elles ava'cnt donné naissance disparurent pour
jamais , ainsi que leurs ports. C est au fond de celte baie ,
32
( 458 )
à deux lieues de Bruges , au nord , que surgit la ville de
Darame, en 1180. Voici comment les chroniqueurs racon-
tent son origine. Une violente inondation avait submergé ,
deux ans auparavant , toute la contrée jusqu'à Bruges.
Les habitans du pays, peu versés dans l'art d'endiguer, ne
purent arrêter le torrent des eaux. Ils eurent recours à
des ingénieurs zélandais et frisons , qui construisirent de
larges digues, et des écluses destinées à donner un libre
passage à l'écoulement des eaux. Dès ce moment , le fond
de la baie forma un vaste port qui put recevoir des mil-
liers de vaisseaux. Un canal assez large établit des com-
munications faciles avec Bruges , cité riche et très-
peuplée , qui s'appropria le port de Damme , et devint
la capitale du commerce. Ces deux endroits étaient admi-
rablement situés pour acquérir une prompte prospérité
commerciale. La navigation entre le midi et le nord était
alors dans son enfance ; les Italiens , les Espagnols et les
autres nations n'osaient pas entreprendre les voyages
lointains de la INorwège , de la Suéde et de la Russie ;
et les commerçans de la mer Baltique , ne s'aventuraient
pas à faire des expéditions jusque dans la mer Méditer-
ranée. Il n'est pas difficile de s'expliquer cette crainte ;
des voyages aussi longs ne s'accomplissaient alors que dans
l'espace de plusieurs mois. Dans ces circonstances ,
Damme était dans la position la plus convenable , pour
servir d'étape entre le midi et le nord. La Flandre , pays
de luxe , et dont le sol était couvert de fabriques , offrait
des débouchés au commerce de l'étranger et fournissait
des draps au monde entier. On conçoit , dès lors , l'intérêt
qu'avaient les navigateurs à choisir le Zwyn , dont l'abor-
dage à cette époque était facile , pour en faire l'entrepôt
général du commerce du monde , et pour choisir Bruges
comme lieu du rendez-vous général. La formation de la
hanse Iculonique , par les commerçans des villes saxonnes
( ^-'^ )
(nous en avons parlé dans le 1." vol. du Messager,
p. 23-3G ) porta bientôt le commerce au plus haut degré
de prospérité ; Bruges eut son principal bureau , et partant
il ne faut pas être étonné que la ville de Damme soit
devenue aussi florissante.
On peut croire que peu de temps après que le Zwyn fut
contenu par des digues , des habitations se formèrent dans
les environs du port. L'église de S.*^ Marie , dont nous
admirons encore aujourd'hui les belles ruines , fut com-
mencée l'an 1180, elle est du style gothique le plus an-
cien. La même année , une commune fut instituée , et
gratifiée de privilèges par Philippe d'Alsace. Les habitans
de Damme furent exempts de tout payement du tonlieu
en Flandre, et du payement de la hanse dans les autres
villes. Damme eut ses échevins et son bailli , et fut ,
en un mot , favorisée comme une ville , dés sa naissance.
Ces franchises procurèrent aux habitans l'avantage d'ex-
porter très-facilement les marchandises arrivées dans son
port. Ce port a été décrit, en l'an 1213 par un poète
français ( Guillaume le Breton ) comme le dépôt des
richesses de l'univers. On sait que Philippe-Auguste fit
alors la guerre à Ferrand, comte de Flandre , soutenu par
les Anglais; sa flotte entra dans le port de Damme et
y fut brûlée peu de temps après par la flotte anglaise ,
qui à son tour fut détruite par l'armée de terre de Phi-
lippe. Guillaume le Breton accompagnait le roi de France.
Voici la description qu'il donne du port :
« Il était si large et ofl'rait tant de sûreté qu'il pût
» contenir toute notre flotte ; la situation du port était
» d'autant plus belle , qu'il était battu par une eau Iran-
» quille , entourée de fertiles campagnes , et le voisinage
» de la mer ne contribuait pas peu à lui donner un as-
» pect majestueux. Les richesses du monde apportées là ,
» par les navires étrangers, surpassent toute croyance. Des
( 460 )
» masses de lingots d'argent, des amas de laines orien-
» taies , de cire , de vetemens de pelleteries de Hongrie , de
» grains, de vin de Gascogne , de fer et d'autres métaux,
)> et un grand nombre d'autres produits industriels , pro-
» venant de l'Angleterre ou de la Flandre , étaient réunis
» à Damrae pour en être exportés dans tous les pays,
» au grand profit des spéculateurs , qui abandonnent avec
» un espoir mêlé d'angoisses , leur fortune au caprice du
» sort. »
C'est dans cet état que se trouvait Damme, en 1213.
Le premier document que nous possédons date de l'an 123G
et constate , ainsi que les suivans , sa prospérité toujours
croissante , jusqu'au commencement du XIV.^ siècle. Nous
en donnerons ici une analyse que nous ferons suivre d'une
description du port de Damme (1).
1236.
Un diplôme , conservé en copie aux archives de la ville
de Hambourg, contient une ordonnance des échevins de
Bruges et de Damme réunis , qui détermine la tlistance
qui doit exister entre les écluses ( Speye ) et les bàtimens
qu'on voudrait élever dans leur voisinage. Tous les endroits
situés près des écluses sont exactement indiqués , et les
maisons désignées d'après les noms de leurs propriétaires.
Ce document fait mention de deux écluses , une grande
et une petite , nous ferons connaître ci-après leur position
respective.
1238.
Le comte Thomas de Flandre ordonne au bailli et aux
échevins de Damme de rendre justice à tous les étrangers,
en déans les trois jours de leur plainte. Cette charte prouve
(i) Nous tenons les documens dont nous donnons le contenu , des
archives de Hambourg , Lille , Bruges et Bruxelles,
( 461 )
que Damme avait une organisitation municipale , à i'inslar
<le celle des grandes villes , et que l'affluence des étrangers
y était considérable , puisqu'on avait jugé nécessaire que
justice prompte leur fût rendue.
1239.
II paraît que les Gantois ne respectèrent pas les privi-
lèges des habitans de Damme , concernant la franchise
du tonlieu dans toute la Flandre ; car le comte Thomas
ordonne cette année à son bailli de Gand , de ne pas
souffrir qu'on moleste à Gand les habitans de Damme , ni
de tolérer qu'on porte atteinte à levirs privilèges. Nonobstant
cette protection, le comte, conjointement avec son épouse
la comtesse Jeanne, renouvela en l'an 1241 , le privilège
donné par Philippe d'Alsace, en 1180.
1241.
Le comte Thomas introduisit , en outre , une nouvelle
organisation de l'èchevinage de cette ville , savoir ; celle
que les grandes villes de Flandre avaient obtenue suc-
cessivement , depuis le commencement du XIII.^ siècle ,
d'après laquelle les échevins durent être renouvelés chaque
année ; ils ne purent être choisis que parmi les bourgeois
de la classe notable , c'est-à-dire , parmi ceux qui étaient
admissibles à la hanse de Londres. Remarquons que l'ordon-
nance qui opéra cet important changement , dans la consti-
tution municipale, était la même qui, l'année précédente,
avait été octroyée à la ville de Bruges. D'après l'ancien
régime, les échevins étaient clioisis et nommés à vie, parle
comte seul; par le nouveau, les habitans prennent part à
l'élection de leurs magistrats , dont le renouvellement ani uel
assure à la commune des citoyens capables de l'administrer,
et l'alTranchit des abus du pouvoir; les sentimens pa-
triotiques sont entrenus par l'espoir que chacun pouvait
être admis à faire partie de l'adinini^^tralion rommnnale.
( 462 )
Damme comptait donc , dés cette époque , dans la grande
congrégation , connue sous le nom de la hanse de Londres ,
association que M. Brun-LaYainne (1), archiviste de la
\ille de Lille, nous a fait connaître, en 1830, et sur
laquelle pous avons donné beaucoup de renseignemens
dans le l^'' toI. de notre ouvrage, p. 328 et suivantes,
de l'édition allemande. Cette hanse teutonique était ex-
clusivement formée par les villes de Flandre , et autres
de la Belgique et de la France. Leur nombre fut d'abord
de 17, et fut porté ensuite à 24. Le principal comptoir
de cette hanse était à Londres, de là, sa dénomination;
la commission directrice résidait à Bruges , et l'objet le
plus important de ses entreprises consistait dans l'exploita-
tion des foires de Champagne. Il paraît que ce fut cette
même année que le comte Thomas permit aux habitans
de Bruges de bâtir le beffroi de leur ville (1).
Nous mentionnerons encore d'autres édits qui appar-
tiennent à l'an 1241 :
Le premier, en date du 1." juillet de cette année,
statue que , dans le cas de rixe entre les habitans de
Damme et ceux de Bruges , les coupables doivent toujours
être écroués et gardés dans les prisons de cette dernière
ville , ce qui prouve la dépendance de la première à
l'égard de celle-ci. Cet édit contient une expression fort
remarquable , celle des échevins de Flandre ( Scahini
Fiandviœ). L'institution des échevins de Flandre a été
peu connue avant nos recherches ; cependant il en est
souvent parlé dans les chroniques et les diplômes. Voici
en quoi consistait cet échevinage. Si une discussion s'éle-
vait entre plusieurs villes ou communes de Flandre , l'éche-
(i) Daii8 les Arcliivcô du Nord de la l'iaiicc. t. i.
(a) D'iipiL's Ciulis.
( 4C3 )
\inage d'aucune d'elles n'était compétent pour la décider.
Le comte, voulant qu'on rendit une justice impartiale,
appelait à la juger un certain nombre d'échevins , choisis
parmi ceux des cinq grandes villes de Flandre , qu'à la fin
du XIIÏ.^ siècle , nous trouvons être Bruges , Gand , Ypres,
Lille et Douay. Ces éclievins formaient un tribunal transi-
toire , qui décidait en dernier ressort sur l'objet de la
contestation. Si celle-ci regardait une des cinq villes, on
choisissait alors les échevins dans les quatre autres. Nous
avons donné quelques détails sur cette institution dans
le 1.^^ vol. de notre ouvrage sur la Flandre, p. 383.
Les échevins de Flandre se réunissaient partout où le
comte les appelait.
Le deuxième édit est du mois de septembre 1241, en
voici les dispositions principales :
1.° Les habitaus de Damme sont libérés du payement
du droit d'étalage Ç Stalpenning); c. a. d. , la percep-
tion de ce droit est abandonnée au profit de la commune;
2.° Ils peuvent construire une halle;
3.° Ils ont le droit de bannir pour trois ans les que-
relleurs , et ceux qui troublent le repos ;
4.° Le bailli et les receveurs du tonlieu , ne peuvent
vendre du vin en détail,
1242.
Nous rencontrons , cette année, le jugement d'un procès
qui s'était élevé entre les habitaus de Damme et les pro-
priétaires du Erock (1), près de ce port. La ville avait
permis à ces derniers d'établir, un canal d'écoulement de
leurs eaux , dans le port , au moyen d'une écluse , et ce ,
pour une redevance annuelle de 50 sols de Flandre. La
question était de savoir, à charge de qui était l'entretien
(i) Le Brock consistait dans le terrain avoiâiiiaiil la rillc à l'est.
( 464 )
de cette écluse. Les parties choisirent pour vider ce dif-
férent , Gilles de Bruges , prévôt de Douay. Cet arbitre
décida que cette charge incombait à la ville , attendu
qu'elle percevait la redevance.
1245.
Nous voyons Damme au nombre des villes qui don-
nèrent à la comtesse Marguerite de Flandre , une décla-
ration de vouloir reconnaître pour son successeur au comté ,
celui de ses fils que le roi de France Louis IX et Etudes
évêque de Frascati ( Tusculum) choisiraient : preuve
nouvelle de la haute importance de la ville de Damme.
1247.
Le chevalier d'Oostkerke, au N. Ouest de Damme , permet
aux échcvins d'ouvrir un chemin à travers ses possessions^
la longueur et la largeur en sont exactement indiquées.
1249.
Cette année nous fournit un document existant aux
archives du royaume à Bruxelles, et provenant de celles
de l'évèché de Tournai , qui prouve que la ville de Damme
possédait déjà, à cette époque, un hopiUil assez spacieux,
qui subsiste encore aujourd'hui. Ce diplôme traite d'un
arrangement entre les échevins de Damme et l'évêque de
Tournai, sur le nombre et sur le modo de nomination
des frères et sœurs, et inspecteurs admissibles à cet hô-
pital. Le nombre des premiers qui étaient à la nomina-
tion de l'évêque , est fixé à cinq , celui des derniers à
quatre , nommés par les échevins. Il faut la présence de
huit échevins au moins , pour que la nomination puisse
avoir lieu. Ce nombre ne peut ctre augmenté qu'en pro-
portion de l'augmcnlalion des revenus ; le nonjbre des
( 465 )
malades admissibles est illimité. Un administrateur rend
annuellement compte des recettes et des dépenses.
1252 et 1253.
Nous arrivons à un temps , où la prospérité commer-
ciale de Damme et de Bruges a atteint son apogée de
splendeur et de renommée. Les marchands de la hanse
allemande envoyèrent, en 1252, deux députés pour ob-
tenir en Flandre des privilèges étendus et un tarif de
tonlieu, modéré et rigoureusement déterminé. Ces documens
imporlans sont insérés en partie dans le code diplomatique
de la hanse allemande , publié par MM. Sartorius et Lap-
penberg, en 1830, pag. 54, 60 et suivantes.
Le tarif remplit 10 pages in-4.'', et montre le com-
merce de Damme dans toute son étendue.
Voici l'analyse abrégée de ce tarif :
Il fixe d'abord la taxe à payer pour les navires de difle-
rentes constructions.
Il les dislingue en navires de haute construction, Los-
boghe, Envare , Chaloupes, Scarpoise, Hoogbolh.
Il parle encore des droits à payer pour le vin, les laines ,
le cuir , les diflerenlcs peaux d'animaux , telles que celles
de bœuf , de cheval , de chèvres , tles peaux de fouines
et de lièvres.
Il passe ensuite aux taxes des différentes espèces de
fer, entre autres de celui de Maindhondslaye , de Kat-
tenrehben, de Gloeden, de Duvyzer.
Les droits à payer sont aussi fixés pour les animaux ,
tels que le porc , le cheval , le bœuf , les chevaux de la
Frise et du Danemarck.
Sont encore assujétis à la taxe , le cuivre, les cendres,
la poix, les graisses de différentes espèces , le petit gris,
la résine, les fromages, le cùnent, les tonneaux de diffé-
rentes grandeurs , les ligues , les ustensiles de cuisine et
( 466 )
les cuivres de Dinant , les melons , les prunes d'Espagne ,
les plumes , le feutre , les cottes d'armes , les armes de
différentes espèces , le saumon , le grain , la limaille de
fer, le houblon , le miel, l'huile, les légumes , la garance,
les Tases , le plomb , les pierres précieuses , le liège ,
les filets pour la pèche , la bierre par tonneaux, les
anguilles par mille , l'huile de baleine , les verres , les
sonnettes , le vinaigre , les baleines , le poivre et autres
épiceries, les cordes, les œufs par paniers , la tourbe, les
chariots , les pierres blanches , c. a. d. , les pierres cal-
caires , le soufre , le mercure , les cables , le lin , la gomme ,
les grosses noix , les chapeaux , les cornes , les cerises ,
le rouge d'Espagne.
Pour tous les autres objets qui pourraient être soumis
à la taxe , le tarif énonce qu'on la fixera d'après une
comparaison équitable des objets désignés ci-dessus. La
comtesse Marguerite ne s'arrêta pas à celte oidonnance :
l'an 1253 , à la demande des députés de l'empire, envoyés
de Cologne , Munster et d'autres villes , savoir : Roger
de Lubeck et Jordaens de Hambourg , elle octroya aux
marchands étrangers les privilèges suivans dans la ville de
Damme :
1." Les commerçans de l'empire ont le droit de vendre
et d'acheter à Damme toutes marchandises quelconques,
sous la condition d'acquitter le tonlieu établi.
2." Leurs personnes, ni leurs biens ne tombent sous la
jurisdiction locale , ])Our des délits commis hors du terri-
toire ; mais le contraire a lieu pour les délits commis à
Dannnc. S'ils croient être arrêtés illégalement , ils ont
leur recours au comte.
3.° Jamais un receveur de tonlieu ne peut remplir en
même temps les fonctions de bailli ou d'amman.
4." Si le bailli refuse de rendre justice à un marchand
étranger , les cchcvins doivent cesser de suite leurs fonc-
( 467 )
fions , et ne les rcpreiulre que lorsque justice a été rendue
au ma relia ml,
5.° La comtesse renonce à son droit d'échelle ( scala
légitima ).
Enfin, C^.° , elle renouvelle tous les privilèges anté-
rieurs des marchands en Flandre.
1266.
Dans le voisinage de Damme , au nord , à la gauche du
Zwyn , se trouvait autrefois un village appelé Monikereede.
Lorsque la ville de Damme commença à pencher vers son
déclin , cet endroit , situé près de la mer , prit en quel-
que sorte sa place. Monikereede avait déjà obtenu , dés
l'an 1331 , des privilèges semblables à ceux de Damme. Sa
situation était telle que les habitans de cette dernière ville
furent inquiets de cette rivalité voisine , dès le milieu
du XIIL"" siècle. C'est, sans doute, pour cette raison qu'ils
obtinrent, l'an 1266, une ordonnance de 3Iarguerite qui
défendait aux habitans de Monikereede , d'avoir un canal
navigable dirigé vers le Zwyn. Ils promirent donc de
faire leurs Wateringhes tellement étroites qu'aucun navire
petit ou grand ne put passer.
1267.
Un an après , la comtesse Marguerite et son fils Guy
cédèrent aux habitans de Damme , les moulins qui leur ap-
partenaient ainsi que les maisons dont ils étaient proprié-
taires et plusieurs autres propriétés, afin que ceux-ci pussent
établir un grand chemin. Les souverains se réservèrent
seulement la moitié des revenus de tout ce que ces objets
pouvaient rapporter et les produits de la jurisdiction.
L'ordonnance contient plusieurs dispositions sur les droits
de mouture , de cens , etc. La ville de Dumnic paya })Our
celle concession 1200 liv. de Handrc.
( 468 ) ■
1269.
Le cbevaîier Euslacs , chamLerlin rie FlaïKÎres , cède , à
la ville de Dammc , sa part dans le droit de balance qu'il
avait à Damrae. La comtesse , dont il tenait ce droit en
fief, confirme cette cession.
La même année , la comtesse et son fils accordent à la
ville de Damme le droit d'avoir un aqueduc d'eau douce et
un chemin qui le côtoyait , depuis le château de Maie
jusqu'à la ville. La dislance est de plus de deux lieues,
L'aquéduc consistait en des tuyaux de plomb , dont on
a encore trouvé, nous a-t-on assuré, des débris, il y
a quelques années. Enfin, dans la même charte, la com-
tesse et son fils leur permettent d'établir une grue pour
décharger plus facilement les tonneaux de vin et autres
objets de commerce.
1270.
La comtesse Marguerite, pour dédommager les Anglais
à cause des marchandises enlevées par les Flamands et pour
le rachat du chevalier Van den Poêle , avait imposé au
pays de Flandre en entier une somme, dont les échevins
de Flandres avaient fait la répartition sur chaque ville.
La ville de Damme était mécontente d'avoir à payer 9 liv.
slerlings , qu'on lui avait imposées. La comtesse , tout en
l'obligeant a supporter cette charge lui déclarait que les
échevins de Flandre avaient mal agi , en ne l'ayant pas
entendue auparavant (1),
1271.
Les Comtes de Flandre percevaient à Dammc , sous le nom
«le Maelpenninc, un droit de mouture. Le revenu était donné
(i) Diericx , Lois Catitoises , t. i. p. a/jS , mentionne cet impôt
comiu bous If litre : Fiais pour la paix d'Angleterre.
( 469 )
en fief a plusieurs nobles. L'an 1271 , ce fief appartenait au
seigneui- Jacques Van de Woestyne, à sa femme Isabelle et
à Guillaume de Bornhem (1). La comtesse Marguerite
désirait en affranchir sa ville favorite ; elle détermina les
possesseurs à se laisser racheter leurs droits , ce qui fut
exécuté solennellement devant le bailli de Damme , délégué
à cet effet par celui de Bruges. On trouve tous les actes
relatifs à cette cession dans St. Génois, t. 1 p. 634-637.
1271.
La comtesse Marguerite , pour dédommager la ville de
Damme de plusieurs « gravances et oppressions » , lui cède
en pleine propriété tous ses terrains vagues situés dans
cette ville, et confirme le rachat du droit de balance
qu'avait possédé le chamberlin Eustaes ; elle se réserve
cependant de la part de la ville une rente de cinq sols ,
payable à son receveur de Brieves , à Bruges.
1288.
Il y avait un procès entre la ville de Bruges et Damme ,
d'un côté , et les propriétaires d'une contrée nommée
Rembondswerf (2) , relatif à la réparation des digues. Le
comte Guy fit examiner la question par quelques-uns de
ses vassaux , les parties présentes , et décida , le 3 avril
1288 , en faveur des villes.
1289 et 1290.
La ville de Damme pouvait être considérée comme une
colonie de Bruges , et se trouvait toujours dans une espèce
de dépendance à l'égard de la ville mère. La heure de
Bruges (de 1190) était devenue celle de Danune. L'orga-
(i) On nous a montré à Damme un endroit connu autrefois sous la
seigneurie de Bornhem tout près de la ville.
(2) Elle existe encore aujourd'hui.
( 470 )
nisation municipale était la même dans ces deux villes , et
pour rendre leurs rapports mutuels plus intimes, les échevins
de Damme devaient jDrendre conseil de ceux de Bruges ,
dans toutes les circonstances difficrles. Ce recours obligé
s'appelait aller à rechief, les éclievins de Bruges étaient
donc chefs de ceux de Damme. Mais ce lien de subordina-
tion n'était pas exactement déterminé , et c'est surtout le
droit d'appel qui était incertain. Une contestation s'étant
élevée entre les deux villes , le comte Guy ordonna de
la vider en 1289, et donna, l'année d'ensuite, une in-
terprétation de cette décision ; voici les dispositions prin-
cipales de la sentence :
1.° Tout demandeur peut aller en recoms à Bruges,
si les échevins de Damme ne décident endéans les trois
délais judiciaires (^respits parojoursdeplaidsy Dans cet
intervalle ceux de Damme peuvent aussi demander une
décision à ceux de Bruges; après l'expiration de ces délais,
ils ne peuvent plus juger.
2.° Celui qui a succombé dans son action devant les
échevins de Damme peut appeler de faux jugement à ceux
de Bruges, un particulier aussi bien que le comte lui même.
3." Les échevins peuvent demander sens et jugement
à ceux de Bruges , pour tout ce qui est régi par la Keure
du comte Philippe (1190), sans étendre cependant cette
faculté aux contestations à décider d'après les usages locaux.
Nous possédons encore une lettre du roi de France écrite
en l'an 129G, relative à l'interprétation de la sentence du
comte Guy , il l'attaque comme arbitraire et en demande
la révocation.
1294.
La ville de Damme doit avoir eu une grande étendue
à la fin du Xlll.'^ siècle; car, nous voyons qu'elle renfer-
mait deux églises paroissiales : actucllcnicnl elle en contient
(471 )
h peine une , celle qui dépend de son «église primitive , dédiée
à la Vierge. Il y a plus de deux siècles qu'une autre paroisse
celle de 8.**= Catherine a disparu (1602). Nous nous estimons
heureux de pouvoir publier une inscription funéraire do
ces temps reculés, pour fournir la preuve qu'en 1294,
cette deuxième paroisse existait déjà. Nous en donnons le
fac-similé le plus fidèle. C'est une plaque en plomb ,
trouvée dans le caveau de la ci-devant église de S^^ Catherine
de Danime , il y a environ 30 ans. Elle était pliée en deux
et l'inscription tracée dans la partie intérieure. Une légère
fente, au milieu de la plaque figurée sur la lithographie,
est bien visible. C'était un-dyptique placé sous la tête de
celui dont le nom devait se transmettre à une génération
éloignée de six siècles de celle où il vivait , savoir : de
Pierre Outcoren , curé de la paroisse de S.**^ Catherine
à Damme , mort le mardi après la fête de 8.**= Christophe
en 1294. L'église de S.*'= Catherine se trouvait placée sous
le patronage de l'abbaye de S.' Quentin en Vermandois.
Il est donc probable qu'elle y avait été établie par des
marchands étrangers , et notamment par ceux de France.
Comme peu d'inscriptions du XIII. *= siècle ont été con-
servées , nous nous félicitons d'avoir obtenue celle-ci de
M. Norbert de Bel (1), sacristain de Damme, pour le
musée historique de Gand. C'est à son père qu'est due la
conservation de cette plaque.
L'emplacement de l'ancienne église de S.'*^ Catherine
est aujourd'hui bien éloigné de l'enceinte de la ville , et
(i) Nous saisissons cette occasion de lui témoigner notre recon-
naissance, pour nous avoir procuré , en avril dernier , la connaissance
exacte de ia localité de la ville de Damme ; il nous a donné des expli-
ciitions satisfaisantes touchant tous les points sur lesquels nous Tavons
interrogé.
( ^72 )
jamais on ne soupçonnerait que jadis , il existait des
Mtimens en cet endroit.
1298-1300.
Les guerres qui eurent lieu entre Philippe-le-Bel , le
comte Guy et le roi d'Angleterre , avaient eu pour résultat
la confiscation du comté de Flandre et la naissance de
deux partis politiques dans ce pays. Dans toutes les villes
on rencontrait des gens du Lys [Leliaerts) et des par-
tisans du comte. Il en existait aussi à Damme. Le vainqueur
avait l'habitude de faire poursuivre les adhérens des vaincus.
Nous voyons donc, en 1298 , le comte, alors maître
de Bruges et de Damme , ordonner au chevalier de Mortagne
de faire une enquête contre ceux , qui à Damme s'étaient
déclarés les partisans de Philippe-le-Bel , et deux ans après
Jacques de Châtillon , tout en pardonnant aux habitans de
cette ville , leur adhésion au comte Guy , leur impose des
conditions bien dures , en leur rendant leur liberté et leurs
anciens privilèges.
Nous avons encore quelques autres preuves qui attestent
la haute prospérité de Damme dans la seconde moitié du
Xin.'' siècle, savoir un certain nombre d'actes par lesquels
la comtesse Marguerite ou son fils constituent des renies
sur la recette de leur tonlieu de Flandre , savoir :
1260. — 200 hvres constituées à l'abbaye de Flinncs,par
la comtesse Marguerite (de St. Génois p. 696).
1273. — 1000 livres de rente annuelle constituée par
différens legs. (Ibid. p. 641).
1275. — Une rente de 30 livres à l'abbesse de Marquette.
(Jbid. 655.)
1280. — Une rente de 160 livres à payer à Marie, fille du
comte Guy , comtesse de Julicrs.
1280. — Une rente de 1000 livres en faveur d'Isabelle,
seconde femme du comte Guy, [Jhid. 950).
( 473 )
1285. — 20 livres à Baudouin du Giele, fils de Baudouin
du Hainaut. {IbicL, 732.)
1291. — Une rente de 50 livres au chevalier Poncliard
de Florence. Çlbid. 798.)
1300. — Le roi Philippe fait une renie de 200 livres à Jean
de Namur, fils du comte Guy ( ihid. 194 ).
Si nous devons supposer que les Comtes n'ont pas disposé de
la recette entière , il est certain que ce revenu était fort
considérable, puisque il supportait si facilement des rentes
dont le total s'élevait à 2490 livres.
Une visite faite à Danime , au printemps de cette
année , nous offrit l'image suivante de la ci-devant capitale
du commerce du monde. A la rive droite du beau canal
que le génie de Napoléon avait fait creuser par la main
des prisonniers espagnols , on voit une cinquantaine
de maisons habitées par des paysans en haillons ; la belle
façade gothique de la maison-de-ville transformée en
caserne , nous représente quelques lueurs de la splendeur
d'autrefois. Quant à l'église, le chœur seul est resté intact ,
quoique défiguré. Le tombeau de Maerlant, le poète le
plus célèbre du moyen-àge n'était plus visible, il se trou-
vait enfoui sous un monceau de pierres et d'ordures.
Quelques colonnes qui ont supporté les nefs de l'église ,
indiquent sa longueur terminée par ime tour, que sa
construction gigantesque a préservée d'une ruine complète ;
quoique ébranlée en partie , avec un escalier fort dange-
reux , ces ruines méritent encore d'être visitées par l'étranger
curieux de découvrir remplacement de cette cité jadis opu-
lente. Il verra du haut de sa plate forme vers le nord ,
dans le lointain, les tours d'Ardenbourg , de l'Ecluse, de
S.^'= Anne et d'autres endroits renommés dans l'histoire du
33
( 474 )
moven-age. Au midi, la ville de Bruges s'étend comme un
fond de théâtre à ses pieds; à sa gauche , il voit les dunes,
les clochers de Blankenberg, d'Ostende et autres. Mais il
cherchera'envain le célèbre port. IXotre guide nous montra,
tout près de^la tour dans la direction de Bruges, à la
gauche du canal , quelques riches prairies , des terres en-
semencées de colza, qui autrefois ont dû former le bassin;
quelques débris de murs indiquent l'endroit où était
l'écluse. Vers Bruges à l'est , on voit serpenter le canal
des Gantois, creusé en 1252, connu encore sous le nom
de Gendsche Lieve. IXous avons retrouvé , à l'aide de notre
guide , tous les endroits cités dans nos documens. Mais
nous les avons quittés, en nous écriant : sic transit gloria
mundi.
L. A. \Varîîkoe:vig.
C 475 )
UéîUxxons
SL'R Vy PASSAGE DE GILLES d'oRVAL , RELATIF AUX E!?VIROIÏS
DE TONGRES.
Gilles d'Orval , moine de l'abbaye de ce nom , située
dans le Luxembourg, écrivit dans le treizième siècle une
histoire des cvéques de Tongres et de Liège , depuis
S. Materne qui vivait vers l'an 314 , environ, jusqu'en 1246.
Entre autres faits plus ou moins extraordinaires qu'il cher-
clie à établir, il avance que la mer baignait ancienne-
ment les murs de Tongres , et que de son temps , on
voyait encore les sinuosités des digues.
Quelque problématique qu'aurait du paraître une asser-
tion aussi vague , puisée peut-être dans les 3Iss. de Lucius,
perdus depuis , elle n'en semble pas moins avoir été admise
par les écrivains de l'époque comme l'expression de la
réalité. En se transmettant d'âge en âge , elle fut même
appuyée de probabilités plus ou moins futiles.
Ainsi, on cita une élévation de terrain qui avait retenu
et qui porte encore le nom de zeedi/h ( digue de mer ) ,
et à proximité un mur dans lequel étaient fixés de grands
anneaux de fer, destinés à l'amarrage dos vaisseaux.
En outre , Pierre Van Bruhcie , de Rythovcn en Campine ,
dans ses lettres sur les eaux thermales d'Aix et de Spa,
écrites en 1550, parle de la découverte faite à Tongres,
( 476 )
en creusant le sol , d'inslrumens nautiques , de mats de
navires et d'autres objets qui prouvent à l'évidence , dit-il ,
que la navigation y était jadis très-active.
D'autre part , et ceci coïncide , des chroniques rapportent,
selon De La Jonkaire(l), que les INormands dans une des
irruptions qu'ils firent en Belgique dans le neuvième
siècle , irruption pendant laquelle ils incendièrent Anvers ,
se rendirent , par eau , de cette ville à Tongres , ce qui
n'est guères possible aujourd'hui.
Enfin plus tard quand on en vint à reconnaître que
les corps pris longtemps pour de simples jeux de la nature ,
sont des restes d'êtres organisés , l'immense quantité de
coquilles marines dont est parsemé le sol tongrois , coquilles
que nous savons à présent se rencontrer dans la plupart
des terrains anormaux, parut une preuve nouvelle à surajou-
ter aux précédentes. Et il devait en être ainsi dans un
temps où l'on ne se doutait point que le bassin des mers
n'est devenu tel qu'il est , qu'après avoir subi des dépla-
cemens et des resserremens successifs.
Les historiens et les géographes qui ont postérieurement
parlé de Tongres, se sont contentés ou bien de reproduire
sans critique le récit de Gilles d'Orval , ou bien de le
traiter de fable, sans examiner s'il ne cache point, sous
une apparente invraisemblance , un fait réel mais dénaturé.
Aussi la question ne pouvait-elle être éclaircie qu'en
appliquant au sol de cette contrée , ce que l'on connaît
(i) Notice géulogique sur les environs d'Anvers, i823. L'auteur
n'indiquant point la source oi!i il a puisé ce curieux renseignement,
il devient impossible de juger du degré d'importance qui s'y attaclie.
I,e sac d'Anvers par les Normands , en 835 , et leur départ de cette
ville pour Tongres sont consignés dans le recueil des « Facta et gesta
Normannorum extra Daniam » , mais pas un mot n'y donne à entendre
que le trajet se serait fait par eau.
( 477 )
<le la constitution géognostique et de l'ancienneté relative
des terrains.
Fondée , à ce que l'on croit , sous Auguste , alors que
des colonies germaines vinrent des bords du Tanger oc-
cuper le pays des anciens Eburons , Tongres est située
sur la lisière sud-est d'un petit bassin de terrain crétacé
qui s'étend de Wavre par Maestricht jusque prés d'Aix-
la-Chapelle , et dont la limite boréale passe près de Leau ,
Herck-S.-Lambert et Munster-Bilsen.
Cette espèce d'ilot est enclavé tout autour , excepté vers
le nord, dans le calcaire transitif des provinces de Liège
et du Hainaut , dont une partie le sépare au nord-ouest
de la grande formation crayeuse de la France.
Du côté du nord , il est limité par deux sortes de ter-
rains : l'un, avoisinant la vallée de la Geête, est le prolon-
gement de cette formation de sable à grès ferrifere , qui
constitue tout le plateau compris entre celte rivière , le
Demer et la Dvle : l'autre , opposé au premier , se com-
pose des sables de la Campine.
De La Jonkaire , d'Omalius (1) et d'autres géognostes,
regardent ces sables de la Campine comme contemporains
de ceux à grès ferrifere , et estiment que les uns et les autres
appartiennent à l'époque de la formation du calcaire grossier
de Bruxelles. .
Quant au grès ferrugineux , la question semble ne plus
être douteuse, depuis qu'on y a reconnu des fossiles du
calcaire grossier bruxellois, et même des assises inférieures
de celui de Paris. Nous avons nous-mêmes trouvé en 1828,
dans des blocs de grès ferrugineux qui servaient de fon-
lemens à une partie des remparts de Louvain , des moules
(i) Mémoires pour servir à la description gJoIogique des Pays-Bas.
lag. 182-ao.i.
(478)
de lucines , tellines , venericardes , cythérées , huitres ,
pétoncles , nautiles , Luccins , cassidaires , cyprées , cônes ,
volutes , calyplrée , cérite , tuiritelle , natice , cadran , de
turbinolitbes et d'autres indéterminées.
Mais il n'en est plus de même des sables de la Cam-
pine qui ne sauraient , à ce que nous crovons , être
assimilés pour 1 âge ni à ceux à argile plastique d'Anvers ,
ni aux autres terrains précités, à l'exception toutefois de
la partie comprise entre les deux Pfeêthes, partie dans
laquelle on trouve exclusivement et ces infiltrations cal-
caires qui ont agglutiné les grains quarlzeux en forme de
nodules , dont parle M. De La Jonkaire , et des tellines ,
des cythérées, des nautiles, des buccins ainsi que des
débris de cétacés.
Des observations plusieurs fois répétées depuis quatre
à cinq ans , nous permettent au contraire d'établir que sur
toute la rive gauche de la grande Neèthe, ces nodules et ces
dépouilles fossiles de mollusques et de cétacés ont complè-
tement disparu , et que le sol s'y compose de haut en bas :
1.° De terre végétale ou de sable blanc.
2.° De sable vert plus ou moins marneux.
3.° De sable argileux jaune.
4.° D'une terre noire (détritus de tourbe?) que les
habitans appellent Eand.
5.° D'une tourbe sèche plus ou moins fibreuse ou
ligneuse, gisant à une profondeur de 10 à 20 pieds,
très-variable en puissance (de 2 à 6 pieds), et exploitée
sous le nom de Linjf. Elle renferme des feuilles de gra-
minées ou d'autres monocotvledones , des semences très-
approchantes de celles du Spartium scoparium , des strobiles
encore hygroscoj)iques du Pinus svlvestris , des tiges d'une
sorte de Larix , et des elytres de coléoptères parmi lesquels
nous avons cru reconnaître ceux du Carabus cyaneus ,
sans parler de plusieurs autres impressions que nous ne
sommes pas parvenus à déterminer avec cortitiwla.
(479)
G.° De sable argileux au-dessous duquel nous n'avons
pas eu l'occasion de pénétrer , mais qui parait reposer sur de
l'argile verte, laquelle perce en beaucoup d'endroits sur
le bord de la Neêthe.
Ce terrain occupe toute la partie Est de la Campine,
sur la rive gauche de la grande Neêthe , de Lierre à
Aerschot , Beringen , Peer , Brée , Weêrd , Peel , jusqu'à
Venloo et vraisemblablement jusqu'à Helmond et Nimégue;
il est partout identique sauf quelques légères modifications
qui ne portent que sur la disparition du Rand, sur la
puissance des couches ou sur l'inversion du sable chlori-
teux au-dessus du sable blanc. Dans certaines localités ,
la tourbe est séparée du sable marneux sur lequel elle
repose, par un mince lit de sable quart7.eux. Nulle part
au reste nous n'y avons observé de coquilles : il paraît
néanmoins qu'on y trouve quelquefois des LjTnnées.
Quoique le sable vert, joint à l'aspect ligniforme de
la tourbe , pourrait , au premier examen , faire confondre
ce sol avec celui à argile plastique et lignilcs des terrains
tertiaires , un examen plus approfondi permet de conclure
de la présence de l'argile verte en quelques localités ,
que l'on doit le regarder comme un terrain de transport
ancien , conséquemment beaucoup plus récent que les
terrains qui l'enAironnent.
Ou peut donc , ou plulùt , on doit admettre que long-
temps après que la Campine d'outre-Neèthe et le reste
(lu pa\s étaient habité depuis des siècles, un vaste amas
^leau douce, d'une quarantaine de lieues de longueur,
(unissant, à une époque plus éloignée, les bassins de la
Meuse (1) du Bas-Rhin et de l'Escaut) a dû exister en
celle contrée.
( i) Aiusi s'expliquerait ncul-ûlre comiiniil (Jcsar ( Coin.nenl. libr. VI.
( 480 )
Quand on jette les yeux sur la carte de la Campine
et des contrées adjacentes, on observe qu'elle est entre-
coupée , de l'Ouest au Nord-est , par une longue suite de
lacs et de marais éparpillés avec une profusion toujours
croissante, à mesure qu'on approche de la Gueidre liol-
landaise. Nous citerons comme les plus remarquaLles de
ces lacs , celui de Léau ( un peu en dehors , il est vrai ,
de la direction prémentionnée) et celui de Eersel qui couTrent
chacun à-peu-prés une étendue de cent bonniers. Prés
de Peer, il en existe une trentaine de moindre grandeur;
ceux de Beringen , Diepenbeek et Weêrd peuvent être
évalués approximativement à une centaine ; viennent ensuite
les marais de Peel , près de Venloo , s'étendant sur un
espace de deux à trois lieues; et c'est là que les deux
Neêthes , le Lack , le Demer , le Dommel , la Beerse , le
Hilver , TAa , le Ginder , la Meirle , la Swartebeek , la
Maelbeek , outre plusieurs cours d'eau de moindre im-
portance, prennent leur source.
Que peut-on voir dans cette singulière agglomération
de marécages, de lacs et de rivières, si ce n'est les restes
du vaste golfe mentionné plus haut ? et l'aspect actuel de
cette partie de la Belgique ne confirme-t-il pas surabondam-
ment ce que l'examen du sol nous a conduit à admettre?
Tongres n'est éloignée que de deux lieues du terrain
de transport ancien ddut nous venons de constater l'exis-
tence. Plusieurs branches de la Herk , de l'Oudebeek , de
la Motte , et l'une des principales du Demer , naissent
aux portes de la ville : celles de la Motte surtout doivent
en avoir été très-proches avant sa ruine.
cnp. 33) rendant compte de son expédition contre les Eburons , a pu
dire « Ipso cura rclicjuis tribus legionibus ad flurncn Scaldlm quod
iiijluit in Mosani ire coiistituit » , car le Ruppel , reste de ce bras de
jonctoin , est encore appelé Escaut par ses riverains.
(481 )
Or , il est facile de sentir qu'à l'époque où le sol
moderne, précédemment décrit , était sous les eaux, tous
les affluens de ce lac devaient également remplir leurs
■\ allées respectives , et offrir ainsi à la cité à laquelle elles
aboutissent , une communication par eau avec lui. Si un
doute restait à cet égard, il semble levé par la présence
au Nord de Tongrcs , dans la couche supérieure de la for-
mation crayeuse sur laquelle est bâtie la ville , de Palu-
dines et de Melanies qui sont des coquilles flmiatiles ,
pêle-mêle avec les Gorbules , les Lucines , les Cythérées et
autres dépouilles de mollusques marins qui y préexistaient.
L'inspection des localités autorise à croire que la digue
et le mur , dont il a été parlé , sont des débris d'anciens
travaux exécutés soit pour empêcher les eaux d'inonder
la ville , soit pour opérer sous ses murs, en guise de bassin,
la jonction des vallées de la Motte et du Demer, puis-
qu'on nous dépeint unanimement notre cité comme ayant
été , dans les troisième et quatrième siècles , très-com-
merçante et l'égale de Cologne en grandeur et en richesses.
Quelque soit , au reste , le but dans lequel la digue
aurait pu avoir été élevée , toujours est-il certain qu'elle est
l'ouvrasfe de l'homme. Son isolement à l'égard des chaînes
environnantes , sa direction de l'Est à l'Ouest , tandis que
celle des autres collines va du Nord- est au Sud-ouest,
ou bien du Nord au Sud , mettent cette vérité en évidence.
Pour ce qui est de la dénomination de Zeedijk , Droixhe ,
dans son Essai historique et critique sur ïongres (1) ,
observe judicieusement que le mot zee signifie en alle-
mand, qui était la langue des anciens tongrois , non seule-
ment Dier mais aussi lac. Cette remarque est d'autant
plus juste que de nos jours encore le lac de Laach près
(i) Messager des Sciences et des Jrls.. Aitit. i8a(>.
(482)
d'Andernacli , n'est désigné sur les lieux que par le nom
de Laacîierzee , et que dans notre dialecte flamand zee
indique encore au figuré toute grande masse d'eau.
La double signification de ce mot explique tout. Les
premiers bisloriens qui consignèrent dans leurs chroniques
la tradition populaire de l'existence du lac , auront pris
le substantif zee dans l'acception de mer ^ et l'auront
traduit par mare et oceanum sans faire attention qu'on
s'en sert aussi dans une acception différente.
Nous ignorons , à la vérité , quand et comment ce lac
s'est écoulé. Mais l'histoire nous ajant conservé les dates
de plusieurs tremblemens de terre des dixième et onzième
siècles , ne pouri\iil-on pas raisonnablement admettre que
dans des temps plus reculés , de pareils phénomènes ont
pu occasionner l'écoulement de cette grande masse d'eau?
Certes, le voisinage de l'Eyffel, cette région volcanisée,
qui n'est éloignée , en ligne droite de Tongres , que d'une
quinzaine de lieues , donne à cette hypothèse un haut
degré de probabilité.
Envain objeclcrait-on le silence de nos chroniques et
l'absence d'archives locales qui mentionnent ces faits ,
puisqu'on sait que le peuple Eburon fut entièrement ex-
terminé par César, que plus tard les annules de la nation
gauloise furent brûlés par ordre d'Auguste , que depuis
lors Tongres fut incendiée et ravagée par les Francs
en 389 , par les Alains et les Vandales en 406 , par
Attila roi des Huns en 451 , par les Normands en 881 ,
par le comte de Looz en 1170 , par Henri duc de Brabant
en 1213, par le duc d'Albe en 1568, par les Français
en 1072 et 1673 , et deux fois à un mois d'intervalle en 1677.
Si souvent relevée de ses cendres , Tongres ne pouvait
conserver ni des documens relatifs aux temps passés , ni
même son premier emplacement : aussi l'enceinte actuelle
I
( 483 )
sort-elle en partie du cercle tracé par les restes des an-
ciens remparts. Le sol même a eu ses bouleversemens ,
témoin la découverte faite lorsqu'on reconstruisit , en 1240 ,
la collégiale , d'une église entière ensevelie à quarante
pieds de profondeur. Il n'y a pas jusqu'à la fontaine de
Pline qui ne jaillisse d'un endroit différent de celui qu'elle
occupait ; tant il est vrai que ces lieux ont été le théâtre
de toutes sortes d'événemcns !
J. KiCKX.
( 484 )
NOTICE CONSACREE A RAPPELER LA MEMOIRE ET LES DEVOIRS DE
JEAN HENRI M13SSCHE,
JÀRDINIER-EH-CHEP DU JARDIir D£ L'UNIVERSITÉ DE GA.ND.
Het lot vau mensch en boom, van .al wat leeft, is eéa.
De Céder die Libaea met donkergroeue kruyuen
Belommert , valt met scbroom ;
Onsterflyk in Homeer, bloeijtge, O Pbéaekscbe tuynen ,
En docb stierf elke boom.
( N. C. Juvenilia. )
Confrères , Amis,
Dans cette terre froide , inanimée que la pelle ignoble
d'un fossoyeur vient de remuer , vous allez voir descendre
ce qui nous reste d'un de nos plus vieux amis (1).
C'était un simple jardinier ; je dirai mieux , et la religion,
présente à cette triste solennité , ne s'effraiera pas du mot,
(i) Une partie seulement de ce discours a du être lue autour du
tombeau , où à côté du premier magistrat de la ville , plusieurs autres
membres de la régence et fonctionnaires publics et plusieurs vieillards
étaient réunis, qui tous, malgré Tintensité du froid de décembre , assis-
taient , la tête découverte , à cette lugubre solennité.
Le comité de rédaction Am Messager li'aL pas fait difliculté d'autoriser
le tirage d'un certain nombre d'exemplaires du discours avec le portrait et
la gravure du sarcophage, que j'ai eu soin de repartir entre quelques vieux
amis de M. Mussche , et surtout les jardiniers qui avaient souscrit,
•rimporte le montant plus ou moins élevé de leur rétribution. iS^ C.
y///r/r . fi
( 485 )
c'était un disciple de Flore, initié aux mystères de son
culte , et sans doute vous vous altendei à ce qu'appelant
les tiopcs de la rhétorique à mon aide, je vienne ici semer
des fleurs , et invoquer la déesse et ses nymphes ; mais avant
tout un devoir plus sévère est venu nous rallier sur cet im-
pitovahle terrein , qui ne rendra qu'au dernier jour le dépôt
que la famille , l'amitié et la reconnaissance lui confient.
Ce n'est donc pas ici du cyprès funéraire qui ombrageait
les tombeaux des patriciens à Rome (1), ni des asphodèles (2)
(i) Et non plebeios luctus testata Cupressus.
" Evfl« T£ vulùvri ■^u^cii. — Odyss. XXIV., 13, 1-4.
Mais d'abord, puisqu'en style pathétique , nous invoquons si souvent,
nous modernes , les Asphodèles d'Homère , ne serait-il pas permis
d'examiner un moment quelle pouvait être cette fleur classique. Re-
marquons avant tout que YcurÇo^eXàv du vers est un adjectif qui paraît à
plusieurs scoliastes si peu déterminer le nom spécifique d'une fleur ,
que Samuel Clarke et Ernesti eux-mêmes n'ont pas hésité à traduire :
In herbosum pratum , uhi habitant animœ , sîmiilacra defunctorum.
Ce pourrait donc , d'après des critiques si éclairés , n'être qu'une
plante herbacée, gramlnée, fourragère, telles que le Chien-dent, par
exemple , ou le Tréfile ; peut-être aussi une de ces fleurs qui croissent
communément dans les prés Imraides, et que nous appelons fort igno-
blement des Pâquerettes, des Pattes d'oie, des Queues de Souris^ des
Pissenlits , etc. , qui sait même si l'nne ou l'autre de ces plantes ,
dont le nom grec originaire nous paraîtrait probablement fort sonore ,
si nous le connaissions, n'a pas quelques titres à revendiquer, comme
appartenant à l'antique famille des Asphodèles et comme étant chargée
de remplir des fonctions mythologiques ? Il est certainement bien avéré
que l'Asphodèle d'Homère , si toutefois c'est le nom d'une plante qui
fleurit , n'est pas plus l'Asphodèle de nos jardins , que notre Jaclntlie n'est
r//yflcm/Au5 des Métamorphoses, ni le ypes^rres '"iur-Dtèo? deThéocrite.
Dodonée croit que ce dernier est le Delphinium Aiacis ; d'autres
ont désigné le Glayeul ; d'autres enfin , d'autres fleurs ; toutes ces
opinions divergentes ont fini par me placer, moi aussi , sur le terrein
des conjectures , et j'ai eu la présomption de croire que Vllyacinthus
( 486 )
de la mythologie , que nos pieux souvenirs entoureront le
modeste sarcophage de Mussche ; quelques branches du
buis sacré, quelques arbustes, toujours verdoyants, choisis
dans son jardin et cidtivés de ses mains avec tant d'amour ,
conserveront mieux à cette cérémonie le caractère religieux
dont elle est empreinte.
• 0 vous , ses élèves d'abord et bientôt compagnons de ses
travaux et de ses succès ; vous qui vous serrex , affligés et
tristes , autour de moi , et qui n'avez ni l'art de feindre ,
ni celui de cacher vos scntimens , jardiniers inlelligens et
honnêtes de la ville de Gand , écoutez-moi : je vais vous
parler une dernière fois de celui que , de commun accord ,
vous vous êtes habitués à appeler votre père ; qu'ensuite
la tombe , bénie par les prières de l'église , se referme
sur lui et que la terre lui soit légère !
des anciens était tout uniment la Tulipe, dont plusieurs espèces,
originaires de la Grèce et du Pont, contrées mythologiques comme on
sait, y croissent encore spontanément, et cependant je n'ai nulle part
pu voir , quel avait été le nom grec ni même latin, que portait une
bulbe, si commune et si remarquable, dans les auteurs anciens tant
delà Grèce que de ritalle. Quant aux signes ai, ai, qu'Ovide^it avoir
été inscrits sur l'Hyacintlie, pour peu que le Botaniste aussi ait la
robuste foi du Charbonnier , il saura bien les lire au milieu des traits
fantastiques que les pétales de la Tulipe varient de mille manières. J'ai
lu le mémoire que j'avais écrit à ce sujet dans une des séances de
la III. <> classe de l'Institut Royal d'Amsterdam , et l'insertion dans les
annales en avait été votée; mais avant de le donner, j'avais demandé
à en faire une nouvelle transcription, et entre-temps la révolution étant
survenue , le mémoire n'a pas été renvoyé , ce qui fut pour moi un regret
bien vif et un vrai désappointement, car j'eusse désiré tenir encore par
cette commiuilcation , à une société, dans laquelle je comptais plusieurs
collègues, auxquels, par mes doctrines littéraires et par des sentimens
d'amitié , j'étais cxtrômcmeiit attaché.
( Nott; parUcieliére N. C. )
(487)
Jean Henri MussbuE , issu d'une famille dhorliculteùrs
de près d'Engliicn , naquit le 20 juin 1765 à Gand (1) ,
où son père devint jardinier de l'évcque, prince LoLkowits ,
et ce fut ainsi qvie dès son enfance , il apprit ce que vers
cette époque et bien plus tard encore , on appelait sans
dignité un métier de manœuvre et de journalier.
Son père , homme judicieux, avait très-bien entrevu que
savoir grolesquement et selon la mode du temps, tailler
l'if et le buis , pourrait bien ne pas suffire à l'instruction
d'un jardinier qui annonçait de l'esprit et de l'intelligence,
et aidé du patronage et même des conseils du prince-
évêque, il envoya son fils à l'ermitage d'Ath, un des pen-
sionnats les plus renommés du pays, vers 1780.
Mais l'éducation pratique de Mussclie encore enfant ne se
renferme pas dans l'enclos de Loochristi , où vers ce temps
la giroflée et le tournesol, le lys et la rose de nos cam-
pagnards , s'entre-disputaicnt presque seuls les plates-bandes
de nos parterres , tandis que le rairte et le laurier , l'oranger,
et chose rare ! quelques aloës , qui poussaient , disait-on ,
jusqu'à cent ans avant de fleurir , dominaient seuls à l'abri
d'un hangar couvert, destinés plus tarda recevoir du jeune
jardinier le baptême de Linnée et les noms patronymiques
d'une science nouvelle.
Nous ne suivrons l'écolier imberbe ni dans ses progrès,
ni dans ses succès littéraiics; ce qui est certain, c'est
qu'alors dans ce pensionnat, ni dans aucun autre, ni même
dans les chaires de l'université de Louvain , on n'enseignait
encore les élémens de la botanique, élevée à la dignité de
science. Ce qu'il apprit plus tard , il en fut redevable au
développement de son esprit , à des études soutenues et
à une circonstance toute particulière.
(i) Rue Donkerslege , maison niaïquûc ii.° 1 1 , du S.'" IMillot, coutelier.
( 488 )
Ce fut la fondation des écoles centrales; à celte instiiu-l
lion fort Lien conçue , mais mal coordonnée , était attachée ,
dans chaque chef-lieu des départemens , celle d'un jardin,
consacré non plus à la culture de quelques plantes mé-
dicinales et à la connaissance Lien équivoque de leurs vertus ,
mais à l'étude physiologique de tout ce qui appartenait au
règne végétal , et ce fut dans le potager de l'aLLaye de
Baudeloo que le docteur Bernard Coppens , chargé de
l'enseignement Lotanique , planta ce jardin sur les dessins
de l'architecte Pisson.
Le jeune Mussche , d'aLord aide-jardinier, fut remarqué
par son application et par un caractère studieux qui le
portait naturellement à l'oLservation , et ce fut Charles
Van Hulthem qui eut le Lonheur de deviner de quelle
utilité les dispositions et l'intelligence du jeune adepte
pourraient être à l'étaLlissement naissant.
Après la mort du docteur Coppens , ce furent le jar-
dinier et son Mécène qui m.irent la main à l'œuvre , et le
jardin fut organisé. M. Van Hulthem en fut le père nour-
ricier , et c'était , sur toutes nos autres institutions , l'enfant
de sa prédilection ; il l'aimait d'amour et il identifiait toutes
ses sollicitudes avec les premiers intérêts d'une création
qui était toute nouvelle eu Flandre, et tandis que, dans
la plupart des autres départemens de la France, le jardin
Lotanique s'écroula avec les écoles centrales qui en avaient
motivé la fondation , il promit de prospérer dans la ville
de Gand, par une accroissance rapide et inespérée de
richesses et de considération.
Et cependant ce jardin aussi, comme notre LiLliothèque,
était à la veille de périr, parce que la suppression de
l'école centrale semLlait devoir entraîner celle des cours
spéciaux d'enseignement, et sans doute le refus dessuLsides
d'entretien. Bientôt Flore allait descendre de son piédestal
et ses nymphes humiliées rouvrir la porte au chou , à la
Letleravc et à la scorsonnère.
( 489 )
Plusieurs parmi vous, mes confrères, peuvent se rap-
peler encore quelle heureuse idée , ceux d'entre nous qui
cultivent aussi les fleurs classiques de la littérature des
anciens , suggérèrent à notre ingénieux jardinier : celle
d'intéresser à la conservation du jardin , la sollicitude de
Madame Bonaparte , et c'était bien là aussi un nom his-
torique dans les annales de l'horticulture.
A celte époque, le premier Consul et son épouse étaient
venus voir les provinces belges réunies à la France, et
lorsqu'avant le lever du soleil , déjà Bonaparte à cheval ,
parcourant rapidement et à de grandes distances , toute
l'étendue du département de l'Escaut , assignait à tel point
une forteresse, à tel autre un port, ici un canal mari-
time , là des chaussées , Madame Bonaparte , fidèle à ses
éludes et à ses goûts de la Malmaison , vint se délasser
de sa grandeur toute neuve et se reposer dans notre jardin.
L'idée nous vint de personnifier les arbres et les fleurs,
et après les avoir doués de la parole, comme l'avaient
été les Dryades de la mythologie , nous leur confiâmes le
soin de plaider leur propre cause devant une personne
toute puissante alors sur l'esprit du premier Consul. Les
plantes parlèrent , mais par un calcul qui , comme on le
verra , n'avait rien de pédantesque , et que le résultat
prouva n'avoir pas été mal-adroit , leur voix suppliante
s'exprimait en latin :
Cui me moribundara deseris , hospcs ?
Virg. JEv. IV.
pouvait-cllc lire sur la première caisse qui se présenta :
c'était un Bananier de la même espèce que les serres de
la Malmaison venaient d'en perdre un à une époque où
l(!s individus de cette tribu étaient rares encore; l'eflet
que cette vue devait produire était calculé : u Voilà ma
34
( 490 )
pauvre Héliconia Bihai ! s'écria comme involontairement
Madame Bonaparte : M. Van Hullhem , qui allait souvent
à la Malraaison , connaissait celte circonstance ; Musschc
tourna la caisse sur son pivot , et le noble végétal s'adres-
sant à Joséphine lui dit :
« Sauvez THéliconia Bihai , trop heureuse si elle peut
aller remplacer une de ses sœurs parmi les piailles de
la Malmaison ! »
Et 31. le baron Baut , au nom des trois curateurs
du jardin , prit la parole : « Vous ne refuserez pas ,
Madame , lui dit-il , d'accueillir la prière d'un arbre de la
famille des Muses (1). »
Devant la porte de l'orangerie , Mussche avait transporté
un autre groupe de végétaux exotiques, un Borassus fla-
helliformis et un Chamœrops humilis , à la tête ;
Ave !.... morituri te salutant ,
semblaient dire ces deux arbres , et le premier rappelait
avec reconnaissance qu'il avait été cultivé par un protec-
teur spécial de la botanique, et de tous les arts, Mgr.
l'évèque Triest , dans la petite F'illa (2) , où cet opulent
(i) Musa, est le nom de plusieurs Bananiers, et vient, dit-on, de
celui d'un médecin d'Auguste. M. Baut probablement ne voulait faire
qu'un jeu de mots , qui fut à la portée de Madame Bonaparte.
A l'époque de renfance du jardin , les premiers curateurs furent
M. Diericx , connu par plusieurs ouvrages et reclierclies historiques,
M. Jacq. Van de Woestyne , longtemps président de la Société Bota-
nique, et M. le baron Baut de Basmon dont le nom sera encore rappelé
ci-après. M. Van Ilultliem , vers ce même temps, siégeait au conseil
des cinq-cents et ensuite au tribunal.
(s) M. Ch. Ongliena a fait un joli dessin colorié, de cette Villa , dont
les allées toutes bordées par des plates-bandes, étaient régulièrement
allignées j mais il y avait aussi une orangerie et des conservatoires
pour des plantes exotiques. Ce jardin et la maison, dont on croit voir
( 491 )
et généreux prélat aimait à se délasser des soins graves
de 1 episcopat , en cultivant ses fleurs. Le Chamœrops
rappelait avec bien plus d'orgueil encore, que déjà en 1599,
il avait fait partie des arbres exotiques que les Infans
Albert et Isabelle avaient importés dans la Belgique , et
donnés à l'abbaye d'Eenaeme , d'où il fut récemment et
après deux siècles , transporté dans le nouveau jardin. Ce
Nestor séculaire du règne végétal demandait aussi la con-
servation d'un asyle pendant ses derniers jours (1).
M. Van Hultbem , constamment à côté de Joséphine ,
aimait à étaler les trésors de sa mémoire et de son éru-
dition non moins fleurie qu'étendue , en traduisant les
inscriptions latines , et en expliquant avec chaleur les traits
d'histoire et de poésie qui en provoquaient l'application
au sort de toute une population végétale, condamnée à
être vendue aux enchères publiques ou à mourir comme
les esclaves de la Rome des Césars.
encore quelques vestiges dans la blanchisserie de M. De Béer, à Ac-
kerghem , parait avoir été envahie par divers embranchemens de la
Lys dans l'intérêt de la fabrique ; la petite campagne s'appelait alors
le Belvédère , dénomination très-commune à cette époque. Le sens de
ce nom même a péri , mais du moins la racine s'en conserve , puisque
cette fabrique est encore vulgairement connue par le nom de Belle fidèle.
(i) Ce vieil arbre mourut en i8i4, Tannée même où la Belgique
allait passer à la dynastie d'Orange Nassau. M. Yan Hulthem , en faisaiit
part de cette circonstance au roi des Pays-Bas, lui suggéra l'idée de
consacrer l'existence séculaire de ce Chamœrops, en faisant faire l'ac-
quisition de deux autres de la niùme famille, exposés en vente à la
maison mortuaire de l'abbé "N'erdonckj le prince comprit ce que cette
idée avait de libéral, et c'est de cette vente que proviennent les deux
individus qui vivent actuellement au jardin. Une inscription sur une
des caisses rappelait l'ancienne donation et la nouvelle ; la peur , qui
n'est pas toujours mauvaise conseillère , l'a fait effacer pendant les
jours d'effervescence de i83i. Un teni[)s plus calme permettia sans
doute de la restituer à ce végétal historique.
( 492 )
Elle sourit plus d'une fois , celle honne et bienfaisante
éjîouse du premier Consul , et parut très-bien comprendre le
sens et le but du langage de ces fleurs; et témoins de celte
scène fort bien jouée, les curateurs du jardin recueillirent
bientôt avec reconnaissance, de la bouche même de
Joséphine , ces mots rassurants : « Calmez-vous , mon
» cher M. Van Hulthem, et comptez que si j'y puis quelque
)) chose, ce beau jardin sera maintenu, et mes Nymphes,
» comme vous les appelez, ne mourront pas ».
Le jardin fut conservé. Déjà, pendant les quatre pre-
mières années qui précédèrent la période consulaire , il
avait mérité de compter au nombre de ses bienfaiteurs ,
les propriétaires des deux colonies florales , qui seules dans
notre province pouvaient alors donner quelque idée de la
richesse variée de cette Flore des diverses zones de l'Amé-
rique , qui plus tard devait successivement nous faire con-
naître tous ses trésors (1).
Parmi les hommes instruits qui avaient concouru à or-
ganiser l'enseignement de la science , nous rencontrons le
nom d'un Suédois savant, le disciple et l'ami du grand
Linnée qui, le premier après le docteur Coppcns, prononça
(i) Ces deux jardins , l'un et l'autre à Wetteren , sur les bords de
l'Escaut, étaient celui de feu M. Hopsomere, consacré presque sans
exceplion aux arbustes de l'Amérique septentrionale, à cette époque
tout nouveaux pour notre continent, et celui de Madame la comtesse
Vilain XIIII, ce dernier , embelli d'un vaste château, qui communi-
quant avec des serres, une orangerie et une volière magnifique, réunit
les agrémeiis d'un grand jardin anglais à ce que les Villas d'Italie
oITrent de somptueux. Depuis le décès de Madame Yilain XIIII, cette
belle campagne n'a pas été occupée, et sans doute ce qui concerne
riiorticulturc doit y être négligé, depuis que son fds unique, bourg-
mestre de Wetteren, s'est fait construire, non loin de là, une autre
habitation, non moins comJorlaLle , quoique sur une échelle moins
étendue.
( 493 )
dans un cours public le nom et dirigea la classification
des plantes , d'après le système de son illustre maître. Un
ecclésiastique, l'aLbé Verdonk, vieillard instruit, et qui
cultivait avec soin quelques plantes exotiques , les par-
tagea avec nous, et l'homme de goût, l'écrivain élégant,
le botaniste éclairé qui traça et planta les jardins de sa
somptueuse Filla de Wannegliem , fut inscrit un des pre-
miers dans VAlhum de nos bienfaiteurs (1).
M. le docteur Kluyskens , bien jeune alors , succéda à
M. Bernard Coppens, décédé en 1801, et professa la
botanique jusqu'au moment de la suppression de l'école
centrale , en 1804. Rivaux, et non pas envieux de Mussche,
attentifs à épier sa marche et à calculer ses succès , d'autres
jardiniers, déjà cultivateurs intelligents, mais non pas initiés
aux mystères de la science , se modelèrent sur lui et
se formèrent. Partout les propriétaires opulens, les heureux
de la terre, comme vous les appelez, Vous jardiniers,
Vous hommes du peuple qui vivez du travail de vos
mains , comprirent combien cultiver les plantes exoti-
ques et les acclimater , peut ajouter aux jouissances de
la vie privée, surtout à la campagne; et, comme par
enchantement, des centaines de serres et d'orangeries
s'élevèrent dans les communes autour de la métropole :
vous en ressentiez , Vous, les premiers bienfaits , car toutes
ces fleurs qui formèrent le noyau de la population de ces
nouvelles colonies furent choisies dans vos collections, et
ce fut ainsi que des jours de prospérité et d'aisance com-
mencèrent à réjouir vos modestes familles.
Cet accroissement de pépinières d'horticulture , dissé-
minées dans notre Flandre , reçut bientôt une nouvelle
(i) M. le baron Baut de Rasmon. tl est l'auteur d'un commentaire
et de notes non moins savantes que remplies de goût sur le Poème
des yergers, par Fontancs, dont il soigna la réimpression à Gand.
( 494 )
importance par la création de la Société Botanique , qui
fut instituée en 1809 à Gand, et dont les salons d'expo-
sition furent successivement imités sur une échelle plus
ou moins large , dans plusieurs autres villes et communes
belges , et plus tard en Hollande , en France , en Angleterre
et même aux Etats-Unis d'Amérique.
Ce dût être pour Mussclie surtout , une bien douce
satisfaction de voir que l'utilité de ce qui n'était naguère
qu'un métier, ainsi que les produits de la bêche et du
greffoir , commençaient à être appréciés , et que dans les
banquets de la société, le modeste jardinier , assis à côté
des premiers magistrats de la province et des communes ,
semblait ces jours là , recevoir l'hommage de son ancien
seigneur , dont il avait élevé la Camellie et le Limodore
qui venaient d'être couronnées dans le concours.
Les rangs de ces premiers apôtres de Flore , dont Mussche
lui-même me dicta , en 1817 , les noms et les titres
méritoires (1), ont été bien éclaircis depuis 1809, et bien
plus sensiblement encore depuis cette période jusqu'à nos
jours ! déjà le vieux Van Cassel , un des plus anciens
patriarches de la floricullure, avait précédé Mussche dans
le tombeau ; tous nous les suivrons dans ce dernier asyle , qui
plus tôt, qui plus tard; nous qu'un âge plus avancé et déjà
ses infirmités menacent de plus près , et vous , qui jeunes
encore , semant des lys et des roses sous vos pas , arrosez
les platanes qui , vous aimez du moins à l'espérer , réuni-
(i) V. La notice historique qui précède VHortus Gandavensls que
]M. Mussche dédia au roi et fit imprimer en 1817. Cette notice con-
tient une nomenclature consciencieusement exacte de ceux qui , par
leurs bienfaits, avaient contribué à enrichir le jardin.
( 495 )
ront un jour , voire heureuse famille et vous , sous leur
ombrage. Ecoulez la voix du poète :
Linquenda tellus , et domus , et placens
Uxor , neque harum , quas colis , arborum
Te , praeter invisas cupressos ,
Ulla brevem dominum sequetur (i).
Mais au moins est -il doux de voir encore se grouper
ici , autour des magistrats , respectueusement découverts
cl inclinés devant cette tombe , un si grand nombre de
ces vétérans de la culture pratique , MM. Lanckman ,
Verleemven,Willems, Verscbaffelt, L. Myncke, Van Damme,
Spae , et déjà au milieu de ces anciens , signalés par
leurs clievrons , la nombreuse pépinière de leurs enfants
et de leurs petits-enfants , déjà tous armés de la bêche
et conscrits au service de Flore.
Nous voici à la période de 1815 , qui ne s'ouvrit pas
sous des auspices moins heureux. Déjà sous l'empire de
Napoléon , un sentiment d'affection et de sympathie avait
attaché les frères Thouin du Jardin des Plantes de Paris ,
au Jardin de Gand et à son directeur; c'était des deux
côtés un échange continuel de graines et de plantes, et
cependant ils ne s'étaient jamais vus.
En 1815 , une ère toute nouvelle se présenta pour notre
institution. La bienveillance des ministres des Etats-Unis de
l'Amérique au congrès de Gand , nous autorisa à ouvrir
de grandes communications avec les botanistes de cette
partie d'un autre hémisphère.
Par nos relations avec lord 3Ioira , gouverneur-général
des Indes britanniques dans l'Asie, deux illustres botano-
graphes , le docteur Wallich et Broager, nous firent con-
(i) HoR. Lyr. ii. i^.
( ^96 )
naître plusieurs végétaux du midi de l'Indostan; d'autres,
toul-à-fait inconnus du Thibct et du Népa^vl (1).
Un religieux , don Léandro , savant professeur de Rio-
Janeiro , nous devint connu par l'intermédiaire du jiro—
fesseur Sommé , d'Anvers , et les végétaux du Brésil vinrent
doter et étonner nos serres.
Mais voici que le gouvernement des Pays-Bas ouvre
une cinquième partie du monde et tout l'archipel de la
Sonde , la Chine , le Japon , aux communications de la
science; de savants Hollandais et Belges vont explorer la
Flore de l'Australasie. Les belles familles des Myrtacées ,
des Prêtées , des Mimoses , des Epacrides , et toutes ces
fleurs qui par leur nom si sonore, semblent trahir une
origine grecque , à l'exception seule de celui que la recon-
naissance à imposé à la Banksia (2); mille autres encore ,
non moins anomales par leur port et leur floraison que
par leurs mœurs et leurs habitudes , viennent successive-
ment enrichir et compléter nos conservatoires.
A cette époque se rattachent nos premières communi-
cations avec le baron Van de Capelle , gouverneur-général
des Indes néerlandaises , avec le professeur Reinuardt , et
(i) M. le docteur Reynler de Vos, de Middelbourg , établi au comp-
toir hollandais de Chinsurah , se rendit envers lord Moira , l'interprète
de la reconnaissance de la société , en lui présentant en* son nom et
en échange de ses bienfaits, une collection de graines de nos plantes
légumineuses , farineuses et fourragères.
(2) J'en ai fait encore ailleurs l'observation. Les botanographes qui ont
donné aux végétaux de la Nouvelle-Hollande, des noms scientifiques,
n'en ont guère donné de ceux qui, comme sous d'autres zones loin-
taines , rappellent quelques noms propres. On peut citer pour exemple
les Mélaleuca, les Métrosidéros , les Eucalyptus, les Lcplospermum.
( 497 )
le colonel Paravicini , dans l'île de Java môme (1), le
docteur von Sieboldt au Japon et le vice-consul de Macao,
en Chine ; et comme déjà le Brésil nous avait fait con-
naître ses Cacloïdes et ses Passiflores , l'Amérique du nord
ses Rhodores , ses Ralmies et ses Magnolicrs , le Cap ses
immenses et capricieuses tribus de Bruyères et de Pelargô-
nes , de nouvelles espèces de Roses aux couleurs brillantes et
au feuillage élégant , viendront aussi se porter du Bengale , et
se mêler aux Roses mythologiques et odorantes de nos
parterres ; Sieboldt viendra nous montrer de nouveaux Lys
et d'autres rejetons de la belle et bizarre famille des Orchi-
dées (2); la Camellia et celte Dahlia qui serait la reine
de l'empire de Flore sous les tropiques , si , plus belle que
la Rose, elle en avait le parfum; des milliers d'autres fleurs,
sans noms encore , s'acclimateront et se multiplieront dans
(i) Une collection de graines légumineuses, pareille à celle qui
avait été envoyée à Lord Moira , fut envoyée au gouverneur-général
par les soins de la régence, et sous la surveillance de M. le comte
d'Exaerde agronome expérimenté.
(2) Une partie de cette collection avait été confiée, en i83o, par le
docteur Von Sieboldt lui-même à feu M. Mussclie; dans ce nombre se
trouvent des lillacécs magnifiques qui ont Henri depuis i83o, et que
M. Morrenj professeur de botanique de l'université , a savamment décrits ,
dessinés et fait graver dans V liorticuleur belge; il paraît que plu-
sieurs bulbes ont dû ctre arracliées pendant une période assez longue,
quand la maladie de Mussclie rempccliait de veiller à la conservation
de ces plantes dont il était facile de soustraire quelques caïeux qui
circulent aujourd'hui, dit-on , et même se répandent dans le commerce.
Il sera diflicilc d'arriver à la source de cette infidélité, et le caractère
honorable et à grandes vues de M. Von Sieboldt, le j)ortera à d'autant
plus d'indulgence que la multiplication môme de ces ileurs, sur le con-
tinent de l'Europe, entrait dans les vues qu'il avait en les y intro-
duisant. 11 est juste de dire aussi que Mussclie lui-même, dans des vues
utiles et honorables , avait donné tel de ces caïeux à des jardiniers dont
il savait apprécier rinlclligcnlu culture.
( 498 )
nos jardins , où elles brilleront nombreuses comme les
étoiles du firmament : colifichets admirables de la création
pour notre friyolité , sujets de méditations profondes
aux yeux de la philosophie , elles sont pour la jouissance
de nos sens et pour l'ornement de nos jardins, ce que ce
noble Solanée, cette pomme -de-terre, cet autre bienfait
de la providence, est pour la nourriture du pauvre et la
richesse de nos campagnes....
Mais j'oublie que nous sommes autour d'une terre aride et
stérile, d'une tombe avare; parlons une dernière fois du
jardinier , et rappelons combien , dans une position , si
humble avant lui , il sut s'élever à l'estime et à la con-
fiance des hommes que leur position ou leur grande
science, plaçait au-dessus de lui.
Je vous ai déjà nommé plusieurs botanographes et hor-
ticulteurs , dont les noms sont renommés ; rappelons-nous
encore le célèbre de Candolle et plus tard M. Bory de
Saint-Vincent; je nommerai ensuite le prince de Salm-Dyck
qui dota notre jardin d'une riche collection de Stapelias,
et de Mésembryanthcmes , et importa dans notre ville
cet élégant Cactoïde, que notre culture a si bien réussi
à multiplier (1); il faudrait distinguer encore le conseiller
d'état, feu M. Membrede , qui partagea avec nous les
Saules de ses jardins d'Albeeck, MM. Verlat et Plasschaert,
de Wespelaer, M3I. Smcdt, de Deurne, et le baron
Du Bois , de Nevele , ou mieux encore leurs iutelligens
jardiniers, Donckelaer et Van den Berghe....
Je n'oublierai pas cependant de désigner encore au nombre
de ces protecteurs, un nom illustre, celui de S. A. R. feu
(2) Cactus speciosus. M. de Salm, membre à ceUe époque de la
chambre des dqiutés pour le département de la Roër, faisait partie
de la dcputatioji qui était aller complimenter le roi Joseph à Madrid ,
tt ce beau végétal accompagna sou retour.
( 499 )
le prince Auguste, Grand Duc de Saxe Weyraar; combien
d'heures n'est-il pas venu passer avec Mussche qui le re-
cevait tout en travaillant dans ses serres (1) ? on eut dit que
ce noble ami de Goethe ne se rendait quelquefois au milieu
de nous que pour y partager avant tout l'affection de ses
enfans et de son illustre famille, et pour ajouter ensuite
à ses jouissances, les inslans qu'il pomait consacrer à
voir les travaux de Mussche et à encourager les succès de
son habile expérience.
Jardinier avant tout autre devoir , et toujours armé de
la serpette , Mussche portait avec orgueil le tablier et le
costume oblige de sa profession ; il ne le quitta quelquefois
que pour se mettre à la table des princes et des grands;
car lui aussi, il jouit de ce qu'Horace, courtisan d'Auguste,
appelle, (et il n'en est pas toujours ainsi), un bonheur!
Il sut se faire estimer des hommes que leur célébrité
scientifique et leur haute position sociale, recommandent
au respect ; disons mieux : son mérite et les services qu'il
rendit furent appréciés; et sous ce rapport seul, le vers
du poète est un éloge pour cet homme d'ailleurs si modeste :
Prlncipibus placuisse viris , non ultima laus est.
Ce mérite, ces services ne purent pas échapper non plus
à l'équité de l'administration municipale, ni à la gratitude
spéciale de la Société Botanique, et plus d'une fois leur
munificence encouragea le laborieux jardinier, en con-
sacrant son nom sur un médaillon d'or , solennellement
décerné et remis (2).
(i) Ce souverain avait une estime toute particulière pour notre jar-
dinier, qui conservait précieusement une boîte d'or avec le chilfre du
prince et une médaille d'or à son effigie.
(u) Une empreinte gravée au burin de ces médaillons, est déposée au
caLinet des médailles de l'université.
( 500 )
Le roi des Pays-Bas aussi n'a pas cru devoir passer sur
notre jardin , sans y laisser des traces de sa satisfaction ;
il récompensa l'activité de Mussche, en lui promettant
la constrution de nouvelles serres et d'une orangerie (1) et son
désintéressement , en l'aggrégeant à l'ordre du Lion Belgique,
et en le dotant ainsi d'une augmentation annuelle de sub-
sides. Ce nom de frère parut honorable à notre modeste
jardinier. Jamais, en effet, ce titre ne fut prodigué, et
chaque fois il fut la récompense d'une action vertueuse ou
courageuse, ou d'un mérite spécial (A).
Mais voici que nous avançons rapidement vers le terme
que la providence avait marqué aux jours de Mussche.
Depuis trois ans sa santé , minée en grande partie par
des travaux assidus , et par un passage continuel de la tem-
pérature des serres à celle de l'air libre , déclinait visible-
ment et des intermittences de meilleur augure pouvaient
seules encore donner quelque lueur d'espoir. Mais quand
tous ses amis (2) voyaient combien son énergie et cette
active surveillance qu'il avait toujours exercée sur les serres
et les collections , s'était affaiblie , seul il paraissait ne pas
croire au déclin de ses forces physiques et morales ; en
1832, il perdit , — nous perdîmes tous — M. Charles
(i) L'orangerie seule , bàtîe sur une vaste échelle et dans un style
sévère, sur les dessins de l'architecte L. Roelandt, put être achevée
et le fut en 1829.
(A) On est prié de recourir à une note imprimée à la fin de cette
notice.
(2) M. Mussche avait des amis d'enfance et de jeunesse , et il méri-
tait d'en avoir : ce serait chose oiseuse de les nommer ; si je me fais uu
devoir de citer plus particulièrement M. le greffier Jlaelsackc , c'est qu'il
fut un des premiers promoteurs et signataires pour la construction
du sarcophage monumeiilal qui a été élevé à la mémoire de son ami ,
et que c'est de lui que je tiens plusieurs détails particuliers dont j'ai
fait usage. ( N. C. ).
(501 )
Van Hulthcm, son 'protecteur pendant sa jeunesse, son
conseil et son guide dans un âge plus avancé, son ami
pendant sa vie entière. Cette perte inopinée, irréparable
pour nous tous , agit bien plus douloufeusement encore
sur les sens affaiblis et sur l'esprit de Mussche.
Le jardin reçut en 1834 la visite du roi et de la reine des
Belges , qui examinèrent avec le plus vif intérêt les col-
lections botaniques, et des expressions de bienveillance
encouragèrent le jardinier qui en éprouva quelque soula-
sement à l'état habituel de ses souffrances , surtout en
remarquant que le prince n'était pas étranger à la science
même, et ce sentiment de satisfaction que Mussche ma-
nifesta , était entièrement dirigé , non pas dans son intérêt
privé , mais dans celui du jardin. « Cela nous vaudra, chsait-il
» avec naïveté , l'achèvement de nos serres » . Il aimait
surtout à en conclure que le roi , par cela seul que S. M.
avait apprécié la richesse de la collection , aurait continué
sa protection à cet établissement, menacé en effet, parle
décret du 16 décembre 1830, qui ordonna, dans l'uni-
versité de Gand, la suppression de la faculté des sciences
à laquelle il appartient.
Puisse ce prince, si des paroles prononcées sur une
tombe peuvent avoir accès dans un palais , recueillir ce
dernier vœu d'un mourant , et répandre aussi ses bienfaits
sur cette belle institution , mère et modèle de tant d'autres
dans notre patrie !
Quelques mots encore : plus heureux que M. Van Hulthera ,
Mussche vécut assez longtemps pour avoir pu admirer la
magnificence de notre salon-jubilaire , — de ce salon qui
ne se rouvrira jamais , aussi superbe , aussi gracieux , par
une réunion aussi nombreuse et aussi rare de fleurs ,
accourues de toutes les zones de la terre , pour y disputer
la pomme décernée à la plus belle !
Il s'y fil conduire mourant ; nommé un des juges du
( 502 )
concours, il vint un instant se mêler parmi ses Pairs y
tous maîtres dans la science botanique ou dans l'horticul-
ture, qui l'accueillirent avec respect; mais trop affaibli il
s'abstint de voter.
Il s'était seulement laissé entraîner à l'espoir de voir
et de saluer une dernière fois les fleurs , ces agens parés
et mystérieux des amours et des noces de la plante , ces
fleurs au milieu desquelles il avait passé sa vie , tout entier
à leur culte, occupé de leurs sympathies et de leurs af-
fections, étudiant leurs goûts et leurs mœurs, facilitant
le croisement de leurs espèces, et recueillant religieuse-
ment le produit de leurs amours.
A chaque salon il avait vu s'épanouir des fleurs nou-
vellement introduites sur le continent; en 1834, il put
voir , la première et dernière fois , la tige élancée du
Doryanthe (1) qui venait d'être couronné ; il avait pu
admirer la magnifique phalange de fleurs que Sir H. T. Oakes
nous avait amenée de Tournai , les Camellies de Madame
Meeus-Van der Maelen , les Amaryllis de M, C. Maes;....
des larmes coulèrent de ses yeux : et à sa joie de les avoir
vues , se mêlèrent des regrets ; mais « j'ai vu le salon ,
et je meurs content , dit-il. Nunc (limiUis I se serait-il
écrié, si le mot sublime du Vieillard de l'évangile pou-
vait être détourné à l'expression d'une joie profane.
A cette dernière visite au salon se rattache un fait
touchant par sa simplicité , et je vous le rendrai comme
je l'ai vu.
Une CamclHe, produite par la culture intelligente de
Donckelaer , dont elle porte le nom , avait échappé aux
regards de Mussche. Le jardinier de Louvain lui avait fait
présent de la belle Hyhride , et néanmoins il désira , avec
(i) D. excelsa cultivé dans les serres de M. A. Mechelynck, fabricant.
( 503 )
rimpalient désir d'un enfant , qu'elle fut portée un instant
chez lui , pendant l'ouverture même du salon , pour qu'il
pût en voir la fleur ; « mais elle vous appartient , lui
» dit-on; vous la verrez dans deux jours ». Il insista :
« Qui sait ? dit-il, la fleur sera fanée et tombée peut-être,
avant qu'elle puisse s'épanouir au printemps prochain ».
Les commissaires du salon s'empressèrent de lui accorder
celte jouissance. Il put voir la fleur, — mais il ne la
verra plus refleurir !
La maladie , qui le menait lentement au tombeau , prit
finalement un caractère d'intensité qui , vers les derniers
mois de 1834, ferma toute chance à l'espoir. Les soins
que la piété médicale lui rendait avec afl'ection , et les con-
solations de l'amitié ne lui avaient jamais manqué, et
tempérèrent ce qu'il y avait de douloureux dans ces
derniers momens d'une vie utile et laborieuse -, la religion
seule pouvait les adoucir , et elle vint à son secours.
Pendant sa carrière , plus d'une fois , Mussche avait reçu
la visite du vénérable évêque du diocèse (1). Le prélat
aimait à causer quelquefois avec notre jardinier, et plus
d'une fois aussi, en le surprenant , occupé de ses plantes
et tout adonné à ce travail paisible , il a dii comprendre
combien il était plus doux , plus placide d'être chargé de
la culture des fleurs que des soins graves et pénibles ,
attachés à l'administration d'un vaste et populeux diocèse.
L'évêquc vint voir et revoir 3Iussche pendant l'inten-
sité de ses dernières souffrances; jardinier chrétien , il
accueillit avec respect de la bouche du prélat et de celle
du curé de sa paroisse , les consolations et les secours
que la religion offre aux inourans , et calme, résigné , plein
(i) Le palais épiscopal a une issue sur le jardin.
( 504 )
d'espoir et de confiance , il rendit son âme au créateur et
sa dépouille mortelle à la terre.
Jean Henri Mussghe termina son utile et laborieuse
carrière, le 24 décembre 1834, âgé d'environ 70 ans.
Que son âme repose en paix !
N. Cornelissen,
ancien Secrétaire de la Société Botanique.
Note A. F. page 19.
On a dit et imprimé que c'était , de la part du roi des
Pays-Bas , une espèce de manque d'égards , que de n'avoir
conféré à un homme du mérite de Mussche , d'autre grade
que l'aggrégation , comme frère, à l'ordre du Lion Belgique.
Ceux qui ont dit cela ne connaissaient guère Mussche ,
et surtout ils se méprenaient sur la nature de son mérite.
C'était un jardinier dans toute l'étendue du mot ; il en
avait les habitudes , le langage et le costume , et quoique
ayant assez pour passer ses jours dans une certaine aisance,
il n'était pas fâché d'obtenir un peu de « ce superflu qui
n'est pas moins nécessaire », et (cet aveu dut-il désenchanter
quelques idées) nous dirons franchement, que c'était bien
aussi en partie ce motif qui l'avait porté à désirer l'ag-
grégation qui ajoutait une annuité de fl. 200 des P. B. à
son modeste traitement. Mussche dit lui-même cent fois
que rien ne lui eut paru plus ridicule que de s'entendre
aj)[)cler M. le chevalier ^ on me nomme si souvent le père
Mussche, dit-il, on n'a qu'à dire le frère; aussi le frère
put-il librement continuer de marcher sur ses anciennes
brisées, s'entourer de ses confrères, jardiniers comme lui.
( 505 )
clans un estaminet flnmanJ, et leur offrir de partager
avec eux , le litre LVuijfzel ou le petit verre de stomachique.
Et quant au mérite , jamais nous n'avons entendu dire
ni voulu insinuer que notre jardinier fut un génie, un
maître dans la science , un savant du premier ordre ; c'était
tout simplement à nos yeux, comme aux yeux de ceux
qui savaient apprécier ses services, un homme laborieux
et instruit , doué d'un esprit droit et juste , et de con-
naissances peu communes dans la profession qu'il honorait.
Ce n'est cependant pas que des botanistes qui ont leur
rang dans la science, n'aient également estimé à une
haute valeur ce qu'il y avait de relevé dans ses connais-
sances ; connu d'eux comme bolanographe , et auteur de
\ Hortiis gandavensis , il attira leurattention ; M. deCandolle
fils , dans sa monographie des Campanulacées , lui a dédié
trois espèces de campanules , sous le nom générique de
Musschia, et originaires de Madère; M. Dumortier, de
Tournai , a également créé un genre Musschia;; et non-seule-
ment M. Morren , professeur de botanique à l'université de
Gand, a désiré aussi rendre sur la tombe du jardinier,
un dernier hommage à sa mémoire ; mais de concert avec
M. Decaisne , il a consacré à ses mânes une des plus belles
espèces parmi les Epimèdes qui nous viennent du Japon,
et ce qui les a surtout portés à lui dédier plus particu-
lièrement cette fleur sous le nom (['Epiniedium mus—
schiai%uni, c'est que ce fut lui qui, le premier, réussit à
conserver dans nos orangeries un genre de plantes qui,
comme le dit très-bien M. Morren , en fera désormais un
des plus jolis ornemens.
Les hommages funéraires n'ont pas manqué à la mé-
moire de Mussche. Presque seul, pondant de longues
années, il avait rédigé les notices qui nommaient avec
une correction si consciencieuse , les fleurs exposées dans
ses salons de la Société Botanique; cette société exprima
35
( 506 )
ses regrets par une inscription due au pieux soin de
M. Coryn, secrétaire perpétuel de l'institution; elle a
également transcrit la note simple et touchante, par laquelle
feu M. Van Hulthera intliquait les services du jardinier ,
— note sans flatterie et sans exagération , et qui contient
la juste mesure de son mérite.
Ce fut pendant l'inhumation même que vint la première
idée d'un sarcophage à élever; M. le bourgmestre, pré-
sident de la société , les fonctionnaires publics et les anciens
amis du défunt, accueillirent ce projet; une souscription
fut ouverte et remplie en peu de jours , et dans cette
liste aussi , à côté des noms de tant de simples jardiniers
et ouvriers , on pourra lire ceux du gouverneur de la pro-
vince, de Mgr. l'évêque, du premier président de la cour
provinciale et des hommes les plus distingués , soit par leur
position sociale, soit par le rang qu'ils occupent parmi
les savans , les artistes et les littérateurs.
N. C.
( 507 )
2lnttli)0C0 ^xitxqnts &*©utJragt0.
Philosophie sur l'homme et le développement de
ses facultés, ou essai de physique sociale, par
M. QuÈTELET , directeur de rOhservatoire de Bruxelles.
Paris , Bachelier , et Bruxelles , Périclion. 1 vol in-8.°
De tout temps, l'iiomme s'est pris lui-m»}me pour objet
lie ses études ; le scalpel de l'anatoniiste a su lui révéler
la construction habile de ses organes et de leurs fonctions.
Le médecin a déterminé les symptômes indicateurs et la
médication appropriée aux diverses maladies qui viennent
tour à tour assaillir notre frêle organisation : le philoso-
phe , depuis plus de trente siècles , discute sur l'origine
et sur la distinction des facultés de notre intelligence ;
en un mot , des sciences diverses et nombreuses exploitent
la mine féconde , peut-être inépuisable , des phénomènes
de notre existence ; et cependant le nombre de ceux qui
ont jusqu'à présent échappé à nos regards est encore bien
grand. L'auteur de l'ouvrage que nous anonçons, connu
déjà par un grand nombre d'essais de travaux statistiques,
a essavé de combler une lacune à cet égard. Il s'est pro-
posé de déterminer numériquement les lois du dévelop-
pement de nos organes, de nos facultés physiques, de nos
aptitudes morales et de nos pcnchans , de fixer à quelle
époque de la vie se rencontre leur maximum d'énergie ;
il a été frappé des différences considéralilcs qu'on remarque
dans le rapport des naissances et des décès à la masse de
( 508 )
ja population , dans des localités différentes , ou dans les
mêmes localités à des époques diverses ; il a cherché à
en trouver les causes , à y joindre celles qui peuvent
augmenter ou diminuer le nombre des mariages , à déter-
miner si ce nombre se trouvait en raison directe ou inverse
de l'accroissement de la population , etc. Il est facile de
comprendre quel vaste champ s'est ouvert à ses recherches.
Avant lui, nous ne possédions que quelques essais rares,
incomplets et encore récens sur ces matières. A quoi
devons-nous attribuer une si longue indifférence ? Serait-ce
la multitude des questions qui se présentent à l'observa-
teur, leur variété, leur complexité, et je ne sais quelle
incertitude vague dans leurs élémens , qui en rend la
solution difficile ? Serait-ce une certaine crainte religieuse
qui les enveloppait, dans les temps où la foi était vive
et générale , et qui les dérobait aux investigations de la
science , pour les attacher immédiatement au bon plaisir
de puissances supérieures et mystérieuses ?
Poussé par l'instinctive curiosité de sa nature , l'homme
avait pourtant alors l'œil braqué sur les astres , pour
reconnaître celui qui paraissait à l'horizon au moment de
la naissance d'un enfant, il étudiait avec anxiété la lon-
gueur de la fatale ligne de vie qui sillonnait le creux de
sa main, il écoutait avec angoisse le cri de l'orfraie perchée
sur la muraille voisine ; mais il aurait regardé comme
téméraire et impie de s'adresser aux circonstances mêmes
au milieu desquelles son existence s'écoulait, et de cher-
cher si elles n'exerçaient pas sur celle-ci des influences
naturelles , efficaces , de sorte qu'il y eût , entre elles et
les phénomènes les plus importans de son organisation ,
des rapports incertains et précis qu'il lui fut possible de
déterminer. La statistique eût été proscrite sans pitié ; la
pauvre statistique , qui n'est que la constatation innocente
et consciencieuse des faits matériels et moraux, dans
( 509 )
linlention de trouver el de mellre en évidence les lois
qui les produisent et les dirigent : taudis qu'aujourd'hui,
où l'esprit humain a enfin conquis et chèrement acheté le
droit de se livrer à toutes les études qui peuvent con-
courir à son libre développement , nous voyons la statis-
tique s'étendre avec indépendance et impunité , multiplier
tous les jours ses travaux et n'épargner aucun des faits
qui présentent quelque intérêt pour l'homme et pour la
société.
Le plan de l'ouvrage de M. Quételet est trés-simple. Il
prend pour objet de ses recherches , les deux termes entre
lesquels s'accomplit l'existence de l'homme, la naissance
et la mort, et détermine les causes qui peuvent modifier
leurs relations numériques soit entr'eux , soit d'eux à la
population. Ainsi il examine séparément l'existence des
sexes, des localités, de l'âge, des années, des saisons,
des heures du jour , des professions , de la nourriture ,
de la moralité , de l'aisance et de la misère.
Dans le second volume, il s'occupe du développement
de l'homme au physique d'abord , de la taille , du poids ,
de la vitesse, de la force; puis au moral, et après avoir
posé quelques questions relatives au progrès régulier et
ordinaire de ses facultés, il traite, plus en détail, de
l'aliénation mentale, de l'idiotisme, de l'intempérance^
du suicide , du duel , et enfin du penchant au crime.
A-t-il étudié d'une manière assez positive et asseï com-
jtlète tous ces faits, et l'action exercée sur chacun d'cui
par les influences antérieures, telles que l'âge, la saison,
etc. , pour pouvoir coordonner les lois qui les régissent ?
Non certainement. 11 a trop d'expérience et de sagacité
pour en avoir la prélcnlion. 11 sait qu'il est très-probable
que des résultats précis et complets échapperont toujours
à nos moyens faibles cl bornés, mais s il no nous est
pas possible de déterminer avec cxucliUidc l'influence
( 510 )
qu'exercent certains faits , c'est déjà beaucoup que de
savoir qu'ils en exercent une , et dans quel sens ils l'exer-
cent. Aussi parce qu'elles nous offrent cet enseignement
sur beaucoup de points , les observations de M. Quételet
sont-elles dignes de tout notre intérêt , et nous n'éprou-
vons que l'embarras du choix pour en présenter quel-
ques-unes à nos lecteurs. Celles que nous allons rapporter
sont tirées du dernier chapitre , celui qui traite du pen-
chant au crime.
Nous sommes heureux de trouver que les matériaux dont
l'auteur s'est servi dans ce chapitre , lui ont presque tous
été fournis par les comptes généraux de l'administration
de la justice en France , publiés depuis dix ans par le
ministère de la justice. Recueil précieux dont le cadre s'étend
et se perfectionne chaque année. Seulement M. Quételet
a pu constater et vérifier pour la Belgique la plupart des
résultats auxquels il a été conduit pour la France, et il a
trouvé une grande conformité entre les uns et les autres.
Nous voyons le penchant au crime se développer d'abord
en raison de l'intensité de la force physique et des passions.
Il atteint son maximum vers 1 âge de vingt-cinq ans ,
époque où le développement physique est à peu près
terminé. De plus, certains crimes ont des rapports intimes
avec certains âges, de sorte qu'ils semblent en être un
triste et funeste accompagnement. Nous ne pouvons mieux
faire que de citer les paroles graves et éloquentes , par
lesquelles l'auteur exprime la progression que doit par-
courir l'homme qui s'engage dans la carrière du crime.
« Ainsi le penchant au vol , qui est un des premiers à
se manifester, domine en quelque sorte toute notre exis-
tence ; on serait tenté de le croire ijiliércnt à la faiblesse
humaine qui le suit comme par instinct. Il s'exerce d'abord
à la faveur de la confiance qui règne dans l'intérieur des
familles, puis s(? nianifcsle au-dehors et jusque sur les
C511)
chemins publics , où il finit par recourir à la violence ,
lorsque déjà l'homme a fait le triste essai de la plénitude
de ses forces en se livrant à tous les genres d'homicides.
Ce funeste penchant est moins précoce cependant que celui
qui, vers l'adolescence, naît avec le feu des passions et
les désordres qui l'accompagnent , et qui pousse l'homme
au viol et aux attentats à la pudeur, en commençant à
chercher ses victimes parmi les êtres dont la faiblesse
oppose le moins de résistance. A ces premiers excès des
passions , de la cupidité et de la force , se joint bientôt
la réflexion qui organise le crime, et l'homme, devenu
plus froid, préfère détruire sa victime en recourant à l'as-
sassinat ou à l'empoisonnement. Enfin ses derniers pas dans
la carrière du crime sont marqués par la fausseté qui sup-
plée en quelque sorte à la force. C'est vers son déclin que
l'homme pervers présente le spectacle le plus hideux ; sa
cupidité , que rien ne peut éteindre , se ramine avec plus
d'ardeur, et prend le masque de faussaire; s'il use encore
du peu de forces que la nature lui a laissées, c'est plutôt
pour frapper son ennemi dans l'ombre ; enfin si ses pas-
sions dépravées n'ont point été amorties par l'âge , c'est
sur de faibles enfans qu'il cherchera de préférence à les
assouvir. Ainsi ses premiers et ses derniers pas dans la car-
rière du crime sont marqués de la même manière, du
moins sous ce dernier rapport ; mais quelle différence !
Ce qui était en quoique sorte excusable chez, le jeune
homme, à cause de son inexpérience, de la violence de ses
passions et de la ressemblance des âges , devient chez, le
vieillard le résultat de l'immoralité la plus profonde et le
comble de la dépravation ».
Nous apprenons ensuite que la difl'érence des sexes a
aussi une grande influence sur le penchant au crime. On
ne trouve en moyenne qu'une fennne sur quatre hommes
amenée devant les tribunaux. Plus on s'élève dans les rangs de
( 512 )
la société , plus l'instruction de l'un et de l'autre sexe s'étend
et se complète, mieux chacun comprend sa mission, plus
le crime devient proportionnellement rare chez les femmes ,
car la difficulté à le commettre augmente , en même temps
que la tentation diminue. Le contraire se manifeste en redes-
cendant l'échelle sociale; plus on se rapproche des der-
nières classes du peuple, plus la misère augmentant produit
l'abrutissement , plus aussi l'on voit les habitudes des deux
sexes tendre à se confondre , et le privilège d'une moindre
criminalité diminuer pour les femmes.
Les saisons exercent également une influence très-mar-
quée sur le penchant au crime. Ainsi c'est pendant l'été
que se commettent le plus de crimes contre les personnes
et le moins de crimes contre les propriétés. L'inverse a lieu
pendant l'hiver.
Mais le fait le plus curieux que nous signalent ces re-
cherches, est certainement la constance avec laquelle se
reproduit, tous les ans, le nombre total des crimes commis
dans un pays, et le nombre de ceux de chaque espèce.
Aussi nous savons qu'il y a tous les ans de sept mille à
sept mille cent crimes commis en France , c'est-à-dire
sept mille à sept mille cent individus poursuivis pour crimes,
ce qui fait un sur quatre mille quatre cent soixante-trois
habitans. Nous pouvons assurer que l'année prochaine et
l'année d'après ce nombre sera le même. Nous pouvons
dire combien il v aura d'individus qui tremperont leurs
mains dans le sang de leurs semblables, combien seront
faussaires , combien seront empoisonneurs. Nous pouvons
aller plus loin; nous pouvons (Ure combien parmi ceux
qui seront accusés et poursuivis , il y en aura de con-
danuiés-, car nous savons qu'il y en aura soixante-un
sur cent. 11 ne nous est pas permis de marquer au front
un de nos semblables, et de lui dire : « Lan qui vient ^
lu porteras ta tète sur l'échafaud » , mais nous pouvons
CI GIT LA DEPOUItLE 1^ O K TI.I,LX X.X .
JEAlNf HETJKY" MUSSCHE,
JAKXilNISE^ "EN CHEF DU JARDIN' BOTANIQUE.
AGGREGE A L'ORDRE D'U LION BELC. .
DCWÉ D'UNE INTELLICEIvrcE H A.-BE ,
CET HOM-ME, SI UTILE PENDAUT XXXlt AT/ J ,
5'ETATT ItnriÉ AUX METHOIjES DE LA SCIENJE,
ÎT HZ JAUDJNJER. IL ETAIT DEVE-NIT BOTANISTE.
SOUS LES AU5FICES BE CH.VAK HULTHEM, ÔON AMI ,
IL COJJTBIBU-A PAR SON EXEMPLE
A REPA'NDRE LE C-OÛT DE L'KO'R TICU L'I'URE
ET DE L'INTEOEUCTIOT^ je PLA'NTE; ÉrF-AÎIâÈRES,
ETUNE NOUVELLE SOURCE D'I'NDUiTKlE,
CE PBOSPZETTE OWMEKCTALE ETDE GLOIRE,
■ S' OUyPIT AINSI PO-UH. SA VILLE NATALE.
QTI BIENTOT, 1-AR SES COirCOUB.S 31SAHNUKL,-
DE FLtURS EN HIVER ET EN ÉtÈ .
SERVIT DE" PREMIER MODELE À LA B£LCIQUE
ET À L'EUROPE ENTIERE.
.' H. MUSSCKE. HOMME ^AVANT ET MODESTE
AVAIT DES MOEURS SIMPLES ET UN BOTI COEUK;
DES SOUVERAINS ONT FlONORlf SON MEKITF;
LESAMIS !■£ LA SCIENCE L'ONT AMUÉr.lÉ
.<!Es' ÉGAUX L'A>F>.CTI';NMAIENT
ET L'A'PPELAIEVT LEUR PEBE-
. AFFOIBLt PAR L'AGE ET PAR LES TRAVAUH.
IL S'ANIMAIT ENCO-RE EN "RE GAREAirT JE 5 lîl.ElIItJ,
ETILNEI.ÏS l,UITTA PAS SANS HEGRETî;
PAR I.ORCAMe'dUN vénérable ET PtEUX PRELAT,
LA. RELIGION VINT LK CONSOLER ET LUI t/TFRlh
:,KS SECOURS QU'IL REÇUT AVEC PIETÉ,
ET NE À GA'ND LE XX. 'JUIN M.B C C LX/,
IL V MOURUT CALME RT RESICJNR,
lE XXIV DÉCEMBRE MBCCCXXXIV.
CF. TrE FIEVUE TUM'ILAIBE
?l'T .'OTER PftR I/AMITIE:
LES PRKMIEHs" MAÛtS TBATS l-E LA. PJÎOVIMCE UT I - _
r.T À Lt.lfR lilfl'.MH.F. 1. l-.VEQUE DU DIOCLit
■ r i.f. coi.t.KCK liy.s ce 11 A-i'KURS ok 1,'DNrvK.R .sitk,
■A.NT riEs SERVICES D UN HomMB uriii;',,
-oOolES A OE MONUMENT C'ArFECri I
K^T AINSI qUUN SOUVENIR PRIVE
EST JJEVIiNlf r..'EXPRi
' f, T.n R B CONN AI.S5AN
A
"V;,
S)..
Ot<HELiASt.U IWV.
ÎATt.PNOTii fc-
(513)
dire à la société , à notre pays , quel est le contingent
qu'il cloit à l'échafaud, aux bagnes, aux prisons; car ce
tribut effrayant ne s'acquitte pas avec moins de régularité
que celui que la population paie à la nature, ou qu'exige
le trésor pour subvenir aux charges de l'état. Est-ce à
dire qu'il soit fatal , qu'il échappe à l'empire de l'homme
et que nous devions nous résigner à l'inexorable nécessité
de voir à tout jamais sept mille de nos semblables désho-
norer notre pays par des crimes honteux ou sanglans ?
Non assurément ! nous protesterions de toutes nos forces
contre un semblable résultat qui fait frémir le cœur et
révolte l'esprit, si M. Quételet ne nous avait pas devancés,
et si nous n'étions parfaitement d'accord avec lui sur les
conséquences qu'il en tire. Le nombre des crimes commis
dans un pays est l'expression du rapport le plus intime
entre, d'une part , la législation criminelle, et , de l'autre,
les mœurs , les institutions , les lumières , les habitudes ,
tout ce qui constitue la manière d'être , de vivre , de penser,
de sentir, en un mot la moralité de ses habitans. Or, les
causes qui peuvent et doivent modifier ce rapport , ne
sont certainement pas placées hors de notre portée ; mais
elles sont infiniment compliquées , et ce n'est pas l'affaire
d'un jour que de les atteindre. Comme le dit très-bien
notie auteur : « 11 n'est donné qu'à peu d'hommes doués
» d'une puissance de génie supérieure , d'imprimer une
» action sensible au système social ; *t encore celte action
)) exige souvent un temps considérable pour transmettre
» pleinement son effet ».
« Si l'action modificative des hommes se communiquait
immédiatement au système social, loute espèce de pré-
vision deviendrait impossil)lc , et l'on chercherait vainement
dans le passé des leçons ])our l'avenir, mais il n'en est
pas aiusi : quand des causes acli\cs ont pu s'établir, elles
exercent une action sensible lougtcinps même après qu'on
( 514 )
a cherché ù les comhatlre et à les délruire : on ne saurait
donc apporter assez de soin à les signaler et à développer
îes moyens les plus efficaces pour les modifier d'une ma-
nière utile. Cette réaction de l'homme sur lui— même est
une de ses plus nobles attributions ; c'est le champ le
plus beau dans lequel puisse se développer son activité.
Gomme membre du corps social , il subit à chaque instant
le nécessité des causes et leur paie un tribut régulier ;
mais comme homme , usant de toute l'énergie de ses fa-
cultés ijitellectuelles , il maîtrise en quelque sorte ces
causes , modifie leurs effets et puis cherche à se rappro-
cher d'un état meilleur ».
C'est donc une tâche longue et difficile , mais vaste et
pleine d'encouragement que de remonter aux véritables
termes de notre bien être , à toutes causes qui directe-
ment , ou indirectement , peuvent avoir quelque influence
sur notre moralité. C'est là , bien plus encore que dans
les modifications que peut subir la législation que se
trouvent les remèdes à un état de choses aussi affligeant,
que le spectacle de sept mille de ses concitoyens se dé-
gradant ainsi chaque année. Si l'action qu'il nous est permis
d'exercer sur ces causes est lente , elle est sûre , et pour
plusieurs il suffira sans doute de les avoir signalées pour
les l'aire disparailre , ou du moins les voir diminuer rapi-
dement.
( Journal de Vlnslruclion imhlique ),
( -^15 )
fluUctin Qibii0grttpl)tj(jue»
OUVRAGES RELATIFS A LA REVOLUTION BELGE.
Willem den koppigen , ingedrongcn koning dcr Nederlandcn ,
aenlcjding gevende lot deu opstand def Bclgcn in 1830;
met een omstandig verhael van de vicr rocmweêrdigo dagcn ,
groote voorvallcn en gevolgen ; door J. B. Van der Mculen.
Eerstc deel. Biussel , Vanderborght zoon, 1833. in-8.<^ oOO blad.
[ Le deuxième -volume est sous presse. ]
Un mot sm- le système monarchique tempère ( par M. Bernard
Yispoel , avocat à Gand). Gand , Van Rj ckcghem-iiovacre
1831, de 16 pages in-S."
Un mot sur l'intervention étrangère et sur l'indépendance
de la Belgique (par M. l'abbe De Foerc. lbid,idcm, (1831)
de 16 pages in-8,°
De l'administration de la justice aux Paj s-Bas , sous le
ininistère de C. F. Van Maanen ; avec ime analyse des prin-
cipaux procès criminels politiques, et dos autres persécutions,
depuis l'an 1815 jusqu'au 2o août 1830 (par M. 11. Ilclius
d'iluddegbem). Ibid, idem, 1830. de 120 pages in-8.°
Prc'cis historicjues des institutions judiciaires de la Bclgi([ue ,
depuis les tem[)S les plus recules jusqu'à ce jour. Par le même.
Bruxelles, Tarlicr, 1831. de 7-1 pages in-8.''
HISTOIRE.
Notice sur les institutions Gallo - Frankcs , -'f20-7o2 , par
M. Tailliar , conseiller en la cour royale de Douai. Extrait
(516)
des mémoires de la société royale et centrale d'agriculture,
sciences et arts , du département du Nord. Douai, Wagrez aine,
18âo. in-8.° de 186 pages.
[ Notice consciencieuse , puisée aux sources contemporaines , et qui jette
beaucoup de jour sur les institutions politiques de cette époque.]
Fastes militaires des Belges , ou histoire des guerres , sièges ,
conquêtes, expéditions et faits d'armes qui ont illustré la
Belgique , depuis César jusqu'à nos jours. Brux., 1833.
[ Cet ouvrage se continue avec une grande régularité : la 22.'= livraison
qui vient de paraître , avec la 5.^ de planches , contient : Les Ecorcheurs
— Guerre du Luxembourg. — Révolte des Gantois. — Simon de Lalaing"
*— Jacques de Lalaing. — Bataille de Gavre. — Vieillesse de Pliilippe-le-
Bon. — Le vœu du Faisan. — Bataille de Montléi-y. — Deuxième guerre
de Dinant. — Charles -le -Téméraire. — Guerre de Liège. — Affaire de
Brusthem. — Jean de ville. ]
LITTERATURE.
Jahrcs-Bcricht ucber das Gjmnasium zu Lingen in dem
Schuljahro von Ostern 1832 bis Ostern 183S, von D.i-E.Kastner.
Vorangeht eine Abhandlung desselbea ueber die nieder-
deutsche und nicderiaendsclie Dichtkunst im Mittelaltcr und
eine noch ungcdruclae Probe derselben. Lingen G. W. Mohr ,
18â3. in-4.0 32 pages.
[ Dans cette brochure se trouve un fragment de 4Jy vers de la bible
rimée et inédite de Jacques van Maerlant. ]
Poésies militaires de l'antiquité , ou Callinus et Tjrtée ,
texte grec, traduction polyglotte, prolégomènes et commen-
taires; par A. Baron, professeur de littérature à l'université
libre de Belgique, etc. Ouvrage dédié au roi. Bruxelles,
Méline. iu-8.o de 336 pages et de 15 feuillets de liminaires.
[ Ouvrage d'érudition et de goût, traduction en vers fraurais de M. Baron,
qui laisse loin derrière elle toutes celles qui l'ont précédée : les autres
traductions données par l'éditeur sont pour le hollandais , celle de Bilder-
dyk, pour l'allemaud , celle de F. Jacobs , pour J'aufiLiis , de R. Polerliele ,
pour l'italien , de Lamljerti. Cette polyglotte eu sept langues est un vrai
chef-d'œuvre typographique qui sort des presses de !M. A. W ahlen. ]
(517)
HORTIGULTURE.
Arbres fruitiers , leur culture en Belgique et leur propaga-
tion par la graine , ou Pomonie Belge , expérimentale et
raisonnce, par J. B. Van Mens. Bruxelles, Périchon. iu-12.
LIVRES CLASSIQUES.
Cours élémentaire de prononciation , de lecture à haute
voix et de récitation , d'après les auteurs les plus estimés j
par un professeur. Tournay , Renard-Dosson , 1834. in-12 de
107 pages.
BIBLIOGRAPHIE.
Manuel du Bibliothécaire, accompagné de notes critiques,
historiques et littéraires , par M. P. Naraur , bibliothécaire
de l'université de Louvain. Brux. , J. B. Tircher, ISS-i.in-S."
IV et 368 pages.
Catalogue d'une belle collection de livres et manuscrits ,
ayant fait partie de la bibhothèque de feu M. Richard Heber
suivie d'un supplément. Gand , Duvivicr, 183o. de 140 pages.
in-S."
DROIT ADMIMSTRATIF.
Essai sur les besognes périodiques de l'administration pro-
vinciale et communale en Belgique, parH. D. K.(De Kerchove).
Gand, C. J. Van Ryckegem, 1835. XXIV, U'ô et 12 pag. in-8.°
(518)
(Blxvamqtic ht0 ^cicncc^ ci !3trt0 j
ci ^nvUt£!5.
Nous avons déjà annoncé dans notre recueil la grande
carte cadastrale de la province de la Flandre orientale , à
l'éclielle de 1 à. 80,000 , par M. P. Gérard , inspecteur du
cadastre , dans cette même province. M. Gérard vient d'en-
vojcr en cadeau à ses nombreux souscripteurs , parmi lesquels
il compte S. M. le roi , pour un grand nombre d'exemplaires,
les ministres, etc., un spécimen de sa carte qui nous donne
Gand et ses alentours , dans un rajon d'environ deux lieues.
Nous ne craignons pas de dire que rien d'aussi parfait en ce
genre n'a encore été exécuté en Belgique , tant sous le rap-
port des détails d'exécution matérielle, que sous celui de la
science et de la fidélité topographiques : la confection de cette
carte a coûté à l'auteur plusieurs années d'un travail opi-
niâtre : elle est le fruit du dépouillement de trois mille cartes,
grand in-folio, exécutées par ordre du gouvernement : il
faudrait voir la carte originale de M. Gérard , pour concevoir
l'étendue d'une telle entreprise, et la persévérance qu'elle
exige pour être conduite à bonne fin.
Empressons-nous de faire connaître les deux jeunes artistes
(pii, sous la direction de l'auteur, ont attaché, à Gand,
leur nom, à ce travail <[ui sera d'une si grande utilité pour
les propriétaires et les administrations : ce sont pour le trait,
M. F. J. Dcsmarés, et pour la lettre, M. L. Slaes , tous deux
de Bruxelles : ces deux graveurs nous ont prouvé que nous
ne serons plus forcés de recourir à l'étranger pour l'exécution
de nos plus belles cartes topographiques et géographiques.
On sait que la carte de M. Gérard dont nous avons pu-
blié le prospectus, paraîtra en deux feuilles, dont la première
sera livrée aux souscripteurs, en mars, 1836, et la seconde
( 510 )
à la fin (Je Ja nicmc année. Le pri>: on sera de lo francs
pour eux , et de ÎLO francs pour les non-souscripteurs. Des
spécimen et prospectus sont déposes chez tous les libraires de
Gand.
— On annonce comme devant paraître sous peu une His~
toîre de la Belgique, par M. C. , aîné, avocat, avec 32 gi-a-
vures composées et gravées par M. Joseph Coomans. Les
S2 gravures exécutées avec le plus grand soin , représenteront
les armes, les costumes, les moniimcns des anciens Belges,
les portraits des grands hommes de la Belgique, les batailles
les plus remarquables et les plus beaux sites du pays. Le
texte , tout en ne formant que la partie accessoire de l'ou-
vrage, contiendra cependant l'histoire substantielle, et pour
ainsi dire complète, des diverses provinces de la Belgique.
Ayant travaillé dans un but tout populaire, les auteurs pu-
blieront deux éditions de leur Jiistoire gravée de la Belgique;
l'une en français , l'autre en flamand. La première coûtera
complète 7 francs; la seconde , qui aura les gravures du second
th-age, n'en coûtera que cinq.
Bibliographie. — Veste de livres de feu M. R. Hei!ER.
De tous les bibliophiles qui aient jamais existé aucun n'a
peut-être égalé celui dont nous allons dire quelques mots.
M. Richard Hebcr, né à Oxford, fit dans sa jeunesse des études
très-brillantes, et s'appliqua avec tant d'ardeur aux langues
anciennes qu'il s'acquit bientôt, comme helléniste, une brillante
réputation. Après avoir terminé ses cours à l'université, l'his-
toire, les antiquités et la httérature de son pays attirèrent
toute son attention, et en peu de temps il lit dans cette partie des
progrès si marqués , que les premiers savants de l'Angleterre
recherchèrent son amitié , et entretinrent avec lui une
correspondance très-active. Warton , EUis, Douce, le mi-
nistre Peel, mais surtout Waltcr-Scott , qui lui dédia quel-
ques-uns de SCS ouvrages , vivaient dans son intimité et
aimaient à lui soumettre les questions les plus difilcilos, re-
latives à l'histoire de l'Angleterre. L'université d'Oxford, qui,
comme on sait , a le droit de nommer un membre au par-
lement, avait choisi M. Heber pour la représenter. Il s'ac-
(520)
quitta avec honneur de cette place, et ne donna sa de'missîon
qu'afîn de pouvoir augmenter ses recherches litte'raires.
M. Heher , possédant une fortune qui , chez nous ,
passerait pour colossale, avait déjà recueilli une immense
bihliothèque , lorsqu'il forma le projet de réunir à lui seul
tout ce qui a jamais été écrit sur la littérature et l'histoire
des différents peuples. Afin de mettre à exécution ce projet
gigantesque, il fît plusieurs voyages sur le continent, et
acheta des masses de livres tellement considérables , que dans
beaucoup d'endroits , et surtout en Belgique , il causa à lui
seul , pour ainsi dire , une pénurie de livres rares ou curieux.
Doué d'une facilité étonnante pour apprendre différentes
langues , M. Heber fut bientôt a mcme d'apprécier ce que les
littératures des divers peuples offraient de plus intéressant.
Il se forma une bibliothèque tellement riche pour la littéra-
ture italienne , qu'elle surpassait celles de Florence , de
Milan, etc. Personne, en France mcme, ne possédait une
collection aussi complète que la sienne de ces anciens romans
de chevalerie, qui sont devenus si rares aujourd'hui et qui
presque tous se vendent à des prix si élevés. En Belgique,
il recueillit tout ce que l'ancienne littératuie flamande offre
de remarquable. Cette collection dont la majeure partie a
passé malheureusement en Angleterre , était mieux choisie et
plus nombreuse que tout ce que nos bibhothèques publiques
et privées renferment en ce genre. Elle seule pourrait détruire
le préjugé de quelques personnes qui ont prétendu que les
provinces flamandes de notie royaume, n'avaient pas une
littifrature riche et variée.
Lamort surprit M.IIebcr dans les premiers jours d'octobre 1833,
au moment que son commissionnaire allait lui rendre compte
des derniers achats qu'il avait faits pour lui ;t la vente de
Van de Vclde , à Gand. Le projet de M. Hcbcr était loin
d'clre exécuté , aucun triage , aucun classement n'avait été
opéré. Tout se trouvait pêle-mêle , et il lui aurait fallu
encore dix années de vie pour réunir et arranger cette
vaste bibliothèque , et pour choisir les mcillcuis exemplaires
(521 )
des dilîerens ouvrages , dont un nombre infini se trouvait
en double ou triple. Ces immenses richesses littéraires qui
devaient être réunies dans un seul et même local, se trou-
vaient encore dispersées dans difFérens endroits. C'est ainsi
qu'outre des grandes collections déposées à Nuremberg ,
à Paris et à Lejde , il existait encore, en Belgique, des
dépôts à Anvers , à Bruges , à Bruxelles , à Gand , à Louvain
et à Malines. C'étaient là les acquisitions que M. Heber avait
faites aux ventes les plus remarquables qui eurent lieu chez
nous depuis quelques années , telles que celle d'une partie du
musée des Bollandistes , à Anvers, en 1823, celle du biblio-
thécaire Lauwcrs de la même ville et celle de l'abbaye de
Parck, dont la vente eut lieu à Louvain, en 1830.
La petite vente faite à Gand (1) était presqu'enlièrement
composée de curiosités bibliographiques qui se fesaient remarquer
par une admirable conservation. Un très-grand nombre de ces
livres avaient été récemment rehés par les soins de M. Heber ,
et les nombreux amateurs qui assistèrent à cette vente ont
rendu justice au relieur Catoir, de Bruxelles , dont le talent
avait encore fait augmenter le prix des ouvrages , en ajoutant à
la valeur des volumes mêmes , une condition extérieure
simple mais élégante.
Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs , en citant les prix
auxquels les principaux articles ont été portés. Le N.° Bible
des Aides , en grec, loi 8, a été vendu fr. 9G (2), le N.° 482
Virgile des mêmes imprimeurs de loOl , fautivement indiqué
comme sans titre, mais d'aillems en assez mauvais état, a été
vendu fr. 220. Le N.« 278 a été vendu fr. 80. Les Acta
Saiictorani (-48 volumes seulement), sous le N.° 140, fr. 390,
(i) Nous disons petite parce qu'elle ne forme qu'une tres-mince
partie du total de cette bibliothèque. Kn Angleterre, on n'est pas
encore parvenu à la moitié , et Ton a déjà vendu pendant cent et
cinquante jours.
(2) Nous indiquons seulement les prix de vente sans avoir égard
aux 10/00 d'augmentation.
( 522 )
[es Acla Eruditorum Lipsiae, incomplets , fr. 235. Le N.° 13S-4 ,
Clément, bibliothèque curieuse , exemplaire en grand papier,
peut-être unique , a été porté à fr. 193. Le magnifique Vondel
( N.° 69-i ) fr. 1 -40 ; un Schilter ( N.° 1190 ) fr 92; les S vo-
lumes de Hontlieim fr. 90. Le N.° 773 Le livre de Baudouin,
comte de Flandre, imprimé à Chambéry , en l-48o , relié
avec un exemplaire incomplet du Du Guesclin et une Des-
truction de Jhérusalem , a été adjugé à INI. Crozel, libraire
à Paris, pour la somme de fr. 1673. Le même a acquis, au
prix de fr. 160, le N.° 1213. Le précieux recueil de gravures
d'Albert Durer et autres anciens maîtres, sous le N.° 1213,
a été acheté par un amateur de Gand , pour la somme de
fr. 137o. L'article précédent, exemplaire unique du Schilder-
hoeh de De Bie , a été acquis pour compte du gouvcnicment,
pour la somme de fr. 300. Le même prix a été payé pour
le N.° 70o, Vocabulario de Japon, imprimé sur papier végétal ,
par les missionnaires eux-mêmes , livre qui est d'une rareté
excessive.
Les prix auxquels ont été vendus les manuscrits ne sont pas
moins remarquables. Le N." 1 a été payé fr. 600 , et a été
acquis pour la bilîliolbcque de Eourgogne , ainsi que les
N.°» o, 26, 27, 28, 33, etc., etc. Le N.° 3 adjugé pour
fr. 180 , le N.° 30, pour 2o0, et le N.° 32 , pour fr. 170,
ont été emportés en Angleterre. Les N.°^ 2 vendus fr. 220,
21 fr. 43, 22 fr. 54, 29 fr. 180, 31 fr. 190, 36 fr. 85,
41 fr. 52, enrichissent les collections de diffcrens amateurs
de Gand.
TABLE DES MATIERES.
aiÉ3I0mES 5 NOTICES , ETC.
Page.
La Vierge et l'Enfant Je'sus, tableau de Jean Van Eyck,
1439 , par A. V. L. ( M. Aug. Van Lokeren ). . . 1
Le Jeu d'Esmorëe, drame du XII.^ siècle, traduit du
flamand par C. P. Serrure 6
Jean Van HemLyze, par A. Voisin -41
Notice sur le dépôt des archives de Gand , par
(A. Van Lokeren et Parraentier) 54
Mausolée de deux Dames d'honneur de Maiic Stuart ,
fjui se trouve à Anvers, par C. P. Serrure ... 89
Notice sur la collection des manuscrits de Granvelle,
qui se trouve à Besançon , par L. P. Gachard . . 97
Notice sur M. D'Huyvetter et sur son cabinet d'anti-
quités nationales, par A. Voisin 189
Mémoire sur les Bollandistes et leurs travaux, par
L. P. Gachard 200
Économie politique , Caisse d'Epargnes 250
Notice sur Everard t'Serclas , par J. de Saint-Génois. 258
Sur un ancien Ms. , concernant l'histoire de Flandre ,
de Brabant et d'Artois , par M. Lambin . . . .271
Guillaume de Meef , dit de Champion , par M. L. Polain. 278
Le Comte Jacques de Thicnnes , présenté à ses Vassaux j
tableau d'un maître inconnu, par C. Vervicr . . 349
Notice sur un Manuscrit de Li Muiiis , par E. C.
de Gcrlachc 354
TABLE DES MATIERES.
L'abbaye et l'Église paroissiale de Lobbcs , par
A. G. B. Schayes 383
Paysage par Joachim Patinir, par A. V. L. . . . 403
Sur la ville de Damme , au moyen-âge , par L. A.
Warnkœnig ^o?
Réflexions sur un passage de Gilles d'Orval , relatif aux
environs de Tongres, par J. Kickx -475
Notice biographique sur H. Mussche, par N. Cornelissen. 48-i
ANALYSES CRITIQUES D OUVRAGES.
Observations sur le premier titre du projet de loi sur
l'instruction publique, D. A 112
Examen de Jacqueline de Bavière de M. Prosper Noyer,
par Gobert-Alvin 127
Choix de k'gendes historiques belges : Une leçon de Juste-
Lipse , etc., par M. C... de P.. ..... . 139
Recherches sur les ossemens fossiles de la province de
Liège, par Ch. Morren l-i9
Encyclogvaphie du règne végétal, etc., par le même. lo9
Chronique de Balderic, édition de M. Le Glay;
par M. De ReiÛeuberg 288
Flandrische staats und Rechtsgeschichte ; traduit de
l'Allemand de Mittermaier , par M. Lenz . . . 296
Les Tournois dcChauven ci, publication de II.Dclmottc;
par De ReifTenberg 308
Abrégé méthodique de la géographie universelle, par
Pirlot; anah^sé par C. P. Serrure 314
Rchgion et amour, par P. J. F. De Decker; analysé
par Gobcrt-Alvin 316
Recherches sur les causes de l'ophlbaluilc , par
Vandermeer; analysé par Ed. L 408
Lettres sur la révolution brabançonne , par Ad. Borguet. 412
Philosophie sur l'homme et le développement de ses
facultés, par M. Quctclct. (Extrait du Journal de
rinstruL'tion , de France ) o07
TABLE DES MATIERES.
liLLLETI.\ BIBLIOGRAPUIQLE.
Histoire de la Belgique .... 162, 321, 417, 515
Publications relatives à la révolution belge
de 1830 163, 323, 515
Histoire générale 418
Géographie de la Belgique 165
Littérature 165, 325, 419, 516
Histoire littéraire 166, 419
Jurisprudence, législation, etc. . . . 167, 327, 517
Ouvrages divers, livres classiques . . . 168, 420, 517
Sciences et arts 327, 418, 420
Numismatique 418
Botanique, horticulture 419, 517
Médecine ♦ 419
Bibliographie 517
CHROMQUES DES SCIENCES ET DES ARTS,
ET VARIÉTÉS.
Retour de Charles V , de l'expédition d'Alger , en 1 541 . 1 69
Prise de Gand, par Louis XIV, en 1678 .... 170
Règles de travail pour les ouvriers du Brabant, dans
le XVLe siècle 171
Lettre inédite de Guicciardin, au magistrat de Gand. 173
Damasse de Flandre 175
Installation de la Société des Sciences , des Lettres
et des Arts, à Anvers 176
Société phjsiophile de Gand 180
Souscriptions a divers ouvrages 181
Société des Antiquaires de la Moriuie 188
Congrès scientifique de Douaj 329
Ancien sceau de la ville d^\nvcrs 337
Archives de la ville de Lierre 341
Epitaphes et mscriptions dans les églises .... 343
TABLE DES MATIERES.
Notice nccrologîque sur M. R. Courtois , professeur de
Botanique 34o
Commission royale d'histoire , pour la publication des
chroniques belges ..421
Epoque de J. Artevelde : lettre inédite d'Edouard III ,
roi d'Angleterre, au magistrat de Gand. . . . 4-49
Pose et inscription de la première pierre du Casino ,
destiné aux Sociétés de Flore et de Saint-Cécile de
Gand ( communiqué par M. N. Cornelissen ). . . 451
Article bibliographique , par J. Fiess 4S4
Question proposée pour 1836, par la société de méde-
cine de Gand 433
Carte cadastrale de la Flandre orientale de M. P. Gérard. 318
Vente de livres de feu M. Heber 519
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
Page 44. Jean Van Hembyze, fut fils de Guillaume (et
non de Jean) et de Wilhelmine Triest, voyez l'année 1343,
OLi fut premier échevin Guill. Van Hcmbyze. L'Espinoy,
fol. 868 • aussi Gencl. Gesch. II dcel. fol. 428.
Page 94. Le portrait de M. Stuart d'après l'avis de con-
naisseurs, serait dû au pinceau de Porbus. Comme la date
de l'érection du monument s'accorde parfaitement avec celle à
laquelle vécut cet artiste , cela paraît d'autant plus probable.
TTY CENTER LINRARY